Guémara
S'agissant d'un dais nuptial (kilat 'hatanim), qui n'a pas de toit [plat] mais est entièrement incliné [en pente des deux côtés], il est permis de le déployer et il est permis de le démonter le Chabbat.
כִּילַּת חֲתָנִים מוּתָּר לִנְטוֹתָהּ וּמוּתָּר לְפוֹרְקָהּ.
Rav Chéchet, fils de Rav Idi, dit : nous n'avons dit [que c'est permis] que dans le cas où son toit n'a pas la largeur d'un téfa'h [une paume] ; mais si son toit a la largeur d'un téfa'h, c'est interdit. Et même lorsque son toit n'a pas la largeur d'un téfa'h, nous n'avons dit [que c'est permis] que là où il n'y a pas la largeur d'un téfa'h dans les trois téfa'him sous le toit ; mais si [le dais] s'élargit à la largeur d'un téfa'h dans les trois téfa'him sous son toit, c'est interdit. Et nous n'avons dit [que c'est permis] que là où il n'y a pas dans sa pente (chipou'a) la largeur d'un téfa'h ; mais s'il y a dans sa pente la largeur d'un téfa'h, c'est interdit — car les pentes des tentes, bien qu'elles ne soient pas de véritables toits, sont considérées comme des tentes. Et nous n'avons dit [que c'est permis] que là où aucune partie du dais ne descend d'un téfa'h en dessous du lit ; mais si une partie du dais descend d'un téfa'h en dessous du lit, c'est interdit — car alors le lit lui-même devient un toit, et la tenture est considérée comme une paroi.
אָמַר רַב שֵׁשֶׁת בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי: לָא אֲמַרַן אֶלָּא שֶׁאֵין בְּגַגָּהּ טֶפַח, אֲבָל יֵשׁ בְּגַגָּהּ טֶפַח — אֲסוּרָה. וְכִי אֵין בְּגַגָּהּ טֶפַח נָמֵי לָא אֲמַרַן אֶלָּא שֶׁאֵין בְּפָחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה סָמוּךְ לְגַגָּהּ טֶפַח, אֲבָל יֵשׁ בְּפָחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה סָמוּךְ לְגַגָּהּ טֶפַח — אָסוּר. וְלָא אֲמַרַן אֶלָּא שֶׁאֵין בְּשִׁיפּוּעָהּ טֶפַח, אֲבָל יֵשׁ בְּשִׁיפּוּעָהּ טֶפַח — שִׁפּוּעֵי אֹהָלִים כְּאֹהָלִים דָּמוּ. וְלָא אֲמַרַן אֶלָּא דְּלָא נָחֵית מִפּוּרְיָא טֶפַח, אֲבָל נָחֵית מִפּוּרְיָא טֶפַח — אָסוּר.
Et Rav Chéchet, fils de Rav Idi, dit aussi : ce chapeau de feutre (siyana) [à large bord], il est permis [de le porter le Chabbat], bien qu'il ait un large bord et ressemble à une tente. La Guemara soulève une difficulté : mais n'a-t-il pas été enseigné ailleurs qu'il est interdit [de porter] un chapeau de feutre [le Chabbat] ? La Guemara répond : ce n'est pas une difficulté. Cette dernière [affirmation], qui interdit, vise un cas où son bord a la largeur d'un téfa'h et ressemble à une tente ; cette [affirmation] de Rav Chéchet, qui permet, vise un cas où son bord n'a pas la largeur d'un téfa'h.
וְאָמַר רַב שֵׁשֶׁת בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי: הַאי סְיָאנָא שָׁרֵי. וְהָאִיתְּמַר: סְיָאנָא אָסוּר! לָא קַשְׁיָא: הָא דְּאִית בֵּיהּ טֶפַח, הָא דְּלֵית בֵּיהּ טֶפַח.
La Guemara objecte : mais s'il en est ainsi, si quelqu'un fait dépasser son manteau (guelima) d'un téfa'h au-delà de sa tête, dirais-tu de même qu'il est passible [d'avoir fait une tente] ? Plutôt, ce n'est pas une difficulté — [la raison de l'interdiction du chapeau n'est pas qu'on ferait une tente, mais la crainte que le vent ne l'emporte de la tête et qu'on en vienne à le porter à la main] : cette [affirmation] de Rav Chéchet, qui permet, vise un cas où [le chapeau] est solidement ajusté [sur la tête] ; cette [affirmation], qui interdit, vise un cas où il n'est pas solidement ajusté.
אֶלָּא מֵעַתָּה, שַׁרְבֵּיב בִּגְלִימָא טֶפַח הָכִי נָמֵי דְּמִיחַיַּיב? אֶלָּא לָא קַשְׁיָא: הָא דְּמִיהַדַּק, הָא דְּלָא מִיהַדַּק.
Rami bar Ye'hezkel fit dire à Rav Houna : dis-nous donc, je t'en prie, ces excellentes paroles que tu nous as rapportées au nom de Rav — deux concernant [les lois du] Chabbat et une concernant la Torah.
שְׁלַח לֵיהּ רָמֵי בַּר יְחֶזְקֵאל לְרַב הוּנָא: אֵימָא לַן אִיזִי הָנָךְ מִילֵּי מְעַלְּיָיתָא דַּאֲמַרְתְּ לַן מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב, תַּרְתֵּי בְּשַׁבָּת וַחֲדָא בְּתוֹרָה.
[Rav Houna] lui fit répondre : à propos de ce qui a été enseigné dans une baraïta — il est permis de déployer une grande outre (goud) et de la suspendre par ses lanières (bekhissana) le Chabbat — Rav a dit : on n'a enseigné [que c'est permis] que si cela est fait par deux personnes [ensemble — elles ne tendent pas l'outre comme une tente, mais la posent sans la tendre] ; mais pour une seule personne, c'est interdit [car on craint qu'elle ne la tende et ne fasse une sorte de tente].
שְׁלַח לֵיהּ: הָא דְּתַנְיָא גּוֹד בְּכִיסָנָא מוּתָּר לִנְטוֹתָהּ בְּשַׁבָּת — אָמַר רַב: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בִּשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם, אֲבָל בְּאָדָם אֶחָד — אָסוּר.
Abayé dit : et un dais (kila), c'est interdit [de le déployer le Chabbat] même à dix personnes — car il est impossible qu'il ne soit pas tendu un peu [un certain temps, ce qui constituerait une tente provisoire].
אָמַר אַבָּיֵי: וְכִילָּה אֲפִילּוּ בַּעֲשָׂרָה בְּנֵי אָדָם אָסוּר. אִי אֶפְשָׁר דְּלָא מִימַּתְחָא פּוּרְתָּא.
L'autre [enseignement] concernant le Chabbat, lequel est-il ? Comme il a été enseigné dans une baraïta : s'agissant d'un fourneau (kira) dont l'un des pieds s'est détaché, il est permis de le déplacer [le Chabbat — puisqu'il demeure un ustensile, on peut le déplacer s'il occupe une place dont on a besoin] ; [s'il en a perdu] deux, c'est interdit [car c'est alors un ustensile brisé]. Rav a dit : même [s'il n'en a perdu] qu'un seul, c'est également interdit de le manipuler — par décret, de peur qu'on ne fixe [le pied] de force [et qu'on ne soit passible d'avoir préparé un ustensile, ce qui relève de « bâtir »].
אִידַּךְ מַאי הִיא דְּתַנְיָא: כִּירָה שֶׁנִּשְׁמְטָה אַחַת מִיַּרְכוֹתֶיהָ — מוּתָּר לְטַלְטְלָהּ. שְׁתַּיִם — אָסוּר. רַב אָמַר: אֲפִילּוּ חַד נָמֵי אָסוּר, גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִתְקַע.
Quant à la Torah — Rav Houna rapporta que Rav a dit : la Torah est destinée à être oubliée d'Israël. Comme il est dit, à la conclusion des malédictions dans les réprimandes de la Torah : « L'Éternel rendra extraordinaires (vehifla) tes plaies et les plaies de ta descendance, plaies grandes et durables, maladies mauvaises et durables » (Devarim 28, 59) — ce « caractère extraordinaire » (haflaa), mentionné en plus des châtiments explicites, je ne sais ce qu'il est. Mais lorsque [l'Écriture] dit ailleurs : « C'est pourquoi, voici, je continuerai à frapper d'étonnement ce peuple, d'un étonnement prodigieux (hafle vafélé) ; la sagesse de ses sages se perdra et l'intelligence de ses hommes intelligents se cachera » (Isaïe 29, 14) — tu dois dire : ce « caractère extraordinaire » désigne [l'oubli de] la Torah.
תּוֹרָה — דְּאָמַר רַב: עֲתִידָה תּוֹרָה שֶׁתִּשְׁתַּכַּח מִיִּשְׂרָאֵל, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהִפְלָא ה׳ אֶת מַכֹּתְךָ״, הַפְלָאָה זוֹ אֵינִי יוֹדֵעַ מַהִי. כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר: ״לָכֵן הִנְנִי יוֹסִיף לְהַפְלִיא אֶת הָעָם הַזֶּה הַפְלֵא וָפֶלֶא״ — הֱוֵי אוֹמֵר: הַפְלָאָה זוֹ תּוֹרָה.
Nos maîtres ont enseigné [une idée semblable dans la Tossefta] : lorsque nos maîtres entrèrent dans le vignoble (kérem) à Yavné, ils dirent : la Torah est destinée à être oubliée d'Israël, comme il est dit : « Voici, des jours viennent, dit le Seigneur Dieu, où j'enverrai la famine dans le pays — non une faim de pain ni une soif d'eau, mais [la faim et la soif] d'entendre les paroles de l'Éternel » (Amos 8, 11) ; et il est écrit : « Ils erreront d'une mer à l'autre, et du nord à l'orient ils iront çà et là pour chercher la parole de l'Éternel, et ils ne la trouveront pas » (Amos 8, 12).
תָּנוּ רַבָּנַן: כְּשֶׁנִּכְנְסוּ רַבּוֹתֵינוּ לַכֶּרֶם בְּיַבְנֶה אָמְרוּ, עֲתִידָה תּוֹרָה שֶׁתִּשְׁתַּכַּח מִיִּשְׂרָאֵל, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הִנֵּה יָמִים בָּאִים נְאֻם ה׳ אֱלֹהִים וְהִשְׁלַחְתִּי רָעָב בָּאָרֶץ לֹא רָעָב לַלֶּחֶם וְלֹא צָמָא לַמַּיִם כִּי אִם לִשְׁמוֹעַ אֵת דִּבְרֵי ה׳״, וּכְתִיב: ״וְנָעוּ מִיָּם עַד יָם וּמִצָּפוֹן וְעַד מִזְרָח יְשׁוֹטְטוּ לְבַקֵּשׁ אֶת דְּבַר ה׳ וְלֹא יִמְצָאוּ״.
« La parole de l'Éternel » [dans ce contexte] revêt plusieurs sens. « La parole de l'Éternel » — c'est la halakha. « La parole de l'Éternel » — c'est la fin [des temps] (haqets). « La parole de l'Éternel » — c'est la prophétie. [Toutes ces choses seront perdues d'Israël.]
״דְּבַר ה׳״ — זוֹ הֲלָכָה, ״דְּבַר ה׳״ — זֶה הַקֵּץ, ״דְּבַר ה׳״ — זוֹ נְבוּאָה.
Et quel est le sens de : « Ils iront çà et là pour chercher la parole de l'Éternel [et ils ne la trouveront pas] » ? Ils dirent : il est destiné qu'une femme prenne une miche de pain de térouma et fasse le tour des synagogues et des maisons d'étude pour savoir si elle est impure ou si elle est pure, et il n'y aura personne qui comprenne.
וּמַאי ״יְשׁוֹטְטוּ לְבַקֵּשׁ אֶת דְּבַר ה׳״? אָמְרוּ: עֲתִידָה אִשָּׁה שֶׁתִּטּוֹל כִּכָּר שֶׁל תְּרוּמָה וְתַחֲזוֹר בְּבָתֵּי כְנֵסִיּוֹת וּבְבָתֵּי מִדְרָשׁוֹת לֵידַע אִם טְמֵאָה הִיא וְאִם טְהוֹרָה הִיא, וְאֵין מֵבִין.