Guémara
[Rabbi 'Hanina] cherchait les couples de Sages plongés dans une conversation [au lieu de savourer le Chabbat], et il leur disait : de grâce, je vous en prie, ne profanez pas [le Chabbat] en négligeant de vous y délecter (oneg Chabbat).
מְהַדַּר אַזּוּזֵי זוּזֵי דְּרַבָּנַן, אֲמַר לְהוּ: בְּמָטוּתָא מִינַּיְיכוּ לָא תְּחַלְּלוּנֵיהּ.
Rava dit, et certains rapportent que c'est Rabbi Yehochoua ben Lévi qui le dit : même un particulier qui prie le soir du Chabbat doit réciter le passage « Ainsi furent achevés les cieux et la terre [vaye'houlou] » (Béréchit 2, 1-3) ; car Rav Hamnouna a dit : quiconque prie le soir du Chabbat et récite le passage de vaye'houlou, l'Écriture le lui compte comme s'il était devenu l'associé du Saint béni soit-Il dans l'œuvre de la Création, comme il est dit : « Ainsi furent achevés [vaye'houlou] ». Ne lis pas « furent achevés [vaye'houlou] » mais « ils achevèrent [vaye'halou] » — c'est comme si le Saint béni soit-Il et celui qui prononce ces mots devenaient associés et achevaient ensemble l'ouvrage. Rabbi Elazar dit : d'où sait-on que la parole équivaut à l'action ? De ce qu'il est dit : « Par la parole de l'Éternel les cieux ont été faits, et par le souffle de sa bouche toute leur armée » (Tehilim 33, 6).
אָמַר רָבָא, וְאִיתֵּימָא רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: אֲפִילּוּ יָחִיד הַמִּתְפַּלֵּל בְּעֶרֶב שַׁבָּת צָרִיךְ לוֹמַר ״וַיְכוּלּוּ״, דְּאָמַר רַב הַמְנוּנָא: כׇּל הַמִּתְפַּלֵּל בְּעֶרֶב שַׁבָּת וְאוֹמֵר ״וַיְכוּלּוּ״, מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִילּוּ נַעֲשָׂה שׁוּתָּף לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בְּמַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְכוּלּוּ״ — אַל תִּקְרֵי ״וַיְכוּלּוּ״ אֶלָּא ״וַיְכַלּוּ״. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מִנַּיִין שֶׁהַדִּיבּוּר כְּמַעֲשֶׂה — שֶׁנֶּאֱמַר: ״בִּדְבַר ה׳ שָׁמַיִם נַעֲשׂוּ״.
Rav 'Hisda dit au nom de Mar Oukva : quiconque prie le soir du Chabbat et récite vaye'houlou, les deux anges qui accompagnent l'homme [en tout temps] posent leurs mains sur sa tête et lui disent : « Ta faute s'est éloignée et ton péché est expié » (Yechayahou 6, 7). Il a été enseigné dans une baraïta — Rabbi Yossi bar Yehouda dit : deux anges du service accompagnent l'homme le soir du Chabbat depuis la synagogue jusqu'à sa maison, l'un bon et l'autre mauvais. Et lorsqu'il arrive chez lui et trouve une lampe allumée, une table dressée et son lit fait, l'ange bon dit : « Qu'il soit Ta volonté qu'il en aille de même pour un autre Chabbat », et l'ange mauvais répond « amen » malgré lui. Mais [si la maison n'est] pas [ainsi préparée], l'ange mauvais dit : « Qu'il soit Ta volonté qu'il en aille de même pour un autre Chabbat », et l'ange bon répond « amen » malgré lui.
אָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר מָר עוּקְבָא: כׇּל הַמִּתְפַּלֵּל בְּעֶרֶב שַׁבָּת וְאוֹמֵר ״וַיְכוּלּוּ״, שְׁנֵי מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת הַמְלַוִּין לוֹ לָאָדָם מַנִּיחִין יְדֵיהֶן עַל רֹאשׁוֹ וְאוֹמְרִים לוֹ ״וְסָר עֲוֹנֶךָ וְחַטָּאתְךָ תְּכֻפָּר״. תַּנְיָא, רַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה אוֹמֵר: שְׁנֵי מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת מְלַוִּין לוֹ לְאָדָם בְּעֶרֶב שַׁבָּת מִבֵּית הַכְּנֶסֶת לְבֵיתוֹ, אֶחָד טוֹב וְאֶחָד רָע. וּכְשֶׁבָּא לְבֵיתוֹ וּמֹצֵא נֵר דָּלוּק וְשֻׁלְחָן עָרוּךְ וּמִטָּתוֹ מוּצַּעַת, מַלְאָךְ טוֹב אוֹמֵר: ״יְהִי רָצוֹן שֶׁתְּהֵא לְשַׁבָּת אַחֶרֶת כָּךְ״, וּמַלְאָךְ רַע עוֹנֶה ״אָמֵן״ בְּעַל כׇּרְחוֹ. וְאִם לָאו, מַלְאָךְ רַע אוֹמֵר: ״יְהִי רָצוֹן שֶׁתְּהֵא לְשַׁבָּת אַחֶרֶת כָּךְ״, וּמַלְאָךְ טוֹב עוֹנֶה ״אָמֵן״ בְּעַל כׇּרְחוֹ.
Rabbi Elazar dit : qu'un homme dresse toujours sa table le soir du Chabbat [avec tous les apprêts d'un festin important], même s'il n'a besoin que de l'équivalent d'une olive (kazaït) de nourriture. Et Rabbi 'Hanina dit : qu'un homme dresse toujours sa table à l'issue du Chabbat [le samedi soir, en l'honneur du Chabbat qui s'achève], même s'il n'a besoin que de l'équivalent d'une olive. [À propos du repas qui clôt le Chabbat, ils dirent :] l'eau chaude à l'issue du Chabbat est un remède (melougma), le pain chaud à l'issue du Chabbat est un remède. [La Guemara rapporte :] on préparait pour Rabbi Abahou, à la sortie du Chabbat, un veau de troisième portée, et il en mangeait [seulement] un rognon. Lorsque son fils Avimi grandit, il lui dit : pourquoi gaspiller tout cela ? Laissons un rognon de côté depuis la veille du Chabbat [et tu n'auras pas à abattre un veau entier pour cela]. On laissa donc [le veau en vie], et un lion vint et le dévora.
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: לְעוֹלָם יְסַדֵּר אָדָם שֻׁלְחָנוֹ בְּעֶרֶב שַׁבָּת, אַף עַל פִּי שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ אֶלָּא לִכְזַיִת. וְאָמַר רַבִּי חֲנִינָא: לְעוֹלָם יְסַדֵּר אָדָם שֻׁלְחָנוֹ בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת, אַף עַל פִּי שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ אֶלָּא לִכְזַיִת. חַמִּין בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת — מְלוּגְמָא, פַּת חַמָּה בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת — מְלוּגְמָא. רַבִּי אֲבָהוּ הֲוָה עָבְדִין לֵיהּ בְּאַפּוֹקֵי שַׁבְּתָא עִיגְלָא תִּילְתָּא, הֲוָה אָכֵיל מִינֵּיהּ כּוּלְיְיתָא. כִּי גְדַל אֲבִימִי בְּרֵיהּ, אֲמַר לֵיהּ: לְמָה לָךְ לְאַפְסוֹדֵי כּוּלֵּי הַאי, נִשְׁבּוֹק כּוּלְיְיתָא מִמַּעֲלֵי שַׁבְּתָא. שַׁבְקוּה וַאֲתָא אַרְיָא אַכְלֵיהּ.
Rabbi Yehochoua ben Lévi dit : quiconque répond « Amen, que Son grand Nom soit béni (amen yehé chemé raba mevarakh) » de toutes ses forces, on déchire le décret porté contre lui, comme il est dit : « Lorsque des châtiments sont annulés (bifroa peraot) en Israël, lorsque le peuple s'offre de bon cœur, bénissez l'Éternel » (Choftim 5, 2). Quelle est la raison du « lorsque des châtiments sont annulés » ? Parce que [le peuple] « bénit l'Éternel ». Rabbi 'Hiya bar Aba dit au nom de Rabbi Yo'hanan : même s'il y a en lui une trace d'idolâtrie, [lorsqu'il répond amen] on le lui pardonne. Il est écrit ici : « Lorsque des châtiments [peraot] sont annulés », et il est écrit là-bas [à propos de la faute du Veau d'or] : « Car il était déchaîné (parou'a) » (Chemot 32, 25) — [même celui qui porte en lui le déchaînement de l'idolâtrie est pardonné]. Rich Lakich dit : celui qui répond « amen » de toutes ses forces, on lui ouvre les portes du Gan Eden, comme il est dit : « Ouvrez les portes, et qu'entre une nation juste, qui garde les fidélités [chomer emounim] » (Yechayahou 26, 2). Ne lis pas « qui garde les fidélités [chomer emounim] » mais « qui disent amen [cheomerim amen] ». Que signifie « amen » ? Rabbi 'Hanina dit : [c'est l'acronyme de] « Dieu, Roi fidèle [El Mélekh néeman] ».
אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: כׇּל הָעוֹנֶה ״אָמֵן יְהֵא שְׁמֵיהּ רַבָּא מְבָרַךְ״ בְּכׇל כֹּחוֹ, קוֹרְעִין לוֹ גְּזַר דִּינוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בִּפְרוֹעַ פְּרָעוֹת בְּיִשְׂרָאֵל בְּהִתְנַדֵּב עָם בָּרְכוּ ה׳״. מַאי טַעְמָא ״בִּפְרוֹעַ פְּרָעוֹת״ — מִשּׁוּם דְּ״בָרְכוּ ה׳״. רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֲפִילּוּ יֵשׁ בּוֹ שֶׁמֶץ שֶׁל עֲבוֹדָה זָרָה — מוֹחֲלִין לוֹ. כְּתִיב הָכָא: ״בִּפְרוֹעַ פְּרָעוֹת״, וּכְתִיב הָתָם: ״כִּי פָרוּעַ הוּא״. אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: כָּל הָעוֹנֶה ״אָמֵן״ בְּכׇל כֹּחוֹ פּוֹתְחִין לוֹ שַׁעֲרֵי גַן עֵדֶן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״פִּתְחוּ שְׁעָרִים וְיָבֹא גוֹי צַדִּיק שׁוֹמֵר אֱמוּנִים״, אַל תִּיקְרֵי ״שׁוֹמֵר אֱמוּנִים״ אֶלָּא: ״שֶׁאוֹמְרִים אָמֵן״. מַאי ״אָמֵן״? אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: ״אֵל מֶלֶךְ נֶאֱמָן״.
Rav Yehouda fils de Rav Chmouel dit au nom de Rav : l'incendie ne se déclare qu'en un lieu où il y a profanation du Chabbat, comme il est dit : « Et si vous ne m'écoutez pas pour sanctifier le jour du Chabbat, et pour ne pas porter de fardeau [et venir aux portes de Jérusalem le jour du Chabbat], alors j'allumerai un feu dans ses portes, et il dévorera les palais de Jérusalem et ne s'éteindra pas » (Yirmeyahou 17, 27). [La Guemara demande :] que signifie « et ne s'éteindra pas » ? Rav Na'hman bar Yits'hak dit : [le feu éclatera] à une heure où il ne se trouve pas d'hommes pour l'éteindre. Abayé dit : Jérusalem n'a été détruite que parce qu'on y a profané le Chabbat, comme il est dit : « Et de mes Chabbatot ils ont détourné les yeux, et j'ai été profané au milieu d'eux » (Ye'hezkel 22, 26).
אָמַר רַב יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַב שְׁמוּאֵל מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב: אֵין הַדְּלֵיקָה מְצוּיָה אֶלָּא בִּמְקוֹם שֶׁיֵּשׁ חִילּוּל שַׁבָּת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאִם לֹא תִשְׁמְעוּ אֵלַי לְקַדֵּשׁ אֶת יוֹם הַשַּׁבָּת וּלְבִלְתִּי שְׂאֵת מַשָּׂא וְגוֹ׳ וְהִצַּתִּי אֵשׁ בִּשְׁעָרֶיהָ וְאָכְלָה אַרְמְנוֹת יְרוּשָׁלִַים וְלֹא תִכְבֶּה״. מַאי ״וְלֹא תִכְבֶּה״? אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: בְּשָׁעָה שֶׁאֵין בְּנֵי אָדָם מְצוּיִין לְכַבּוֹתָהּ. אָמַר אַבָּיֵי: לָא חָרְבָה יְרוּשָׁלַיִם אֶלָּא בִּשְׁבִיל שֶׁחִלְּלוּ בָּהּ אֶת הַשַּׁבָּת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּמִשַׁבְּתוֹתַי הֶעְלִימוּ עֵינֵיהֶם וָאֵחַל בְּתוֹכָם״.
Rabbi Abahou dit : Jérusalem n'a été détruite que parce que [ses habitants] ont délaissé la lecture du Chéma matin et soir, comme il est dit : « Malheur à ceux qui se lèvent tôt le matin pour courir après la boisson [et qui s'attardent le soir, enflammés par le vin] » (Yechayahou 5, 11) ; et il est écrit [dans la suite du passage] : « Et il y a la harpe et la lyre, le tambour et la flûte, et le vin dans leurs festins, mais l'œuvre de l'Éternel ils ne la regardent pas [et l'ouvrage de ses mains ils ne le voient pas] » (Yechayahou 5, 12) ; et il est écrit : « C'est pourquoi mon peuple part en exil faute de connaissance [da'at] » (Yechayahou 5, 13).
אָמַר רַבִּי אֲבָהוּ: לֹא חָרְבָה יְרוּשָׁלַיִם אֶלָּא בִּשְׁבִיל שֶׁבִּיטְּלוּ קְרִיאַת שְׁמַע שַׁחֲרִית וְעַרְבִית, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הוֹי מַשְׁכִּימֵי בַבֹּקֶר שֵׁכָר יִרְדֹּפוּ וְגוֹ׳״, וּכְתִיב: ״וְהָיָה כִנּוֹר וָנֶבֶל תּוֹף וְחָלִיל וָיַיִן מִשְׁתֵּיהֶם וְאֵת פּוֹעַל ה׳ לֹא יַבִּיטוּ״, וּכְתִיב: ״לָכֵן גָּלָה עַמִּי מִבְּלִי דָעַת״.
Rav Hamnouna dit : Jérusalem n'a été détruite que parce qu'on y a interrompu [l'étude des] enfants des maîtres d'école (tinokot chel beit raban), comme il est dit : « [Et je suis rempli de la colère de l'Éternel, je suis las de la contenir,] répands-la sur l'enfant dans la rue [et sur l'assemblée des jeunes gens réunis] » (Yirmeyahou 6, 11). Quelle est la raison du « répands-la » ? Parce que « l'enfant est dans la rue » [et n'étudie pas la Torah]. Oulla dit : Jérusalem n'a été détruite que parce qu'ils n'avaient plus aucune honte les uns devant les autres, comme il est dit : « Ils ont agi honteusement parce qu'ils ont commis une abomination ; pourtant ils n'ont pas eu honte, ils n'ont même pas su rougir [c'est pourquoi ils tomberont parmi ceux qui tombent] » (Yirmeyahou 6, 15). Rabbi Yits'hak dit : Jérusalem n'a été détruite que parce qu'on y a mis sur un pied d'égalité le petit et le grand [on n'a pas accordé aux chefs de la génération la valeur qui leur revenait], comme il est dit : « Et il en sera du peuple comme du Cohen [du serviteur comme de son maître, de la servante comme de sa maîtresse, de l'acheteur comme du vendeur, du prêteur comme de l'emprunteur, du créancier comme de son débiteur] » (Yechayahou 24, 2), et il est écrit ensuite : « Le pays sera entièrement dévasté et entièrement pillé, [car l'Éternel a prononcé cette parole] » (Yechayahou 24, 3).
אָמַר רַב הַמְנוּנָא: לֹא חָרְבָה יְרוּשָׁלַיִם אֶלָּא בִּשְׁבִיל שֶׁבִּיטְּלוּ בָּהּ תִּינוֹקוֹת שֶׁל בֵּית רַבָּן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״שְׁפוֹךְ עַל עוֹלָל בַּחוּץ וְגוֹ׳״. מַה טַּעַם ״שְׁפוֹךְ״ — מִשּׁוּם דְּ״עוֹלָל בַּחוּץ״. אָמַר עוּלָּא: לֹא חָרְבָה יְרוּשָׁלַיִם אֶלָּא מִפְּנֵי שֶׁלֹּא הָיָה לָהֶם בּוֹשֶׁת פָּנִים זֶה מִזֶּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הוֹבִישׁוּ כִּי תוֹעֵבָה עָשׂוּ גַּם בּוֹשׁ לֹא יֵבוֹשׁוּ וְגוֹ׳״. אָמַר רַבִּי יִצְחָק: לֹא חָרְבָה יְרוּשָׁלַיִם אֶלָּא בִּשְׁבִיל שֶׁהוּשְׁווּ קָטָן וְגָדוֹל, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהָיָה כָעָם כַּכֹּהֵן״, וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ: ״הִבּוֹק תִּבּוֹק הָאָרֶץ״.
Rav Amram fils de Rabbi Chimon bar Aba dit au nom de Rabbi Chimon bar Aba au nom de Rabbi 'Hanina : Jérusalem n'a été détruite que parce que les gens ne se réprimandaient pas les uns les autres (lo hokhi'hou zé et zé), comme il est dit : « Ses princes étaient comme des cerfs qui ne trouvent pas de pâturage, [et ils marchaient sans force devant celui qui les poursuit] » (Eikha 1, 6). De même que ce cerf place sa tête près de la queue de l'autre [lorsqu'il broute, chacun se nourrissant pour soi], ainsi Israël, en cette génération, baissait le visage vers le sol et ne se réprimandait pas les uns les autres. Rabbi Yehouda dit : Jérusalem n'a été détruite que parce qu'on y a méprisé les Sages de la Torah (talmidé 'hakhamim), comme il est dit : « Et ils se moquaient des messagers de Dieu, méprisaient ses paroles et bafouaient ses prophètes, jusqu'à ce que la colère de l'Éternel monte contre son peuple, au point qu'il n'y eut plus de remède » (Divré haYamim II 36, 16). Que signifie « au point qu'il n'y eut plus de remède » ? Rav Yehouda dit au nom de Rav : cela signifie que quiconque méprise les Sages de la Torah ne peut être guéri de sa plaie.
אָמַר רַב עַמְרָם בְּרֵיהּ דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בַּר אַבָּא, אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בַּר אַבָּא, אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: לֹא חָרְבָה יְרוּשָׁלַיִם אֶלָּא בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא הוֹכִיחוּ זֶה אֶת זֶה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הָיוּ שָׂרֶיהָ כְּאַיָּלִים לֹא מָצְאוּ מִרְעֶה״. מָה אַיִל זֶה, רֹאשׁוֹ שֶׁל זֶה בְּצַד זְנָבוֹ שֶׁל זֶה, אַף יִשְׂרָאֵל שֶׁבְּאוֹתוֹ הַדּוֹר כָּבְשׁוּ פְּנֵיהֶם בַּקַּרְקַע וְלֹא הוֹכִיחוּ זֶה אֶת זֶה. אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: לֹא חָרְבָה יְרוּשָׁלַיִם אֶלָּא בִּשְׁבִיל שֶׁבִּיזּוּ בָּהּ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיִּהְיוּ מַלְעִיבִים בְּמַלְאֲכֵי הָאֱלֹהִים וּבוֹזִים דְּבָרָיו וּמִתַּעְתְּעִים בִּנְבִיאָיו עַד עֲלוֹת חֲמַת ה׳ בְּעַמּוֹ עַד [לְ]אֵין מַרְפֵּא״. מַאי ״עַד לְאֵין מַרְפֵּא״? אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: כׇּל הַמְבַזֶּה תַּלְמִידֵי חֲכָמִים אֵין לוֹ רְפוּאָה לְמַכָּתוֹ.
Rav Yehouda dit au nom de Rav : que signifie ce qui est écrit « Ne touchez pas à mes oints et ne faites pas de mal à mes prophètes » (Divré haYamim I 16, 22) ? « Ne touchez pas à mes oints » — ce sont les enfants des maîtres d'école [aussi précieux et importants que des rois et des prêtres (Maharcha)] ; « et ne faites pas de mal à mes prophètes » — ce sont les Sages de la Torah. Rich Lakich dit au nom de Rabbi Yehouda Nessia : le monde ne subsiste que grâce au souffle [c'est-à-dire à l'étude de la Torah] des enfants des maîtres d'école. Rav Papa dit à Abayé : mon étude de la Torah et la tienne, qu'en est-il [pourquoi vaut-elle moins] ? Il lui répondit : le souffle [des adultes] entaché de faute ne ressemble pas au souffle [des enfants] exempt de faute. Et Rich Lakich dit au nom de Rabbi Yehouda Nessia : on n'interrompt pas [l'étude des] enfants des maîtres d'école, même pour bâtir le Temple. Et Rich Lakich dit à Rabbi Yehouda Nessia : ainsi l'ai-je reçu de mes ancêtres — et certains disent : de tes ancêtres — toute ville où il n'y a pas d'enfants des maîtres d'école, on la détruit. Ravina dit : on la laisse désolée.
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: מַאי דִּכְתִיב ״אַל תִּגְּעוּ בִּמְשִׁיחָי וּבִנְבִיאַי אַל תָּרֵעוּ״, ״אַל תִּגְעוּ בִּמְשִׁיחָי״ — אֵלּוּ תִּינוֹקוֹת שֶׁל בֵּית רַבָּן, ״וּבִנְבִיאַי אַל תָּרֵעוּ״ — אֵלּוּ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים. אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ מִשּׁוּם רַבִּי יְהוּדָה נְשִׂיאָה: אֵין הָעוֹלָם מִתְקַיֵּים אֶלָּא בִּשְׁבִיל הֶבֶל תִּינוֹקוֹת שֶׁל בֵּית רַבָּן. אֲמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְאַבָּיֵי: דִּידִי וְדִידָךְ מַאי? אֲמַר לֵיהּ: אֵינוֹ דּוֹמֶה הֶבֶל שֶׁיֵּשׁ בּוֹ חֵטְא לְהֶבֶל שֶׁאֵין בּוֹ חֵטְא. וְאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ מִשּׁוּם רַבִּי יְהוּדָה נְשִׂיאָה: אֵין מְבַטְּלִין תִּינוֹקוֹת שֶׁל בֵּית רַבָּן אֲפִילּוּ לְבִנְיַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ. וְאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ לְרַבִּי יְהוּדָה נְשִׂיאָה: כָּךְ מְקּוּבְּלַנִי מֵאֲבוֹתַי, וְאָמְרִי לַהּ מֵאֲבוֹתֶיךָ: כׇּל עִיר שֶׁאֵין בָּהּ תִּינוֹקוֹת שֶׁל בֵּית רַבָּן מַחֲרִיבִין אוֹתָהּ, רָבִינָא אָמַר: מַחְרִימִין אוֹתָהּ.
Et Rava dit : Jérusalem n'a été détruite que parce qu'il n'y avait plus en elle d'hommes de foi (anché amana), comme il est dit : « Parcourez les rues de Jérusalem, voyez donc, [sachez et cherchez dans ses places si vous trouvez un homme,] s'il est un homme qui pratique la justice, qui recherche la fidélité, alors je lui pardonnerai » (Yirmeyahou 5, 1). Est-ce bien ainsi ? Mais Rav Ketina n'a-t-il pas dit : même à l'heure de la déchéance de Jérusalem, les hommes de foi n'y ont pas cessé, comme il est dit : « Lorsqu'un homme saisira son frère dans la maison de son père [en disant :] tu as un manteau, sois notre chef [et que cette ruine soit sous ta main] » (Yechayahou 3, 6) ? [Cela signifie :] les choses dont les hommes se couvrent comme d'un manteau [les secrets] sont entre tes mains [tu les connais, donc sois notre chef]. Et ce qui est dit : « Et que cette ruine soit sous ta main », signifie :
וְאָמַר רָבָא: לֹא חָרְבָה יְרוּשָׁלַיִם אֶלָּא בִּשְׁבִיל שֶׁפָּסְקוּ מִמֶּנָּה אַנְשֵׁי אֲמָנָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״שׁוֹטְטוּ בְּחוּצוֹת יְרוּשָׁלִַים וּרְאוּ נָא [וּדְעוּ וּבַקְשׁוּ בִרְחוֹבוֹתֶיהָ אִם תִּמְצְאוּ אִישׁ] (אִם יֵשׁ אִישׁ) עוֹשֶׂה מִשְׁפָּט מְבַקֵּשׁ אֱמוּנָה וְאֶסְלַח לָהּ״. אִינִי?! וְהָאָמַר רַב קַטִּינָא: אֲפִילּוּ בִּשְׁעַת כִּשְׁלוֹנָהּ שֶׁל יְרוּשָׁלָיִם לֹא פָּסְקוּ מִמֶּנָּה אַנְשֵׁי אֲמָנָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי יִתְפֹּשׂ אִישׁ בְּאָחִיו בֵּית אָבִיו לֵאמֹר שִׂמְלָה לְכָה קָצִין תִּהְיֶה לָּנוּ״, דְּבָרִים שֶׁבְּנֵי אָדָם מִתְכַּסִּין בָּהֶן כְּשִׂמְלָה יֶשְׁנָן בְּיָדֶיךָ. ״וְהַמַּכְשֵׁלָה הַזֹּאת תַּחַת יָדֶךָ״,
Rachi
מהדר אזוזי זוזי דרבנן - כשהיה רואה אותן זוגות זוגות ומדברין בתורה מחזר אחריהם ואומר להם במטותא מנכון לכו והתעסקו בעונג שבת ולא תחללוניה לבטל תענוגים:
ויכלו - הקב"ה וזה שמספר בשבחו של מקום ובשבח של שבת:
יסדר אדם שלחנו בע"ש - ללילי שבת:,במוצ"ש - נמי כבוד שבת ללוות ביציאתו דרך כבוד כאדם המלוה את המלך בצאתו מן העיר:,חמין - לשתות ולרחוץ:,מלוגמא - רפואה:,אכליה אריא - לעגל הראוי לשחוט:
בכל כחו - בכל כוונתו:,בפרוע פרעות - ביטול פורעניות כגון פרוע דמתרגמין בטל:,בהתנדב עם ברכו - כשמתנדבין ישראל לברך את בוראן:,כי פרוע - כי פרעו אהרן ע"ז והכי קאמר בהבטל פריעות ע"ז שתשתקע ותשתכח שלא יזכר עונם משום התנדב עם הוא:,אל מלך נאמן - כך מעיד על בוראו שהוא אל מלך נאמן:
שאין בני אדם מצויין לכבותה - בשבת:
בבקר - בזמן ק"ש וכן מאחרי בנשף:,והיה כנור ונבל - בסיפיה דקרא ואת פועל ה' לא יביטו לא שמו לב ליחד שמו על בריותיו:
שפוך על עולל - רישא דקרא ואת חמת ה' נלאיתי הכיל שפוך וגו' שפוך החמה בנקמה בשביל שעולל לחוץ ובטלין מבית רבן:,הובישו כי תועבה עשו וגו' - סיפיה דקרא גם בוש לא יבושו וגם הכלם לא כו':
במשיחי אלו תינוקות של בית רבן - שדרך תינוקות למושחן בשמן:,ובנביאי אלו תלמידי חכמים - שנאמר ונביא לבב חכמה (תהילים צ׳:י״ב):,מחריבין - איכא שיור:,מחרימין - ליכא שיור:
מתכסין בהן כשמלה - כששואלין אותן טעמי תורה הללו עושין עצמן כמעלימין את דבריהם מפני שאינן יודעים להשיב:,ישנן בידך - אתה בקי לפיכך קצין תהיה לנו ותלמדנו חכמה:
Tossafot
א"ר חנינא אל מלך נאמן. צריך להרהר בו בשעה שאומר אמן:
ומצא נר דלוק ושולחן ערוך - וא"ת דאמר בריש ערבי פסחים (פסחים דף ק:) ושוין שאין מביאין את השולחן אא"כ קידש וי"ל דערוך הוא במקום אחר אלא שאין מביאין אותו עד אחר הקידוש כי היכי דתיתי סעודתא ביקרא דשבת כדאיתא בשאלתות דרב אחאי ודוקא בימיהם שהיו להם שלחנות קטנים לפני כל אחד ואחד אבל שלנו גדולים הם וקשה לטלטלם:
כל העונה אמן יהא שמיה רבא בכל כחו - פי' בכל כוונתו וכן פירש רש"י ור"י אומר דיש בפסיקתא במעשה דר' ישמעאל בן אלישע דקאמר התם כשישראל נכנסים לבתי כנסיות ואומרים יהא שמיה רבא מברך בקול רם מבטלים גזירות קשות:,א"ר חנינא אל מלך נאמן - צריך להרהר בו בשעה שאומר אמן:
Texte : Sefaria — William Davidson Edition - Vocalized Aramaic · traduction française de travail, à valider.