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Traité Shabbat

113a

Étude de Shabbat 113a

Étude de la Mishna & Guémara 113a

…que l'un des deux nœuds, on l'annule [en pensée], car il peut faire sortir l'animal — fût-ce avec peine — après n'avoir dénoué qu'un seul des nœuds ; c'est pourquoi [la michna] nous enseigne que tous deux sont considérés comme des nœuds provisoires, et qu'il est permis de les nouer. Rav Yossef dit au nom de Rav Yehouda au nom de Chmouel : la halakha est conforme à l'avis de Rabbi Eliézer ben Yaakov. Abayé dit à Rav Yossef : [si] tu tranches la halakha [conformément à son avis], cela signifie-t-il, par déduction, que les Sages sont en désaccord [avec lui], ou bien n'y a-t-il aucune controverse et tous admettent-ils l'avis de Rabbi Eliézer ben Yaakov ? Rav Yossef lui répondit : quelle différence cela fait-il pour toi [que les Sages soient en désaccord ou non] ? Dans les deux cas, la halakha suit Rabbi Eliézer ben Yaakov. Abayé lui répliqua par un dicton populaire : « Apprends la leçon — sera-ce [seulement] comme une chanson ?! » — autrement dit : suffit-il de répéter machinalement la décision halakhique ? Il faut au contraire examiner la question pour la comprendre, même si cela n'aboutit à aucune différence pratique de halakha.
חֲדָא מִינַּיְיהוּ בַּטּוֹלֵי מְבַטֵּיל, קָא מַשְׁמַע לַן. אָמַר רַב יוֹסֵף אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: הֲלָכָה כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב. אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי: הֲלָכָה, מִכְּלָל דִּפְלִיגִי. אֲמַר לֵיהּ: מַאי נָפְקָא לָךְ מִינַּהּ? אֲמַר לֵיהּ: גְּמָרָא גְּמוֹר זְמוֹרְתָּא תְּהֵא?!
Mishna 1
MICHNA. On peut attacher un seau [au puits] avec une ceinture [souple] le Chabbat — car on ne la laissera certainement pas nouée au seau, ce n'est donc pas un nœud permanent — mais on ne peut pas [l']attacher avec une corde. Rabbi Yehouda permet [de le faire]. Rabbi Yehouda énonça un principe : tout nœud qui n'est pas permanent — on n'est pas passible [de châtiment] à son sujet.
מַתְנִי׳ קוֹשְׁרִין דְּלִי בְּפָסִקְיָא, אֲבָל לֹא בְּחֶבֶל. רַבִּי יְהוּדָה מַתִּיר. כְּלָל אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: כׇּל קֶשֶׁר שֶׁאֵינוֹ שֶׁל קַיָּימָא — אֵין חַיָּיבִין עָלָיו.(משנה)
Guémara
GUEMARA. Nous avons appris dans la michna que, selon le premier tana, il est interdit d'attacher une corde à un seau le Chabbat, et que Rabbi Yehouda le permet. La Guemara demande : une corde de quelle sorte ? Si tu dis qu'il s'agit d'une corde ordinaire, Rabbi Yehouda permettrait[-il] ? C'est [pourtant] un nœud permanent ! Il s'agit plutôt d'une corde de tisserand [‘hévèl de-gardi] : puisque le tisserand en a besoin pour son travail, il la dénouera après le Chabbat. La Guemara demande : cela revient-il à dire que les Sages estiment que l'on décrète [d'interdire] une corde de tisserand à cause d'une corde ordinaire, tandis que Rabbi Yehouda estime que l'on ne décrète pas ?
גְּמָ׳ חֶבֶל דְּמַאי? אִי לֵימָא חֶבֶל דְּעָלְמָא, רַבִּי יְהוּדָה מַתִּיר? קֶשֶׁר שֶׁל קַיָּימָא הוּא! אֶלָּא חֶבֶל דְּגַרְדִּי. לְמֵימְרָא דְּרַבָּנַן סָבְרִי גָּזְרִינַן חֶבֶל דְּגַרְדִּי אַטּוּ חֶבֶל דְּעָלְמָא, וְרַבִּי יְהוּדָה סָבַר לָא גָּזְרִינַן?
Et l'on soulève une contradiction d'après ce qui fut enseigné dans une baraïta : à propos de la corde d'un seau qui s'est rompue le Chabbat, on ne doit pas la nouer [d'un nœud ordinaire] — on peut seulement y faire une boucle [‘aniva, un nœud lâche]. Et Rabbi Yehouda dit : on peut enrouler autour [des deux bouts] une ceinture creuse [pounda] ou une écharpe [passikia], pourvu qu'on n'en fasse pas une boucle.
וּרְמִינְהוּ: חֶבֶל דְּלִי שֶׁנִּפְסַק לֹא יְהֵא קוֹשְׁרוֹ אֶלָּא עוֹנְבוֹ. וְרַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: כּוֹרֵךְ עָלָיו פּוּנְדָּא אוֹ פָּסִקְיָא, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַעַנְבֶנּוּ.
Voici une contradiction de Rabbi Yehouda sur Rabbi Yehouda — car dans la baraïta il a décrété d'interdire la boucle à cause [du risque qu'on en vienne à faire] un nœud, et dans la michna il n'a pas décrété — et c'est aussi une contradiction des Sages sur les Sages, car dans la baraïta ils ne décrètent pas, et dans la michna ils décrètent.
קַשְׁיָא דְּרַבִּי יְהוּדָה אַדְּרַבִּי יְהוּדָה, קַשְׁיָא דְּרַבָּנַן אַדְּרַבָּנַן.
[La contradiction] des Sages sur les Sages n'en est pas une : une corde peut être confondue avec une [autre] corde [‘hévèl be-‘hévèl mi‘ḥalaf] — c'est pourquoi les Sages ont décrété d'interdire la corde de tisserand, car si on la permettait on pourrait en venir par erreur à nouer une corde ordinaire — mais une boucle ne se confond pas avec un nœud [‘aniva bi-kechira lo mi‘ḥalfa], et c'est pourquoi ils n'ont pas décrété [de l'interdire]. [La contradiction] de Rabbi Yehouda sur Rabbi Yehouda n'en est pas une non plus : là [où il a interdit la boucle], ce n'est pas parce qu'une boucle se confondrait avec un nœud, mais parce que, selon lui, la boucle elle-même est un véritable nœud [et non une interdiction par simple décret].
דְּרַבָּנַן אַדְּרַבָּנַן לָא קַשְׁיָא: חֶבֶל בְּחֶבֶל — מִיחַלַּף. עֲנִיבָה בִּקְשִׁירָה — לָא מִיחַלְּפָא. דְּרַבִּי יְהוּדָה אַדְּרַבִּי יְהוּדָה לָא קַשְׁיָא: הָתָם — לָא מִשּׁוּם דְּמִיחַלְּפָא עֲנִיבָה בִּקְשִׁירָה, אֶלָּא עֲנִיבָה גּוּפָהּ קְשִׁירָה הִיא.
Rabbi Abba dit au nom de Rav ‘Hiyya bar Achi au nom de Rav : un homme peut apporter une corde de l'intérieur de sa maison le Chabbat et en attacher [un bout] à la vache et [l'autre] à la mangeoire [iévous] — ce n'est pas un nœud permanent, car il la dénouera certainement. Rabbi A‘ha Arikha — surnommé Rabbi A‘ha le Long à cause de sa haute taille, qui est aussi appelé Rabbi A‘ha bar Pappa — souleva une objection contre Rabbi Abba [à partir de la baraïta] : une corde qui est [déjà attachée] à la mangeoire, on peut l'attacher à la vache ; et [une corde] qui est [déjà attachée] à la vache, on peut l'attacher à la mangeoire — pourvu qu'on n'apporte pas une corde de l'intérieur de sa maison pour l'attacher à la vache et à la mangeoire ! La Guemara répond : là [où on l'a permis], il s'agit d'une corde ordinaire [qu'on dénouera certainement] ; ici [chez Rav], il s'agit d'une corde de tisserand.
אָמַר רַבִּי אַבָּא אָמַר רַב חִיָּיא בַּר אָשֵׁי אָמַר רַב: מֵבִיא אָדָם חֶבֶל מִתּוֹךְ בֵּיתוֹ, וְקוֹשְׁרוֹ בַּפָּרָה וּבָאֵיבוּס אֵיתִיבֵיהּ רַבִּי אַחָא אֲרִיכָא דְּהוּא רַבִּי אַחָא בַּר פָּפָּא לְרַבִּי אַבָּא: חֶבֶל שֶׁבָּאֵיבוּס — קוֹשְׁרוֹ בַּפָּרָה, וְשֶׁבַּפָּרָה — קוֹשְׁרוֹ בָּאֵיבוּס, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יָבִיא חֶבֶל מִתּוֹךְ בֵּיתוֹ וְיִקְשׁוֹר בַּפָּרָה וּבָאֵיבוּס! הָתָם — חֶבֶל דְּעָלְמָא הָכָא חֶבֶל דְּגַרְדִּי.
Rav Yehouda dit au nom de Chmouel : les ustensiles de tisserand [klé kiva’é] sont permis au déplacement [moutar le-taltelan] le Chabbat. On demanda à Rav Yehouda : qu'en est-il de l'ensouple supérieure [kovèd ha‘elyon] et de l'ensouple inférieure [kovèd hata‘hton] [du métier à tisser] — cette permission s'applique-t-elle à elles ? « Oui et non », [répondit-il], et la chose demeurait incertaine en sa bouche. Il fut [aussi] énoncé : Rav Na‘hman dit au nom de Chmouel : les ustensiles de tisserand sont permis au déplacement le Chabbat — même l'ensouple supérieure et l'ensouple inférieure — mais non les montants [‘amoudim].
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: כְּלֵי קִיוָּאֵי מוּתָּר לְטַלְטְלָן בְּשַׁבָּת. בְּעוֹ מִינֵּיהּ מֵרַב יְהוּדָה: כּוֹבֶד הָעֶלְיוֹן וְכוֹבֶד הַתַּחְתּוֹן מַהוּ? אִין וְלָאו וְרַפְיָא בִּידֵיהּ. אִיתְּמַר אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר שְׁמוּאֵל: כְּלֵי קִיוָּאֵי מוּתָּר לְטַלְטְלָן בְּשַׁבָּת, אֲפִילּוּ כּוֹבֶד הָעֶלְיוֹן וְכוֹבֶד הַתַּחְתּוֹן, אֲבָל לֹא אֶת הָעַמּוּדִים.
Rava dit à Rav Na‘hman : qu'y a-t-il de différent dans les montants pour qu'on ne [les déplace] pas ? Si l'on dit que c'est parce qu'on creuse des trous [en arrachant le montant du sol][or] les trous se forment d'eux-mêmes [et cela n'est pas interdit], comme nous l'avons appris dans une michna : celui qui enfouit un navet ou des raves sous une vigne [pour les conserver], si une partie de leurs feuilles est découverte [de sorte qu'on puisse les saisir et les arracher du sol], il n'a à se soucier ni de kilaïm [le mélange interdit, c'est-à-dire d'avoir planté des cultures vivrières dans un vignoble, car il n'avait pas l'intention de les planter], ni de chevi’it [le travail de la terre durant l'année sabbatique], ni du maasser [la dîme — comme s'il les avait cueillies et devait les dîmer] ; et on peut les prélever [du sol] le Chabbat.
אֲמַר לֵיהּ רָבָא לְרַב נַחְמָן: מַאי שְׁנָא עַמּוּדִים דְּלָא? אִילֵּימָא דְּקָעָבֵיד גּוּמּוֹת, גּוּמּוֹת מִמֵּילָא קָא הָוְיָין, דִּתְנַן: הַטּוֹמֵן לֶפֶת וּצְנוֹנוֹת תַּחַת הַגֶּפֶן, אִם מִקְצָת עָלָיו מְגוּלִּין — אֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ לֹא מִשּׁוּם כִּלְאַיִם, וְלֹא מִשּׁוּם שְׁבִיעִית, וְלֹא מִשּׁוּם מַעֲשֵׂר, וְנִיטָּלִין בְּשַׁבָּת.
Rav Na‘hman lui répondit : les cas ne sont pas comparables. Dans un champ, on n'en viendra pas à combler les trous ; mais ici, où les trous sont creusés dans la maison, on craint qu'on en vienne à aplanir les trous — c'est pourquoi les Sages [l']ont interdit. Rabbi Yo‘hanan posa une question à Rabbi Yehouda bar Liva’é : les ustensiles de tisserand, tels que l'ensouple supérieure et l'ensouple inférieure du métier, qu'en est-il de les déplacer le Chabbat ? Il lui répondit : on ne les déplace pas. [Rabbi Yo‘hanan demanda :] pour quelle raison ? [Rabbi Yehouda bar Liva’é répondit :] parce qu'on ne les déplace pas [même en semaine, étant extrêmement lourdes et considérées comme fixées à demeure].
בְּשָׂדֶה — לָא אָתֵי לְאַשְׁווֹיֵי גּוּמּוֹת, הָכָא בְּבַיִת — אָתֵי לְאַשְׁווֹיֵי גּוּמּוֹת. בְּעָא מִינֵּיהּ רַבִּי יוֹחָנָן מֵרַבִּי יְהוּדָה בַּר לֵיוַאי: כְּלֵי קִיוָּאֵי, כְּגוֹן כּוֹבֶד הָעֶלְיוֹן וְכוֹבֶד הַתַּחְתּוֹן, מַהוּ לְטַלְטְלָן בְּשַׁבָּת? אֲמַר לֵיהּ: אֵין מְטַלְטְלִין. מַה טַּעַם? לְפִי שֶׁאֵין נִיטָּלִין.
Mishna 2
MICHNA. On peut plier les vêtements [après les avoir ôtés], même quatre ou cinq fois, et on peut faire les lits dès la veille de Chabbat [au soir] pour le jour de Chabbat — mais non depuis le Chabbat pour l'issue du Chabbat, car on ne doit pas accomplir le Chabbat une action qui prépare un jour ordinaire. Rabbi Yichmaël dit : on peut plier les vêtements et faire les lits depuis Yom Kippour pour le Chabbat [lorsque Yom Kippour tombe un vendredi]. Et les graisses [des sacrifices] du Chabbat sont offertes [le lendemain] à Yom Kippour, mais non celles de Yom Kippour le Chabbat — car la sainteté du Chabbat est plus grande que celle de Yom Kippour. Rabbi ‘Akiva dit : ni les graisses [des sacrifices] du Chabbat ne sont offertes à Yom Kippour, ni celles de Yom Kippour ne sont offertes le Chabbat.
מַתְנִי׳ מְקַפְּלִין אֶת הַכֵּלִים אֲפִילּוּ אַרְבָּעָה וַחֲמִשָּׁה פְּעָמִים, וּמַצִּיעִין אֶת הַמִּטּוֹת מִלֵּילֵי שַׁבָּת לְשַׁבָּת, אֲבָל לֹא מִשַּׁבָּת לְמוֹצָאֵי שַׁבָּת. רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר: מְקַפְּלִין אֶת הַכֵּלִים, וּמַצִּיעִין אֶת הַמִּטּוֹת מִיּוֹם הַכִּיפּוּרִים לְשַׁבָּת. וְחֶלְבֵי שַׁבָּת קְרֵיבִין בְּיוֹם הַכִּיפּוּרִים, אֲבָל לֹא שֶׁל יוֹם הַכִּפּוּרִים בְּשַׁבָּת. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: לֹא שֶׁל שַׁבָּת קְרֵיבִין בְּיוֹם הַכִּיפּוּרִים, וְלֹא שֶׁל יוֹם הַכִּיפּוּרִים קְרֵיבִין בְּשַׁבָּת.
Guémara 2
GUEMARA. Les [Sages] de l'école de Rabbi Yannaï dirent : on n'a enseigné [que c'est permis] que pour une seule personne [qui plie les vêtements seule] ; mais à deux personnes [qui plient ensemble], non — car lorsque deux personnes plient un vêtement, cela revient à le remettre à neuf [le réparer]. Et même pour une seule personne, nous ne l'avons dit que pour des [vêtements] neufs [qui conviennent à être portés même non pliés] ; mais pour des [vêtements] anciens, non. Et même pour des [vêtements] neufs, nous ne l'avons dit que pour des [vêtements] blancs ; mais pour des [vêtements] teints, non. Et nous ne l'avons dit que lorsqu'on n'a pas [d'autres vêtements] à mettre en remplacement ; mais si l'on a de quoi se changer, non.
גְּמָ׳ אָמְרִי דְּבֵי רַבִּי יַנַּאי: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בְּאָדָם אֶחָד, אֲבָל בִּשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם — לֹא. וּבְאָדָם אֶחָד נָמֵי לָא אֲמַרַן אֶלָּא בַּחֲדָשִׁים, אֲבָל בִּישָׁנִים — לָא. וָחֳדָשִׁים נָמֵי לָא אֲמַרַן אֶלָּא בִּלְבָנִים, אֲבָל בִּצְבוּעִים — לָא. וְלָא אֲמַרַן אֶלָּא שֶׁאֵין לוֹ לְהַחֲלִיף, אֲבָל יֵשׁ לוֹ לְהַחֲלִיף — לָא.
Shabbat 113a
100%
שבת קי״ג אמַסֶּכֶת שַׁבָּת