…et qu'il a réussi à écrire deux lettres, il est passible [d'un sacrifice]. La Guemara objecte : mais n'avons-nous pas appris dans la Michna que, dans ce cas, il est exempt ! La Guemara répond : ce n'est pas une difficulté. Le cas où nous avons appris qu'il est exempt vise une situation où les lettres requièrent des couronnes (taguin) [leurs ornements ne sont pas encore tracés, de sorte qu'elles ne sont pas achevées] ; ici, il s'agit d'un cas où elles ne requièrent pas de couronnes, et il est alors passible. [Si les lettres possédaient déjà l'ornementation requise et qu'un homme les a séparées, c'est comme s'il avait écrit deux lettres.]
וְעָלוּ בְּיָדוֹ שְׁתַּיִם — חַיָּיב. וְהָתְנַן פָּטוּר! לָא קַשְׁיָא: הָא דְּבָעֵי זַיּוֹנֵי, הָא דְּלָא בָּעֵי זַיּוֹנֵי.
Nous avons appris dans la MISHNA : si l'on a écrit une seule lettre comme abréviation (notarikon) représentant un mot entier, Rabbi Yehochoua ben Betéra le déclare passible [d'un sacrifice pour le péché], et les Sages l'en exemptent. Rabbi Yo'hanan dit au nom de Rabbi Yossi ben Zimra : d'où sait-on que la langue de l'abréviation (notarikon) est employée dans la Torah ? De ce qu'il est dit : « Ton nom ne s'appellera plus Avram, mais ton nom sera Avraham, car je t'ai établi père d'une multitude de nations (av hamon goyim) » (Béréchit 17, 5). [Le verset lui-même contracte av hamon en Avraham ; et les mots av hamon sont eux-mêmes interprétés comme une abréviation :] je t'ai établi père (av) pour les nations, je t'ai établi élu (ba'hour) parmi les nations, je t'ai établi aimé ('haviv) parmi les nations, je t'ai établi roi (mélekh) pour les nations, je t'ai établi éminent (vatik) parmi les nations, je t'ai établi fidèle (néeman) pour les nations.
כָּתַב אוֹת אַחַת נוֹטָרִיקוֹן, רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן בְּתִירָה מְחַיֵּיב וַחֲכָמִים פּוֹטְרִין. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי יוֹסֵי בֶּן זִימְרָא: מִנַּיִן לִלְשׁוֹן נוֹטָרִיקוֹן מִן הַתּוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי אַב הֲמוֹן גּוֹיִם נְתַתִּיךָ״ — אָב נְתַתִּיךָ לָאוּמּוֹת, בָּחוּר נְתַתִּיךָ בָּאוּמּוֹת, הֲמוֹן חָבִיב נְתַתִּיךָ בָּאוּמּוֹת, מֶלֶךְ נְתַתִּיךָ לָאוּמּוֹת, וָתִיק נְתַתִּיךָ בָּאוּמּוֹת, נֶאֱמָן נְתַתִּיךָ לָאוּמּוֹת.
Rabbi Yo'hanan, pour sa part, dit : le mot anokhi (« Je suis »), qui ouvre les Dix Paroles, est une abréviation pour « Moi-même j'ai écrit [et] donné » (ana nafchi ketivit yehavit). Les Sages disent : c'est une abréviation pour « Une parole agréable a été écrite [et] donnée » (amira neïma ketiva yehiva). Certains disent que le mot anokhi peut s'interpréter à rebours : « Elle a été donnée, elle a été écrite, fidèles sont ses paroles » (yehiva ketiva néemanin amaréha).
רַבִּי יוֹחָנָן דִּידֵיהּ אָמַר: ״אָנֹכִי״, נוֹטָרִיקוֹן: אֲנָא נַפְשִׁי כְּתַבִית יְהַבִית. רַבָּנַן אָמְרִי: אֲמִירָה נְעִימָה כְּתִיבָה יְהִיבָה. אִיכָּא דְּאָמְרִי ״אָנֹכִי״ לְמַפְרֵעַ: יְהִיבָה כְּתִיבָה נֶאֱמָנִין אֲמָרֶיהָ.
L'école de Rabbi Natan dit [qu'il existe une autre abréviation dans la Torah]. Dans le verset : « …voici, je suis sorti comme adversaire, car ta voie [me] précipite (yarat) contre moi » (Bamidbar 22, 32), yarat est une abréviation pour : « [l'ânesse] a craint (yaréa), a vu (raata), s'est détournée (nateta) ». L'école de Rabbi Yichmaël enseigna : le mot karmel, dans le verset « …et du pain, et du grain grillé, et du grain frais (karmel) » (Vayikra 23, 14), signifie « un grain plein » (kar malé) — c'est-à-dire que la graine remplit l'épi. Rav A'ha bar Yaakov dit, au sujet des paroles du roi David : « Et voici avec toi Chimi fils de Guéra, le Benjaminite de Ba'hourim, et lui m'a maudit d'une malédiction violente (nimrétsèt) le jour où je suis allé à Ma'hanaïm » (I Rois 2, 8). Le mot nimrétsèt est une abréviation pour : « Il est adultère (noèf), il est Moabite (Moavi), il est meurtrier (rotséa'h), il est oppresseur (tsorèr), il est une abomination (toéva) ».
דְּבֵי רַבִּי נָתָן אָמְרִי: ״כִּי יָרַט הַדֶּרֶךְ לְנֶגְדִּי״ — יָרְאָה, רָאֲתָה, נָטְתָה. דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל תָּנָא: ״כַּרְמֶל״ — כַּר מָלֵא. רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב אָמַר: ״וְהוּא קִלְלַנִי קְלָלָה נִמְרֶצֶת״, נוֹטָרִיקוֹן: נוֹאֵף הוּא, מוֹאָבִי הוּא, רוֹצֵחַ הוּא, צוֹרֵר הוּא, תּוֹעֵבָה הוּא.
Rav Na'hman bar Yits'hak dit [qu'il existe encore une autre abréviation dans l'Écriture] : « Et Yehouda dit : que dirons-nous à mon seigneur, que parlerons-nous, et comment nous justifierons-nous (nitstadak) ? » (Béréchit 44, 16), ce qui signifie : « Nous sommes droits (nekhonim), nous sommes justes (tsadikim), nous sommes purs (tehorim), nous sommes innocents (dakim), nous sommes saints (kedochim) ».
רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר: ״מַה נְּדַבֵּר וּמַה נִּצְטַדָּק״ — נְכוֹנִים אֲנַחְנוּ, צַדִּיקִים אֲנַחְנוּ, טְהוֹרִים אֲנַחְנוּ, דַּכִּים אֲנַחְנוּ, קְדוֹשִׁים אֲנַחְנוּ.
Mishna 1
MICHNA. Celui qui écrit deux lettres le Chabbat en deux moments d'inadvertance distincts, séparés par une prise de conscience [que le jour était Chabbat] — écrivant une lettre le matin (cha'harit) et une lettre vers le soir (bein ha-arbayim) —, Rabban Gamliel le déclare passible [d'un sacrifice pour le péché, comme celui qui a accompli par inadvertance un travail interdit complet], et les Sages l'en exemptent.
מַתְנִי׳ הַכּוֹתֵב שְׁתֵּי אוֹתִיּוֹת בִּשְׁתֵּי הֶעְלֵמוֹת, אַחַת שַׁחֲרִית וְאַחַת בֵּין הָעַרְבַּיִם, רַבָּן גַּמְלִיאֵל מְחַיֵּיב וַחֲכָמִים פּוֹטְרִין.(משנה)
Guémara
GUEMARA. La Guemara demande : sur quoi portent-ils leur désaccord ? Rabban Gamliel estime qu'il n'y a pas de prise de conscience pour une demi-mesure ('hatsi chiour) [on n'est pas passible d'un sacrifice pour une demi-mesure ; dès lors, le fait qu'il ait pris conscience entre l'accomplissement des deux moitiés du travail interdit est sans portée, et sa prise de conscience ne sépare pas le premier acte d'écriture du second quant à l'obligation d'un sacrifice]. Et les Sages estiment qu'il y a une prise de conscience pour une demi-mesure [si un homme a pris conscience de sa transgression entre les deux parties du travail interdit, chaque partie est indépendante de l'autre, et les deux moitiés du travail interdit ne se joignent pas pour créer une obligation].
גְּמָ׳ בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי? רַבָּן גַּמְלִיאֵל סָבַר אֵין יְדִיעָה לַחֲצִי שִׁיעוּר, וְרַבָּנַן סָבְרִי יֵשׁ יְדִיעָה לַחֲצִי שִׁיעוּר.
Nous avons achevé le chapitre « Celui qui construit » (Hadran alakh Ha-bonè).
הדרן עלך הבונה
Mishna 2
MICHNA. Rabbi Eliézer dit : celui qui tisse [le Chabbat] est passible [d'un sacrifice pour le péché] s'il a tissé trois fils au commencement [d'un ouvrage neuf], ou s'il ajoute un seul fil à un tissu déjà existant. Et les Sages disent : aussi bien au commencement qu'à la fin, sa mesure [d'obligation] est de deux fils. Celui qui confectionne deux mailles (batei nirin) — c'est-à-dire qui noue les fils de la chaîne en les attachant soit aux nirin, soit au keiros [qui seront expliqués dans la Guemara] —, dans un van, un tamis ou un panier, est passible [pour la confection des mailles]. Et celui qui coud est passible s'il fait deux points de couture. Et celui qui déchire est passible s'il déchire assez d'étoffe pour [pouvoir] coudre deux points afin de la réparer.
מַתְנִי׳ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: הָאוֹרֵג שְׁלֹשָׁה חוּטִין בַּתְּחִילָּה וְאַחַת עַל הָאָרִיג — חַיָּיב. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: בֵּין בַּתְּחִילָּה בֵּין בַּסּוֹף — שִׁיעוּרוֹ שְׁנֵי חוּטִין. הָעוֹשֶׂה שְׁתֵּי בָתֵּי נִירִין בַּנִּירַיִם, בַּקֵּירוֹס, בַּנָּפָה, בַּכְּבָרָה וּבַסַּל — חַיָּיב. וְהַתּוֹפֵר שְׁתֵּי תְפִירוֹת, וְהַקּוֹרֵעַ עַל מְנָת לִתְפּוֹר שְׁתֵּי תְפִירוֹת.
Guémara 2
GUEMARA. Lorsque Rabbi Yits'hak vint [d'Erets Israël en Babylonie], il enseigna que Rabbi Eliézer a dit : deux [fils] est la mesure qui détermine l'obligation pour le commencement d'un tissage. La Guemara demande : mais n'avons-nous pas appris trois dans la Michna ! La Guemara répond : ce n'est pas une difficulté, car cette source-ci vise des fils épais (alimei) et cette source-là des fils fins (katinei). Certains l'expliquent dans un sens, d'autres dans l'autre sens. Certains l'expliquent dans ce sens : celui qui tisse des fils épais — trois fils ne se défont pas, mais deux se défont [à cause de leur épaisseur, ils n'adhèrent pas bien l'un à l'autre] ; quant aux fils fins, deux non plus ne se défont pas [et il est donc passible pour deux]. Et d'autres l'expliquent dans ce sens : celui qui tisse des fils fins — trois fils sont visibles, deux ne le sont pas ; quant aux fils épais, deux aussi sont visibles [et il est donc passible pour deux].
גְּמָ׳ כִּי אֲתָא רַבִּי יִצְחָק תָּנֵי: ״שְׁתַּיִם״. וְהָאֲנַן תְּנַן: ״שָׁלֹשׁ״! לָא קַשְׁיָא: הָא בְּאַלִּימֵי, הָא בְּקַטִּינֵי. אָמְרִי לַהּ לְהַאי גִּיסָא, וְאָמְרִי לַהּ לְהַאי גִּיסָא. אָמְרִי לַהּ לְהַאי גִּיסָא: אַלִּימֵי — תְּלָתָא לָא סָתְרִי, תְּרֵי סָתְרִי. קַטִּינֵי — תְּרֵי נָמֵי לָא סָתְרִי. וְאָמְרִי לַהּ לְהַאי גִּיסָא: קַטִּינֵי — תְּלָתָא יְדִיעִי, תְּרֵי לָא יְדִיעִי. אַלִּימֵי — תְּרֵי נָמֵי יְדִיעִי.
Il a été enseigné dans une baraïta : celui qui tisse trois fils au commencement, ou un fil sur un tissu déjà existant, est passible. Et les Sages disent : aussi bien au commencement qu'à la fin, sa mesure [d'obligation] est de deux fils. Et pour la bordure (safa) [si l'on tisse un ourlet d'un fil ou d'une couleur différents du vêtement d'origine], il est passible [en tissant] deux fils sur une largeur de trois mailles (batei nirin) [soit trois fils de la chaîne]. À quoi cela est-il comparable ? À celui qui tisse une petite ceinture (tsiltsoul katan), où l'on tisse deux fils sur une largeur de trois mailles [la largeur de la ceinture]. Et quant à ce qui est enseigné [dans la baraïta] : « celui qui tisse trois fils au commencement, ou un fil sur un tissu déjà existant, est passible » — cette baraïta anonyme est conforme à l'opinion de Rabbi Eliézer.
תַּנְיָא: הָאוֹרֵג שְׁלֹשָׁה חוּטִין בַּתְּחִילָּה וְאֶחָד עַל הָאָרִיג — חַיָּיב. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: בֵּין בַּתְּחִילָּה בֵּין בַּסּוֹף — שִׁיעוּרָן שְׁנֵי חוּטִין. וּבַשָּׂפָה — שְׁנֵי חוּטִין בְּרוֹחַב שְׁלֹשָׁה בָּתֵּי נִירִין. הָא לְמָה זֶה דּוֹמֶה? לְאוֹרֵג צִלְצוֹל קָטָן, שְׁנֵי חוּטִין בְּרוֹחַב שְׁלֹשָׁה בָּתֵּי נִירִין. וְהָאוֹרֵג שְׁלֹשָׁה חוּטִין בַּתְּחִילָּה וְאֶחָד עַל הָאָרִיג חַיָּיב, סְתָמָא כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר.
Il a été enseigné dans une autre baraïta : celui qui tisse deux fils sur un grand tissu (al ha-gass) ou sur la lisière (imra) d'un tissu [le long de la trame] est passible. Rabbi Eliézer dit : il est passible même [s'il tisse] un seul fil. Et pour la bordure (safa), celui qui tisse deux fils sur une largeur de trois mailles (batei nirin) est passible. À quoi cela est-il comparable ? À celui qui tisse une petite ceinture (tsiltsoul katan), où l'on tisse deux fils sur une largeur de trois mailles. La Guemara remarque : quand il a été enseigné dans la baraïta « celui qui tisse deux fils sur un grand tissu ou sur la lisière est passible », cette baraïta anonyme est conforme à l'opinion des Sages.
תַּנְיָא אִידַּךְ: הָאוֹרֵג שְׁנֵי חוּטִין עַל הַגַּס? וְעַל הָאִימְרָא — חַיָּיב. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: אֲפִילּוּ אֶחָד. וּבַשָּׂפָה, שְׁנֵי חוּטִין בְּרוֹחַב שְׁלֹשָׁה בָתֵּי נִירִין — חַיָּיב. הָא לְמָה זֶה דּוֹמֶה — לְאוֹרֵג צִלְצוֹל קָטָן שְׁנֵי חוּטִין עַל רוֹחַב שְׁלֹשָׁה בָּתֵּי נִירִין: וְהָאוֹרֵג שְׁנֵי חוּטִין עַל הַגַּס וְעַל הָאִימְרָא חַיָּיב — סְתָמָא כְּרַבָּנַן.