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Traité Shabbat

103b

Étude de Shabbat 103b

Étude de la Guémara 103b

Guémara
C'est pourquoi le verset dit « une » (a'hat), ce qui signifie une seule oeuvre complète. Comment concilier les deux expressions [« d'une » qui élargit, et « une » qui restreint] ? Il faut l'expliquer ainsi : on n'est passible que si l'on écrit un petit nom (chem katane) qui constitue une partie d'un nom plus long, par exemple « Chem » à partir du nom « Chimone » ou de « Chemouel », « Noa'h » à partir de « Na'hor », « Dane » à partir de « Daniel », « Gad » à partir de « Gadiel ». Rabbi Yehouda dit : on est passible même si l'on n'a écrit que deux lettres formant un seul mot, comme « chéch » [chine chine], « tét » [tav tav], « rar » [réch réch], « gag » [guimel guimel], « 'ha'h » [‘hét ‘hét].
תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אַחַת״. הָא כֵּיצַד, אֵינוֹ חַיָּיב עַד שֶׁיִּכְתּוֹב שֵׁם קָטָן מִשֵּׁם גָּדוֹל — ״שֵׁם״ מִשִּׁמְעוֹן וּמִשְּׁמוּאֵל, ״נֹחַ״ מִנָּחוֹר, ״דָּן״ מִדָּנִיאֵל, ״גָּד״ מִגַּדִּיאֵל. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אֲפִילּוּ לֹא כָּתַב אֶלָּא שְׁתֵּי אוֹתִיּוֹת וְהֵן שֵׁם אֶחָד — חַיָּיב, כְּגוֹן: ״שֵׁשׁ״ ״תֵּת״, ״רָר״, ״גַּג״, ״חָח״.
Rabbi Yossi dit : est-ce vraiment au titre de [la melakha d']écrire (kotev) qu'il est passible ?! En réalité il n'est passible qu'au titre de tracer (rochème), car on traçait des marques (signes) sur les planches (kerachime) du Michkane afin de savoir laquelle était la planche jumelle de telle autre [pour les réassembler dans le même ordre]. C'est pourquoi celui qui a fait une seule éraflure (sérita) sur deux planches, ou deux éraflures sur une seule planche, est passible.
אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: וְכִי מִשּׁוּם כּוֹתֵב הוּא חַיָּיב?! וַהֲלֹא אֵינוֹ חַיָּיב אֶלָּא מִשּׁוּם רוֹשֵׁם, שֶׁכֵּן רוֹשְׁמִין עַל קַרְשֵׁי הַמִּשְׁכָּן לֵידַע אֵיזוֹ הִיא בֶּן זוּגוֹ. לְפִיכָךְ, שָׂרַט שְׂרִיטָה אַחַת עַל שְׁנֵי נְסָרִין, אוֹ שְׁתֵּי שְׂרִיטוֹת עַל נֶסֶר אֶחָד — חַיָּיב.
Rabbi Chimone dit : le verset énonce « Lorsqu'un dirigeant (nassi) péchera et accomplira par mégarde une (a'hat) de toutes les mitsvot que l'Éternel son Dieu a ordonné de ne pas faire, et qu'il sera coupable » (Vayikra 4, 22). Du mot « une » j'aurais pu penser que l'on n'est coupable que si l'on accomplit une oeuvre complète, par exemple jusqu'à ce que l'on écrive tout le nom que l'on avait l'intention d'écrire, ou jusqu'à ce que l'on tisse tout le vêtement, ou jusqu'à ce que l'on fabrique tout le tamis (nafa) [fait des fils de chaîne et de trame] ; c'est pourquoi le verset dit « d'une » (mé-a'hat). Mais si l'on s'appuie sur l'expression « d'une », j'aurais pu penser que l'on est passible même si l'on n'a écrit qu'une seule lettre, ou même si l'on n'a tissé qu'un seul fil, ou même si l'on n'a fait qu'une seule maille (bayit) du tamis ; c'est pourquoi le verset dit « une ». Comment alors concilier les deux expressions ? On n'est passible que pour l'accomplissement d'une oeuvre du type de celle qui subsiste (mitkayémèt) — en ce cas elle est considérée comme une oeuvre complète.
רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: ״וְעָשָׂה אַחַת״, יָכוֹל עַד שֶׁיִּכְתּוֹב אֶת כָּל הַשֵּׁם, עַד שֶׁיֶּאֱרוֹג כׇּל הַבֶּגֶד, עַד שֶׁיַּעֲשֶׂה אֶת כָּל הַנָּפָה — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״מֵאַחַת״. אִי ״מֵאַחַת״, יָכוֹל אֲפִילּוּ לֹא כָּתַב אֶלָּא אוֹת אַחַת, וַאֲפִילּוּ לֹא אָרַג אֶלָּא חוּט אֶחָד, וַאֲפִילּוּ לֹא עָשָׂה אֶלָּא בַּיִת אֶחָד בַּנָּפָה — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אַחַת״. הָא כֵּיצַד? אֵינוֹ חַיָּיב עַד שֶׁיַּעֲשֶׂה מְלָאכָה שֶׁכַּיּוֹצֵא בָּהּ מִתְקַיֶּימֶת.
Rabbi Yossi dit : le verset énonce « et il accomplira une » (vé-assa a'hat) [et] « et il accomplira celles-ci » (vé-assa héna) (Vayikra 4, 2). Cette expression inhabituelle indique une répétition : il en arrive que l'on soit passible d'un seul [sacrifice expiatoire] pour toutes [les fautes], et il en arrive que l'on soit passible pour chacune et chacune [un sacrifice par faute].
רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: ״וְעָשָׂה אַחַת״ ״וְעָשָׂה הֵנָּה״, פְּעָמִים שֶׁחַיָּיב אַחַת עַל כּוּלָּן, וּפְעָמִים שֶׁחַיָּיב עַל כׇּל אַחַת וְאַחַת.
La Guemara revient au sujet de la baraïta : quoi qu'il en soit, il y a été enseigné que Rabbi Yehouda dit : on est passible même si l'on n'a écrit que deux lettres identiques formant un seul mot — il n'exige donc pas que l'on n'écrive deux lettres différentes pour être passible. La Guemara répond : cela n'est pas difficile. Cette opinion-ci est la sienne propre, et cette autre opinion est celle de son maître, ainsi qu'il a été enseigné dans une baraïta : Rabbi Yehouda dit au nom de Rabban Gamliel : même si l'on n'a écrit que deux lettres identiques, formant des mots tels que « chéch », « tét », « rar », « gag » ou « 'ha'h », on est passible. Telle est l'opinion de Rabban Gamliel ; mais Rabbi Yehouda lui-même tient que l'on n'est passible que pour avoir écrit deux lettres différentes.
קָתָנֵי מִיהָא: רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר אֲפִילּוּ לֹא כָּתַב אֶלָּא שְׁתֵּי אוֹתִיּוֹת וְהֵן שֵׁם אֶחָד — חַיָּיב. לָא קַשְׁיָא: הָא דִּידֵיהּ, הָא דְרַבֵּיהּ. דְּתַנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבָּן גַּמְלִיאֵל: אֲפִילּוּ לֹא כָּתַב אֶלָּא שְׁתֵּי אוֹתִיּוֹת וְהֵן שֵׁם אֶחָד — חַיָּיב, כְּגוֹן ״שֵׁשׁ״, ״תֵּת״, ״רָר״, ״גַּג״, ״חָח״.
La Guemara demande : l'opinion de Rabbi Chimone dans la baraïta est identique à celle du premier tana (tana kama) ! Et si tu dis qu'il y a entre leurs opinions une différence pratique dans le cas des lettres alef alef d'un mot tel que « a'azerkha » [« je te ceindrai », Yechaya 45, 5] — le premier tana tenant que si l'on a écrit les lettres alef alef du mot « a'azerkha » on n'est pas passible, parce que ces deux lettres ne forment pas un mot complet, tandis que Rabbi Chimone tient que, puisque cette combinaison de lettres figure dans les amulettes ordinaires (gelatoré), on est passible parce que cette écriture est considérée comme subsistante — cela reviendrait-il à dire que l'opinion de Rabbi Chimone tend ici vers la rigueur (‘houmra) ?
רַבִּי שִׁמְעוֹן הַיְינוּ תַּנָּא קַמָּא? וְכִי תֵּימָא אָלֶ״ף אָלֶ״ף דַּ״אֲאַזֶּרְךָ״ אִיכָּא בֵּינַיְיהוּ, דְּתַנָּא קַמָּא סָבַר אָלֶ״ף אָלֶ״ף דַּ״אֲאַזֶּרְךָ״ לָא מִיחַיַּיב, וְרַבִּי שִׁמְעוֹן סָבַר כֵּיוָן דְּאִיתֵיהּ בִּגְלָטוֹרֵי בְּעָלְמָא — חַיָּיב, לְמֵימְרָא דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן לְחוּמְרָא?
Or n'a-t-il pas été enseigné dans une baraïta : celui qui perce (kodéa'h) un trou de n'importe quelle taille [le Chabbat] est passible ; celui qui racle et lisse (megarér) des poutres ou des parchemins en n'importe quelle quantité est passible ; celui qui tanne (me'abèd) n'importe quelle quantité d'une peau d'animal est passible ; celui qui dessine (tsar) une forme de n'importe quelle taille sur un ustensile est passible ? Rabbi Chimone dit : on n'est passible que si l'on perce tout le trou que l'on avait l'intention de percer, ou si l'on racle toute la poutre ou tout le parchemin que l'on avait l'intention de racler, ou si l'on tanne toute la peau que l'on avait l'intention de tanner, ou si l'on dessine toute la forme que l'on avait l'intention de dessiner. Manifestement, l'opinion de Rabbi Chimone est ici l'opinion indulgente.
וְהָתַנְיָא: הַקּוֹדֵחַ כׇּל שֶׁהוּא חַיָּיב, הַמְגָרֵר כׇּל שֶׁהוּא, הַמְעַבֵּד כׇּל שֶׁהוּא, הַצָּר בִּכְלִי צוּרָה כׇּל שֶׁהוּא. רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: עַד שֶׁיִּקְדַּח אֶת כּוּלּוֹ, עַד שֶׁיִּגְרוֹר אֶת כּוּלּוֹ, עַד שֶׁיְּעַבֵּד אֶת כּוּלּוֹ, עַד שֶׁיָּצוּר כּוּלּוֹ.
Il faut plutôt dire que Rabbi Chimone vient nous enseigner ceci : ce n'est une écriture qui subsiste que si l'on écrit tout le nom. La Guemara demande : et comment peux-tu dire ainsi ? N'a-t-il pas été enseigné dans une baraïta que Rabbi Chimone dit : de l'expression « et il accomplira une » (vé-assa a'hat) j'aurais pu penser que l'on n'est passible que si l'on écrit tout le nom ; c'est pourquoi le verset dit « d'une » (mé-a'hat) [ce qui montre qu'il n'exige pas l'écriture du mot entier] ! La Guemara répond : résous la contradiction entre ces énoncés et dis ainsi : j'aurais pu penser que l'on n'est passible que si l'on écrit tout le verset que l'on avait l'intention d'écrire ; c'est pourquoi le verset dit « d'une » — on est passible pour moins que cela. Toutefois, on n'est certainement pas passible pour moins qu'un mot complet.
אֶלָּא, רַבִּי שִׁמְעוֹן הָא אֲתָא לְאַשְׁמוֹעִינַן, עַד שֶׁיִּכְתּוֹב אֶת הַשֵּׁם כּוּלּוֹ. וּמִי מָצֵית אָמְרַתְּ הָכִי? וְהָתַנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: ״וְעָשָׂה אַחַת״, יָכוֹל עַד שֶׁיִּכְתּוֹב אֶת הַשֵּׁם כּוּלּוֹ — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״מֵאַחַת״! תָּרֵיץ וְאֵימָא הָכִי: יָכוֹל עַד שֶׁיִּכְתּוֹב אֶת הַפָּסוּק כּוּלּוֹ — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״מֵאַחַת״.
La baraïta rapporte que Rabbi Yossi dit : le verset énonce « et il accomplira une » (vé-assa a'hat) [et] « et il accomplira celles-ci » (vé-assa héna). Cette expression inhabituelle indique une répétition, comme s'il était dit : et il accomplira une, et il accomplira celles-ci. De là on déduit qu'il en arrive que l'on soit passible d'un seul sacrifice expiatoire pour toutes [les fautes], et qu'il en arrive que l'on soit passible de plusieurs sacrifices, un pour chacune et chacune.
רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: ״וְעָשָׂה אַחַת״ ״וְעָשָׂה הֵנָּה״ — פְּעָמִים שֶׁחַיָּיב אַחַת עַל כּוּלָּן, וּפְעָמִים שֶׁחַיָּיב עַל כׇּל אַחַת וְאַחַת.
Rabbi Yossi fils de Rabbi 'Hanina dit : quelle est la raison de l'opinion de Rabbi Yossi ? Puisque le verset dit « d'une » (mé-a'hat) et « de celles-ci » (mé-héna), Rabbi Yossi y décèle à la fois une restriction — c'est-à-dire le « de » (la lettre mèm) — et une amplification, fondée sur les expressions superflues, car il aurait suffi au verset de dire « une » et non « d'une », et il aurait suffi de dire « celles-ci » au lieu de « de celles-ci ». Ce langage répétitif enseigne qu'il existe des cas de « une » qui est « celles-ci », et des cas de « celles-ci » qui est « une ».
אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יוֹסֵי ״אַחַת״ ״מֵאַחַת״, ״הֵנָּה״ ״מֵהֵנָּה״, אַחַת שֶׁהִיא ״הֵנָּה״, וְ״הֵנָּה״ שֶׁהִיא אַחַת.
[Le mot] « une » [renvoie au nom complet] « Chimone » ; « d'une » [renvoie à] « Chem » tiré de « Chimone ». « Celles-ci » [renvoie aux] catégories principales (avot) ; « de celles-ci » [renvoie aux] sous-catégories (toladot). « Une » qui est « celles-ci » : faute volontaire à l'égard du Chabbat (zedone Chabbat) et faute par mégarde à l'égard des melakhot (chiggat melakhot). « Celles-ci » qui est « une » : faute par mégarde à l'égard du Chabbat (chiggat Chabbat) et faute volontaire à l'égard des melakhot (zedone melakhot).
״אַחַת״ — ״שִׁמְעוֹן״, ״מֵאַחַת״ — ״שֵׁם״ מִ״שִּׁמְעוֹן״. ״הֵנָּה״ — אָבוֹת, ״מֵהֵנָּה״ — תּוֹלָדוֹת. אַחַת שֶׁהִיא הֵנָּה — זְדוֹן שַׁבָּת וְשִׁגְגַת מְלָאכוֹת. הֵנָּה שֶׁהִיא אַחַת — שִׁגְגַת שַׁבָּת וּזְדוֹן מְלָאכוֹת.
Nous avons appris dans la Michna que Rabbi Yehouda a dit : nous avons trouvé [un cas de] petit nom tiré d'un grand nom, par exemple « Chem » à partir de « Chimone ». La Guemara demande : est-ce vraiment comparable ? Le mèm de « Chem » est fermé (final, satoume), tandis que le mèm de « Chimone » est ouvert (médian, patoua'h) ! [Comment « Chem » peut-il alors être considéré comme une partie de « Chimone » ?] Rav 'Hisda dit : cela vient nous apprendre qu'une lettre fermée que l'on a rendue ouverte est valable [même dans un Séfer Torah], et n'est pas considérée comme une irrégularité dans l'écriture ; on est donc passible pour avoir écrit une lettre ouverte au lieu d'une lettre fermée.
אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: מָצִינוּ שֵׁם קָטָן מִשֵּׁם גָּדוֹל. מִי דָּמֵי? מֵ״ם דְּ״שֵׁם״ סָתוּם, מֵ״ם דְּ״שִׁמְעוֹן״ פָּתוּחַ! אָמַר רַב חִסְדָּא: זֹאת אוֹמֶרֶת סָתוּם וַעֲשָׂאוֹ פָּתוּחַ — כָּשֵׁר.
Shabbat 103b
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שבת ק״ג במַסֶּכֶת שַׁבָּת