Guémara
Tu réponds donc : la vocalisation de la Torah fait autorité, et le verset interdit de cuire le chevreau dans le lait de sa mère.
אָמַרְתָּ: יֵשׁ אֵם לַמִּקְרָא.
Plutôt, tout le monde est d'avis que la vocalisation de la Torah fait autorité. Mais en réalité, Rabbi Yehouda haNassi et les Sages divergent sur ce point : Rabbi Yehouda haNassi tient que l'expression « le tribunal déclarera coupable » renvoie à d'autres juges, en plus des trois dérivés du verset précédent, portant le total à cinq ; tandis que les Sages tiennent que le terme « déclarera coupable » désigne ces juges-là — ceux déjà mentionnés —, et qu'il n'y en a donc que trois.
אֶלָּא, דְּכוּלֵּי עָלְמָא יֵשׁ אֵם לַמִּקְרָא, וְרַבִּי וְרַבָּנַן בְּהָא קָמִיפַּלְגִי: רַבִּי סָבַר ״יַרְשִׁיעֻן אֱלֹהִים״ – אַחֲרִינֵי, וְרַבָּנַן סָבְרִי ״יַרְשִׁיעֻן״ – דְּהַאיְךְ וְהַאי.
Et quant à Rabbi Yehouda ben Roetz, qui a appliqué le principe « la vocalisation fait autorité » à la question de la durée d'impureté rituelle d'une femme qui enfanta une fille, on peut expliquer que les Sages ne divergent pas avec lui, puisque tout le monde est d'avis que la vocalisation de la Torah fait autorité.
וְרַבִּי יְהוּדָה בֶּן רוֹעֵץ, לָא פְּלִיגִי רַבָּנַן עֲלֵיהּ.
Quant à Beit Hillel, qui tient qu'une seule aspersion de sang suffit à expier même pour un sacrifice pour péché, ce n'est pas parce qu'ils tiennent que le texte consonantique fait autorité. Leur avis est tel qu'enseigné dans une baraïta : le verset dit, à propos du sacrifice pour péché apporté par un prince : « Et le Cohen fera pour lui l'expiation [vekhiper] » (Vayikra 4, 26) ; à propos d'un sacrifice pour péché de bouc apporté par un particulier ordinaire : « Et le Cohen fera pour lui l'expiation » (Vayikra 4, 31) ; et à propos d'un sacrifice pour péché d'agneau apporté par un particulier ordinaire : « Et le Cohen fera pour lui l'expiation » (Vayikra 4, 35) — ce terme étant répété trois fois. Cette répétition est due au raisonnement logique suivant :
בֵּית הִלֵּל, דְּתַנְיָא: ״וְכִפֶּר״, ״וְכִפֶּר״, ״וְכִפֶּר״ – מִפְּנֵי הַדִּין.
N'est-ce pas une halakha qu'on pourrait dériver par un raisonnement a fortiori ? Il est dit « sang » en bas — dans le verset relatif à un oiseau apporté en sacrifice pour péché (voir Vayikra 5, 9) —, et il est dit « sang » en haut — dans le verset relatif à un animal apporté en sacrifice pour péché (voir Vayikra 4, 25, 31, 35). De même que pour le sang mentionné en bas, lorsqu'il est présenté en une seule aspersion il a accompli l'expiation, de même pour le sang mentionné en haut, lorsqu'il est présenté en une seule aspersion il a accompli l'expiation.
וַהֲלֹא דִין הוּא: נֶאֱמַר דָּמִים לְמַטָּה, וְנֶאֱמַר דָּמִים לְמַעְלָה. מָה דָּמִים הָאֲמוּרִים לְמַטָּה – שֶׁנְּתָנָן בְּמַתָּנָה אַחַת כִּיפֵּר, אַף דָּמִים הָאֲמוּרִים לְמַעְלָה – שֶׁנְּתָנָן בְּמַתָּנָה אַחַת כִּיפֵּר.
Ou peut-être ira-t-on par ce chemin, en offrant une explication différente : il est dit « sang » dans le verset relatif à l'autel extérieur — c'est-à-dire dans le verset relatif au sacrifice pour péché d'un particulier ordinaire, apporté sur l'autel extérieur dans la cour (voir Vayikra 4, 25) —, et il est dit « sang » dans le verset relatif à l'autel intérieur — c'est-à-dire pour un sacrifice pour péché de la communauté ou du Grand Cohen, dont le sang est aspergé sur l'autel de l'encens à l'intérieur du Sanctuaire (voir Vayikra 4, 7, 18). De même que pour le sang mentionné concernant l'autel intérieur — si l'une des aspersions fait défaut, rien n'a été accompli et l'offrande n'est pas valide —, de même pour le sang mentionné concernant l'autel extérieur, si l'une des aspersions fait défaut, rien n'a été accompli.
אוֹ כְּלָךְ לְדֶרֶךְ זוֹ: נֶאֱמַר דָּמִים בַּחוּץ, וְנֶאֱמַר דָּמִים בִּפְנִים. מָה דָּמִים הָאֲמוּרִים בִּפְנִים – חִיסֵּר אַחַת מִמַּתָּנוֹת לֹא עָשָׂה וְלֹא כְּלוּם, אַף דָּמִים הָאֲמוּרִים בַּחוּץ – חִיסֵּר אַחַת מִמַּתָּנוֹת לֹא עָשָׂה כְּלוּם.
La Guemara analyse les deux possibilités : voyons à laquelle des deux comparaisons cela ressemble le plus. On peut soutenir : nous dérivons une halakha énoncée à propos de l'autel extérieur d'une halakha énoncée à propos de l'autel extérieur, mais nous ne dérivons pas une halakha énoncée à propos de l'autel extérieur d'une halakha énoncée à propos de l'autel intérieur.
נִרְאֶה לְמִי דּוֹמֶה? דָּנִין חוּץ מִחוּץ, וְאֵין דָּנִין חוּץ מִפְּנִים.
Ou ira-t-on par ce chemin : nous dérivons une halakha énoncée à propos d'un sacrifice pour péché dont le sang doit être aspergé sur les quatre cornes de l'autel, d'une halakha énoncée à propos d'un sacrifice pour péché dont le sang doit être aspergé sur les quatre cornes de l'autel ; et ce sacrifice constitué d'un oiseau — qui n'est pas du type dont le sang doit l'être sur les quatre cornes — ne peut pas prouver que la halakha est semblable pour un sacrifice pour péché dont le sang doit l'être sur les quatre cornes de l'autel.
אוֹ כְּלָךְ לְדֶרֶךְ זוֹ: דָּנִין חַטָּאת וְאַרְבַּע קְרָנוֹת, מֵחַטָּאת וְאַרְבַּע קְרָנוֹת, וְאַל יוֹכִיחַ זֶה, שֶׁאֵין חַטָּאת וְאַרְבַּע קְרָנוֹת.
Puisqu'il existe deux inférences légitimes, la halakha ne peut être tranchée par un raisonnement logique seul. C'est pourquoi le verset dit : « Et le Cohen fera l'expiation », « Et le Cohen fera l'expiation », « Et le Cohen fera l'expiation », trois fois, en raison du raisonnement logique. Les versets s'interprètent ainsi : « Le Cohen fera l'expiation » — même s'il n'a présenté que trois aspersions ; puis un second verset répète : « Le Cohen fera l'expiation » — même s'il n'en a présenté que deux ; puis un troisième répète : « Le Cohen fera l'expiation » — même s'il n'en a présenté qu'une seule. Cette interprétation est la source de l'avis de Beit Hillel.
תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְכִפֶּר״, ״וְכִפֶּר״, ״וְכִפֶּר״ – מִפְּנֵי הַדִּין. ״כִּיפֵּר״ – אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא נָתַן אֶלָּא שְׁלֹשָׁה, ״כִּיפֵּר״ – אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא נָתַן אֶלָּא שְׁתַּיִם, ״כִּיפֵּר״ – אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא נָתַן אֶלָּא אַחַת.
Et quant à Rabbi Shimon et les Sages, qui divergeaient sur le nombre de parois requises dans une souka, c'est sur ce point qu'ils divergent : Rabbi Shimon tient que l'exigence fondamentale de placer un toit de branchages [sekhakha] sur la souka n'a pas besoin d'un verset pour l'enseigner, car elle est implicite dans le mot souka. Par conséquent, le mot soukot apparaît deux fois dans le texte au-delà de la mitsva initiale, enseignant l'exigence de quatre parois ; et une halakha transmise au Sinaï réduit la taille minimale de l'une des parois à une paume. Et les Sages tiennent que l'exigence de placer un toit de branchages a besoin d'un verset. Une des quatre dérivations sert donc à enseigner cette exigence, et il ne reste que trois parois, dont l'une est réduite à une paume.
וְרַבִּי שִׁמְעוֹן וְרַבָּנַן בְּהָא פְּלִיגִי: רַבִּי שִׁמְעוֹן סָבַר, סְכָכָא לָא בָּעֵי קְרָא. וְרַבָּנַן סָבְרִי, סְכָכָא בָּעֵי קְרָא.
Et quant à Rabbi Akiva et les Sages, qui divergeaient sur la question d'un quart de log de sang sorti de deux cadavres, c'est sur ce point qu'ils divergent : Rabbi Akiva tient que « cadavres » au pluriel indique deux — par conséquent, un quart de log de sang sorti de deux cadavres rend aussi impur. Et les Sages tiennent que « cadavres » au pluriel indique une halakha générale, et qu'aucune dérivation ne peut être faite concernant le sang sorti de deux cadavres. Les deux avis conviennent toutefois que le texte vocalisé de la Torah fait autorité.
וְרַבִּי עֲקִיבָא וְרַבָּנַן, בְּהָא פְּלִיגִי: רַבִּי עֲקִיבָא סָבַר ״נְפָשֹׁת״ – תַּרְתֵּי מַשְׁמַע, וְרַבָּנַן סָבְרִי ״נְפָשֹׁת״ – דְּעָלְמָא מַשְׁמַע.
La Guemara demande : et est-ce que tout le monde tient vraiment que la vocalisation de la Torah fait autorité ? Mais n'est-il pas enseigné dans une baraïta : quant au nombre de compartiments dans les phylactères de la tête, le verset dit : « Ce sera pour un signe sur ta main, et pour totafot entre tes yeux » (Shemot 13, 16), le mot totafot étant écrit en défaut, sans second vav, de sorte qu'il peut être lu au singulier ; et encore : « Elles seront pour totafot entre tes yeux » (Devarim 6, 8), écrit au singulier ; et encore : « Elles seront pour totafot entre tes yeux » (Devarim 11, 18), cette fois écrit en plein, avec un second vav, ce qui impose le pluriel ? Il y a quatre mentions de totafot ici, car la troisième est écrite au pluriel et compte donc pour deux. On en déduit que les phylactères de la tête doivent avoir quatre compartiments. Tel est l'avis de Rabbi Yishmaël.
וּדְכוּלֵּי עָלְמָא יֵשׁ אֵם לַמִּקְרָא? וְהָתַנְיָא: ״לְטוֹטֶפֶת״, ״לְטֹטֶפֶת״, ״לְטוֹטָפוֹת״ – הֲרֵי כָּאן אַרְבַּע, דִּבְרֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל.