Guémara
Alors, si les juges ont commis une erreur, ils ne devraient pas avoir à payer la partie lésée, car ils peuvent prétendre qu'ils ont été empêchés d'interroger efficacement les témoins. La Guemara répond: Si telle était la halakha, d’autant plus que cela fermerait la porte aux emprunteurs potentiels. Si les gens savent que les tribunaux ne sont pas responsables d’une erreur de jugement, ils ne seront pas disposés à prêter de l’argent.
טָעוּ – לֹא יְשַׁלְּמוּ? כׇּל שֶׁכֵּן שֶׁתִּנְעוֹל דֶּלֶת בִּפְנֵי לוֹוִין!
Rava dit: La décision de la Michna ici, selon laquelle les cas de droit monétaire nécessitent une enquête et un interrogatoire, est énoncée en ce qui concerne les lois sur les amendes, et non les cas standards de droit monétaire. Et les autres sources, c'est-à-dire la Michna du traité Shevi'it et la Baraïta, qui ne nécessitent pas d'enquête ni d'interrogatoire, sont indiquées en ce qui concerne les cas d'aveu et de prêt, dans lesquels il y a lieu d'assouplir les procédures de délibération, comme expliqué.
רָבָא אָמַר: מַתְנִיתִין דְּהָכָא בְּדִינֵי קְנָסוֹת, וְאִידַּךְ בְּהוֹדָאוֹת וְהַלְוָאוֹת.
Rav Pappa dit: Ceci et cela, c'est-à-dire à la fois la mishna ici et les autres sources, sont indiqués en ce qui concerne les cas d'aveu et de prêt. La distinction entre eux est que la mishna ici, qui stipule que les cas de droit monétaire nécessitent une enquête et un interrogatoire, est énoncée en ce qui concerne un procès potentiellement frauduleux, où le tribunal soupçonne qu'une partie tente de frauder l'autre partie et demande aux témoins de fournir un faux témoignage en son propre nom. Là, dans la baraïta et dans la mishna du traité Shevi'it, qui ne nécessitent ni enquête ni interrogatoire, la décision est énoncée concernant un procès qui ne semble pas frauduleux.
רַב פָּפָּא אָמַר: אִידֵּי וְאִידֵּי בְּהוֹדָאָה וְהַלְוָאָה. כָּאן – בְּדִין מְרוּמֶּה, כָּאן – בְּדִין שֶׁאֵינוֹ מְרוּמֶּה.
Cette distinction est conforme à la déclaration de Reish Lakish, car Reish Lakish soulève une contradiction entre deux versets: il est écrit dans un verset: « Avec justice tu jugeras ton prochain » (Vayikra 19, 15), et il est écrit dans un autre verset: « Justice, justice, tu suivras » (Devarim 16, 20), la répétition indiquant qu'il ne suffit pas de simplement juger avec justice. Il poursuit: Comment concilier ces textes? Ici, ce dernier verset est énoncé à propos d'un procès éventuellement frauduleux, où le tribunal doit prendre des précautions supplémentaires pour juger avec justice; et là, cet ancien verset est énoncé à propos d'un procès qui ne semble pas frauduleux.
כִּדְרֵישׁ לָקִישׁ, דְּרֵישׁ לָקִישׁ רָמֵי: כְּתִיב ״בְּצֶדֶק תִּשְׁפֹּט עֲמִיתֶךָ״, וּכְתִיב ״צֶדֶק צֶדֶק תִּרְדֹּף״. הָא כֵּיצַד? כָּאן – בְּדִין מְרוּמֶּה, כָּאן – בְּדִין שֶׁאֵין מְרוּמֶּה.
Rav Ashi dit: La décision de la mishna ici, selon laquelle les cas de droit monétaire nécessitent une enquête et un interrogatoire, est celle à laquelle nous avons répondu, c'est-à-dire conforme à l'une des réponses proposées par les autres amora'im. Et ces versets n’ont pas été prononcés à propos de procès frauduleux; il s'agit plutôt d'un jugement, dans lequel le tribunal doit poursuivre la justice de manière approfondie, et d'un autre, d'un compromis.
רַב אָשֵׁי אָמַר: מַתְנִיתִין כִּדְשַׁנִּין, קְרָאֵי אֶחָד לְדִין וְאֶחָד לִפְשָׁרָה.
Comme il est enseigné dans une baraïta: Lorsque le verset dit: « Justice, justice, tu suivras », une mention de « justice » est faite en ce qui concerne le jugement et une autre est faite en ce qui concerne le compromis. Comment ça? Lorsqu'il y a deux bateaux naviguant sur la rivière et qu'ils se rencontrent, si tous deux tentent de passer, ils coulent tous les deux, car la rivière n'est pas assez large pour que les deux puissent passer. S’ils passent l’un après l’autre, ils réussissent tous les deux. Et de même, là où il y a deux chameaux qui gravissent la montée de Beit Horon, là où il y a un sentier étroit et escarpé, et qu'ils se rencontrent, s'ils tentent tous les deux de monter, ils tombent tous les deux. S’ils montent l’un après l’autre, ils montent tous les deux.
כִּדְתַנְיָא: ״צֶדֶק צֶדֶק תִּרְדֹּף״ – אֶחָד לְדִין וְאֶחָד לִפְשָׁרָה. כֵּיצַד? שְׁתֵּי סְפִינוֹת עוֹבְרוֹת בַּנָּהָר וּפָגְעוּ זֶה בָּזֶה, אִם עוֹבְרוֹת שְׁתֵּיהֶן – שְׁתֵּיהֶן טוֹבְעוֹת, בְּזֶה אַחַר זֶה – שְׁתֵּיהֶן עוֹבְרוֹת. וְכֵן שְׁנֵי גְּמַלִּים שֶׁהָיוּ עוֹלִים בְּמַעֲלוֹת בֵּית חוֹרוֹן וּפָגְעוּ זֶה בָּזֶה, אִם עָלוּ שְׁנֵיהֶן – שְׁנֵיהֶן נוֹפְלִין, בְּזֶה אַחַר זֶה – שְׁנֵיהֶן עוֹלִין.
Comment décider lequel d’entre eux doit commencer? S’il y a un bateau chargé et un bateau qui ne l’est pas, les besoins de celui qui n’est pas chargé doivent être ignorés en raison des besoins de celui qui est chargé. S'il y a un bateau qui est proche de sa destination et un bateau qui n'est pas proche de sa destination, les besoins de celui qui est proche doivent être ignorés en raison des besoins de celui qui n'est pas proche. Si les deux étaient proches de leur destination, ou si les deux étaient loin de leur destination, imposez-leur un compromis pour décider lequel part en premier, et les propriétaires des bateaux se paient une redevance, c'est-à-dire que les propriétaires du premier bateau indemnisent le propriétaire du bateau qui attend, pour toute perte subie.
הָא כֵּיצַד? טְעוּנָה וְשֶׁאֵינָהּ טְעוּנָה – תִּידָּחֶה שֶׁאֵינָהּ טְעוּנָה מִפְּנֵי טְעוּנָה. קְרוֹבָה וְשֶׁאֵינָהּ קְרוֹבָה – תִּידָּחֶה קְרוֹבָה מִפְּנֵי שֶׁאֵינָהּ קְרוֹבָה. הָיוּ שְׁתֵּיהֶן קְרוֹבוֹת, שְׁתֵּיהֶן רְחוֹקוֹת – הָטֵל פְּשָׁרָה בֵּינֵיהֶן, וּמֵעֲלוֹת שָׂכָר זוֹ לָזוֹ.
§ Les Sages ont enseigné: Le verset déclare: « Justice, justice, tu suivras. » Cela enseigne qu’il faut suivre la cour la meilleure et la plus prestigieuse de la génération. Par exemple, suivez Rabbi Eliezer jusqu’à Lod, après Rabban Yoḥanan ben Zakkai jusqu’à Beror Ḥayil.
תָּנוּ רַבָּנַן: ״צֶדֶק צֶדֶק תִּרְדֹּף״ – הַלֵּךְ אַחַר בֵּית דִּין יָפֶה, אַחַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר לְלוֹד, אַחַר רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי לִבְרוּר חַיִל.
Les Sages ont enseigné: Lorsque les autorités gentiles ont publié des décrets interdisant l'observance des mitsvot, les membres des communautés juives ont imaginé des moyens clandestins pour s'indiquer mutuellement l'observance des mitsvot. Par exemple: Si l'on produit le bruit d'une meule dans la ville appelée Burni, cela revient à annoncer: Semaine du fils, semaine du fils, c'est-à-dire qu'il y aura une circoncision. Si l’on allume la lumière d’une lampe dans la ville appelée Beror Ḥayil, cela équivaut à annoncer: Il y a là un festin de noces, il y a là un festin de noces.
תָּנָא: קוֹל רֵיחַיִם בְּבוּרְנִי – שְׁבוּעַ הַבֵּן, שְׁבוּעַ הַבֵּן. אוֹר הַנֵּר בִּבְרוּר חַיִל – מִשְׁתֶּה שָׁם, מִשְׁתֶּה שָׁם.
Les Sages ont enseigné: Le verset déclare: « La justice, la justice, tu la suivras. » Cela enseigne qu'il faut suivre les Sages jusqu'à l'académie où ils se trouvent. Par exemple, suivez Rabbi Eliezer à Lod, après Rabban Yoḥanan ben Zakkai à Beror Ḥayil, après Rabbi Yehoshoua à Peki'in, après Rabban Gamliel à Yavné, après Rabbi Akiva à Bnei Brak, après Rabbi Matya à Rome [Romi], après Rabbi Ḥananya ben Teradyon à Sikhnei, après Rabbi Yossei à Tzippori, après Rabbi Yehouda ben Beteira à Netzivin, après Rabbi Yehoshoua en exil [gola], c'est-à-dire en Babylonie, après Rabbi Yehouda HaNasi à Beit She'arim, et après les Sages au temps du Temple jusqu'à la Chambre de la Pierre de Taille.
תָּנוּ רַבָּנַן: ״צֶדֶק צֶדֶק תִּרְדֹּף״ – הַלֵּךְ אַחַר חֲכָמִים לִישִׁיבָה. אַחַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר לְלוֹד, אַחַר רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי לִבְרוּר חַיִל, אַחַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ לִפְקִיעִין, אַחַר רַבָּן גַּמְלִיאֵל לְיַבְנֶה, אַחַר רַבִּי עֲקִיבָא לִבְנֵי בְרָק, אַחַר רַבִּי מַתְיָא לְרוֹמִי, אַחַר רַבִּי חֲנַנְיָה בֶּן תְּרַדְיוֹן לְסִיכְנִי, אַחַר רַבִּי יוֹסֵי לְצִיפּוֹרִי, אַחַר רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתִירָה לִנְצִיבִין, אַחַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ לַגּוֹלָה, אַחַר רַבִּי לְבֵית שְׁעָרִים, אַחַר חֲכָמִים לְלִשְׁכַּת הַגָּזִית.
§ La Michna enseigne que dans les affaires de droit monétaire, le tribunal ouvre le délibéré soit par une demande d'exonération de l'accusé, soit par une demande de le déclarer responsable. Dans les cas de droit capital, le tribunal ouvre le délibéré par une demande d'acquittement de l'accusé, mais n'ouvre pas le délibéré par une demande de le déclarer responsable. La Guemara demande: Comment dit-on cette étape d’ouverture des délibérations? En d’autres termes, par quelle prétention le tribunal commence-t-il à délibérer? Rav Yehuda a dit: Nous disons ceci aux témoins: qui dit que l'événement s'est produit comme vous l'avez dit? Peut-être avez-vous commis une erreur?
דִּינֵי מָמוֹנוֹת פּוֹתְחִין כּוּ׳. הֵיכִי אָמְרִינַן? אָמַר רַב יְהוּדָה: הָכִי אָמְרִינַן לְהוּ: מִי יֵימַר כִּדְקָאָמְרִיתוּ?
Oula lui dit: Mais en confrontant ainsi les témoins, on les fait taire. Les témoins penseront que le tribunal les soupçonne de mentir et ils ne témoigneront pas. Rav Yehuda lui dit: Et qu'ils se taisent. N'est-ce pas enseigné dans une baraïta (Tosefta 9, 1): Rabbi Shimon ben Eliezer dit: Dans les cas de loi capitale, le tribunal amène les témoins d'un endroit à un autre afin de les confondre et qu'ils rétractent leur témoignage s'ils mentent.
אֲמַר לֵיהּ עוּלָּא: וְהָא חָסְמִינַן לְהוּ? וְלִיחַסְמוּ! מִי לָא תַּנְיָא: רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר, מַסִּיעִין אֶת הָעֵדִים מִמָּקוֹם לְמָקוֹם כְּדֵי שֶׁתִּיטָּרֵף דַּעְתָּן וְיַחְזְרוּ בָּהֶן?