Guémara
Et tout le monde se cachait. Quand le chef percepteur arrivait, le père de Rabbi Zeira lui disait : De qui dois-je demander les impôts ? La ville est à peine peuplée, et on ne devrait lui imposer qu'une faible somme.
וּמִיגַּנְזוּ כּוּלֵּי עָלְמָא. כִּי אָתֵי, אֲמַר לֵיהּ: מִמַּאן נִבְעֵי?
À sa mort, il dit à ceux qui se tenaient autour de son lit : Prenez les treize ma'ot [pièces] attachées dans mon drap et rendez-les à untel, car je les avais prises chez lui mais je n'en avais pas besoin pour payer l'impôt. Il apparaît donc que certains percepteurs craignent D.ieu et ne doivent pas être disqualifiés.
כִּי נִיחָא נַפְשֵׁיהּ, אֲמַר לְהוּ: שְׁקוּלוּ תְּלֵיסַר מָעֵי דְּצַיְירִי לִי בִּסְדִינַאי, וְאַהְדַּרוּ לֵיהּ לִפְלָנְיָא, דִּשְׁקַלְתִּינְהוּ מִינֵּיהּ וְלָא אִיצְטְרִיכוּ לִי.
§ La Michna enseigne que Rabbi Shimon a dit : au départ on les appelait « cueilleurs des produits de la Sheviit » ; une fois que les percepteurs se multiplièrent, on les appela alors « marchands qui font commerce des produits de la Sheviit ».
אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן: בַּתְּחִילָּה הָיוּ קוֹרְאִין אוֹתָן ״אוֹסְפֵי שְׁבִיעִית״.
La Guemara demande : que dit-il ? Qu'enseigne Rabbi Shimon dans cette déclaration ? Rav Yehouda dit : voici ce qu'il dit — au départ les Sages disaient que les cueilleurs des produits de la Sheviit, c'est-à-dire ceux qui en amassent une grande quantité pour eux-mêmes, sont valides pour témoigner, mais que les marchands qui en font commerce sont disqualifiés.
מַאי קָאָמַר? אָמַר רַב יְהוּדָה: הָכִי קָאָמַר, בַּתְּחִילָּה הָיוּ אוֹמְרִים: אוֹסְפֵי שְׁבִיעִית – כְּשֵׁרִין, סוֹחֲרִין – פְּסוּלִין.
Une fois que ceux qui offraient de l'argent aux pauvres pour qu'ils cueillent des produits pour eux se multiplièrent, et que les pauvres allaient cueillir pour ceux qui les avaient engagés et leur apportaient les produits, l'amassage en grande quantité fut considéré comme un commerce. Les Sages dirent alors que les deux catégories — cueilleurs et marchands — sont disqualifiées.
מִשֶּׁרַבּוּ מַמְצִיאֵי מָעוֹת לַעֲנִיִּים, וְאָזְלִי עֲנִיִּים וְאָסְפִי לְהוּ וּמַיְיתוּ, חָזְרוּ לוֹמַר: אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה פְּסוּלִין.
Les enfants du Sage Raḥava eurent une difficulté avec cette explication : selon elle, l'expression « une fois que les percepteurs se multiplièrent » serait inexacte ; la Michna aurait dû dire : « une fois que les marchands se multiplièrent » !
קָשׁוּ בָּהּ בְּנֵי רַחֲבָה: הַאי ״מִשֶּׁרַבּוּ הָאַנָּסִים״? ״מִשֶּׁרַבּוּ הַתַּגָּרִין״ מִיבְּעֵי לֵיהּ!
Plutôt, l'explication de Rabbi Shimon doit être différente : au départ les Sages disaient que les deux catégories sont disqualifiées. Une fois que les percepteurs se multiplièrent, il fut permis de cueillir les produits de la Sheviit. Et quel impôt prélevaient-ils ? L'arnona [impôt lourd sur les biens], prélevé aussi pendant la Sheviit. Comme Rabbi Yannaï a proclamé : Sortez et ensemencez pendant la Sheviit à cause de l'arnona que vous devez payer. Alors les Sages dirent : les cueilleurs sont valides, car ils n'étaient plus considérés comme transgresseurs ; mais les marchands restent disqualifiés.
אֶלָּא, בַּתְּחִילָּה הָיוּ אוֹמְרִים: אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה פְּסוּלִין. מִשֶּׁרַבּוּ הָאַנָּסִין – וּמַאי נִינְהוּ? אַרְנוֹנָא – כִּדְמַכְרִיז רַבִּי יַנַּאי: ״פּוּקוּ וּזְרַעוּ בַּשְּׁבִיעִית מִשּׁוּם אַרְנוֹנָא״. חָזְרוּ לוֹמַר: אוֹסְפִין כְּשֵׁרִין, סוֹחֲרִין פְּסוּלִין.
§ La Guemara relate un incident lié à la Sheviit : Rabbi Ḥiyya bar Zarnokei et Rabbi Shimon ben Yehotzadak allaient intercaler l'année à Asya, car les circonstances ne le permettaient pas en Eretz Israël. Reish Lakish les rencontra et les accompagna. Il dit : j'irai voir comment ils accomplissent l'affaire, c'est-à-dire comment l'intercalation se pratique concrètement.
רַבִּי חִיָּיא בַּר זַרְנוֹקֵי וְרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יְהוֹצָדָק הֲווֹ קָאָזְלִי לְעַבֵּר שָׁנָה בְּעַסְיָא. פְּגַע בְּהוּ רֵישׁ לָקִישׁ, אִיטַּפַּל בַּהֲדַיְיהוּ. אָמַר: אֵיזִיל אִיחְזֵי הֵיכִי עָבְדִי עוֹבָדָא.
Reish Lakish vit un homme labourer un champ. Il dit aux autres Sages : Regardez ce Cohen qui laboure pendant la Sheviit. Ils lui répondirent qu'il pourrait se défendre en disant : je suis un salarié [agiston] dans ce champ, qui appartient à un non-Juif ; c'est donc permis.
חַזְיֵיהּ לְהָהוּא גַּבְרָא דְּקָא כָרֵיב. אָמַר לָהֶן: כֹּהֵן וְחוֹרֵשׁ! אָמְרוּ לוֹ, יָכוֹל לוֹמַר: ״אַגִּיסְטְוָן אֲנִי בְּתוֹכוֹ״.
Reish Lakish vit ensuite un homme tailler des vignes. Il dit : Regardez ce Cohen qui taille des vignes pendant la Sheviit. Ils répondirent qu'il pourrait dire : j'ai besoin des branches pour faire un fagot [ekel] pour mon pressoir à olives. Comme il ne taille pas pour l'agriculture mais pour utiliser les branches, c'est permis. Reish Lakish leur répondit, en jeu de mots : le cœur sait s'il le fait pour un fagot [ekel], ou s'il dit cela par ruse [la'akalkalot].
תּוּ חַזְיֵיהּ לְהָהוּא גַּבְרָא דַּהֲוָה כָּסַח בְּכַרְמֵי. אָמַר לָהֶן: כֹּהֵן וְזָמַר! אָמְרוּ לוֹ: יָכוֹל לוֹמַר ״לְעֵקֶל בֵּית הַבַּד אֲנִי צָרִיךְ״. אָמַר לָהֶם: הַלֵּב יוֹדֵעַ אִם לְעֵקֶל אִם לַעֲקַלְקַלּוֹת.
La Guemara demande : lequel leur dit-il en premier ? Si l'on dit que d'abord il leur dit l'exclamation sur le labour, qu'ils lui répondent aussi pour la taille des vignes qu'il pourrait prétendre être salarié dans le champ ! Plutôt, d'abord il leur dit l'exclamation sur la taille des vignes, et seulement ensuite celle sur le labour.
הֵי אֲמַר לְהוּ בְּרֵישָׁא? אִילֵימָא הָא קַמַּיְיתָא אֲמַר לְהוּ בְּרֵישָׁא, הָא נָמֵי לֵימְרוּ: ״אַגִּיסְטְוָן אֲנִי בְּתוֹכוֹ״! אֶלָּא, הָא אֲמַר לְהוּ בְּרֵישָׁא, וַהֲדַר אֲמַר לְהוּ הָךְ.
La Guemara demande : qu'y a-t-il de particulier au Cohen ? Pourquoi Reish Lakish suppose-t-il que c'est un Cohen ? La Guemara répond : parce que les Cohanim sont soupçonnés de profaner la Sheviit.
מַאי שְׁנָא כֹּהֵן? מִשּׁוּם דַּחֲשִׁידִי אַשְּׁבִיעִית.