Guémara
Quant à celui qui tue un Grand Cohen, ou un Grand Cohen qui a tué une personne — il ne quitte jamais la ville de refuge. On pourrait donc dire qu'un Grand Cohen n'est pas exilé du tout. C'est pourquoi la baraïta ci-dessus nous enseigne qu'il est exilé. La Guemara suggère : pourquoi ne pas dire que la halakha est en effet que le Grand Cohen ne serait pas exilé, puisqu'il ne pourrait pas rentrer chez lui ? La Guemara répond : le verset dit au sujet de la ville de refuge : « Afin que tout meurtrier puisse s'y enfuir » (Devarim 19, 3) — et même un Grand Cohen est inclus dans le terme général « tout ».
הַהוֹרֵג כֹּהֵן גָּדוֹל, אוֹ כֹּהֵן גָּדוֹל שֶׁהָרַג אֶת הַנֶּפֶשׁ – אֵינוֹ יוֹצֵא מִשָּׁם לְעוֹלָם; אֵימָא לָא לִיגְלֵי – קָא מַשְׁמַע לַן. וְאֵימָא הָכִי נָמֵי? אָמַר קְרָא ״לָנוּס שָׁמָּה כׇּל רֹצֵחַ״ – אֲפִילּוּ כֹּהֵן גָּדוֹל בַּמַּשְׁמָע.
La baraïta enseigne qu'un Grand Cohen transgresse une mitsva positive et une interdiction. La Guemara comprend la baraïta comme une déclaration indépendante affirmant que le Grand Cohen doit transgresser une mitsva positive et une interdiction, et demande : n'est-il pas possible qu'il ne transgresse pas une mitsva positive et une interdiction — c'est-à-dire, le Grand Cohen doit-il obligatoirement transgresser une mitsva positive et une interdiction ? La Guemara répond : voici ce que la baraïta dit : ce n'est pas une déclaration indépendante affirmant que le Grand Cohen doit transgresser une mitsva positive et une interdiction ; plutôt, la baraïta enseigne que s'il a transgressé une mitsva positive et une interdiction, alors il est considéré comme un homme ordinaire pour toutes ses halakhot, jugé comme n'importe qui d'autre pour les transgressions courantes.
עוֹבֵר עַל עֲשֵׂה וְעַל לֹא תַעֲשֶׂה. לָא סַגִּי דְּלָא עָבַר? הָכִי קָאָמַר: אִם עָבַר עַל עֲשֵׂה וְעַל לֹא תַעֲשֶׂה, הֲרֵי הוּא כְּהֶדְיוֹט לְכׇל דְּבָרָיו.
La Guemara demande : n'est-ce pas évident ? La Guemara répond : non, car on pourrait se dire : puisque nous avons appris dans la michna (2a) que le tribunal ne juge les affaires impliquant une tribu entière qui a péché, ou un faux prophète, ou un Grand Cohen, que sur la base d'un tribunal de soixante et onze juges — c'est-à-dire le Grand Sanhédrin — et puisque Rav Adda bar Ahava dit que l'expression « toute grande affaire, ils l'apporteront vers toi » (Exode 18, 22) se réfère aux affaires d'une grande personne, le Grand Cohen, qui est jugé devant un tribunal de soixante et onze, on pourrait donc dire que cela signifie toutes les affaires d'une grande personne, y compris les transgressions non capitales. C'est pourquoi la baraïta nous enseigne que pour les transgressions non capitales, il est traité comme un homme ordinaire, et jugé même par un tribunal de trois.
פְּשִׁיטָא! סָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא, הוֹאִיל וּתְנַן: אֵין דָּנִין לֹא אֶת הַשֵּׁבֶט וְלֹא אֶת נְבִיא הַשֶּׁקֶר וְלֹא אֶת כֹּהֵן גָּדוֹל אֶלָּא עַל פִּי בֵּית דִּין שֶׁל שִׁבְעִים וְאֶחָד, וְאָמַר רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה: ״כׇּל הַדָּבָר הַגָּדֹל יָבִיאוּ אֵלֶיךָ״ – דְּבָרָיו שֶׁל גָּדוֹל, אֵימָא כׇּל דְּבָרָיו שֶׁל גָּדוֹל, קָא מַשְׁמַע לַן.
La Guemara suggère : mais pourquoi ne pas dire qu'en effet, la halakha est que toutes les affaires impliquant le Grand Cohen doivent être tranchées devant un tribunal de soixante et onze ? La Guemara rejette cela. Est-il écrit : les affaires d'une grande personne ? Il est écrit : « toute grande affaire » — c'est-à-dire une affaire réellement grave, impliquant une transgression capitale, et non seulement une affaire liée à une grande personne.
וְאֵימָא הָכִי נָמֵי: מִי כְּתִיב דִּבְרֵי גָדוֹל? ״הַדָּבָר הַגָּדֹל״ כְּתִיב, דָּבָר גָּדוֹל מַמָּשׁ.
§ La michna enseigne que le Grand Cohen témoigne devant le tribunal et que d'autres témoignent à son sujet. La Guemara exprime sa surprise : il témoigne ? Mais n'est-il pas enseigné dans une baraïta qu'au sujet du verset : « Tu ne verras pas le bœuf ou la brebis de ton frère errants et les ignoreras [vehitalamta] » (Devarim 22, 1) — l'usage du terme inhabituel « et les ignoreras », au lieu du plus direct « ne les ignore pas », indique qu'il y a des moments où tu ignores les objets perdus et des moments où tu ne les ignores pas. Comment cela se présente-t-il ?
מֵעִיד וּמְעִידִין אוֹתוֹ. מֵעִיד? וְהָתַנְיָא: ״וְהִתְעַלַּמְתָּ״ – פְּעָמִים שֶׁאַתָּה מִתְעַלֵּם, וּפְעָמִים שֶׁאִי אַתָּה מִתְעַלֵּם. הָא כֵּיצַד?
La baraïta répond : si celui qui a trouvé l'objet était un cohen, et que l'objet perdu se trouve dans le cimetière, où les cohanim sont interdits d'entrer ; ou s'il était une personne âgée et qu'il ne convient pas à sa dignité de s'occuper d'un objet perdu de ce genre ; ou si son travail, qu'il devrait suspendre pour s'occuper de l'objet et le rendre, vaut plus que l'objet perdu de l'autre — on pourrait penser qu'il doit néanmoins le rendre. C'est pourquoi, pour ces cas, il est dit : « Et les ignoreras. » Puisqu'une personne distinguée peut ignorer une mitsva qui incombe aux autres si cela ne convient pas à sa dignité, peut-être le Grand Cohen serait-il autorisé à ignorer l'obligation de témoigner, en raison de son honneur.
כֹּהֵן וְהוּא בְּבֵית הַקְּבָרוֹת, זָקֵן וְאֵינָהּ לְפִי כְּבוֹדוֹ, אוֹ שֶׁהָיְתָה מְלָאכָה שֶׁלּוֹ מְרוּבָּה מִשֶּׁל חֲבֵירוֹ – לְכָךְ נֶאֱמַר ״וְהִתְעַלַּמְתָּ״.
Rav Yossef dit : un Grand Cohen témoigne seulement au sujet d'un roi, car un tel témoignage ne compromettrait pas sa dignité. La Guemara objecte : mais n'avons-nous pas appris dans la michna ci-dessus que le roi ne juge pas et n'est pas jugé, et qu'il ne témoigne pas et que d'autres ne témoignent pas à son sujet ? Plutôt, Rabbi Zeira dit : le sens de la déclaration de Rav Yossef est qu'un Grand Cohen témoigne au sujet du fils d'un roi. La Guemara objecte : le fils d'un roi est un homme ordinaire, sans statut particulier en halakha — il ne convient donc pas à la dignité du Grand Cohen de témoigner à son sujet.
אָמַר רַב יוֹסֵף: מֵעִיד לַמֶּלֶךְ. וְהָתְנַן: לֹא דָּן וְלֹא דָּנִין אוֹתוֹ, לֹא מֵעִיד וְלֹא מְעִידִין אוֹתוֹ? אֶלָּא אָמַר רַבִּי זֵירָא: מֵעִיד לְבֶן מֶלֶךְ. בֶּן מֶלֶךְ הֶדְיוֹט הוּא!
Plutôt, le sens de la déclaration de Rav Yossef est qu'il témoigne devant le roi — et il ne convient pas à la dignité du Grand Cohen de témoigner si le roi préside comme juge. La Guemara objecte : mais n'avons-nous pas appris dans une baraïta (Tosefta 2, 8) qu'un roi n'est pas assis au Sanhédrin ? La Guemara explique : Rav Yossef fait référence à un arrangement spécial : par respect pour l'honneur du Grand Cohen, le roi vient et s'assoit comme l'un des juges ; on reçoit son témoignage ; il se lève et part ; et nous délibérons sur l'affaire.
אֶלָּא, מֵעִיד בִּפְנֵי הַמֶּלֶךְ. וְהָא אֵין מוֹשִׁיבִין מֶלֶךְ בְּסַנְהֶדְרִין! מִשּׁוּם יְקָרָא דְּכֹהֵן גָּדוֹל אֲתָא וְיָתֵיב. מְקַבְּלִי נִיהֲלֵיהּ לְסָהֲדוּתֵיהּ, קָאֵי הוּא וְאָזֵיל, וּמְעַיְּינִינָא לֵיהּ אֲנַן בְּדִינֵיהּ.
§ Ayant mentionné cette baraïta, la Guemara se tourne vers le sujet lui-même : un roi n'est pas assis au Sanhédrin, et ni un roi ni un Grand Cohen ne siègent dans un tribunal chargé d'intercaler l'année. La Guemara explique : quant à un roi au Sanhédrin, la source est ce qui est écrit : « Tu ne répondras pas dans une cause [riv] » (Exode 23, 2), qu'on explique ainsi : ne réponds pas à une grande personne [rav]. Celui dont la stature ferait peur aux autres juges de le contredire ne peut donc pas être nommé au Sanhédrin.
גּוּפָא: אֵין מוֹשִׁיבִין מֶלֶךְ בַּסַּנְהֶדְרִין, וְלֹא מֶלֶךְ וְכֹהֵן גָּדוֹל בְּעִיבּוּר שָׁנָה. מֶלֶךְ בַּסַּנְהֶדְרִין – דִּכְתִיב: ״לֹא תַעֲנֶה עַל רִב״ – לֹא תַעֲנֶה עַל רַב.
La Guemara poursuit son explication de la baraïta : ni un roi ni un Grand Cohen ne siègent dans un tribunal chargé d'intercaler l'année. Un roi ne sert pas de juge dans cette affaire à cause de la solde des soldats [afsaniya] : il distribue de l'argent à ses troupes pour l'année, et il lui convient que toutes les années soient intercalées. Un Grand Cohen ne sert pas de juge dans cette affaire à cause du froid [tsina] : si un mois est ajouté au calendrier, le Grand Cohen devra effectuer ses immersions de Yom Kippour et marcher pieds nus sur le sol du Temple plus profondément dans le froid de l'automne — il aura donc lui aussi un intérêt personnel à ne pas ajouter un mois.
לֹא מֶלֶךְ וְכֹהֵן גָּדוֹל בְּעִיבּוּר שָׁנָה. מֶלֶךְ – מִשּׁוּם אַפְסַנְיָא, כֹּהֵן גָּדוֹל – מִשּׁוּם צִינָּה.
Rav Pappa dit : apprends de la règle concernant le Grand Cohen que le temps de l'année suit les mois — c'est-à-dire que les changements de saisons correspondent à la séquence des mois du calendrier standard, non intercalé. Le Grand Cohen ne voudrait pas que l'année soit intercalée, car alors le froid de Mar'heshvan se produirait pendant Tishri. La Guemara demande : est-ce bien ainsi ? Mais cela n'est-il pas contredit par l'incident de ces trois bouviers qui se tenaient là, et dont les Sages entendirent dire diverses choses sur les signes annuels du temps ?
אָמַר רַב פָּפָּא: שְׁמַע מִינַּהּ, שַׁתָּא בָּתַר יַרְחָא אָזֵיל. אִינִי? וְהָא הָנָךְ שְׁלֹשָׁה רוֹעֵי בָקָר דַּהֲווֹ קָיְימִי, וְשַׁמְעִינְהוּ רַבָּנַן דְּקָאָמְרִי:
L'un d'eux dit : si les premiers grains [bakhir] et les grains tardifs [lakish] germent en même temps, c'est Adar ; sinon, ce n'est pas encore Adar mais encore Shevat. Et l'un d'eux dit : si un bœuf meurt le matin dans la neige, indiquant qu'il fait encore très froid, et à midi à l'ombre d'un figuier il dort, se frottant contre lui pour se débarrasser de sa peau à cause de la chaleur, c'est Adar ; sinon, ce n'est pas Adar. Et l'un d'eux dit : s'il y a un vent d'est très fort, qui est froid, et pourtant l'air chaud que tu souffles avec ta mâchoire sort vers lui et surmonte son effet, c'est Adar ; sinon, ce n'est pas Adar. Et comme ces signes ne s'étaient pas encore produits, les Sages intercalèrent le calendrier cette année-là.
חַד אָמַר: אִם בַּכִּיר וְלַקִּישׁ כַּחֲדָא יֵינֵץ – דֵּין הוּא אֲדָר, וְאִם לָאו – לֵית דֵּין אֲדָר. וְחַד אָמַר: אִם תּוֹר בִּצְפַר בִּתְלַג יְמוּת, וּבְטִיהֲרָא בְּטוּל תְּאֵינָה יִדְמוֹךְ יַשְׁלַח מַשְׁכֵּיהּ – דֵּין הוּא אֲדָר, וְאִם לָאו – לֵית דֵּין אֲדָר. וְחַד אָמַר: אִם קִידּוּם תַּקִּיף לַחֲדָא יְהֵא, יִפַּח בְּלוֹעָךְ נָפֵיק לְקִיבְלֵיהּ – דֵּין הוּא אֲדָר, וְאִם לָאו – לֵית דֵּין אֲדָר. וְעַבְּרוּהָ רַבָּנַן לְהַהִיא שַׁתָּא.