Guémara
GUEMARA : La Guemara cite des exemples de versets qui ne peuvent pas être employés dans les prières de Roch Hachana parce qu'ils traitent du châtiment. Concernant les versets de Royauté [Malkhouyot], par exemple : « Par Ma vie, dit le Seigneur D.ieu, c'est avec une main forte, un bras étendu et une fureur déversée que Je régnerai sur vous » (Ye'hezkel 20, 33). Et bien que Rav Na'hman ait dit à propos de ce verset : « Quant à toute colère semblable à celle-ci, que le Saint, béni soit-Il, déverse cette colère sur nous et qu'Il nous délivre [si tel est le processus nécessaire à la délivrance] » — puisque le verset a été énoncé dans la colère, il n'est pas retenu, car on ne mentionne pas la colère à Roch Hachana.
גְּמָ׳ מַלְכִיּוֹת, כְּגוֹן: ״חַי אָנִי נְאֻם ה׳ [אֱלֹהִים] אִם לֹא בְּיָד חֲזָקָה וּבִזְרוֹעַ נְטוּיָה וּבְחֵמָה שְׁפוּכָה אֶמְלוֹךְ עֲלֵיכֶם״, וְאַף עַל גַּב דְּאָמַר רַב נַחְמָן: כֹּל כִּי הַאי רִיתְחָא לִירְתַּח קוּדְשָׁא בְּרִיךְ הוּא עֲלַן וְלִיפְרוֹקִינַן, כֵּיוָן דִּבְרִיתְחָא אֲמוּר — אַדְכּוֹרֵי רִיתְחָא בְּרֵישׁ שַׁתָּא לָא מַדְכְּרִינַן.
De même, les versets de Souvenir [Zikhronot] qui parlent d'un châtiment ne peuvent pas être employés dans les prières de Roch Hachana, par exemple : « Il se souvint qu'ils n'étaient que chair, un souffle qui passe et ne revient pas » (Tehilim 78, 39). Ni les versets de Chofar [Chofarot] qui évoquent une calamité, par exemple : « Sonnez du chofar à Guiva, et de la trompette à Rama ; sonnez l'alarme à Beth-Aven, derrière toi, ô Binyamin » (Hochéa 5, 8).
זִכָּרוֹן — כְּגוֹן: ״וַיִּזְכּוֹר כִּי בָשָׂר הֵמָּה וְגוֹ׳״ שׁוֹפָר — כְּגוֹן: ״תִּקְעוּ שׁוֹפָר בַּגִּבְעָה וְגוֹ׳״.
La Guemara nuance l'enseignement de la Michna. Cependant, si l'on vient à réciter des versets de Royauté, de Souvenir et de Chofar ayant pour thème le châtiment des nations [non juives], on peut les réciter. La Guemara donne des exemples de ces versets : pour la Royauté, par exemple : « Le Seigneur règne, que les peuples tremblent » (Tehilim 99, 1), et par exemple : « Le Seigneur est Roi à tout jamais ; les nations ont disparu de Sa terre » (Tehilim 10, 16). Pour le Souvenir, par exemple : « Souviens-Toi, ô Seigneur, contre les enfants d'Édom, du jour de Jérusalem, eux qui disaient : Rasez-la, rasez-la jusqu'à ses fondations » (Tehilim 137, 7). Pour les versets de Chofar, par exemple : « Et le Seigneur D.ieu sonnera du chofar, et s'avancera dans les tourbillons du sud » (Zekharia 9, 14), et il est écrit : « Le Seigneur des armées les protégera » (Zekharia 9, 15) — c'est-à-dire que D.ieu protégera le peuple juif contre ses ennemis.
אֲבָל אִם בָּא לוֹמַר מַלְכוּת זִכָּרוֹן וְשׁוֹפָר שֶׁל פּוּרְעָנוּת שֶׁל נׇכְרִים, אוֹמֵר. מַלְכוּת — כְּגוֹן: ״ה׳ מָלָךְ יִרְגְּזוּ עַמִּים, וּכְגוֹן: ״ה׳ מֶלֶךְ עוֹלָם וָעֶד אָבְדוּ גוֹיִם מֵאַרְצוֹ״. זִכָּרוֹן — כְּגוֹן: ״זְכוֹר ה׳ לִבְנֵי אֱדוֹם וְגוֹ׳״. שׁוֹפָר — כְּגוֹן: ״וַה׳ אֱלֹהִים בַּשּׁוֹפָר יִתְקָע וְהָלַךְ בְּסַעֲרוֹת תֵּימָן״, וּכְתִיב: ״ה׳ צְבָאוֹת יָגֵן עֲלֵיהֶם״.
La Guemara énonce : on ne récite pas un verset traitant du souvenir d'un individu, même s'il est favorable, par exemple : « Souviens-Toi de moi, ô Seigneur, dans Ta bienveillance envers Ton peuple » (Tehilim 106, 4), et par exemple : « Souviens-Toi de moi, mon D.ieu, en bien » (Ne'hémia 5, 19).
אֵין מַזְכִּירִין זִכָּרוֹן שֶׁל יָחִיד, וַאֲפִילּוּ לְטוֹבָה, כְּגוֹן: ״זׇכְרֵנִי ה׳ בִּרְצוֹן עַמֶּךָ״, וּכְגוֹן: ״זׇכְרָה לִּי אֱלֹהַי לְטוֹבָה״.
Les versets qui mentionnent les visitations de D.ieu [pikdonot] sont équivalents aux versets de Souvenir [zikhronot], et l'on peut donc les compter parmi les dix versets [requis]. Par exemple : « Et le Seigneur visita [pakad] Sarah » (Béréchit 21, 1), et par exemple : « J'ai assurément pris garde à vous [pakod pakadeti] » (Chemot 3, 16). Telle est l'opinion de Rabbi Yossi. Rabbi Yehouda dit : ils ne sont pas équivalents aux versets de Souvenir.
פִּקְדוֹנוֹת — הֲרֵי הֵן כְּזִכְרוֹנוֹת, כְּגוֹן: ״וַה׳ פָּקַד אֶת שָׂרָה״, וּכְגוֹן: ״פָּקוֹד פָּקַדְתִּי אֶתְכֶם״, דִּבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אֵינָן כְּזִכְרוֹנוֹת.
La Guemara demande : et selon l'opinion de Rabbi Yossi, bien que les versets parlant de D.ieu visitant l'homme soient équivalents aux versets de Souvenir, il cite le verset suivant comme exemple : « Et le Seigneur visita Sarah » — or il s'agit de la visitation d'un individu ! [Réponse :] Bien qu'il ait été dit plus haut qu'un souvenir doit se rapporter à la collectivité, puisque de nombreux descendants sont issus d'elle — Sarah étant la mère du peuple juif — elle est considérée comme une multitude. Ce verset traite donc en fait du souvenir du peuple juif tout entier.
וּלְרַבִּי יוֹסֵי נְהִי נָמֵי דְּפִקְדוֹנוֹת הֲרֵי הֵן כְּזִכְרוֹנוֹת, ״וַה׳ פָּקַד אֶת שָׂרָה״ — פִּקָּדוֹן דְּיָחִיד הוּא! כֵּיוָן דְּאָתוּ רַבִּים מִינַּהּ — כְּרַבִּים דָּמְיָא.
La Guemara examine plusieurs versets des Tehilim. « Élevez vos têtes, ô portes ! Élevez-vous, portails éternels, et que le Roi de gloire entre. Qui est ce Roi de gloire ? Le Seigneur, fort et puissant, le Seigneur, puissant dans la bataille » (Tehilim 24, 7-8). Le psaume poursuit : « Élevez vos têtes, ô portes ! Élevez-les, portails éternels, et que le Roi de gloire entre. Qui donc est ce Roi de gloire ? Le Seigneur des armées, c'est Lui le Roi de gloire, Séla » (Tehilim 24, 9-10). La première section est comptée pour deux versets de Royauté, car le terme « roi » y est mentionné deux fois, tandis que la seconde section est comptée pour trois versets de Royauté ; telle est l'opinion de Rabbi Yossi.
״שְׂאוּ שְׁעָרִים רָאשֵׁיכֶם וְהִנָּשְׂאוּ פִּתְחֵי עוֹלָם וְיָבוֹא מֶלֶךְ הַכָּבוֹד. מִי זֶה מֶלֶךְ הַכָּבוֹד ה׳ עִזּוּז וְגִבּוֹר ה׳ גִּבּוֹר מִלְחָמָה. שְׂאוּ שְׁעָרִים רָאשֵׁיכֶם וּשְׂאוּ פִּתְחֵי עוֹלָם וְיָבֹא מֶלֶךְ הַכָּבוֹד. מִי הוּא זֶה מֶלֶךְ הַכָּבוֹד ה׳ צְבָאוֹת הוּא מֶלֶךְ הַכָּבוֹד סֶלָה״. רִאשׁוֹנָה — שְׁתַּיִם, שְׁנִיָּה — שָׁלֹשׁ, דִּבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי.
Rabbi Yehouda dit : la première section n'est comptée que pour un seul verset de Royauté, car la question « Qui est ce Roi de gloire ? » n'est pas considérée comme un verset de Royauté. Par le même raisonnement, la seconde section n'est comptée que pour deux versets de Royauté.
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: רִאשׁוֹנָה — אַחַת, שְׁנִיָּה — שְׁתַּיִם.
De même, la Guemara examine les versets suivants : « Chantez à D.ieu, chantez ; chantez à notre Roi, chantez. Car D.ieu est le Roi de toute la terre ; chantez un cantique inspiré » (Tehilim 47, 7-8). Ils sont comptés pour deux versets de Royauté ; telle est l'opinion de Rabbi Yossi. Rabbi Yehouda dit : ils ne comptent que pour un seul verset de Royauté, car l'expression « Chantez à notre Roi » se rapporte à D.ieu en tant que Roi du peuple juif, et non en tant que Roi du monde entier. Et tous deux s'accordent au sujet du verset : « D.ieu règne sur les nations, D.ieu siège sur Son trône sacré » (Tehilim 47, 9), pour dire qu'il n'est considéré que comme un seul verset de Royauté, car l'expression « siège sur Son trône sacré » ne désigne pas explicitement D.ieu comme Roi.
״זַמְּרוּ אֱלֹהִים זַמֵּרוּ זַמְּרוּ לְמַלְכֵּנוּ זַמֵּרוּ. כִּי מֶלֶךְ כׇּל הָאָרֶץ אֱלֹהִים״ — שְׁתַּיִם, דִּבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אַחַת. וְשָׁוִין בְּ״מָלַךְ אֱלֹהִים עַל גּוֹיִם אֱלֹהִים יָשַׁב עַל כִּסֵּא קׇדְשׁוֹ״, שֶׁהִיא אַחַת.
Concernant un verset de Souvenir qui comporte aussi une mention de la sonnerie du chofar, par exemple : « Un repos solennel, un mémorial de sonneries [téroua], une sainte convocation » (Vayikra 23, 24), on peut le réciter avec les versets de Souvenir, et on peut aussi le réciter avec les versets de Chofar ; telle est l'opinion de Rabbi Yossi. Rabbi Yehouda dit : on ne le récite qu'avec les versets de Souvenir seulement, car il ne mentionne pas explicitement un chofar.
זִכְרוֹן שֶׁיֵּשׁ בּוֹ תְּרוּעָה — כְּגוֹן: ״שַׁבָּתוֹן זִכְרוֹן תְּרוּעָה מִקְרָא קֹדֶשׁ״ — אוֹמְרָהּ עִם הַזִּכְרוֹנוֹת וְאוֹמְרָהּ עִם הַשּׁוֹפָרוֹת, דִּבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אֵינוֹ אוֹמְרָהּ אֶלָּא עִם הַזִּכְרוֹנוֹת בִּלְבָד.
Concernant un verset de Royauté qui comporte aussi une mention de la sonnerie du chofar, par exemple : « Le Seigneur son D.ieu est avec lui, et l'acclamation [téroua] du Roi est en lui » (Bamidbar 23, 21), on peut le réciter avec les versets de Royauté, et on peut aussi le réciter avec les versets de Chofar ; telle est l'opinion de Rabbi Yossi. Rabbi Yehouda dit : on ne le récite qu'avec les versets de Royauté.
מַלְכוּת שֶׁיֵּשׁ עִמּוֹ תְּרוּעָה — כְּגוֹן: ״ה׳ אֱלֹהָיו עִמּוֹ וּתְרוּעַת מֶלֶךְ בּוֹ״ — אוֹמְרָהּ עִם הַמַּלְכִיּוֹת וְאוֹמְרָהּ עִם הַשּׁוֹפָרוֹת, דִּבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אֵינוֹ אוֹמְרָהּ אֶלָּא עִם הַמַּלְכִיּוֹת בִּלְבָד.
Concernant un verset qui mentionne la sonnerie du chofar et qui ne comporte rien d'autre — c'est-à-dire aucune mention de Souvenir, de Royauté, ni d'un chofar proprement dit — par exemple : « Ce sera pour vous un jour de sonnerie [téroua] » (Bamidbar 29, 1), on peut le réciter avec les versets de Chofar ; telle est l'opinion de Rabbi Yossi. Rabbi Yehouda dit : on ne le récite pas du tout, car il ne contient aucune mention explicite d'un chofar.
תְּרוּעָה שֶׁאֵין עִמָּהּ לֹא כְּלוּם — כְּגוֹן: ״יוֹם תְּרוּעָה יִהְיֶה לָכֶם״ — אוֹמְרָהּ עִם הַשּׁוֹפָרוֹת, דִּבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אֵינוֹ אוֹמְרָהּ כׇּל עִיקָּר.