[… si le Sanhédrin a vu quelqu'un tuer une personne,] certains d'entre eux sont rendus témoins et témoignent devant les autres, et certains deviennent juges dans l'affaire ; telle est la parole de Rabbi Tarfon. Rabbi Akiva dit : tous sont rendus témoins, et un témoin ne peut devenir juge. Il semble donc que la Michna contredise l'opinion de Rabbi Akiva.
מִקְצָתָן נַעֲשׂוּ עֵדִים וּמִקְצָתָן נַעֲשׂוּ דַּיָּינִין, דִּבְרֵי רַבִּי טַרְפוֹן. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: כּוּלָּן נַעֲשִׂין עֵדִים, וְאֵין עֵד נַעֲשֶׂה דַּיָּין.
La Guemara rejette cet argument : tu peux même dire que la Michna a été enseignée conformément à l'opinion de Rabbi Akiva, mais il faut distinguer les cas. Rabbi Akiva n'énonce sa position là-bas qu'à propos des affaires capitales, car le Miséricordieux dit : « Et l'assemblée jugera… et l'assemblée sauvera » (Bamidbar 35, 24-25), ce qui impose au tribunal de chercher des motifs d'acquitter l'accusé ; or, une fois qu'ils l'ont eux-mêmes vu tuer une personne, ils seront incapables de trouver des motifs de l'acquitter. Mais ici, à propos de l'observation de la nouvelle lune, même Rabbi Akiva concède qu'un témoin peut être rendu juge.
אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבִּי עֲקִיבָא, עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי עֲקִיבָא הָתָם אֶלָּא בְּדִינֵי נְפָשׁוֹת, דְּרַחֲמָנָא אָמַר: ״וְשָׁפְטוּ הָעֵדָה״ ״וְהִצִּילוּ הָעֵדָה״, וְכֵיוָן דְחַזְיוּהוּ דִּקְטַל נַפְשָׁא לָא מָצוּ חָזוּ לֵיהּ זְכוּתָא. אֲבָל הָכָא — אֲפִילּוּ רַבִּי עֲקִיבָא מוֹדֶה.
Mishna 1
MICHNA : [La Michna commence à traiter de la mitsva principale de Roch Hachana : la sonnerie du chofar.] Tous les chofarot sont aptes à être sonnés, sauf celui [la corne] d'une vache, parce que c'est une corne [kéren] et non un chofar. Rabbi Yossi dit : mais tous les chofarot ne sont-ils pas appelés « corne » [kéren], comme il est dit : « Et il arrivera que, lorsqu'ils sonneront longuement de la corne [kéren] du bélier [yovel]… » (Yehochoua 6, 5) — et la corne d'un bélier est un chofar apte à être sonné à Roch Hachana ?
מַתְנִי׳ כׇּל הַשּׁוֹפָרוֹת כְּשֵׁרִים, חוּץ מִשֶּׁל פָּרָה — מִפְּנֵי שֶׁהוּא קֶרֶן. אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: וַהֲלֹא כׇּל הַשּׁוֹפָרוֹת נִקְרְאוּ קֶרֶן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בִּמְשׁוֹךְ בְּקֶרֶן הַיּוֹבֵל״.(משנה)
Guémara
GUEMARA : Rabbi Yossi parle bien, c'est-à-dire qu'il présente un argument convaincant. Pourquoi les Rabbanan ne l'acceptent-ils pas ? La Guemara explique que les Rabbanan répliquent à l'argument de Rabbi Yossi ainsi : en effet, tous les autres chofarot sont appelés « chofar » et sont aussi appelés « kéren », mais celle d'une vache est appelée « kéren » et n'est pas appelée « chofar », comme il est écrit : « Son taureau premier-né, à lui la majesté, et ses cornes [karnav] sont les cornes [karné] du re'em (buffle sauvage) » (Devarim 33, 17). Il est donc clair que les cornes d'un taureau sont appelées « kéren », et nulle part elles ne sont appelées « chofar ».
גְּמָ׳ שַׁפִּיר קָאָמַר רַבִּי יוֹסֵי וְרַבָּנַן: כׇּל הַשּׁוֹפָרוֹת אִקְּרוֹ שׁוֹפָר וְאִקְּרוֹ קֶרֶן. דְּפָרָה — קֶרֶן אִקְּרִי, שׁוֹפָר לָא אִקְּרִי, דִּכְתִיב: ״בְּכוֹר שׁוֹרוֹ הָדָר לוֹ וְקַרְנֵי רְאֵם קַרְנָיו״.
Et comment Rabbi Yossi répliquerait-il à cet argument ? Il aurait pu te dire : les cornes d'une vache sont aussi appelées « chofar », comme il est écrit : « Et cela plaira à l'Éternel plus qu'un bœuf-taureau [chor par] qui a cornes et sabots » (Tehilim 69, 32). La formulation du verset est étrange : si c'est un bœuf [chor], pourquoi est-il aussi appelé taureau [par] ? Et si c'est un taureau [par], pourquoi est-il appelé bœuf [chor] ? Plutôt, quel est le sens de « chor par » ? Ces deux mots doivent se lire comme s'ils n'en formaient qu'un seul : « plus qu'un chofar » [miChofar]. Selon cette lecture, même la corne d'une vache est appelée « chofar ».
וְרַבִּי יוֹסֵי אָמַר לָךְ: דְּפָרָה נָמֵי אִקְּרִי שׁוֹפָר, דִּכְתִיב: ״וְתִיטַב לַה׳ מִשּׁוֹר פָּר״, אִם שׁוֹר — לָמָּה פָּר, וְאִם פָּר — לָמָּה שׁוֹר? אֶלָּא: מַאי ״שׁוֹר פָּר״ — מִשּׁוֹפָר.
Et comment les Rabbanan expliquent-ils la difficulté de ce verset ? Ils l'expliquent comme l'a expliqué Rav Matna, car Rav Matna a dit : quel est le sens de « chor par » ? Un bœuf [chor] aussi grand qu'un taureau [par] — car l'animal est appelé chor dès sa naissance, mais n'est appelé par qu'à partir de l'âge de trois ans.
וְרַבָּנַן? כִּדְרַב מַתְנָה. דְּאָמַר רַב מַתְנָה: מַאי ״שׁוֹר פָּר״ — שֶׁהוּא גָּדוֹל כְּפַר.
Oulla dit : telle est la raison des Rabbanan, qui disent que la corne d'une vache est impropre à être sonnée à Roch Hachana. Ils disent cela conformément à l'opinion de Rav 'Hisda, car Rav 'Hisda a dit : pour quelle raison le Cohen Gadol n'entre-t-il pas dans le sanctuaire le plus intérieur, le Saint des Saints, avec ses habits d'or pour y accomplir le service le jour de Yom Kippour ? C'est parce qu'un accusateur [katégor] ne peut devenir défenseur [sanégor]. Puisque le peuple juif a commis le péché de l'adoration du Veau d'or, le Cohen Gadol ne peut entrer dans le Saint des Saints pour expier en faveur du peuple juif en portant des habits d'or, car ils rappelleraient ce péché.
עוּלָּא אָמַר: הַיְינוּ טַעְמָא דְּרַבָּנַן, כִּדְרַב חִסְדָּא. דְּאָמַר רַב חִסְדָּא: מִפְּנֵי מָה אֵין כֹּהֵן גָּדוֹל נִכְנָס בְּבִגְדֵי זָהָב לִפְנַי וְלִפְנִים לַעֲבוֹד עֲבוֹדָה — לְפִי שֶׁאֵין קָטֵיגוֹר נַעֲשָׂה סָנֵיגוֹר.
La Guemara demande : et ne [l'utilise-t-on] pas [d'or dérivé d'un bovin dans le Saint des Saints] ? Mais il y a le sang du taureau qu'on y apporte pour l'asperger le jour de Yom Kippour, bien que le peuple juif ait péché avec un veau ! La Guemara répond : puisqu'il a changé, c'est-à-dire que ce n'est pas le taureau lui-même mais seulement son sang, alors il a changé, c'est-à-dire qu'il ne rappelle pas le péché du Veau d'or.
וְלָא? וְהָא אִיכָּא דָּם פַּר! הוֹאִיל וְאִשְׁתַּנִּי — אִשְׁתַּנִּי.
La Guemara soulève une autre difficulté : mais il y a l'Arche, le couvercle de l'Arche (kapporet) et les chérubins, tous plaqués d'or ! Si cela posait problème, pourquoi sont-ils dans le Saint des Saints ? La Guemara explique : ce que nous disons, c'est qu'un pécheur qui cherche l'expiation ne doit pas apporter dans le Saint des Saints un objet fait d'or, car cela rappellerait le péché du Veau d'or.
וְהָא אִיכָּא אָרוֹן וְכַפּוֹרֶת וּכְרוּב! חוֹטֵא בַּל יַקְרִיב קָאָמְרִינַן.
La Guemara demande encore : mais il y a la coupe (kaf) et l'encensoir (ma'hta) que l'on apporte dans le Saint des Saints, et ils sont faits d'or ! La Guemara répond : ce que nous disons, c'est qu'un pécheur qui cherche l'expiation ne doit pas se parer d'ornements d'or.
וְהָא אִיכָּא כַּף וּמַחְתָּה! חוֹטֵא בַּל יִתְנָאֶה קָא אָמְרִינַן.
La Guemara soulève encore une question : mais il y a les habits d'or que le Cohen Gadol porte à l'extérieur du Saint des Saints ! La Guemara répond : ce que nous disons, c'est qu'un pécheur ne doit pas se parer d'or à l'intérieur du Saint des Saints, mais à l'extérieur il n'y a pas de souci. La Guemara poursuit cette ligne de questionnement : s'il en est ainsi, le chofar est lui aussi à l'extérieur, puisqu'il n'est pas apporté dans le Saint des Saints ! La Guemara répond : puisque le chofar est sonné pour évoquer le souvenir [du peuple] devant D.ieu, il est considéré comme s'il était sonné à l'intérieur du Saint des Saints.
וְהָא אִיכָּא בִּגְדֵי זָהָב מִבַּחוּץ! מִבִּפְנִים קָא אָמְרִינַן. שׁוֹפָר נָמֵי מִבַּחוּץ הוּא! כֵּיוָן דִּלְזִכָּרוֹן הוּא — כְּבִפְנִים דָּמֵי.
La Guemara demande : est-ce bien là la raison pour laquelle les Rabbanan disqualifient l'usage de la corne d'une vache ? Mais le Tana a enseigné : la corne d'une vache ne peut être utilisée « parce que c'est une kéren » ! La Guemara répond : le Tana a énoncé une raison, puis une autre. Une raison est qu'un accusateur ne peut devenir défenseur ; et une autre est parce que c'est une kéren et non un chofar.
וְהָא תַּנָּא ״מִפְּנֵי שֶׁהוּא קֶרֶן״ קָאָמַר! חֲדָא וְעוֹד קָאָמַר: חֲדָא — דְּאֵין קָטֵיגוֹר נַעֲשָׂה סָנֵיגוֹר, וְעוֹד — מִפְּנֵי שֶׁהוּא קֶרֶן.