[…on peut confectionner] un candélabre de cinq, de six ou de huit branches. Mais on ne fera pas un candélabre de sept branches, même en le confectionnant à partir d'autres sortes de métaux que l'or, car en cas de nécessité le candélabre du Temple peut être confectionné à partir d'autres métaux. Rabbi Yossi bar Yehouda dit : on ne fera pas non plus un candélabre de bois, à la manière dont le confectionnèrent les rois de la dynastie hasmonéenne. Lorsqu'ils purifièrent le Temple pour la première fois, ils durent confectionner le candélabre en bois, car aucun autre matériau n'était disponible. Et puisque ce candélabre est apte au Temple, il est interdit d'en confectionner un de ce genre pour soi-même.
שֶׁל חֲמִשָּׁה וְשֶׁל שִׁשָּׁה וְשֶׁל שְׁמוֹנָה. וְשֶׁל שִׁבְעָה — לֹא יַעֲשֶׂה, אֲפִילּוּ שֶׁל שְׁאָר מִינֵי מַתָּכוֹת. רַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה אוֹמֵר: אַף שֶׁל עֵץ לֹא יַעֲשֶׂה, כְּדֶרֶךְ שֶׁעָשׂוּ מַלְכֵי בֵּית חַשְׁמוֹנַאי.
Les [autres] Sages lui répondirent : est-ce de là que tu veux tirer une preuve ?! Là, les branches du candélabre étaient faites de broches [chippoudin] de fer, et on les recouvrit d'étain. Plus tard, lorsqu'ils s'enrichirent et purent s'offrir un candélabre d'un matériau de meilleure qualité, ils les firent d'argent. Et lorsqu'ils s'enrichirent davantage, ils les firent d'or. [Abayé prouve néanmoins de cette baraïta que l'interdit de façonner une image ne s'applique qu'aux objets que l'on peut reconstituer fidèlement. Comme cela n'est pas possible dans le cas de la lune, les formes de Rabban Gamliel étaient permises.]
אָמְרוּ לוֹ: מִשָּׁם רְאָיָיה?! שַׁפּוּדִין שֶׁל בַּרְזֶל הָיוּ וְחִיפּוּם בְּבַעַץ. הֶעֱשִׁירוּ — עֲשָׂאוּם שֶׁל כֶּסֶף, חָזְרוּ הֶעֱשִׁירוּ — עֲשָׂאוּם שֶׁל זָהָב.
La Guemara demande : et est-il vraiment permis de façonner des images de ces serviteurs [célestes] dont il est impossible de reproduire la ressemblance ? N'a-t-on pas enseigné dans une baraïta que le verset : « Vous ne ferez pas [d'effigies de ce qui est] auprès de Moi : des dieux d'argent » (Chemot 20, 19) vient enseigner : vous ne ferez pas d'images de Mes serviteurs qui Me servent en haut ? Apparemment, cela inclut le soleil et la lune. Abayé dit : cela n'inclut pas le soleil et la lune, car la Torah n'a interdit que de façonner une image des quatre faces des créatures du Char céleste [Merkava] ensemble (voir Ye'hezkel, chapitre 1). En revanche, toutes les autres images, qui ne sont pas à la ressemblance des anges serviteurs, sont permises.
וְשַׁמָּשִׁין שֶׁאִי אֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹת כְּמוֹתָן מִי שְׁרֵי? וְהָתַנְיָא: ״לֹא תַעֲשׂוּן אִתִּי״ — לֹא תַּעֲשׂוּן כִּדְמוּת שַׁמָּשַׁיי הַמְשַׁמְּשִׁין לְפָנַי בַּמָּרוֹם! אָמַר אַבָּיֵי: לֹא אָסְרָה תּוֹרָה אֶלָּא דְּמוּת אַרְבָּעָה פָּנִים בַּהֲדֵי הֲדָדֵי.
La Guemara soulève une difficulté : mais s'il en est ainsi, que le fait de façonner l'image d'un visage humain [partsouf] seul soit permis ! Pourquoi alors a-t-on enseigné dans une baraïta : tous les visages sont permis à des fins ornementales, sauf le visage humain ? Rav Houna, fils de Rav Idi, dit : du cours d'Abayé j'ai entendu qu'il y a une autre raison pour laquelle on ne peut façonner l'image d'un visage humain, car le verset dit : « Vous ne ferez pas auprès de Moi [iti] » (Chemot 20, 19). On peut le lire ainsi : « vous ne Me ferez pas [oti] ». Puisque l'homme est créé à l'image de D.ieu, il est interdit de façonner l'image d'un être humain.
אֶלָּא מֵעַתָּה פַּרְצוּף אָדָם לְחוֹדֵיהּ תִּשְׁתְּרֵי? אַלְּמָה תַּנְיָא: כׇּל הַפַּרְצוּפוֹת מוּתָּרִין חוּץ מִפַּרְצוּף אָדָם! אָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי: מִפִּרְקֵיהּ דְּאַבָּיֵי שְׁמִיעָא לִי: ״לֹא תַעֲשׂוּן אִתִּי״ — לֹא תַּעֲשׂוּן אוֹתִי.
La Guemara demande : et est-il permis de façonner des images des autres serviteurs [célestes] ? N'a-t-on pas enseigné dans une autre baraïta que le verset : « Vous ne ferez pas [d'effigies de ce qui est] auprès de Moi : des dieux d'argent » (Chemot 20, 19) enseigne que vous ne ferez pas d'images de Mes serviteurs qui Me servent en haut, par exemple les ofanim, les seraphim, les saintes 'hayot et les anges serviteurs ? Abayé dit : la Torah n'a interdit que les serviteurs qui se trouvent dans la demeure supérieure — c'est-à-dire les anges suprêmes du firmament le plus élevé —, mais non les corps célestes [par exemple le soleil et la lune], bien qu'ils se trouvent eux aussi dans le ciel.
וּשְׁאָר שַׁמָּשִׁין מִי שְׁרֵי? וְהָא תַּנְיָא ״לֹא תַעֲשׂוּן אִתִּי״ — לֹא תַּעֲשׂוּן כִּדְמוּת שַׁמָּשַׁיי הַמְּשַׁמְּשִׁין לְפָנַי בַּמָּרוֹם, כְּגוֹן אוֹפַנִּים וּשְׂרָפִים וְחַיּוֹת הַקּוֹדֶשׁ וּמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת! אָמַר אַבָּיֵי: לֹא אָסְרָה תּוֹרָה אֶלָּא שַׁמָּשִׁין שֶׁבַּמָּדוֹר הָעֶלְיוֹן.
La Guemara soulève une autre difficulté : et est-il permis de façonner des images des corps qui se trouvent dans la demeure inférieure ? N'a-t-on pas enseigné dans une baraïta : « Tu ne te feras pas d'image taillée, ni aucune représentation de ce qui est dans les cieux en haut, ou sur la terre en bas, ou dans les eaux au-dessous de la terre » (Chemot 20, 3) ? L'expression « ce qui est dans les cieux » vient inclure le soleil, la lune, les étoiles et les constellations. Le terme « en haut » sert à inclure les anges serviteurs. Apparemment, il est interdit de façonner l'image même des corps célestes situés dans la demeure inférieure. La Guemara répond : lorsque cette baraïta est enseignée, c'est en référence à l'interdit de les adorer. Mais il n'y a pas d'interdit à façonner une image à leur ressemblance.
וְשֶׁבַּמָּדוֹר הַתַּחְתּוֹן מִי שְׁרֵי? וְהָתַנְיָא: ״אֲשֶׁר בַּשָּׁמַיִם״ — לְרַבּוֹת חַמָּה וּלְבָנָה כּוֹכָבִים וּמַזָּלוֹת, ״מִמַּעַל״ — לְרַבּוֹת מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת! כִּי תַּנְיָא הָהִיא — לְעׇבְדָם.
La Guemara demande : si cette baraïta porte sur l'interdit de les adorer, alors même un petit ver devrait être interdit ! La Guemara répond : oui, il en est bien ainsi, car on a enseigné dans la même baraïta, à propos de la suite du verset : « ce qui est sur la terre » vient inclure les montagnes et les collines, les mers et les fleuves, les torrents et les vallées ; « en bas » vient inclure un petit ver. S'il en est ainsi, on peut bien expliquer que toute la baraïta porte sur l'interdit de l'idolâtrie.
אִי לְעׇבְדָם, אֲפִילּוּ שִׁלְשׁוּל קָטָן נָמֵי! אִין הָכִי נָמֵי, דְּתַנְיָא: ״אֲשֶׁר בָּאָרֶץ״ — לְרַבּוֹת הָרִים וּגְבָעוֹת יַמִּים וּנְהָרוֹת אֲפִיקִים וְגֵאָיוֹת, ״מִתַּחַת״ — לְרַבּוֹת שִׁלְשׁוּל קָטָן.
La Guemara soulève encore une objection : et le simple fait de façonner [sans adorer] des images des corps célestes est-il permis ? N'a-t-on pas enseigné dans une autre baraïta : « Vous ne ferez pas [d'effigies de ce qui est] auprès de Moi : des dieux d'argent » (Chemot 20, 19) ? Ce verset enseigne que vous ne ferez pas d'images de Mes serviteurs qui Me servent, par exemple le soleil, la lune, les étoiles et les constellations. C'est là une preuve explicite qu'il est interdit de façonner des images du soleil et de la lune ; la solution proposée par Abayé est par conséquent écartée, et la difficulté concernant la tablette de Rabban Gamliel reste irrésolue.
וַעֲשִׂיָּיה גְּרֵידְתָּא מִי שְׁרֵי? וְהָתַנְיָא: ״לֹא תַעֲשׂוּן אִתִּי״ — לֹא תַּעֲשׂוּן כִּדְמוּת שַׁמָּשַׁיי הַמְשַׁמְּשִׁין לְפָנַי, כְּגוֹן חַמָּה וּלְבָנָה כּוֹכָבִים וּמַזָּלוֹת.
La Guemara propose une autre résolution : le cas de Rabban Gamliel est différent, car ce sont d'autres — c'est-à-dire des non-Juifs — qui lui confectionnèrent ces images ; or il n'est interdit qu'à un Juif de façonner de telles images, et il n'y a pas d'interdit à les avoir en sa possession. La Guemara soulève une difficulté : mais il y a le cas de Rav Yehouda, à qui d'autres confectionnèrent un sceau à la forme d'un être humain, et Chmouel dit à Rav Yehouda, qui était son disciple : « homme à l'esprit aiguisé [chinena], crève les yeux de celui-ci ! » — c'est-à-dire défigure l'image, car il est interdit d'avoir même l'image d'un être humain en sa possession.
שָׁאנֵי רַבָּן גַּמְלִיאֵל, דַּאֲחֵרִים עָשׂוּ לוֹ. וְהָא רַב יְהוּדָה, דַּאֲחֵרִים עָשׂוּ לוֹ, וַאֲמַר לֵיהּ שְׁמוּאֵל לְרַב יְהוּדָה: שִׁינָּנָא, סַמִּי עֵינֵיהּ דְּדֵין!
La Guemara répond : là, dans le cas de Rav Yehouda, son sceau était en relief — c'est-à-dire que l'image saillait de la bague —, et Chmouel l'interdit en raison du soupçon potentiel qu'il eût en main un objet d'idolâtrie. Ainsi qu'on l'a enseigné dans une baraïta : à propos d'une bague, si son sceau est en relief, il est interdit de la porter [au doigt], en raison du soupçon d'idolâtrie, mais il est permis de cacheter des objets avec elle [car l'acte de cacheter crée une image en creux sous la surface, ce qui n'est pas interdit]. En revanche, si son sceau est en creux, il est permis de la porter, mais il est interdit de cacheter des objets avec elle, car cela crée une image en relief.
הָתָם, חוֹתָמוֹ בּוֹלֵט הֲוָה, וּמִשּׁוּם חֲשָׁדָא. כִּדְתַנְיָא: טַבַּעַת, חוֹתָמוֹ בּוֹלֵט — אָסוּר לְהַנִּיחָהּ וּמוּתָּר לַחְתּוֹם בָּהּ. חוֹתָמוֹ שׁוֹקֵעַ — מוּתָּר לְהַנִּיחָהּ וְאָסוּר לַחְתּוֹם בָּהּ.
La Guemara demande : et nous soucions-nous vraiment du soupçon en pareil cas ? Mais qu'en est-il de cette certaine synagogue qui avait été détruite [en Eretz Israël, et dont les pierres furent transportées et rebâties] de sorte qu'elle se trouvait à Néhardéa, et où il y avait une statue [andarta] du roi ? Et pourtant Rav, Chmouel, le père de Chmouel et Lévi y entraient tous et y priaient, sans se soucier du soupçon ! La Guemara répond : lorsque de nombreux Juifs sont présents, c'est différent, car un grand groupe n'est pas soupçonné d'intentions idolâtres. On suppose plutôt que la statue ne s'y trouve qu'à des fins d'ornementation.
וּמִי חָיְישִׁינַן לַחֲשָׁדָא? וְהָא הָהִיא בֵּי כְנִישְׁתָּא דְּשַׁף וִיתֵיב בִּנְהַרְדְּעָא, דַּהֲוָה בֵּיהּ אִנְדְּרָטָא, וַהֲווֹ עָיְילִי רַב וּשְׁמוּאֵל וַאֲבוּהּ דִּשְׁמוּאֵל וְלֵוִי וּמְצַלּוּ הָתָם, וְלָא חָיְישִׁי לַחֲשָׁדָא! רַבִּים שָׁאנֵי.
La Guemara demande : mais Rabban Gamliel n'est-il pas un individu [seul] ? Selon ce raisonnement, ses images de la lune auraient dû être interdites, car elles auraient éveillé le soupçon. La Guemara répond : puisqu'il est le Nassi [le chef du grand Sanhédrin], de nombreuses personnes se trouvaient toujours auprès de lui, et il n'y avait donc pas de place pour le soupçon. La Guemara propose une autre réponse : si tu veux, dis que ces images n'étaient pas entières ; elles étaient plutôt formées de pièces d'images qu'il fallait assembler. Or seules les images complètes sont interdites.
וְהָא רַבָּן גַּמְלִיאֵל יָחִיד הוּא? כֵּיוָן דְּנָשִׂיא הוּא — שְׁכִיחִי רַבִּים גַּבֵּיהּ. אִיבָּעֵית אֵימָא: דִּפְרָקִים הֲוָה.