Guémara
[…venir] à se tromper. Les gens ne sauraient comment interpréter l'allumage des flambeaux, car ils diraient : peut-être ce mois est-il déficient [c'est-à-dire de vingt-neuf jours], et si la séquence des flambeaux n'a pas été accomplie hier, la veille de Chabbat, c'est qu'il était impossible de le faire pendant Chabbat. Ou peut-être est-ce un mois plein de trente jours, et ils accomplissent la séquence en son temps. C'est pourquoi les Sages ont institué que les flambeaux ne soient allumés qu'après les mois déficients, l'absence de ce signal indiquant alors que le mois était plein.
לְמִיטְעֵי, אָמְרִי: הַאי חָסֵר הוּא, וְהַאי דְּלָא עֲבִיד מֵאֶתְמוֹל, מִשּׁוּם דְּלָא אֶפְשָׁר. אוֹ דִלְמָא מָלֵא הוּא, וּבִזְמַנּוֹ עֲבַדוּ.
La Guemara propose : que l'on accomplisse la cérémonie aussi bien pour un mois plein de trente jours que pour un mois déficient, et lorsque la néoménie tombe la veille de Chabbat — auquel cas il faudrait allumer les flambeaux après Chabbat — que l'on ne l'accomplisse pas du tout. Et puisque les flambeaux ne sont pas allumés ce mois-là à l'issue de Chabbat, alors qu'on accomplit normalement la séquence pour un mois plein, les gens sauront que le mois est déficient. De cette manière, il devrait être possible d'allumer les flambeaux pour tous les mois, à cette seule exception près.
וְלֶיעְבֵּיד בֵּין אַמָּלֵא בֵּין אַחָסֵר, וְכִי מִקְּלַע רֹאשׁ חֹדֶשׁ בְּעֶרֶב שַׁבָּת לָא לֶיעְבֵּיד כְּלָל. וְכֵיוָן דְּלָא עָבְדִינַן מוֹצָאֵי שַׁבָּת וְעָבְדִינַן אַמָּלֵא — מִידָּע יָדְעִי דְּחָסֵר הוּא!
La Guemara répond : même ainsi, les gens pourraient en venir à se tromper, car ils diraient : ce mois est bien plein, et s'ils n'accomplissent pas la cérémonie, c'est qu'ils ont été empêchés par des circonstances indépendantes de leur volonté. Il pourrait donc subsister une confusion quant à la date de la néoménie ce mois-là.
אֲפִילּוּ הָכִי אָתוּ לְמִיטְעֵי, אָמְרִי: הַאי מָלֵא הוּא, וְהַאי דְּלָא עָבְדִי — אִיתְּנוֹסֵי הוּא דְּאִיתְּנוּסי.
La Guemara demande : que l'on accomplisse alors la cérémonie des flambeaux uniquement pour un mois plein de trente jours, et qu'on ne l'accomplisse pas du tout pour un mois déficient — auquel cas il n'y aura jamais de place pour l'erreur ! Abayé dit : cela ne peut se faire, car ce serait causer au peuple une interruption du travail de deux jours, car il était d'usage de s'abstenir de certains travaux à la néoménie. Après un mois plein, il y aurait toujours interruption du travail pendant deux jours, le peuple devant s'abstenir de travailler le trentième du mois au cas où il serait déclaré néoménie. En revanche, si les flambeaux sont allumés pour un mois déficient, alors au moins dans ce cas les gens pourraient reprendre le travail le lendemain. C'est pourquoi les Sages ont institué que les flambeaux ne soient allumés que pour un mois déficient.
וְלֶיעְבֵּיד אַמָּלֵא, וְלָא לֶיעְבֵּיד אַחָסֵר כְּלָל! אָמַר אַבָּיֵי: מִשּׁוּם בִּיטּוּל מְלָאכָה לָעָם שְׁנֵי יָמִים.
§ La Michna enseignait : comment allumait-on les flambeaux ? On apportait de longues perches [kelonsot] de cèdre et d'autres matériaux qui brûlent bien, on les liait ensemble et on y mettait le feu. Rav Yehouda dit : il existe quatre espèces de cèdre — le cèdre, le katrom, le bois d'oléastre et le cyprès. Quant à l'identification de l'arbre appelé katrom, Rav dit : c'est l'arbre addera. À l'école de Rabbi Cheila, on dit : c'est l'arbre mavliga. Et certains disent que c'est l'arbre gulmich.
כֵּיצַד הָיוּ מַשִּׂיאִין מַשּׂוּאוֹת — מְבִיאִין כְּלוֹנְסוֹת כּוּ׳. אָמַר רַב יְהוּדָה, אַרְבָּעָה מִינֵי אֲרָזִים הֵן: אֶרֶז, קַתְרוֹם, עֵץ שֶׁמֶן, וּבְרוֹשׁ. קַתְרוֹם, אָמַר רַב: אַדְרָא. דְּבֵי רַבִּי שֵׁילָא אָמְרִי: מַבְלִיגָא, וְאָמְרִי לַהּ זוֹ גּוּלְמֵישׁ.
La Guemara remarque : et cette opinion de Rav Yehouda diffère de celle de Rabba bar Rav Houna. Car Rabba bar Rav Houna a dit qu'on dit à l'école de Rav : il existe dix espèces de cèdre, ainsi qu'il est dit : « Je mettrai dans le désert le cèdre, l'acacia, le myrte et l'oléastre ; je placerai dans la steppe le cyprès, le platane et le mélèze tous ensemble » (Yechayahou 41, 19). Les sept espèces mentionnées dans ce verset sont toutes des sortes de cèdres. La Guemara procède à l'identification de ces arbres par leurs noms araméens : le cèdre, c'est arza ; l'acacia, c'est tornita ; le myrte, c'est asa ; l'oléastre, c'est afarsema ; le cyprès, c'est berata ; l'érable, c'est chaga ; et le buis, c'est chorivna.
וּפְלִיגָא דְּרַבָּה בַּר רַב הוּנָא. דְּאָמַר רַבָּה בַּר רַב הוּנָא, אָמְרִי בֵּי רַב: עֲשָׂרָה מִינֵי אֲרָזִים הֵם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֶתֵּן בַּמִּדְבָּר אֶרֶז שִׁטָּה וַהֲדַס וְעֵץ שָׁמֶן אָשִׂים בָּעֲרָבָה בְּרוֹשׁ תִּדְהָר וּתְאַשּׁוּר יַחְדָּו״. אֶרֶז — אַרְזָא, שִׁטָּה — תּוּרְנִיתָא, הֲדַס — אַסָּא, עֵץ שֶׁמֶן — אֲפַרְסְמָא, בְּרוֹשׁ — בְּרָתָא, תִּדְהָר — שָׁאגָא, תְּאַשּׁוּר — שׁוּרִיבְנָא.
La Guemara demande : même en comptant tous les noms du verset, cela n'en fait que sept, et non dix. Lorsque Rav Dimi vint d'Eretz Israël à Babylone, il dit : on leur a ajouté trois autres espèces de cèdre — le térébinthe, le chêne et le bois de corail. La Guemara les identifie : le térébinthe est l'arbre appelé boutmei, le chêne est baloutei et le bois de corail est kessita. Certains disent que les trois espèces supplémentaires sont : le laurier, le platane et le bois de corail. Et leurs noms araméens sont les suivants : le laurier, c'est arei ; le platane, c'est doulvei ; et le bois de corail, c'est kessita.
הָנֵי שִׁבְעָה הָווּ! כִּי אֲתָא רַב דִּימִי, אָמַר: הוֹסִיפוּ עֲלֵיהֶם אַלּוֹנִים, אַלְמוֹנִים, אַלְמוּגִּין. אַלּוֹנִים — בּוּטְמֵי, אַלְמוֹנִים — בָּלוּטֵי, אַלְמוּגִּין — כְּסִיתָא. אִיכָּא דְּאָמְרִי: אַרוּנִּים, עַרְמוֹנִים, אַלְמוּגִּין. אַרוּנִּים — עָרֵי, עַרְמוֹנִים — דּוּלְבֵי, אַלְמוּגִּין — כְּסִיתָא.
§ À propos du corail, la Guemara cite un verset pertinent : « Aucun navire majestueux [tsi adir] ne pourra le traverser » (Yechayahou 33, 21) — c'est-à-dire qu'il ne pourra pas franchir le fleuve qui jaillira du Temple dans l'avenir. Qu'est-ce que ce tsi adir ? Rav dit : c'est un grand navire [bournei] utilisé pour recueillir le corail dans la mer.
״וְצִי אַדִּיר לֹא יַעַבְרֶנּוּ״ — אָמַר רַב: זוֹ בּוּרְנִי גְּדוֹלָה.
La Guemara explique : comment s'y prennent-ils pour ce ramassage du corail ? Ils amènent six mille hommes qui travaillent douze mois de l'année — et certains disent qu'ils amènent douze mille hommes pendant six mois de l'année. Et ils chargent le navire de sable jusqu'à ce qu'il coule au fond de la mer. Un plongeur descend, noue des cordes de lin autour du corail et attache les autres extrémités des cordes au bateau. Puis ils prennent le sable et le jettent par-dessus bord, et le bateau remonte à la surface. Et en remontant, il déracine le corail et l'entraîne avec lui.
הֵיכִי עָבְדִי? מַיְיתוּ שֵׁית אַלְפֵי גַּבְרֵי בִּתְרֵיסַר יַרְחֵי שַׁתָּא, וְאָמְרִי לַהּ תְּרֵיסַר אַלְפֵי גַּבְרֵי בְּשִׁיתָּא יַרְחֵי שַׁתָּא, וְטָעֲנִי לַהּ חָלָא עַד דְּשָׁכְנָא. וְנָחֵית בַּר אָמוֹרַאי וְקָטַר אֲטוּנֵי דְכִיתָּנָא בִּכְסִיתָא, וְקָטַר לְהוּ בִּסְפִינְתָּא. וְנָטְלִי חָלָא וְשָׁדוּ לְבָרַאי, וְכַמָּה דְּמִדַּלְיָא — עָקְרָא וּמַתְיָא.
La Guemara remarque : et ce corail est si précieux qu'il s'échange contre le double de son poids en argent. La Guemara note encore : il y a trois ports dans ces contrées. Deux appartiennent aux Romains [Armaï] et un aux Perses. Dans celui qui appartient aux Romains, on remonte du corail, tandis que dans celui qui appartient aux Perses, on remonte des perles. Et les ports perses sont appelés ports royaux.
וּמַחְלֵיף עַל חַד תְּרֵין בְּכַסְפָּא. תְּלָת פַּרְווֹתָא הָוְיָין: תַּרְתֵּי בֵּי רוֹמָאֵי וַחֲדָא דְּבֵי פָרְסָאֵי. דְּבֵי רוֹמָאֵי מַסְּקָן כְּסִיתָא, דְּבֵי פָרְסָאֵי מַסְּקָן מַרְגָּנְיָיתָא, וּמִקַּרְיָיא: פַּרְווֹתָא דְמַשְׁמְהִיג.
À propos du verset susmentionné, Rabbi Yo'hanan dit : chaque acacia que les non-Juifs ont pris de Jérusalem, le Saint, béni soit-Il, le rendra un jour à la ville, ainsi qu'il est dit : « Je mettrai dans le désert le cèdre, l'acacia, le myrte et l'oléastre ; je placerai dans la steppe le cyprès, le platane et le mélèze tous ensemble » (Yechayahou 41, 19). Et le terme « désert » ne désigne rien d'autre que Jérusalem, ainsi qu'il est dit : « Sion est devenue un désert, Jérusalem une désolation […] » (Yechayahou 64, 9).
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כׇּל שִׁיטָּה וְשִׁיטָּה שֶׁנָּטְלוּ גּוֹיִם מִירוּשָׁלַיִם, עָתִיד הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְהַחֲזִירָן לָהּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֶתֵּן בַּמִּדְבָּר אֶרֶז שִׁטָּה״, וְאֵין מִדְבָּר אֶלָּא יְרוּשָׁלַיִם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״צִיּוֹן מִדְבָּר הָיְתָה וְגוֹ׳״.
Et Rabbi Yo'hanan dit encore : quiconque étudie la Torah mais ne l'enseigne pas à autrui est semblable à un myrte dans le désert. Le myrte a un agréable parfum, mais nul n'est là, dans le désert, pour en profiter. Certains rapportent une version différente de cet enseignement : quiconque étudie la Torah et l'enseigne à autrui en un lieu où il n'y a pas d'autres érudits de la Torah est semblable à un myrte dans le désert, qui est particulièrement précieux et pleinement apprécié de ceux qui le trouvent.
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כׇּל הַלּוֹמֵד תּוֹרָה וְאֵינוֹ מְלַמְּדָהּ, דּוֹמֶה לַהֲדַס בַּמִּדְבָּר. אִיכָּא דְאָמְרִי: כׇּל הַלּוֹמֵד תּוֹרָה וּמְלַמְּדָהּ בִּמְקוֹם שֶׁאֵין תַּלְמִידֵי חֲכָמִים — דּוֹמֶה לַהֲדַס בַּמִּדְבָּר, דְּחַבִּיב.