Guémara
Dans ce cas-ci — où les témoins taisent ce qu'ils ont vu et où la néoménie est repoussée au lendemain —, cela a l'apparence d'un mensonge : car la lune a pu être vue par d'autres aussi, et les gens se demanderont pourquoi la néoménie n'a pas été sanctifiée la veille. Dans ce cas-là — où les témoins attestent une chose qu'ils n'ont pas vue et où la néoménie est avancée d'un jour —, cela n'a pas l'apparence d'un mensonge : car chacun sait qu'il est possible que peu de gens seulement aient vu la nouvelle lune.
הַאי מִיחֲזֵי כְּשִׁקְרָא, הַאי לָא מִיחֲזֵי כְּשִׁקְרָא.
Chmouel dit : je suis capable de fixer le calendrier pour toute la Diaspora [sans témoins]. Chmouel était en effet expert dans le mouvement des corps célestes ainsi que dans les principes régissant les années embolismiques et les jours ajoutés aux mois.
אָמַר שְׁמוּאֵל: יָכֵילְנָא לְתַקּוֹנֵי לְכוּלַּהּ גּוֹלָה.
Abba, le père de Rabbi Simlaï, dit à Chmouel : le Maître connaît-il le sens de cet énoncé enseigné dans une braïta traitant du secret de l'intercalation — laquelle porte sur les calculs calendaires : faire la distinction entre le cas où la conjonction [molad] survient avant midi et celui où elle survient après midi ? Il lui répondit : non, je ne sais pas ce que cela signifie. L'autre lui dit : puisque le Maître ignore ceci, il y a vraisemblablement d'autres matières que le Maître ignore ; aussi ne dois-tu pas établir le calendrier en te fiant à des calculs fondés sur un savoir défaillant ou insuffisant.
אֲמַר לֵיהּ אַבָּא אֲבוּהּ דְּרַבִּי שִׂמְלַאי לִשְׁמוּאֵל: יָדַע מָר הַאי מִילְּתָא דְּתַנְיָא בְּסוֹד הָעִיבּוּר: נוֹלַד קוֹדֶם חֲצוֹת אוֹ נוֹלַד אַחַר חֲצוֹת? אֲמַר לֵיהּ: לָא. אֲמַר לֵיהּ: מִדְּהָא לָא יָדַע מָר — אִיכָּא מִילֵּי אַחְרָנְיָיתָא דְּלָא יָדַע מָר.
Quant au sens de cette braïta obscure : lorsque Rabbi Zéra monta de Babylonie en Erets Israël, il renvoya une lettre à ses collègues de Babylonie : pour qu'un jour soit sanctifié comme néoménie, il faut que la nuit et le jour appartiennent [tous deux] au nouveau mois. Autrement dit, le molad doit survenir avant le début de la nuit.
כִּי סְלֵיק רַבִּי זֵירָא, שְׁלַח לְהוּ: צָרִיךְ שֶׁיְּהֵא לַיְלָה וָיוֹם מִן הֶחָדָשׁ.
Et voici ce qu'a voulu dire Abba, le père de Rabbi Simlaï : la braïta signifie ceci — on calcule le molad ; si le molad survient avant midi, de sorte qu'il reste au moins six heures de jour, on sait que la lune sera visible peu avant le coucher du soleil. Si en revanche le molad ne survient pas avant midi, de sorte qu'il reste moins de six heures de jour, on sait que la lune ne sera pas visible peu avant le coucher du soleil.
וְזוֹ שֶׁאָמַר אַבָּא אֲבוּהּ דְּרַבִּי שִׂמְלַאי: מְחַשְּׁבִין אֶת תּוֹלַדְתּוֹ. נוֹלַד קוֹדֶם חֲצוֹת — בְּיָדוּעַ שֶׁנִּרְאָה סָמוּךְ לִשְׁקִיעַת הַחַמָּה. לֹא נוֹלַד קוֹדֶם חֲצוֹת — בְּיָדוּעַ שֶׁלֹּא נִרְאָה סָמוּךְ לִשְׁקִיעַת הַחַמָּה.
La Guemara demande : quelle différence pratique cet énoncé entraîne-t-il ? Car de toute façon, la cour dépend du témoignage des témoins. Rav Achi dit : ce renseignement sert à réfuter les témoins — car si les témoins prétendent avoir vu la nouvelle lune à un moment où, d'après les calculs, elle n'était pas visible, ce sont manifestement de faux témoins.
לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ? אָמַר רַב אָשֵׁי: לְאַכְחוֹשֵׁי סָהֲדֵי.
Rabbi Zéra dit au nom de Rav Na'hman : durant vingt-quatre heures, la lune est masquée — c'est-à-dire invisible. Cela se produit entre la dernière apparition de l'ancienne lune et la première apparition de la nouvelle. Pour nous, en Babylonie, elle est invisible pendant six heures de l'ancienne lune et dix-huit heures de la nouvelle ; pour eux, en Erets Israël, elle est invisible pendant six heures de la nouvelle lune et dix-huit heures de l'ancienne.
אָמַר רַבִּי זֵירָא אָמַר רַב נַחְמָן: עֶשְׂרִים וְאַרְבְּעָה שָׁעֵי מִכַּסֵּי סֵיהֲרָא. לְדִידַן — שֵׁית מֵעַתִּיקָא וְתַמְנֵי סְרֵי מֵחַדְתָּא, לְדִידְהוּ — שֵׁית מֵחַדְתָּא וְתַמְנֵי סְרֵי מֵעַתִּיקָא.
La Guemara demande : quelle différence pratique cet énoncé entraîne-t-il ? Rav Achi dit : il sert à réfuter les témoins — car s'ils attestent avoir vu deux lunes, l'ancienne et la nouvelle, à l'intérieur d'une même période de vingt-quatre heures, ce sont assurément de faux témoins.
לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ? אָמַר רַב אָשֵׁי: לְאַכְחוֹשֵׁי סָהֲדֵי.
Le Maître a dit plus haut : pour qu'un jour soit sanctifié comme néoménie, il faut que la nuit et le jour appartiennent [tous deux] au nouveau mois. La Guemara demande : d'où le déduisons-nous ? Rabbi Yo'hanan dit : le verset déclare « du soir au soir vous observerez votre repos » (Vayikra 23, 32). Cela enseigne que le jour suit la nuit pour tous les calculs relatifs aux fêtes et aux néoménies.
אָמַר מָר: צָרִיךְ שֶׁיְּהֵא לַיְלָה וָיוֹם מִן הֶחָדָשׁ. מְנָלַן? רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: ״מֵעֶרֶב עַד עֶרֶב״.
Réch Lakich dit : on le déduit du verset qui déclare « le premier mois, le quatorzième jour du mois, au soir, vous mangerez des pains azymes, jusqu'au vingt et unième jour du mois, au soir » (Chemot 12, 18). Cela enseigne que la fête s'achève à la fin du jour et qu'un nouveau jour commence au soir.
רֵישׁ לָקִישׁ אָמַר: ״עַד יוֹם הָאֶחָד וְעֶשְׂרִים לַחֹדֶשׁ בָּעָרֶב״.
La Guemara demande : quelle est la différence pratique entre ces deux déductions ? Abayé dit : il n'y a entre elles aucune différence pratique ; ce qui les distingue, c'est seulement la manière d'interpréter le sens du verset.
מַאי בֵּינַיְיהוּ? אַבָּיֵי אָמַר: מַשְׁמָעוּת דּוֹרְשִׁין אִיכָּא בֵּינַיְיהוּ.
Rava dit : il y a entre elles une différence pratique concernant les heures qui précèdent minuit. Selon Rabbi Yo'hanan, qui déduit la halakha du verset « du soir au soir », le jour précédent s'achève à la tombée de la nuit ; dès lors, si la nouvelle lune n'a été vue qu'au début de la nuit du trentième, le trentième n'est pas sanctifié comme néoménie. En revanche, selon Réch Lakich, qui déduit la halakha du verset relatif à Pessa'h « jusqu'au vingt et unième jour du mois, au soir », la lune peut être sanctifiée si elle a été vue avant minuit. En effet, manger des azymes à Pessa'h n'est une obligation que la première nuit, jusqu'à minuit ; passé ce moment, c'est facultatif. Le verset déclare « vous mangerez des pains azymes, jusqu'au vingt et unième jour du mois, au soir », ce qui sous-entend qu'il n'est pas obligatoire mais facultatif d'en manger. Et puisque le temps facultatif de la consommation des azymes commence à minuit — après la fin du temps obligatoire —, la fin de ce temps se situe elle aussi à minuit, le vingt et unième jour. Cela implique qu'il existe une notion de jour commençant à minuit. En conséquence, si la nouvelle lune a été vue au début de la nuit du trentième, le trentième peut encore être sanctifié comme néoménie.
רָבָא אָמַר: חֲצוֹת לַיְלָה אִיכָּא בֵּינַיְיהוּ.