Ici, le verset se rapporte au temps qui précède le prononcé de la sentence, lorsque D.ieu fait grâce et pardonne ; et là, le verset se rapporte au temps qui suit le prononcé de la sentence, lorsqu'Il ne pardonne plus. Cela implique qu'après le prononcé d'une sentence, il n'y a plus de possibilité de téchouva, ce qui semble contredire l'enseignement de Rabbi Yo'hanan. La Guemara répond : ici aussi, il s'agit d'un individu ; mais à une communauté, le pardon est accordé même après le prononcé de sa sentence.
כָּאן קוֹדֶם גְּזַר דִּין, כָּאן לְאַחַר גְּזַר דִּין! הָכָא נָמֵי בְּיָחִיד.
Or, la question de savoir si la sentence d'un individu peut ou non être annulée fait l'objet d'une controverse entre tannaïm, ainsi qu'il est enseigné dans une baraïta : Rabbi Méir disait : deux personnes s'alitent, et leur maladie est la même ; de même, deux personnes montent au tribunal [gardom] pour être jugées, et leur sentence éventuelle est la même ; mais celle-ci se relève de son lit, tandis que celle-là ne s'en relève pas, et celle-ci est sauvée de la mort, tandis que celle-là n'est pas sauvée.
וּגְזַר דִּין דְּיָחִיד תַּנָּאֵי הִיא. דְּתַנְיָא, הָיָה רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: שְׁנַיִם שֶׁעָלוּ לַמִּטָּה וְחוֹלְיָין שָׁוֶה, וְכֵן שְׁנַיִם שֶׁעָלוּ לַגַּרְדּוֹם לִידּוֹן וְדִינָן שָׁוֶה. זֶה יָרַד וְזֶה לֹא יָרַד, זֶה נִיצַּל וְזֶה לֹא נִיצַּל.
Pour quelle raison celle-ci s'est-elle relevée de son lit et celle-là ne s'est-elle pas relevée ; et pourquoi celle-ci a-t-elle été sauvée de la mort, tandis que celle-là ne l'a pas été ? La différence entre elles, c'est que celle-ci a prié et a été exaucée, tandis que celle-là a prié et n'a pas été exaucée. Et pour quelle raison celle-ci a-t-elle été exaucée et celle-là non ? Celle-ci a prié une prière de tout son cœur et, par conséquent, a été exaucée, tandis que celle-là n'a pas prié une prière de tout son cœur et n'a donc pas été exaucée.
מִפְּנֵי מָה זֶה יָרַד וְזֶה לֹא יָרַד, זֶה נִיצַּל וְזֶה לֹא נִיצַּל? זֶה הִתְפַּלֵּל וְנַעֲנָה, וְזֶה הִתְפַּלֵּל וְלֹא נַעֲנָה. מִפְּנֵי מָה זֶה נַעֲנָה וְזֶה לֹא נַעֲנָה? זֶה הִתְפַּלֵּל תְּפִלָּה שְׁלֵימָה — נַעֲנָה, וְזֶה לֹא הִתְפַּלֵּל תְּפִלָּה שְׁלֵימָה — לֹא נַעֲנָה
Rabbi Eléazar dit : non ; plutôt, ici elle a prié avant que sa sentence céleste ne soit prononcée, et c'est pourquoi elle a été exaucée, tandis que là, l'autre a prié après que sa sentence céleste eut été prononcée, et c'est pourquoi elle n'a pas été exaucée. Rabbi Yits'hak n'était pas d'accord et dit : le cri vers D.ieu est efficace pour une personne, aussi bien avant que sa sentence ne soit prononcée qu'après son prononcé — car même après le prononcé de sa sentence, celle-ci peut encore être annulée s'il fait téchouva.
רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר: כָּאן קוֹדֶם גְּזַר דִּין, כָּאן לְאַחַר גְּזַר דִּין. רַבִּי יִצְחָק אָמַר: יָפָה צְעָקָה לָאָדָם בֵּין קוֹדֶם גְּזַר דִּין בֵּין לְאַחַר גְּזַר דִּין.
La Guemara demande : la sentence d'une communauté peut-elle vraiment être déchirée parce qu'ils ont fait téchouva ? Mais un verset dit : « Jérusalem, lave ton cœur de la méchanceté, afin que tu sois sauvée » (Yirmeyahou 4, 14), et ailleurs il est écrit : « Quand même tu te laverais à la potasse et emploierais beaucoup de savon, la tache de ton iniquité resterait devant Moi, dit le Seigneur D.ieu » (Yirmeyahou 2, 22). N'est-ce pas qu'ici le verset se rapporte au temps qui précède la sentence [lorsque le cœur peut encore être lavé par la téchouva], tandis que là le verset se rapporte au temps qui suit la sentence [lorsque le lavage n'aide plus, car la sentence ne peut être annulée] ?
וּגְזַר דִּין דְּצִבּוּר מִי מִיקְּרַע? וְהָא כָּתוּב אֶחָד אוֹמֵר: ״כַּבְּסִי מֵרָעָה לִבֵּךְ״, וּכְתִיב: ״כִּי אִם תְּכַבְּסִי בַּנֶּתֶר וְתַרְבִּי לָךְ בּוֹרִית נִכְתָּם עֲוֹנֵךְ לְפָנַי״, מַאי לָאו: כָּאן קוֹדֶם גְּזַר דִּין, כָּאן לְאַחַר גְּזַר דִּין!
La Guemara répond : non, ce verset comme cet autre se rapportent au temps qui suit le prononcé de la sentence, et pourtant ce n'est pas une difficulté. Ici, le verset se rapporte à une sentence accompagnée d'un serment [prêté par D.ieu de ne pas l'annuler], tandis que là, le verset se rapporte à une sentence qui n'est pas accompagnée du serment de D.ieu [de ne pas l'annuler], et qui peut donc, de fait, être annulée par la téchouva.
לָא, אִידֵּי וְאִידֵּי לְאַחַר גְּזַר דִּין, וְלָא קַשְׁיָא: כָּאן בִּגְזַר דִּין שֶׁיֵּשׁ עִמּוֹ שְׁבוּעָה, כָּאן בִּגְזַר דִּין שֶׁאֵין עִמּוֹ שְׁבוּעָה.
Ceci est conforme à ce qu'a dit Rav Chmouel bar Ami ; car Rav Chmouel bar Ami a dit — et certains disent que c'est Rav Chmouel bar Na'hmani qui a dit au nom de Rabbi Yonatan : d'où sait-on qu'une sentence accompagnée du serment de D.ieu de ne pas l'annuler ne peut être déchirée ni annulée ? Ainsi qu'il est dit : « Et c'est pourquoi J'ai juré à la maison d'Éli que l'iniquité de la maison d'Éli ne sera jamais expiée, ni par sacrifice ni par offrande » (I Chemouel 3, 14).
כִּדְרַב שְׁמוּאֵל בַּר אַמֵּי. דְּאָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר אַמֵּי. וְאָמְרִי לַהּ, אָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַב יוֹנָתָן: מִנַּיִן לִגְזַר דִּין שֶׁיֵּשׁ עִמּוֹ שְׁבוּעָה שֶׁאֵינוֹ נִקְרָע — שֶׁנֶּאֱמַר: ״[וְ]לָכֵן נִשְׁבַּעְתִּי לְבֵית עֵלִי אִם יִתְכַּפֵּר עֲוֹן בֵּית עֵלִי בְּזֶבַח וּבְמִנְחָה״.
À propos de ce verset, Rava dit : par sacrifice et par offrande [le péché de la maison d'Éli] n'est pas expié, mais il peut l'être par l'étude de la Torah. Abayé dit : par sacrifice et par offrande il n'est pas expié, mais il l'est par l'étude de la Torah et la pratique des actes de bonté (guemilout 'hassadim). Il est rapporté que Rabba et Abayé descendaient de la maison d'Éli [soumise à la malédiction selon laquelle la plupart de ses membres mourraient jeunes]. Rabba, qui s'adonnait presque exclusivement à l'étude de la Torah, vécut quarante ans, tandis qu'Abayé, qui s'adonnait à la fois à l'étude de la Torah et à la pratique des actes de bonté, vécut soixante ans.
אָמַר רָבָא: בְּזֶבַח וּבַמִּנְחָה אֵינוֹ מִתְכַּפֵּר — אֲבָל מִתְכַּפֵּר בְּתוֹרָה. אַבָּיֵי אָמַר: בְּזֶבַח וּמִנְחָה אֵינוֹ מִתְכַּפֵּר — אֲבָל מִתְכַּפֵּר בְּתוֹרָה וּבִגְמִילוּת חֲסָדִים. רַבָּה וְאַבָּיֵי מִדְּבֵית עֵלִי קָאָתוּ. רַבָּה דַּעֲסַק בַּתּוֹרָה — חֲיָה אַרְבְּעִין שְׁנִין, אַבָּיֵי דַּעֲסַק בְּתוֹרָה וּבִגְמִילוּת חֲסָדִים — חֲיָה שִׁיתִּין שְׁנִין.
Nos Maîtres ont enseigné dans une baraïta : il y avait à Jérusalem une certaine famille dont les membres mouraient à l'âge de dix-huit ans, et ils ne savaient pas pourquoi. Ils vinrent en informer Rabban Yo'hanan ben Zakaï. Il leur dit : peut-être descendez-vous de la famille d'Éli, au sujet de laquelle il est écrit : « Et tout l'accroissement de ta maison mourra dans la force de l'âge » (I Chemouel 2, 33). S'il en est bien ainsi, le remède est le suivant : allez vous adonner à l'étude de la Torah, par le mérite de laquelle vous vivrez. Ils allèrent s'adonner à l'étude de la Torah et vécurent. Et on appelait ensuite cette famille « la famille de Rabban Yo'hanan », en son honneur.
תָּנוּ רַבָּנַן: מִשְׁפָּחָה אַחַת הָיְתָה בִּירוּשָׁלַיִם שֶׁהָיוּ מֵתֶיהָ מֵתִין בְּנֵי שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה שָׁנָה. בָּאוּ וְהוֹדִיעוּ אֶת רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי, אָמַר לָהֶם: שֶׁמָּא מִמִּשְׁפַּחַת עֵלִי אַתֶּם, דִּכְתִיב בֵּיהּ: ״וְכׇל מַרְבִּית בֵּיתְךָ יָמוּתוּ אֲנָשִׁים״ — לְכוּ וְעִסְקוּ בַּתּוֹרָה וִחְיוּ. הָלְכוּ וְעָסְקוּ בַּתּוֹרָה וְחָיוּ. וְהָיוּ קוֹרִין אוֹתָהּ מִשְׁפַּחַת רַבָּן יוֹחָנָן עַל שְׁמוֹ.
Rav Chmouel bar Inya dit au nom de Rav : d'où sait-on que la sentence d'une communauté n'est jamais scellée [ne'htam] ? La Guemara demande aussitôt : n'est jamais scellée ? Mais n'est-il pas écrit : « la tache [nikhtam] de ton iniquité est devant Moi » (Yirmeyahou 2, 22), ce qui implique que la sentence d'une communauté est bel et bien scellée ? Il faut plutôt dire que la question était la suivante : d'où sait-on, au sujet de la sentence d'une communauté, que, bien qu'elle soit scellée, elle peut encore être déchirée ? Ainsi qu'il est dit : « Comme D.ieu, notre D.ieu, chaque fois que nous L'invoquons » (Devarim 4, 7). Cela implique qu'il y a toujours un moyen de se rapprocher de D.ieu.
אָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר אִינְיָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב: מִנַּיִין לִגְזַר דִּין שֶׁל צִבּוּר שֶׁאֵינוֹ נֶחְתָּם. אֵינוֹ נֶחְתָּם?! וְהָכְתִיב: ״נִכְתַּם עֲוֹנֵךְ לְפָנַי״! אֶלָּא: אַף עַל גַּב שֶׁנֶּחְתָּם — נִקְרָע, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כַּה׳ אֱלֹהֵינוּ בְּכׇל קׇרְאֵנוּ אֵלָיו״.
La Guemara demande : mais n'est-il pas écrit : « Cherchez D.ieu pendant qu'Il se trouve, invoquez-Le tant qu'Il est proche » (Yechayahou 55, 6), ce qui implique qu'il est des moments où Il n'est pas proche et ne répond pas ? La Guemara répond : là, le verset se rapporte à un individu, dont D.ieu n'est proche qu'à certains moments ; ici, le verset se rapporte à une communauté, de qui D.ieu est proche chaque fois que le peuple L'invoque.
וְהָכְתִיב: ״דִּרְשׁוּ ה׳ בְּהִמָּצְאוֹ״! הָתָם בְּיָחִיד, הָכָא בְּצִבּוּר.
Pour un individu, quand [D.ieu est-Il proche de lui] ? Rabba bar Avouh dit : ce sont les dix jours qui séparent Roch Hachana de Yom Kippour. La Guemara demande encore : le verset dit : « Et il arriva, environ dix jours après, que D.ieu frappa Naval, et il mourut » (I Chemouel 25, 38). Ces dix jours, que font-ils là, c'est-à-dire pourquoi y eut-il un délai de dix jours avant la mort de Naval ? Rav Yehouda dit au nom de Rav : ils correspondent aux dix repas que Naval donna aux serviteurs de David venus lui rendre visite [car, par politesse, il permit aux dix serviteurs de David de manger, et c'est pourquoi son châtiment fut différé de dix jours]. Rav Na'hman dit au nom de Rabba bar Avouh : ce sont les dix jours qui séparent Roch Hachana de Yom Kippour [durant lesquels chacun reçoit une dernière occasion de faire téchouva pour les péchés commis au cours de l'année écoulée].
בְּיָחִיד, אֵימַת? אָמַר רַבָּה בַּר אֲבוּהּ: אֵלּוּ עֲשָׂרָה יָמִים שֶׁבֵּין רֹאשׁ הַשָּׁנָה לְיוֹם הַכִּפּוּרִים. ״וַיְהִי כַּעֲשֶׂרֶת הַיָּמִים וַיִּגֹּף ה׳ אֶת נָבָל״ — עֲשָׂרָה יָמִים מַאי עֲבִידְתַּיְיהוּ? אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: כְּנֶגֶד עֶשֶׂר לְגִימוֹת שֶׁנָּתַן נָבָל לְעַבְדֵי דָּוִד. אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַבָּה בַּר אֲבוּהּ: אֵלּוּ עֲשָׂרָה יָמִים שֶׁבֵּין רֹאשׁ הַשָּׁנָה לְיוֹם הַכִּפּוּרִים.