Guémara
[cette personne n'est-elle pas] un juste accompli quant à cette mitsva ? Ces intentions secondaires — par exemple rechercher une récompense — n'amoindrissent pas la valeur de la mitsva. La Guemara répond : il y a tout de même lieu de craindre qu'il ne se mette à chercher l'aiguille après avoir cherché le 'hamets et achevé sa recherche. Le danger est que, ayant déjà accompli la mitsva, son mérite ne le protège plus tandis qu'il cherchera l'aiguille.
הֲרֵי זֶה צַדִּיק גָּמוּר! דִּילְמָא בָּתַר דְּבָדֵק אָתֵי לְעַיּוֹנֵי בָּתְרַהּ.
Rav Na'hman bar Yits'hak dit : le danger auquel fait allusion la Tossefta est celui que posent les non-Juifs. Et cet enseignement est conforme à l'opinion du tana Pelimo. Car il a été enseigné dans une baraïta : à propos d'un trou dans un mur situé entre les habitations d'un Juif et d'un non-Juif, on cherche dans le trou aussi loin que la main peut atteindre, et le reste, il l'annule en son cœur (mevatlo belibo). Pelimo dit : on ne cherche pas du tout dans le trou tout entier, en raison du danger encouru.
רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר: מִשּׁוּם סַכָּנַת הַגּוֹיִם, וּפְלֵימוֹ הִיא. דְּתַנְיָא: חוֹר שֶׁבֵּין יְהוּדִי לְאַרְמַאי — בּוֹדֵק עַד מְקוֹם שֶׁיָּדוֹ מַגַּעַת, וְהַשְּׁאָר מְבַטְּלוֹ בְּלִבּוֹ. פְּלֵימוֹ אָמַר: כׇּל עַצְמוֹ אֵינוֹ בּוֹדֵק מִפְּנֵי הַסַּכָּנָה.
La Guemara demande : de quel danger s'agit-il ? Si l'on dit qu'il s'agit du danger de sorcellerie — c'est-à-dire que le non-Juif soupçonnera le Juif de lui jeter des sorts, en viendra à le haïr et à le menacer — alors, lorsqu'il s'est servi du trou en premier lieu, comment s'en est-il servi sans susciter l'hostilité de son voisin non-Juif ? [Et si le trou ne sert jamais, il n'y a de toute façon pas besoin de le fouiller.] La Guemara répond : là-bas, lorsqu'il se servait du trou, c'était en plein jour et il y avait de la lumière, et le non-Juif n'aurait pas conçu le soupçon que le Juif lui jetait des sorts. Ici, c'est de nuit et la recherche se fait à la lampe, et le non-Juif concevrait le soupçon que le Juif lui jette des sorts.
מַאי סַכָּנָה, אִי נֵימָא סַכָּנַת כְּשָׁפִים, כִּי אִישְׁתַּמַּישׁ הֵיכִי אִישְׁתַּמַּישׁ? הָתָם כִּי אִישְׁתַּמַּישׁ — יְמָמָא וּנְהוֹרָא, וְלָא מַסִּיק אַדַּעְתֵּיהּ. הָכָא — לֵילְיָא וּשְׁרָגָא הוּא, וּמַסֵּיק אַדַּעְתֵּיהּ.
La Guemara soulève une difficulté : mais Rabbi Elazar n'a-t-il pas dit que ceux qui sont en chemin pour accomplir une mitsva ne subissent pas de dommage tout au long de l'accomplissement de la mitsva ? La Guemara répond : là où le danger est fréquent, il en va autrement, car on ne doit pas se fier à un miracle, ainsi qu'il est dit à propos de l'ordre que Dieu donna à Chemouel d'oindre David comme roi à la place de Chaoul : « Et Chemouel dit : comment irais-je ? Chaoul l'apprendra et me tuera. Et l'Éternel dit : prends en ta main une génisse [et dis : je suis venu offrir un sacrifice à l'Éternel] » (I Chemouel 16, 2). Même lorsque Dieu Lui-même donna l'ordre, on se soucie des dangers courants.
וְהָאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: שְׁלוּחֵי מִצְוָה אֵינָן נִיזּוֹקִין! הֵיכָא דִּשְׁכִיחַ הֶיזֵּיקָא שָׁאנֵי. שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֹּאמֶר שְׁמוּאֵל אֵיךְ אֵלֵךְ וְשָׁמַע שָׁאוּל וַהֲרָגָנִי וַיֹּאמֶר ה׳ עֶגְלַת בָּקָר תִּקַּח בְּיָדֶךָ וְגוֹ׳״.
On posa une question à Rav : ces membres de la maison d'étude de Rav qui demeurent dans les champs (baga), loin de la ville, quelle est la loi quant à savoir s'ils peuvent venir tôt avant l'aube et le soir après la tombée de la nuit à la maison d'étude de Rav, ou bien doivent-ils craindre les brigands ? Il leur dit : qu'ils viennent, et la responsabilité de leur sécurité repose sur moi et sur ma nuque ! Ils lui demandèrent : et qu'en est-il du retour [chez eux] ? Il leur dit : je ne sais pas [si l'on peut se fier à la protection de la mitsva au retour].
בְּעוֹ מִינֵּיהּ מֵרַב: הָנֵי בְּנֵי בֵּי רַב דְּדָיְירִי בְּבָאגָא, מַהוּ לְמֵיתֵי קַדְמָא וַחֲשׁוֹכָא לְבֵי רַב? אֲמַר לְהוּ: נֵיתוֹ עֲלַי וְעַל צַוָּארִי. נֵיזִיל מַאי? אֲמַר לְהוּ: לָא יָדַעְנָא.
À ce propos, il a été énoncé que Rabbi Elazar dit : ceux qui sont en chemin pour accomplir une mitsva ne subissent pas de dommage, ni à l'aller ni au retour. La Guemara demande : conformément à l'opinion de qui a-t-il dit cela ?
אִיתְּמַר, אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: שְׁלוּחֵי מִצְוָה אֵינָן נִיזּוֹקִין לֹא בַּהֲלִיכָתָן וְלֹא בַּחֲזִירָתָן. כְּמַאן?
La Guemara répond : conformément à l'opinion de ce tana, ainsi qu'il a été enseigné dans une baraïta où Issi ben Yehouda dit : à propos de ce qu'a dit la Torah — « et nul ne convoitera ta terre [lorsque tu monteras pour paraître devant l'Éternel ton Dieu trois fois l'an] » (Chemot 34, 24) — cela enseigne que ta vache paîtra dans le pré et qu'aucune bête sauvage ne lui fera de mal, que ta poule picorera dans le tas d'ordures et qu'aucune fouine ('houlda) ne lui fera de mal. Autrement dit, tes biens seront protégés pendant que tous montent à Jérusalem pour la fête, bien que la ferme reste sans défense.
כִּי הַאי תַּנָּא דְּתַנְיָא, אִיסִי בֶּן יְהוּדָה אוֹמֵר: כְּלַפֵּי שֶׁאָמְרָה תּוֹרָה ״וְלֹא יַחְמֹד אִישׁ אֶת אַרְצְךָ״, מְלַמֵּד שֶׁתְּהֵא פָּרָתְךָ רוֹעָה בָּאֲפָר וְאֵין חַיָּה מַזִּיקָתָהּ, תַּרְנְגוֹלְתְּךָ מְנַקֶּרֶת בָּאַשְׁפָּה וְאֵין חוּלְדָּה מַזִּיקָתָהּ.
Et ces choses ne se déduisent-elles pas a fortiori (kal va'homer) ? Et si ces animaux, dont la nature est d'être attaqués par d'autres animaux, ne subissent pas de dommage — grâce à la protection que procure la mitsva — les êtres humains, dont la nature n'est pas de subir des dommages, car ils sont capables de se défendre, à plus forte raison ne subiront-ils pas de dommage grâce à la protection que procure la mitsva de monter à Jérusalem pour la fête. Je n'ai déduit cela que pour l'aller [vers Jérusalem] ; d'où sait-on qu'on est protégé même au retour du Temple ? L'Écriture dit : « [Tu rôtiras et mangeras l'agneau pascal au lieu que l'Éternel ton Dieu choisira ;] et tu t'en retourneras au matin et tu iras vers tes tentes » (Devarim 16, 7). Cela enseigne que tu iras et qu'à ton retour tu retrouveras ta tente en paix, intacte.
וַהֲלֹא דְּבָרִים קַל וָחוֹמֶר: וּמָה אֵלּוּ שֶׁדַּרְכָּן לִזּוֹק — אֵינָן נִיזּוֹקִין, בְּנֵי אָדָם שֶׁאֵין דַּרְכָּן לִזּוֹק — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה. אֵין לִי אֶלָּא בַּהֲלִיכָה, בַּחֲזָרָה מִנַּיִן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וּפָנִיתָ בַבֹּקֶר וְהָלַכְתָּ לְאֹהָלֶיךָ״, מְלַמֵּד שֶׁתֵּלֵךְ וְתִמְצָא אָהָלְךָ בְּשָׁלוֹם.
La Guemara demande : et dès lors que nous avons déduit que le mérite d'une mitsva protège une personne même au retour, pourquoi ai-je besoin d'une source pour enseigner qu'elle est protégée à l'aller ? [Cela pourrait aussi se déduire par un raisonnement a fortiori.] La Guemara répond : en réalité, le premier verset s'interprète conformément à l'opinion de Rabbi Ami, car Rabbi Ami dit : tout homme qui possède une terre est tenu de monter au Temple pour les trois fêtes de pèlerinage, et celui qui ne possède pas de terre n'est pas tenu de monter pour les fêtes — car le verset dit « ta terre », dans le contexte de l'obligation de monter à Jérusalem pour les trois fêtes de pèlerinage.
וְכִי מֵאַחַר דַּאֲפִילּוּ בַּחֲזִירָה, בַּהֲלִיכָה לְמָה לִי? לְכִדְרַבִּי אַמֵּי. דְּאָמַר רַבִּי אַמֵּי: כׇּל אָדָם שֶׁיֵּשׁ לוֹ קַרְקַע — עוֹלֶה לָרֶגֶל, וְשֶׁאֵין לוֹ קַרְקַע — אֵין עוֹלֶה לָרֶגֶל.
À propos de la montée à Jérusalem pour une fête et de l'accomplissement d'une mitsva avec des intentions secondaires, la Guemara cite ce que dit Rabbi Avin bar Rav Adda au nom de Rabbi Yits'hak : pour quelle raison n'y a-t-il pas de fruits de Guinossar — qui étaient de la plus haute qualité — poussant à Jérusalem ? Pourquoi Jérusalem n'est-elle pas dotée de ce produit ? La raison est que les pèlerins ne disent pas : si nous n'étions montés que pour manger les fruits de Guinossar, cela nous aurait suffi (dayénou). La montée à Jérusalem serait alors accomplie non pour elle-même (chelo lichma).
אָמַר רַבִּי אָבִין בַּר רַב אַדָּא אָמַר רַבִּי יִצְחָק: מִפְּנֵי מָה אֵין פֵּרוֹת גִּינּוֹסַר בִּירוּשָׁלַיִם? כְּדֵי שֶׁלֹּא יְהוּ עוֹלֵי רְגָלִים אוֹמְרִים: אִלְמָלֵא לֹא עָלִינוּ אֶלָּא לֶאֱכוֹל פֵּרוֹת גִּינּוֹסַר בִּירוּשָׁלַיִם — דַּיֵּינוּ. נִמְצֵאת עֲלִיָּיה שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ.
Dans le même ordre d'idées, Rabbi Dostaï, fils de Rabbi Yannaï, dit : pour quelle raison les sources chaudes de Tibériade ('hamé Tveria) ne sont-elles pas situées à Jérusalem ? C'est afin que les pèlerins ne disent pas : si nous n'étions montés que pour nous baigner dans les sources chaudes de Tibériade, cela nous aurait suffi (dayénou). La montée à Jérusalem serait alors accomplie non pour elle-même (chelo lichma).
כַּיּוֹצֵא בּוֹ, אָמַר רַבִּי דּוֹסְתַּאי בְּרַבִּי יַנַּאי: מִפְּנֵי מָה אֵין חַמֵּי טְבֶרְיָא בִּירוּשָׁלַיִם? כְּדֵי שֶׁלֹּא יְהוּ עוֹלֵי רְגָלִים אוֹמְרִים: אִלְמָלֵא לֹא עָלִינוּ אֶלָּא לִרְחֹץ בְּחַמֵּי טְבֶרְיָא — דַּיֵּינוּ, וְנִמְצֵאת עֲלִיָּיה שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ.
Nous avons appris dans la MISHNA : « et à propos de quoi ont-ils dit qu'il faut fouiller deux rangées [de tonneaux de vin dans une cave], etc. » La Guemara demande : une cave (martef), qui en a fait mention ? Qu'est-ce qui a conduit le tana à entamer une discussion sur une cave à vin ?
וּבַמָּה אָמְרוּ שְׁתֵּי שׁוּרוֹת וְכוּ׳. מַרְתֵּף מַאן דְּכַר שְׁמֵיהּ?