Guémara
[Suite de l'interprétation du nom de Gomer, commencée à la fin de l'amud précédent :] « Diblaïm » — le nom Diblaïm peut être pris comme la forme duelle du mot dibba [mauvaise réputation], suggérant qu'elle était une femme de mauvaise réputation, fille d'une femme de mauvaise réputation. Et Chmouel dit : Le nom Diblaïm vient du pluriel du mot deveïla [un gâteau de figues pressées], indiquant qu'elle était aussi douce qu'un gâteau de figues, et que tout le monde utilisait ses services. Rabbi Yohanan, se fondant sur une dérivation similaire, dit que le nom signifie que tout le monde la foulait [dachin] comme un gâteau de figues — expression euphémique pour des relations intimes.
דִּבְלָיִם״, דִּבָּה רָעָה בַּת דִּבָּה רָעָה. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: שֶׁמְּתוּקָה בְּפִי הַכֹּל כִּדְבֵלָה. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: שֶׁהַכֹּל דָּשִׁין בָּהּ כִּדְבֵלָה.
Autre interprétation [davar aher] du nom « Gomer » : Rav Yéhouda dit : [Le nom Gomer vient du verbe gamar, terminer/achever.] Il fait allusion au fait que les nations cherchèrent à épuiser [legamér] la fortune du peuple juif en ses jours. Rabbi Yohanan dit : Ils ne cherchèrent pas seulement à le faire — ils y réussirent. Ils pillèrent et épuisèrent, comme il est dit : « Car le roi d'Aram les avait exterminés et les avait réduits comme la poussière que l'on foule » (Méla khim II 13, 7).
דָּבָר אַחֵר: ״גּוֹמֶר״, אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: שֶׁבִּקְּשׁוּ לְגַמֵּר מָמוֹנָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל בְּיָמֶיהָ, רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: בָּזְזוּ וְגָמְרוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי אִבְּדָם מֶלֶךְ אֲרָם וַיְשִׂמֵם כֶּעָפָר לָדֻשׁ״.
Le passage d'Hochéa se poursuit : « Et elle conçut et lui enfanta un fils. Et l'Éternel lui dit : Appelle son nom Yizreël [Jizréel], car dans peu de temps Je visiterai le sang de Jizréel sur la maison de Yéhou, et J'anéantirai le royaume de la maison d'Israël... Et elle conçut encore et enfanta une fille. Et Il lui dit : Appelle son nom Lo-Roukhama [Celle qui n'a pas reçu de miséricorde], car Je n'aurai plus de miséricorde pour la maison d'Israël pour leur pardonner... Et elle conçut et enfanta un fils. Et Il dit : Appelle son nom Lo-Ami [Pas Mon peuple] ; car vous n'êtes pas Mon peuple, et Je ne serai pas le vôtre » (Hochéa 1, 3-9).
״וַתַּהַר וַתֵּלֶד לוֹ בֵּן וַיֹּאמֶר ה׳ אֵלָיו קְרָא שְׁמוֹ יִזְרְעֶאל כִּי עוֹד מְעַט וּפָקַדְתִּי אֶת דְּמֵי יִזְרְעֶאל עַל בֵּית יֵהוּא וְהִשְׁבַּתִּי מַמְלְכוּת בֵּית יִשְׂרָאֵל וַתַּהַר עוֹד וַתֵּלֶד בַּת וַיֹּאמֶר לוֹ קְרָא שְׁמָהּ לֹא רֻחָמָה כִּי לֹא אוֹסִיף עוֹד אֲרַחֵם אֶת בֵּית יִשְׂרָאֵל כִּי נָשֹׂא אֶשָּׂא לָהֶם וַתַּהַר וַתֵּלֶד בֵּן וַיֹּאמֶר (ה׳ אֵלָיו) קְרָא שְׁמוֹ לֹא עַמִּי כִּי אַתֶּם לֹא עַמִּי וְאָנֹכִי לֹא אֶהְיֶה לָכֶם״,
Après que deux fils et une fille lui furent nés, le Saint-Béni-soit-Il dit à Hochéa : N'aurais-tu pas dû apprendre de l'exemple de ton maître Moïché, qui, dès que Je lui parlai [et lui confiai une mission prophétique permanente], se sépara de sa femme ? Toi aussi, sépare-toi d'elle. Il Lui dit : Maître du monde, j'ai des fils d'elle et je ne suis pas en mesure de la renvoyer ni de la répudier.
לְאַחַר שֶׁנּוֹלְדוּ [לוֹ] שְׁנֵי בָנִים וּבַת אַחַת, אָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְהוֹשֵׁעַ: לֹא הָיָה לְךָ לִלְמוֹד מִמֹּשֶׁה רַבָּךְ? שֶׁכֵּיוָן שֶׁדִּבַּרְתִּי עִמּוֹ פֵּירַשׁ מִן הָאִשָּׁה, אַף אַתָּה בְּדוֹל עַצְמְךָ מִמֶּנָּה. אָמַר לוֹ: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם יֵשׁ לִי בָּנִים מִמֶּנָּה וְאֵין אֲנִי יָכוֹל לְהוֹצִיאָהּ וְלֹא לְגָרְשָׁהּ.
Le Saint-Béni-soit-Il lui dit [en réponse à cette manifestation de loyauté envers sa famille] : Toi, dont la femme est une prostituée et dont les fils qu'elle t'a donnés sont des enfants de prostitution, et tu ne sais même pas s'ils sont de toi ou des fils d'autres hommes — malgré cela, tu leur restes attaché et tu ne veux pas les abandonner. De même, Je resterai attaché au peuple juif, qui est Mon peuple, les fils de Mes fidèles [bénei bkhounai] qui ont surmonté les épreuves, les fils d'Avraham, Yitzhak et Yaakov. Ils sont si précieux qu'ils sont l'une des quatre acquisitions [kinyanim] que J'ai acquises dans Mon monde.
אֲמַר לֵיהּ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: וּמָה אַתָּה שֶׁאִשְׁתְּךָ זוֹנָה וּבָנֶיךָ [בְּנֵי] זְנוּנִים, וְאֵין אַתָּה יוֹדֵעַ אִם שֶׁלְּךָ הֵן אִם שֶׁל אֲחֵרִים הֵן — כָּךְ, יִשְׂרָאֵל שֶׁהֵן בָּנַי, בְּנֵי בְּחוּנַי בְּנֵי אַבְרָהָם יִצְחָק וְיַעֲקֹב, אֶחָד מֵאַרְבָּעָה קִנְיָנִין שֶׁקָּנִיתִי בְּעוֹלָמִי.
La Guemara énumère les quatre acquisitions : La Torah est une acquisition, comme il est écrit : « L'Éternel m'a acquise [kanani] au commencement de Ses voies » (Michlé 8, 22). Le ciel et la terre sont une acquisition [kinyan], comme il est écrit : « Béni soit Abram par Dieu Très-Haut, créateur [koné] du ciel et de la terre » (Béréchit 14, 19). Le Beth haMikdach [le Temple Saint] est une acquisition, comme il est écrit : « Et Il les amena à Sa frontière sainte, à cette montagne que Sa droite a acquise [kanetah] » (Téhilim 78, 54). Le peuple juif est une acquisition, comme il est écrit : « Le peuple que Tu as acquis [kanita] » (Chemot 15, 16). Et toi, Hochéa, tu as dit que Je devrais les remplacer par une autre nation ?!
תּוֹרָה קִנְיָן אֶחָד, דִּכְתִיב: ״ה׳ קָנָנִי רֵאשִׁית דַּרְכּוֹ״. שָׁמַיִם וָאָרֶץ קִנְיָן אֶחָד, דִּכְתִיב: ״קֹנֵה שָׁמַיִם וָאָרֶץ״. בֵּית הַמִּקְדָּשׁ קִנְיָן אֶחָד, דִּכְתִיב: ״הַר זֶה קָנְתָה יְמִינוֹ״. יִשְׂרָאֵל קִנְיָן אֶחָד דִּכְתִיב: ״עַם זוּ קָנִיתָ״ — וְאַתָּה אָמַרְתָּ הַעֲבִירֵם בְּאוּמָּה אַחֶרֶת!
Lorsque Hochéa comprit qu'il avait péché, il se leva pour implorer la miséricorde divine sur lui-même [pour sa faute d'avoir parlé en mal d'Israël]. Le Saint-Béni-soit-Il lui dit : Avant d'implorer la miséricorde sur toi-même, implore d'abord la miséricorde sur le peuple juif, car J'ai déjà décrété à leur encontre trois sévères décrets à cause de toi [en réponse à ta condamnation d'Israël]. Ces trois décrets sont allusifs dans les noms des enfants nés de la prostituée : Yizréel fait allusion à un décret pour les actes de Yéhou dans la vallée de Jizréel (voir Méla khim II 9-10) ; Lo-Roukhama [Celle qui n'a pas reçu de miséricorde] indique que Dieu n'aura plus de miséricorde pour le peuple juif ; Lo-Ami [Pas Mon peuple] indique que le peuple juif ne sera plus considéré comme le peuple de Dieu.
כֵּיוָן שֶׁיָּדַע שֶׁחָטָא, עָמַד לְבַקֵּשׁ רַחֲמִים עַל עַצְמוֹ. אָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: עַד שֶׁאַתָּה מְבַקֵּשׁ רַחֲמִים עַל עַצְמְךָ — בַּקֵּשׁ רַחֲמִים עַל יִשְׂרָאֵל, שֶׁגָּזַרְתִּי עֲלֵיהֶם שָׁלֹשׁ גְּזֵירוֹת בַּעֲבוּרֶךָ.
Hochéa se leva et implora la miséricorde [divine] pour le peuple juif, et [Dieu] annula le décret. Et [Dieu] commença à les bénir, comme il est dit : « Et le nombre des fils d'Israël sera comme le sable de la mer... Et il sera qu'au lieu où il leur sera dit : Vous n'êtes pas Mon peuple, il leur sera dit : Fils du Dieu vivant. Et les fils de Yéhouda et les fils d'Israël se rassembleront ensemble... Et Je la sèmerai pour Moi dans la terre ; et J'aurai miséricorde de Celle qui n'a pas reçu de miséricorde ; et Je dirai à Celui qui n'est pas Mon peuple : Tu es Mon peuple » (Hochéa 2, 1-2 et 2, 25).
עָמַד וּבִקֵּשׁ רַחֲמִים וּבִטֵּל גְּזֵירָה, וְהִתְחִיל לְבָרְכָן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהָיָה מִסְפַּר בְּנֵי יִשְׂרָאֵל כְּחוֹל הַיָּם וְגוֹ׳ וְהָיָה בִּמְקוֹם אֲשֶׁר יֵאָמֵר לָהֶם לֹא עַמִּי אַתֶּם יֵאָמֵר לָהֶם בְּנֵי אֵל חָי וְנִקְבְּצוּ בְּנֵי יְהוּדָה וּבְנֵי יִשְׂרָאֵל יַחְדָּו וְגוֹ׳ וּזְרַעְתִּיהָ לִּי בָּאָרֶץ וְרִחַמְתִּי אֶת לֹא רֻחָמָה וְאָמַרְתִּי לְלֹא עַמִּי עַמִּי אַתָּה״.
Rabbi Yohanan dit : Malheur à la rabbanoût [l'autorité, la direction communautaire] qui raccourcit la vie et enterre ceux qui l'exercent. Cela est évident du fait qu'il n'y a aucun prophète qui n'ait survécu à quatre rois de son vivant [car les rois, du fait de leurs positions d'autorité, mouraient jeunes]. Un prophète qui survit à quatre rois est illustré dans les versets d'ouverture d'Hochéa, et de même, comme il est dit à propos de Yéchaïa : « La vision d'Yéchaïa fils d'Amots, qu'il vit à propos de Yéhouda et Jérusalem aux jours d'Ouziyahou, de Yotam, d'Ahaz et de Hizkiyahou, rois de Yéhouda » (Yéchaïa 1, 1).
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אוֹי לָהּ לָרַבָּנוּת שֶׁמְּקַבֶּרֶת אֶת בְּעָלֶיהָ. שֶׁאֵין לָךְ כׇּל נָבִיא וְנָבִיא שֶׁלֹּא קִיפֵּחַ אַרְבָּעָה מְלָכִים בְּיָמָיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״חֲזוֹן יְשַׁעְיָהוּ בֶן אָמוֹץ אֲשֶׁר חָזָה עַל יְהוּדָה וִירוּשָׁלַיִם וְגוֹ׳״.
Rabbi Yohanan dit : En vertu de quoi le peu vertueux Yaroveam fils de Yoach, roi d'Israël [du royaume du Nord], mérita-t-il d'être mentionné dans le verset aux côtés des rois justes de Yéhouda ? C'est parce qu'il n'accepta pas la médisance [lachon hara] concernant Amos.
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מִפְּנֵי מָה זָכָה יָרׇבְעָם בֶּן יוֹאָשׁ מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל לְהִמָּנוֹת עִם מַלְכֵי יְהוּדָה? מִפְּנֵי שֶׁלֹּא קִבֵּל לָשׁוֹן הָרַע עַל עָמוֹס.
La Guemara demande : D'où déduisons-nous qu'il fut compté avec les rois de Yéhouda ? Comme il est écrit : « La parole de l'Éternel qui fut adressée à Hochéa fils de Béeri, aux jours d'Ouziyahou, de Yotam, d'Ahaz et de Hizkiyahou, rois de Yéhouda, et aux jours de Yaroveam fils de Yoach, roi d'Israël » (Hochéa 1, 1).
מְנָלַן דְּאִימְּנִי? דִּכְתִיב: ״דְּבַר ה׳ אֲשֶׁר הָיָה אֶל הוֹשֵׁעַ בֶּן בְּאֵרִי בִּימֵי עֻזִּיָּה יוֹתָם אָחָז יְחִזְקִיָּה מַלְכֵי יְהוּדָה וּבִימֵי יָרׇבְעָם בֶּן יוֹאָשׁ מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל״.
Et d'où déduisons-nous qu'il n'accepta pas la médisance ? Comme il est écrit : « Et Amaziya le prêtre de Beth-El envoya [un message] à Yaroveam roi d'Israël disant : Amos a conspiré contre toi... » (Amos 7, 10). Et il est écrit : « Car ainsi dit Amos : Yaroveam mourra par l'épée... » (Amos 7, 11). [Yaroveam] dit [à lui-même] : À Dieu ne plaise que ce juste [Amos] ait dit cela — que je mourrai par l'épée. Et s'il l'a dit, que puis-je faire contre lui ? C'est la Présence Divine [Chekhina] qui le lui a dit [et il est tenu de transmettre sa prophétie].
וּמְנָלַן דְּלֹא קִיבֵּל לָשׁוֹן הָרָע? דִּכְתִיב: ״וַיִּשְׁלַח אֲמַצְיָה כֹּהֵן בֵּית אֵל אֶל יָרׇבְעָם מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל לֵאמֹר קָשַׁר עָלֶיךָ וְגוֹ׳״, וּכְתִיב: ״כִּי כֹה אָמַר עָמוֹס בַּחֶרֶב יָמוּת יָרׇבְעָם וְגוֹ׳״. אָמַר: חַס וְשָׁלוֹם אָמַר אוֹתוֹ צַדִּיק כָּךְ, וְאִם אָמַר — מָה אֶעֱשֶׂה לוֹ? שְׁכִינָה אָמְרָה לוֹ.