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Traité Pesachim

86b

Étude de Pesachim 86b

Étude de la Guémara 86b

Guémara
J'aurais pu penser que le korban Pessah [agneau pascal] peut être mangé par deux groupes distincts ; c'est pourquoi le verset dit : « Dans une seule maison il sera mangé » (Chemot 12, 46).
יָכוֹל יְהֵא נֶאֱכָל בִּשְׁתֵּי חֲבוּרוֹת, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״בְּבַיִת אֶחָד יֵאָכֵל״.
La Guemara demande : sur quel principe [herméneutique] sont-ils en désaccord ? La Guemara répond : Rabbi Yéhouda est d'avis que le texte consonantique [la massorah, l'orthographe] de la Torah fait autorité. Selon lui, le verset se lit : « Dans une seule maison il [le mangeur] le mangera [yokhal] », se référant à la personne qui consomme le korban Pessah. Cela indique que celui qui mange du korban Pessah doit le manger dans un seul endroit, mais le verset n'interdit pas de partager le sacrifice entre plusieurs groupes. Et Rabbi Chimon est d'avis que le texte vocalisé [le mikra, la lecture traditionnelle] fait autorité. Puisque le mot se prononce ye'akhel [à la troisième personne du passif, « il sera mangé »], il est clair qu'il se réfère au korban Pessah lui-même, et le verset exige que l'offrande soit consommée par un seul groupe de personnes (selon Rabbeinou Hananel).
בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי? רַבִּי יְהוּדָה סָבַר: יֵשׁ אֵם לַמָּסוֹרֶת. וְרַבִּי שִׁמְעוֹן סָבַר: יֵשׁ אֵם לַמִּקְרָא.
La Guemara tente de préciser cette halakha : Si des membres d'un groupe étaient assis et mangeaient le korban Pessah, et qu'une cloison fut dressée entre eux de sorte qu'ils constituent désormais deux groupes distincts, — selon l'avis de Rabbi Yéhouda, qui dit qu'un korban Pessah peut être mangé par deux groupes, ils peuvent continuer à manger ; selon l'avis de Rabbi Chimon, qui dit qu'un korban Pessah ne peut pas être mangé par deux groupes, ils ne peuvent pas continuer à manger, car ils constituent désormais deux groupes.
הָיוּ יוֹשְׁבִין וְנִפְרְסָה מְחִיצָה בֵּינֵיהֶם, לְדִבְרֵי הָאוֹמֵר פֶּסַח נֶאֱכָל בִּשְׁתֵּי חֲבוּרוֹת — אוֹכְלִין, לְדִבְרֵי הָאוֹמֵר אֵין הַפֶּסַח נֶאֱכָל בִּשְׁתֵּי חֲבוּרוֹת — אֵין אוֹכְלִין.
En revanche, s'ils étaient assis en deux groupes séparés par une cloison, et que la cloison entre eux fut retirée, — selon l'avis de Rabbi Chimon, qui dit que celui qui mange le korban Pessah peut le manger en deux endroits [distincts], ils peuvent manger ; selon l'avis de Rabbi Yéhouda, qui dit que celui qui mange le korban Pessah ne peut pas le manger en deux endroits, ils ne peuvent pas manger. Le retrait de la cloison définit un nouvel espace, et c'est comme s'ils mangeaient dans un nouvel endroit [différent de celui où ils avaient commencé].
הָיוּ יוֹשְׁבִין וְנִסְתַּלְּקָה מְחִיצָה בֵּינֵיהֶן, לְדִבְרֵי הָאוֹמֵר הָאוֹכֵל אוֹכֵל בִּשְׁנֵי מְקוֹמוֹת — אוֹכְלִין, לְדִבְרֵי הָאוֹמֵר אֵין הָאוֹכֵל אוֹכֵל בִּשְׁנֵי מְקוֹמוֹת — אֵין אוֹכְלִין.
La Guemara rapporte que Rav Kahana était assis et enseignait cette leçon simplement [mifchat], comme si la chose était absolument claire : que dresser une cloison divise le groupe en deux groupes distincts, et que retirer une cloison fait considérer l'espace comme un nouvel endroit. Rav Achi dit à Rav Kahana : Tu devrais soulever ce point comme une question [ibaya] : Le retrait d'une cloison ou l'érection d'une cloison dans un même espace, pendant la consommation du korban Pessah, rend-il l'endroit comparable à deux endroits distincts et fait-il considérer les gens comme deux groupes, ou non ? En réalité, il n'y a pas de réponse claire à ce dilemme, et la Guemara conclut : Que la question demeure sans réponse [teïkou].
יָתֵיב רַב כָּהֲנָא קָא פָּשֵׁיט לֵיהּ מִפְשָׁט. אֲמַר לֵיהּ רַב אָשֵׁי לְרַב כָּהֲנָא: וְתִיבְּעֵי לָךְ אִיבַּעְיָא: סִילּוּק מְחִיצָה וַעֲשִׂיַּית מְחִיצָה מִי הָוֵי כִּשְׁנֵי מְקוֹמוֹת, וְכִשְׁתֵּי חֲבוּרוֹת דָּמֵי, אוֹ לָא? תֵּיקוּ.
[La michna a enseigné :] « La fiancée [la mariée] tourne son visage » [lors du repas de séder]. La Guemara demande : Quelle est la raison pour laquelle elle tourne son visage ? Rabbi Hiyya bar Abba dit au nom de Rabbi Yohanan : C'est parce qu'elle est gênée [d'être regardée] par les autres membres du groupe.
הַכַּלָּה הוֹפֶכֶת אֶת פָּנֶיהָ וְכוּ׳. מַאי טַעְמָא? אָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מִפְּנֵי שֶׁהִיא בּוֹשָׁה.
À ce sujet, la Guemara rapporte que Rav Houna fils de Rav Natan se trouva [par hasard] à la maison de Rav Nahman bar Yitzhak. On lui demanda : Quel est ton nom ? Il répondit : Rav Houna [en utilisant son titre, ce qui pouvait sembler présomptueux]. On lui dit : Que notre maître s'assoie sur le lit [la place d'honneur, en signe de respect pour son grand rang]. Il s'assit immédiatement, sans la politesse habituelle de refuser dans un premier temps. On lui tendit une coupe de vin qu'il accepta dès la première fois, sans politesse de refus initial. Et il but en deux gorgées et ne tourna pas son visage [des autres convives présents].
רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב נָתָן אִיקְּלַע לְבֵי רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק. אֲמַרוּ לֵיהּ: מָה שְׁמָךְ? אֲמַר לְהוּ: רַב הוּנָא. אֲמַרוּ: נִיתֵּיב מָר אַפּוּרְיָא! יְתֵיב, יְהַבוּ לֵיהּ כָּסָא, קַבְּלֵיהּ בְּחַד זִימְנָא וְשַׁתְיֵיהּ בִּתְרֵי זִימְנֵי, וְלָא אַהְדַּר אַפֵּיהּ.
Ces conduites semblaient toutes être des écarts par rapport à la bienséance habituelle et surprirent ses hôtes, qui lui dirent : Pourquoi te donnes-tu le titre de Rav Houna ? Il leur répondit : Je suis connu sous ce nom depuis ma jeunesse, et me désigner ainsi ne traduit donc aucune prétention. On lui demanda : Pourquoi, lorsqu'on te dit de t'asseoir sur le lit, t'es-tu assis immédiatement sans refuser dans un premier temps ? Il leur répondit : Nous avons appris que tout ce que te dit le maître de maison, tu dois le faire — sauf [si c'est une demande inconvenante, comme] s'il te dit de sortir [de chez toi].
אֲמַרוּ לֵיהּ: מַאי טַעְמָא קָרֵית לְךָ רַב הוּנָא? אֲמַר לְהוּ בַּעַל הַשֵּׁם אֲנִי. מַאי טַעְמָא כִּי אֲמַרוּ לָךְ נִיתֵּיב אַפּוּרְיָא יְתֵבְתְּ? אֲמַר לְהוּ: כׇּל מַה שֶׁיֹּאמַר לְךָ בַּעַל הַבַּיִת עֲשֵׂה (חוּץ מִצֵּא).
On continua de l'interroger : Pourquoi, lorsqu'on t'a donné la coupe, l'as-tu acceptée dès la première fois sans poliment décliner ? Il leur répondit : On peut faire attendre [manifester une résistance polie avant d'accepter] une personne de rang inférieur, mais on ne peut pas faire attendre une grande personne [qui vous honore d'une demande — il est respectueux de se soumettre immédiatement]. On continua : Pourquoi l'as-tu bue en deux gorgées ? Il leur répondit : Comme il a été enseigné dans une baraïta : Celui qui boit sa coupe d'un seul trait est un goinfre [gargueran] ; boire en deux gorgées est la manière de se conduire convenablement [derekh eretz] ; boire en trois gorgées traduit de l'arrogance [migas hé-rouah], car cela montre que l'on est douillet et délicat. On continua de l'interroger : Pourquoi n'as-tu pas tourné ton visage, contrairement à la bienséance habituelle ? Il leur répondit : Nous avons appris dans la michna que « la mariée tourne son visage » — mais il n'y a aucune raison pour qu'une autre personne tourne son visage.
מַאי טַעְמָא כִּי יָהֲבִי לָךְ כָּסָא קַבֵּלְתְּ בְּחַד זִימְנָא? אֲמַר לְהוּ: מְסָרְבִין לַקָּטָן, וְאֵין מְסָרְבִין לַגָּדוֹל. מַאי טַעְמָא אִשְׁתֵּיתֵיהּ בִּתְרֵי זִימְנֵי? אָמַר לְהוּ: דְּתַנְיָא, הַשּׁוֹתֶה כּוֹסוֹ בְּבַת אַחַת הֲרֵי זֶה גַּרְגְּרָן, שְׁנַיִם — דֶּרֶךְ אֶרֶץ, שְׁלֹשָׁה — מִגַּסֵּי הָרוּחַ. מַאי טַעְמָא לָא אַהְדַּרְתְּ אַפָּךְ? אֲמַר לְהוּ: ״כַּלָּה הוֹפֶכֶת פָּנֶיהָ״ תְּנַן.
La Guemara rapporte une autre anecdote semblable à la précédente : Rabbi Ichmaël fils de Rabbi Yossé se trouva [par hasard] à la maison de Rabbi Chimon fils de Rabbi Yossé ben Lakonya. On lui tendit une coupe de vin. Il l'accepta dès la première fois et la but d'un seul trait. On lui dit : Notre maître ne tient-il pas de la halakha enseignée : celui qui boit sa coupe d'un seul trait est un goinfre ? Il leur répondit : Cette règle ne s'applique pas à votre petite coupe, à votre vin doux et à mon large ventre [qui absorbe facilement la boisson].
רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּרַבִּי יוֹסֵי אִיקְּלַע לְבֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן בְּרַבִּי יוֹסֵי בֶּן לָקוֹנְיָא. יְהַבוּ לֵיהּ כָּסָא, קַבְּלֵיהּ בְּחַד זִימְנָא וְשַׁתְיֵיהּ בְּחַד זִימְנָא. אָמְרִי לֵיהּ: לָא סָבַר לַהּ מָר הַשּׁוֹתֶה כּוֹסוֹ בְּבַת אַחַת הֲרֵי זֶה גַּרְגְּרָן? אֲמַר לְהוּ: לָא אָמְרִי בְּכוֹסְךָ קָטָן וְיֵינְךָ מָתוֹק וּכְרֵיסִי רְחָבָה.
Rav Houna dit : Les membres d'un groupe [d'hôtes servis par un serveur dans une auberge] : on commence à les servir dès qu'ils sont trois [présents à table], et ils peuvent partir même un par un [le serveur devant continuer de servir ceux qui restent jusqu'à ce qu'ils aient terminé]. Rabba dit : Et cela est vrai seulement lorsque le dernier membre du groupe est entré à un moment habituel [où il est normal de venir dîner], et non pas à une heure inhabituellement tardive ou précoce ; et cela est vrai seulement lorsque le serveur [dayyala] les connaissait, c'est-à-dire qu'il savait que les membres de ce groupe partent un par un au fur et à mesure qu'ils finissent leur repas, plutôt que de dîner tous ensemble.
אָמַר רַב הוּנָא: בְּנֵי חֲבוּרָה נִכְנָסִין בִּשְׁלֹשָׁה, וְיוֹצְאִין אֲפִילּוּ בְּאֶחָד. אָמַר רַבָּה: וְהוּא דְּעָיֵיל בְּעִידָּנָא דִּרְגִילִי לְמֵיעַל, וְהוּא דִּרְגַשׁ בְּהוּ דַּיָּילָא.
Ravina dit : Et les personnes qui ont prolongé leur repas [au-delà de l'heure normale] doivent donner au serveur une rémunération supplémentaire pour le temps qu'il a passé à les servir ; et le dernier doit ajouter [une somme] pour le temps où le serveur est resté à le servir seul. La Guemara précise : Et la halakha ne suit pas l'opinion de Ravina. Au contraire, le serveur est tenu de servir jusqu'à ce que le dernier membre du groupe ait achevé son repas, sans compensation supplémentaire.
אָמַר רָבִינָא: וְנוֹתְנִין שְׂכַר דָּמִים, וְצָרִיךְ הָאַחֲרוֹן לְהוֹסִיף דָּמִים. וְלֵית הִלְכְתָא כְּווֹתֵיהּ.
Pesachim 86b
100%
פסחים פ״ו במַסֶּכֶת פְּסָחִים