Guémara
[Quant aux cas où] son sang fut répandu [avant la zériqa], ou [quand] son sang sortit hors des tentures [qui délimitaient la cour du Tabernacle] — [règle bien établie dans notre tradition :] nous tenons qu'il doit être brûlé ; d'où tirons-nous cette halakha ?
נִשְׁפַּךְ דָּמָהּ, יָצָא דָּמָהּ חוּץ לַקְּלָעִים — דְּקַיְימָא לַן בִּשְׂרֵיפָה, מְנָלַן?
La Guemara répond : Nous le déduisons de l'interprétation de Rabbi Chimon. Car il a été enseigné dans une baraïta que Rabbi Chimon dit : [le verset qui déclare] « Tout korban hattat [offrande pour le péché] dont une partie du sang a été apportée dans la Tente d'Assignation pour réaliser l'expiation dans le lieu saint ne sera pas mangé ; il sera brûlé dans le feu » (Vayikra 6, 23) — [ce verset] a enseigné que la combustion d'un korban hattat [doit avoir lieu] dans le lieu saint, [c'est-à-dire] dans la cour du Temple.
נָפְקָא לַן מִדְּרַבִּי שִׁמְעוֹן. דְּתַנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: ״בַּקֹּדֶשׁ בָּאֵשׁ תִּשָּׂרֵף״ — לִימֵּד עַל חַטָּאת שֶׁשְּׂרֵיפָתָהּ בַּקּוֹדֶשׁ.
Je ne déduis de [ce verset] que [la règle applicable à] ceci seul, [à savoir le korban hattat]. Pour ce qui est du reste des kodshei kodachim [offrandes de la plus haute sainteté] disqualifiés, et des émouram [parties sacrifiées sur l'autel] des kodachim kallim [offrandes de moindre sainteté] [qui ont été disqualifiés], d'où sait-on [qu'ils doivent également être brûlés dans la cour du Temple, leur enceinte lorsqu'ils sont valides] ? [Le verset précise :] « (Tout)… dans le lieu saint… dans le feu il sera brûlé » — [ce qui enseigne que] toute chose consacrée disqualifiée doit être brûlée dans un lieu saint.
אֵין לִי אֶלָּא זוֹ בִּלְבַד, שְׁאָר פְּסוּלֵי קׇדְשֵׁי קָדָשִׁים וְאֵימוּרֵי קָדָשִׁים קַלִּים מִנַּיִן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״(וְכׇל) ... בַּקֹּדֶשׁ ... בָּאֵשׁ תִּשָּׂרֵף״.
On a trouvé [une source pour] les kodshei kodachim [offrandes de la plus haute sainteté] ; [mais] pour les kodachim kallim [offrandes de moindre sainteté], d'où [l'apprend-on] ? Plutôt : [la règle générale est que] tout [korban] disqualifié dans l'enceinte [du Temple] doit être brûlé — il n'y a pas de différence qu'il s'agisse de kodachim kallim ou de kodshei kodachim — [et] on l'a appris par tradition orale [halakha leMoshe miSinaï]. Et [l'épisode du] korban hattat d'Aaron [qui fut brûlé le huitième jour de l'inauguration] fut mentionné [dans la Torah] uniquement parce que l'incident qui s'est produit s'est produit de cette façon [et non pour en déduire une halakha permanente].
אַשְׁכְּחַן קׇדְשֵׁי קָדָשִׁים, קָדָשִׁים קַלִּים מְנָלַן? אֶלָּא: כׇּל פְּסוּלוֹ בַּקֹּדֶשׁ בִּשְׂרֵיפָה, לָא שְׁנָא קָדָשִׁים קַלִּים וְלָא שְׁנָא קׇדְשֵׁי קָדָשִׁים — גְּמָרָא גְּמִירִי לַהּ, וְחַטָּאת דְּאַהֲרֹן מִשּׁוּם מַעֲשֶׂה שֶׁהָיָה כָּךְ הָיָה.
Et selon l'opinion du tanna de l'école de Rabba bar Avouh, qui a dit [que] même le piggoul [korban disqualifié par une intention impropre lors de l'offrande] requiert une décomposition [préalable de] forme — [c'est-à-dire qu'il faut le laisser jusqu'au lendemain afin qu'il commence à se décomposer, et ce n'est qu'ensuite qu'on le brûle] — d'où tirons-nous qu'il requiert une décomposition de forme ?
וּלְתַנָּא דְּבֵי רַבָּה בַּר אֲבוּהּ, דְּאָמַר: אֲפִילּוּ פִּיגּוּל טָעוּן עִיבּוּר צוּרָה. מְנָא לַן?
[La Guemara répond :] On le déduit par un gezerah chavah [analogie verbale] à partir du mot « faute » [avon] présent [dans le verset du] noutaar [viande sacrificielle laissée au-delà du délai permis]. [En effet, concernant le piggoul, le verset dit : « Il restera rejeté [piggoul] ; et l'âme qui en mange portera sa faute » (Vayikra 7, 18), et concernant le noutaar, le verset dit : « Ce qui restera… sera brûlé dans le feu… et quiconque en mangera portera sa faute » (Vayikra 19, 6–8). De même que le noutaar est brûlé après être resté jusqu'au lendemain, de même le piggoul n'est brûlé qu'après être resté jusqu'au lendemain et que sa forme se soit décomposée.]
יָלֵיף ״עָוֹן״ ״עָוֹן״ מִנּוֹתָר.
[La Guemara demande :] Qu'on déduise plutôt [la règle du piggoul] par une analogie verbale [gezerah chavah] du mot « faute » [avon] présent dans [le verset du] korban hattat d'Aaron ! [Ce dernier dit en effet :] « Pourquoi n'avez-vous pas mangé le korban hattat dans le lieu de la sainteté ?… [Car] Il vous l'a donné pour porter la faute de la communauté » (Vayikra 10, 17). [Ce korban] d'Aaron fut brûlé immédiatement, sans décomposition de forme — pourquoi donc ne peut-on pas en déduire que le piggoul non plus ne requiert pas de décomposition de forme ? [La Guemara répond :] Ce tanna aurait pu vous dire : Le korban hattat d'Aaron, dans un cas semblable, aurait également requis une décomposition de forme s'il s'était produit dans les générations futures ; mais là [où il fut brûlé immédiatement], c'était une décision provisoire imposée par les circonstances.
וְנֵילַף ״עָוֹן״ ״עָוֹן״ מֵחַטָּאת דְּאַהֲרֹן! אָמַר לָךְ: חַטָּאת דְּאַהֲרֹן כִּי הַאי גַוְונָא נָמֵי עִיבּוּר צוּרָה לְדוֹרוֹת בָּעֲיָא, וְהָתָם — הוֹרָאַת שָׁעָה הָיְתָה.
[La Guemara demande :] Maintenant que nous disons que nous avons retenu la conclusion que tous les kodachim disqualifiés doivent être brûlés — il n'y a pas de différence qu'il s'agisse de kodshei kodachim disqualifiés ou de kodachim kallim — parce que dans les deux cas on l'a appris par tradition [orale], à quoi me sert [encore] le verset « dans le lieu saint… dans le feu il sera brûlé » ? [La Guemara répond :] Ce verset est nécessaire pour enseigner que la brûlure [apprise par la tradition] ne peut pas avoir lieu n'importe où ; [c'est obligatoirement] dans le lieu saint, [c'est-à-dire] dans la cour du Temple, [qu'elle doit avoir lieu].
הַשְׁתָּא דְּאָמְרִינַן כָּל פְּסוּלֵי דְקֹדֶשׁ בִּשְׂרֵיפָה, לָא שְׁנָא דְּקׇדְשֵׁי קָדָשִׁים וְלָא שְׁנָא קָדָשִׁים קַלִּים, גְּמָרָא גְּמִירִי לַהּ, ״בַּקֹּדֶשׁ ... בָּאֵשׁ תִּשָּׂרֵף״ לְמָה לִי? הָהוּא מִבְּעֵי לֵיהּ שֶׁשְּׂרֵיפָתָהּ בַּקֹּדֶשׁ.
[La Guemara demande en outre :] Pour ce qui est du verset qui dit « La chair qui touche quoi que ce soit d'impur ne sera pas mangée ; dans le feu elle sera brûlée » (Vayikra 7, 19) — à quoi m'en sert-il [si la halakha est fondée sur une tradition orale] ?
״וְהַבָּשָׂר אֲשֶׁר יִגַּע בְּכׇל טָמֵא לֹא יֵאָכֵל בָּאֵשׁ יִשָּׂרֵף״, לְמָה לִי?
[La Guemara répond :] Ce verset [-là] est nécessaire pour lui-même [pour un enseignement propre]. Car on aurait pu croire [a priori] que [les seuls cas où un] korban disqualifié [doit être brûlé sont] : [le korban] dont le sang est resté [une nuit entière sans être aspergé sur l'autel] ; [le korban] dont le sang a été répandu ; [le korban] dont le sang est sorti [hors de l'enceinte] ; et [le korban] qui a été abattu la nuit — [car] dans tous ces cas, la disqualification est exclusive aux choses consacrées [et n'existe pas pour les] houlin [choses non sacrées].
הַהוּא, לְגוּפֵיהּ אִיצְטְרִיךְ. סָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא כֹּל פְּסוּלֵי דְקֹדֶשׁ, כְּגוֹן: לָן דָּמָהּ, וְנִשְׁפַּךְ דָּמָהּ, וְיָצָא דָּמָהּ, וְנִשְׁחֲטָה בַּלַּיְלָה, דְּבִשְׂרֵיפָה דְּלֵיתַנְהוּ בְּחוּלִּין.
[On aurait pu penser :] Mais [dans le cas d'une viande sacrificielle] qui est devenue impure rituellement — [disqualification] qui existe également pour les houlin [viandes non sacrées] — dis [plutôt] : puisqu'elle a été traitée à la manière des choses profanes [car sa disqualification n'est pas propre aux choses sacrées], peut-être [faut-il dire] qu'elle ne requiert pas de brûlure, et que l'enterrement lui serait suffisant. C'est pourquoi le verset nous enseigne qu'un korban disqualifié par l'impureté rituelle doit lui aussi être brûlé.
אֲבָל נִטְמָא, דִּבְחוּלִּין נָמֵי מִפְּסִיל, אֵימָא הוֹאִיל וְאִיתְעֲבִיד בֵּיהּ עוֹבָדִין דְּחוֹל — אֵימָא לָא תִּיבְּעֵי שְׂרֵיפָה, וְתִיסְגֵּי לֵיהּ בִּקְבוּרָה, קָא מַשְׁמַע לַן.
[La michna avait enseigné :] « Les propriétaires [du korban] sont devenus impurs rituellement ou sont décédés » — [selon la michna, la chair] doit subir une décomposition [de forme] [avant d'être brûlée], [etc.]. Rav Yossef dit : Ce débat [entre les tanna'im] porte sur un cas où les propriétaires sont devenus impurs rituellement après la zériqa [aspersion du sang sur l'autel], parce que la viande avait été [momentanément] apte à la consommation [puisque tous les services furent accomplis validement]. Mais si les propriétaires sont devenus impurs avant la zériqa, de sorte que la viande ne fut jamais apte à la consommation — tout le monde est d'accord qu'elle doit être brûlée immédiatement.
נִטְמְאוּ הַבְּעָלִים אוֹ שֶׁמֵּתוּ תְּעוּבַּר צוּרָתָן וְכוּ׳. אָמַר רַב יוֹסֵף: מַחְלוֹקֶת שֶׁנִּטְמְאוּ בְּעָלִים אַחַר זְרִיקָה, דְּאִיתְחֲזִי בָּשָׂר לַאֲכִילָה. אֲבָל נִטְמְאוּ בְּעָלִים לִפְנֵי זְרִיקָה, דְּלָא אִיתְחֲזִי בָּשָׂר לַאֲכִילָה — דִּבְרֵי הַכֹּל יִשָּׂרֵף מִיָּד.