Guémara
[Suite de la discussion sur la compatibilité de la Michna avec l'opinion de Rabbi Yehoua.] Plutôt, il n'y a pas de difficulté : là [où Rabbi Yehoua a dit que l'offrande est invalide ab initio], il parlait de l'offrande d'un individu [yahid] ; ici, dans la Michna [qui établit que ces offrandes peuvent être apportées même ab initio], il s'agit d'une offrande concernant le public [tzibbour].
אֶלָּא, לָא קַשְׁיָא: כָּאן — בְּיָחִיד, כָּאן — בְּצִיבּוּר.
La Guemara demande : Devons-nous dire que la Michna n'est pas conforme à l'opinion de Rabbi Yossi ? Car il fut enseigné dans une baraïta : Rabbi Eliézer dit que le tsits obtient l'agrément [divin] pour l'impureté des portions d'offrandes destinées à être mangées [akhalot]. Rabbi Yossi dit que le tsits n'obtient pas l'agrément pour l'impureté des portions d'offrandes destinées à être mangées [il n'obtient l'agrément que pour l'impureté des parties qui sont brûlées sur l'autel].
נֵימָא מַתְנִיתִין דְּלָא כְּרַבִּי יוֹסֵי. דְּתַנְיָא, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: הַצִּיץ מְרַצֶּה עַל אֲכִילוֹת. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אֵין הַצִּיץ מְרַצֶּה עַל אֲכִילוֹת.
La Guemara explique la question : On pourrait penser que, du fait que Rabbi Yossi dit que le tsits n'obtient pas l'agrément pour l'impureté des portions destinées à être mangées, on peut en déduire qu'il soutient [la même position que] Rabbi Yehoua, qui dit que nous avons besoin que les deux parties de l'offrande [le sang et la viande] soient valides. Si tel n'était pas le cas, il suffirait que le tsits obtienne l'agrément pour l'impureté du sang, et il ne serait pas nécessaire que le tsits obtienne l'agrément pour l'impureté des portions destinées à être mangées. Disons donc maintenant que la Michna n'est pas conforme à l'opinion de Rabbi Yossi.
קָא סָלְקָא דַּעְתָּךְ מִדְּקָאָמַר רַבִּי יוֹסֵי: אֵין הַצִּיץ מְרַצֶּה עַל אֲכִילוֹת — כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ סְבִירָא לֵיהּ, דְּאָמַר בָּעֵינַן תַּרְתֵּי. נֵימָא הַשְׁתָּא מַתְנִיתִין דְּלָא כְּרַבִּי יוֹסֵי?
La Guemara rejette cette assertion : Non, Rabbi Yossi soutient [la même position que] Rabbi Eliézer, qui dit que le sang d'une offrande est accepté [et peut être aspergé] même s'il n'y a pas de viande [apte].
לָא, רַבִּי יוֹסֵי כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר סְבִירָא לֵיהּ, דְּאָמַר: דָּם — אַף עַל פִּי שֶׁאֵין בָּשָׂר.
La Guemara demande : Si tel est le cas, dans quel but pratique [halakhique] Rabbi Yossi a-t-il déclaré que le tsits n'obtient pas l'agrément pour l'impureté des portions destinées à être mangées ? [Puisque même sans cet agrément, l'offrande serait valide selon Rabbi Yossi qui suit Rabbi Eliézer.] La Guemara rejette la question en répondant : Et selon ton propre raisonnement, concernant Rabbi Eliézer lui-même, qui dit que le tsits obtient l'agrément pour les portions destinées à être mangées — puisqu'il dit que le sang peut être aspergé même sans viande, dans quel but pratique a-t-il formulé son autre déclaration que le tsits obtient l'agrément pour l'impureté des portions destinées à être mangées ? [Il est donc clair que la question de savoir si le tsits obtient l'agrément est significative pour des raisons autres que la validité de l'offrande elle-même.]
אִי הָכִי, לְמַאי הִלְכְתָא אֵין הַצִּיץ מְרַצֶּה עַל אֲכִילוֹת? וְלִיטַעְמָיךְ, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּאָמַר: הַצִּיץ מְרַצֶּה, כֵּיוָן דְּאָמַר: דָּם — אַף עַל פִּי שֶׁאֵין בָּשָׂר, הַצִּיץ מְרַצֶּה עַל אֲכִילוֹת לְמַאי הִלְכְתָא?
Plutôt, [la signification pratique de la dispute est la suivante :] ils sont en désaccord sur la question de savoir s'il est possible de rendre [l'offrande] piggoul [invalide pour cause d'intention impropre lors du sacrifice], et de l'exclure de l'interdiction de détournement des biens consacrés [mei'la]. Rabbi Eliézer soutient que le tsits obtient l'agrément [pour la viande impure] et la traite comme si elle était pure. Donc, bien que la viande ne puisse pas être mangée [en état d'impureté], elle peut être rendue piggoul. De même, parce qu'elle est traitée comme si elle était pure, l'aspersion du sang de l'offrande libère la viande de l'interdiction de détournement des biens consacrés [mei'la].
אֶלָּא, לְמִיקְבְּעֵיהּ בְּפִיגּוּל וּלְאַפּוֹקֵי מִידֵי מְעִילָה קָמִיפַּלְגִי. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר סָבַר: מְרַצֵּה צִיץ עִילָּוֵיהּ וּמְשַׁוֵּי לֵיהּ כְּטָהוֹר, וְקָבַע לֵיהּ בְּפִיגּוּל, וּמַפֵּיק לֵיהּ מִידֵּי מְעִילָה.
Et Rabbi Yossi soutient que le tsits n'obtient pas l'agrément pour l'impureté de la viande sacrificielle qui est devenue impure, et ne la traite pas comme si elle était pure. Par conséquent, l'aspersion du sang de l'offrande n'établit pas [la viande] comme piggoul et ne l'exclut pas de l'interdiction de détournement des biens consacrés [mei'la].
וְרַבִּי יוֹסֵי סָבַר: לָא מְרַצֵּה צִיץ עִילָּוֵיהּ, וְלָא מְשַׁוֵּי לֵיהּ כְּטָהוֹר, וְלָא קָבַע לֵיהּ בְּפִיגּוּל, וְלָא מַפֵּיק לֵיהּ מִידֵּי מְעִילָה.
Rav Mari soulève une forte objection à cette conclusion : Même en accordant que Rabbi Yossi soutient [la même position que] Rabbi Eliézer [que l'offrande est acceptée par le sang seul, même si la viande est devenue impure], il y a quand même une difficulté. Certes, pour les offrandes animales [zevahim] mentionnées dans la Michna, il y a [au moins] le sang [qui est l'élément pour lequel le tsits obtient l'agrément, rendant l'offrande valide]. Pour l'omer aussi, il y a la poignée [komets], pour laquelle le tsits obtient l'agrément et [qui est ainsi] validée. Pour les pains de proposition [lekhem hapanim] aussi, il y a les coupes [de liban, bzikhim] qui permettent le pain de la même façon que la poignée permet la minha [et pour lesquelles le tsits obtient l'agrément].
מַתְקֵיף לַהּ רַב מָרִי: נְהִי נָמֵי דְּרַבִּי יוֹסֵי סָבַר כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר, בִּשְׁלָמָא זְבָחִים — אִיכָּא דָּם, עוֹמֶר נָמֵי — אִיכָּא קוֹמֶץ, לֶחֶם הַפָּנִים נָמֵי — אִיכָּא בָּזִיכִין.
Mais pour les deux pains [de Chavouot — shtei halekhem], qu'y a-t-il à dire [selon Rabbi Yossi] ? Ces pains sont entièrement mangés [par les kohanim], et rien n'est apporté sur l'autel [qui permettrait au tsits d'obtenir l'agrément]. Comment peuvent-ils être apportés en état d'impureté rituelle, comme l'a établi la Michna, selon l'opinion de Rabbi Yossi ?
אֶלָּא שְׁתֵּי הַלֶּחֶם, מַאי אִיכָּא לְמֵימַר?
Et si tu dis [en réponse] que les deux pains sont valides parce que le tsits obtient l'agrément pour l'impureté des deux agneaux [kvasim] qui leur sont sacrifiés [ensemble] — c'est la même chose que les sacrifices de paix communautaires [zivkhei chalmei tzibbour] qui sont mentionnés séparément dans la Michna. Si tel est le cas, il n'y aurait que quatre [offrandes] mentionnées dans la Michna [car les deux pains et les sacrifices de paix communautaires compteraient comme un seul groupe]. Mais nous avons appris dans la Michna qu'il y en a cinq, parce que les deux pains et les sacrifices de paix communautaires sont listés séparément.
וְכִי תֵּימָא לִקְרַב עִמָּהֶן — הַיְינוּ שַׁלְמֵי צִיבּוּר. אִם כֵּן, הָווּ לְהוּ אַרְבָּעָה, וַאֲנַן — חֲמִשָּׁה תְּנַן!
Plutôt, [la suggestion précédente est rejetée.] On propose que Rabbi Yossi soutient que l'impureté rituelle est entièrement permise [houttera] dans les cas concernant le public [tzibbour] [même sans le tsits]. C'est pourquoi les deux pains restent valides.
אֶלָּא, קָסָבַר רַבִּי יוֹסֵי: טוּמְאָה הוּתְּרָה בְּצִיבּוּר.
La Guemara objecte : Mais n'a-t-on pas enseigné la baraïta suivante — concernant [à la fois] le Grand Prêtre le jour de Kippour et le prêtre qui brûle la vache rousse [para adouma], chacun devant s'isoler de sa maison pendant sept jours pour assurer sa pureté : [La baraïta enseigne :] En ce qui concerne l'un et l'autre [ces deux prêtres], on l'asperge [avec les eaux de purification] tous les sept jours de son isolement, [en utilisant] toutes les eaux de purification [meï hattat — cendres de vaches rousses] qui se trouvent là [au Temple] ; telle est la déclaration de Rabbi Méir. Rabbi Yossi dit : On ne l'asperge que le troisième et le septième jours de son isolement [pas les autres jours].
וְהָא תַּנְיָא: אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה — מַזִּין עָלָיו כׇּל שִׁבְעָה מִכׇּל חַטָּאוֹת שֶׁהָיוּ שָׁם, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אֵין מַזִּין עָלָיו אֶלָּא שְׁלִישִׁי וּשְׁבִיעִי בִּלְבַד.