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Traité Pesachim

77a

Étude de Pesachim 77a

Étude de la Guémara 77a

Guémara
[Suite de la discussion sur les boucs des Rosh Hodesh — pourquoi la Michna devait les mentionner séparément.] Il était nécessaire [à la Michna] de mentionner les boucs sacrifiés lors des Rosh Hodesh [nouvelles lunes]. On aurait pu penser : puisque le terme « temps fixé » [moed] n'est pas écrit à leur propos [dans les textes relatifs aux Rosh Hodesh], ces offrandes ne repoussent pas le Chabbat ni l'impureté rituelle comme le font les autres offrandes communautaires lors de leurs temps fixés. [La Michna] nous enseigne donc que même Rosh Hodesh est appelé « temps fixé ».
שְׂעִירֵי רָאשֵׁי חֳדָשִׁים אִיצְטְרִיכָא לֵיהּ, סָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא הָא לָא כְּתִיב בְּהוּ ״מוֹעֵד״, קָא מַשְׁמַע לַן דְּרֹאשׁ חֹדֶשׁ אִיקְּרִי מוֹעֵד,
[Cette idée que Rosh Hodesh est un « moed »] est conforme à ce qu'a dit Abaye, afin de défendre la tradition selon laquelle les explorateurs [maraglim] revinrent d'Eretz Israël et tout le peuple pleura sans raison le neuf av, faisant de ce jour un jour de pleurs pour les générations futures. La chronologie exacte des jours ne coïncide pas parfaitement, et c'est pourquoi Abaye dit : ils « complétèrent » [millouyei mallou] le mois de Tamouz de cette année-là [c'est-à-dire qu'il fut un mois de trente jours, et non de vingt-neuf comme de nos jours]. Il y a une allusion à cela dans un verset, comme il est écrit : « Il a proclamé un temps fixé [moed] contre moi pour écraser mes jeunes hommes » (Eikha 1, 15), ce qui signifie que la nouvelle lune fut proclamée afin de nuire au peuple juif dans le futur. Cela prouve que même Rosh Hodesh est appelé « temps fixé ».
כִּדְאַבָּיֵי, דְּאָמַר אַבָּיֵי: תַּמּוּז דְּהַאי שַׁתָּא מַלּוֹיֵי מַלְּיוּהּ, דִּכְתִיב: ״קָרָא עָלַי מוֹעֵד לִשְׁבֹּר בַּחוּרָי״.
La Guemara demande : Entend-on dire par là que toutes [ces offrandes communautaires] tirent [leur capacité à repousser l'impureté] du terme « moed » ? D'où ces enseignements sont-ils dérivés ? La Guemara répond : Comme les Sages l'ont enseigné sur la base du verset : « Et Moïse annonça les temps fixés [moadei] de l'Éternel » (Vayikra 23, 44). Que nous apprend ce verset [puisque les fêtes ont déjà été enseignées] ? Ce verset est nécessaire car nous n'avions appris que pour le tamid [sacrifice journalier] et le Pessah [que leurs offrandes repoussent le Chabbat et l'impureté], puisqu'il est dit à leur sujet « en son temps fixé » [bemo'ado] — ce qui signifie : même le Chabbat [ne suspend pas l'obligation] ; « en son temps fixé » — même dans un état d'impureté rituelle.
לְמֵימְרָא דְּכוּלְּהוּ מִ״מּוֹעֵד״ אָתוּ, מְנָהָנֵי מִילֵּי? דְּתָנוּ רַבָּנַן: ״וַיְדַבֵּר מֹשֶׁה אֶת מֹעֲדֵי ה׳״ — מָה תַּלְמוּד לוֹמַר? לְפִי שֶׁלֹּא לָמַדְנוּ אֶלָּא לְתָמִיד וּפֶסַח שֶׁנֶּאֱמַר בְּהוּ ״בְּמוֹעֲדוֹ״, ״בְּמוֹעֲדוֹ״ וַאֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת, ״בְּמוֹעֲדוֹ״ וַאֲפִילּוּ בְּטוּמְאָה.
Concernant le reste des offrandes communautaires [musafim des fêtes], d'où est-il dérivé qu'elles [repoussent également] le Chabbat et l'impureté rituelle ? Comme il est dit concernant les offrandes supplémentaires apportées lors des fêtes : « Voici ce que vous sacrifierez à l'Éternel lors de vos temps fixés » (Bemidbar 29, 39).
שְׁאָר קׇרְבְּנוֹת צִיבּוּר מִנַּיִין — שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֵלֶּה תַּעֲשׂוּ לַה׳ בְּמוֹעֲדֵיכֶם״.
La baraïta continue : D'où est-il dérivé [que cette règle s'étend] pour inclure l'omer [et les agneaux sacrifiés avec lui], les deux pains [de Chavouot] et les offrandes de paix communautaires sacrifiées avec eux ? Le verset dit : « Et Moïse annonça les temps fixés de l'Éternel aux fils d'Israël » (Vayikra 23, 44) — après avoir énuméré le Chabbat et les fêtes. Cela indique que le verset établit un seul et même statut [de « temps fixé »] pour tous. Tous ces jours sont des « temps fixés » et leurs offrandes ne sont pas reportées.
מִנַּיִן לְרַבּוֹת עוֹמֶר וְהַקָּרֵב עִמּוֹ, שְׁתֵּי הַלֶּחֶם וְהַקָּרֵב עִמָּם — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וַיְדַבֵּר מֹשֶׁה אֶת מֹעֲדֵי ה׳ אֶל בְּנֵי יִשְׂרָאֵל״, הַכָּתוּב קְבָעוֹ מוֹעֵד אֶחָד לְכוּלָּן.
La Guemara demande : Pourquoi ai-je besoin de toutes ces dérivations ? Il aurait suffi d'en donner une seule et de l'appliquer comme modèle à toutes les offrandes communautaires. La Guemara répond : Elles sont toutes nécessaires. Car si le Tout-Miséricordieux n'avait écrit cette halakha que concernant le sacrifice journalier [tamid], j'aurais dit : Le tamid est particulier en ce qu'il est fréquent [quotidien] et entièrement consumé [sur l'autel comme olah], et c'est pourquoi il repousse le Chabbat et l'impureté ; mais le Pessah, qui n'a aucune de ces deux caractéristiques, [ne les repousserait] pas. [Le verset] nous enseigne donc que le Pessah repousse lui aussi le Chabbat et l'impureté.
וְכׇל הָנֵי לְמָה לִי? צְרִיכִי, דְּאִי כְּתַב רַחֲמָנָא תָּמִיד, הֲוָה אָמֵינָא תָּמִיד — שֶׁכֵּן תָּדִיר וְכָלִיל, אֲבָל פֶּסַח — לָא, קָא מַשְׁמַע לַן.
Et si le Tout-Miséricordieux avait écrit que cette halakha s'applique au Pessah [uniquement], j'aurais dit : Le Pessah, pour lequel on est passible de karet [retranchement divin] si on omet de le sacrifier, [repousse le Chabbat et l'impureté] ; mais le sacrifice journalier, pour lequel on n'est pas passible de karet en cas d'omission, ne [les repousserait] pas. [Le verset] nous enseigne donc que le sacrifice journalier repousse lui aussi le Chabbat et l'impureté.
וְאִי כְּתַב רַחֲמָנָא פֶּסַח, פֶּסַח שֶׁהוּא עָנוּשׁ כָּרֵת, אֲבָל תָּמִיד דְּאֵין עָנוּשׁ כָּרֵת — אֵימָא לָא, קָא מַשְׁמַע לַן.
Et si le Tout-Miséricordieux n'avait écrit cette halakha que pour ces deux-là [le tamid et le Pessah], j'aurais dit : c'est seulement pour ces offrandes-là que la halakha s'applique, parce qu'elles ont un aspect de rigueur : le tamid est fréquent et entièrement consumé, et le Pessah entraîne le karet en cas d'omission. Mais pour le reste des offrandes communautaires [qui n'ont pas ces deux rigueurs], je dirais qu'elles ne repoussent pas [le Chabbat et l'impureté]. C'est pourquoi le Tout-Miséricordieux écrit : « Voici ce que vous sacrifierez à l'Éternel lors de vos temps fixés » — pour enseigner que même celles-ci repoussent le Chabbat et l'impureté.
וְאִי כְּתַב רַחֲמָנָא הָנֵי תַּרְתֵּי, הֲוָה אָמֵינָא הָנֵי הוּא יֵשׁ בָּהֶן צַד חָמוּר, תָּמִיד — תָּדִיר וְכָלִיל, פֶּסַח — שֶׁהוּא עָנוּשׁ כָּרֵת. אֲבָל שְׁאָר קׇרְבְּנוֹת צִיבּוּר — אֵימָא לָא, כְּתַב רַחֲמָנָא: ״אֵלֶּה תַּעֲשׂוּ לַה׳ בְּמוֹעֲדֵיכֶם״.
Et si le Tout-Miséricordieux n'avait écrit que « Voici ce que vous sacrifierez à l'Éternel lors de vos temps fixés » [sans mentionner l'omer et les deux pains], j'aurais dit que seules les autres offrandes communautaires qui viennent expier [les péchés] sont incluses. Mais l'omer et les deux pains, qui ne viennent pas expier mais seulement « permettre » [lehattir — l'omer permet la consommation de la nouvelle récolte, les deux pains permettent d'utiliser la nouvelle récolte comme offrandes au Temple], ne repoussent pas le Chabbat et l'impureté. [Le verset complémentaire] nous enseigne donc que même ceux-ci repoussent le Chabbat et l'impureté.
וְאִי כְּתַב רַחֲמָנָא: ״אֵלֶּה תַּעֲשׂוּ לַה׳ בְּמוֹעֲדֵיכֶם״, הֲוָה אָמֵינָא שְׁאָר קׇרְבְּנוֹת צִיבּוּר הַבָּאִין לְכַפֵּר. אֲבָל עוֹמֶר וּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם דְּאֵין בָּאִין לְכַפֵּר, אֶלָּא לְהַתִּיר בְּעָלְמָא נִינְהוּ — לָא, קָא מַשְׁמַע לַן.
Et si le Tout-Miséricordieux n'avait écrit que l'omer et les deux pains [séparément, sans mentionner les autres offrandes communautaires], j'aurais dit : au contraire, l'omer et les deux pains, qui sont importants parce qu'ils viennent « permettre » [alimei — ils ont une puissance habilitante], repoussent [le Chabbat et l'impureté] ; mais les autres offrandes communautaires — non. C'est pourquoi [la Torah] nous enseigne chacune des dérivations séparément.
וְאִי כְּתַב רַחֲמָנָא עוֹמֶר וּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם לְחוֹדַיְיהוּ, הֲוָה אָמֵינָא אַדְּרַבָּה: עוֹמֶר וּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם דְּאַלִּימִי דְּבָאִין לְהַתִּיר, אֲבָל הָנָךְ — לָא, קָא מַשְׁמַע לַן.
[La Guemara pose les prémisses pour une analyse approfondie.] Les Sages posèrent initialement comme hypothèse que tout le monde s'accorde à dire que l'impureté rituelle est « repoussée » [dehiouya] dans les cas concernant le public [tzibbour] — autrement dit, l'interdiction de sacrifier des offrandes en état d'impureté s'applique aux offrandes communautaires, mais elle est supplantée par l'obligation d'apporter l'offrande. Par conséquent, la frontialle [le tsits, le bandeau d'or porté sur le front du Grand Prêtre] est nécessaire pour obtenir l'agrément divin [ratsui] pour le sacrifice de l'offrande en état d'impureté.
סַבְרוּהָ דִּלְכוּלֵּי עָלְמָא טוּמְאָה דְּחוּיָה הִיא בְּצִיבּוּר, וּבָעֲיָא צִיץ לְרַצּוֹת.
[Les Sages supposaient aussi que] le seul Tanna [sage de la Michna] dont tu as entendu qu'il dit que l'impureté est entièrement « permise » [houttera] dans les cas concernant le public [sans nécessiter le tsits] est Rabbi Yehouda. Comme il fut enseigné dans une baraïta : [Concernant le tsits,] qu'il soit sur son front [du Grand Prêtre] ou qu'il ne soit pas sur son front — il obtient l'agrément [divin pour les offrandes impures] ; telle est la déclaration de Rabbi Chimeon. Rabbi Yehouda dit : Quand il est [encore] sur son front — il obtient l'agrément ; quand il n'est plus sur son front — il n'obtient pas l'agrément [comme le verset l'indique : « Et il sera sur le front d'Aharon... » (Chemot 28, 38)].
דְּלֵיכָּא תַּנָּא דְּשָׁמְעַתְּ לֵיהּ דְּאָמַר טוּמְאָה הוּתְּרָה בְּצִיבּוּר אֶלָּא רַבִּי יְהוּדָה, דְּתַנְיָא: צִיץ, בֵּין שֶׁיֶּשְׁנוֹ עַל מִצְחוֹ וּבֵין שֶׁאֵינוֹ עַל מִצְחוֹ — מְרַצֶּה, דִּבְרֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: עוֹדֵיהוּ עַל מִצְחוֹ — מְרַצֶּה, אֵין עוֹדֵיהוּ עַל מִצְחוֹ — אֵינוֹ מְרַצֶּה.
Pesachim 77a
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