Guémara
[…la viande des chelamim de la joie doit être abattue] au moment de la réjouissance, c'est-à-dire le Yom Tov lui-même ; et si [l'offrande] a été abattue le 14 [Nissan, la veille], ce n'est pas le cas [l'abattage n'a pas eu lieu au temps de la joie]. De plus, on ne s'acquitte pas non plus par elle de l'obligation du korban ‘haguiga [l'offrande festive du 15], car c'est là une « chose qui relève d'une obligation » (davar chèbé‘hova) — chacun étant tenu d'apporter cette offrande — et la règle est que toute chose qui relève d'une obligation ne peut provenir que du ‘houlin [un animal non consacré] : on ne saurait acquitter une offrande obligatoire avec une bête déjà consacrée à une autre fin.
בִּשְׁעַת שִׂמְחָה, וְלֵיכָּא. מִשּׁוּם חֲגִיגָה: הָוֵי דָּבָר שֶׁבְּחוֹבָה, וְכׇל דָּבָר שֶׁבְּחוֹבָה אֵינוֹ בָּא אֶלָּא מִן הַחוּלִּין.
Disons qu'une baraïta vient appuyer [Ulla]. Le verset dit : « Sept jours tu célébreras une fête en l'honneur de l'Éternel ton Dieu, au lieu que l'Éternel choisira, car l'Éternel ton Dieu te bénira dans toute ta récolte et dans tout l'ouvrage de tes mains, et tu seras dans la pure joie » (Devarim 16, 15). Ce verset paraît superflu, la joie ayant déjà été commandée au verset précédent (« et tu te réjouiras en ta fête »). La baraïta l'interprète donc : « et tu seras dans la pure joie » (we-hayita akh saméa‘h) vient inclure la dernière nuit de la fête dans la mitsva de la joie [il faut alors aussi se réjouir en mangeant les chelamim appropriés]. — Dis-tu qu'il vient inclure la dernière nuit ? Ou bien ne vient-il inclure que la première nuit ? L'Écriture dit « akh » (« seulement / mais ») — et le mot opère une restriction.
לֵימָא מְסַיַּיע לֵיהּ: ״וְהָיִיתָ אַךְ שָׂמֵחַ״ — לְרַבּוֹת לֵילֵי יוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן לְשִׂמְחָה. אַתָּה אוֹמֵר לֵילֵי יוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן, אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא לֵילֵי יוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אַךְ (שָׂמֵחַ)״ — חָלַק.
[En quoi cela appuie-t-il Ulla ?] Quelle en est la raison [pour laquelle, précisément, il n'y a pas de mitsva de joie la première nuit] ? N'est-ce pas parce que, cette première nuit, il n'a pas de quoi se réjouir ! [Comme l'a dit Ulla : on ne peut accomplir la joie avec des chelamim abattus la veille de la fête, car ils ne l'ont pas été au moment de la joie. La dernière nuit, en revanche, on peut se réjouir avec des chelamim abattus la veille — le dernier jour intermédiaire (‘hol ha-mo‘ed) — qui est lui aussi un temps de joie. La baraïta confirmerait donc Ulla.]
מַאי טַעְמָא? לָאו מִשּׁוּם דְּאֵין לוֹ בַּמֶּה יִשְׂמַח!
[La Guemara repousse cet appui :] Non, ce n'est pas pour cette raison, mais pour celle qu'enseigne la suite de la baraïta : Qu'as-tu vu [quel motif] pour inclure la dernière nuit de la fête [dans la joie] et exclure la première nuit — distinction que le verset lui-même ne laisse pas entendre ? La baraïta explique : J'inclus la dernière nuit, car il y a de la joie [des jours de fête] qui la précède ; et j'exclus la première nuit, car il n'y a pas de jour de joie qui la précède. [La distinction tient donc à ce qui précède, non à l'abattage — on ne peut rien en déduire en faveur d'Ulla.]
לָא, כִּדְתָנֵי טַעְמָא: מָה רָאִיתָ לְרַבּוֹת לֵילֵי יוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן וּלְהוֹצִיא לֵילֵי יוֹם טוֹב רִאשׁוֹן? מְרַבֶּה אֲנִי לֵילֵי יוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן שֶׁיֵּשׁ שִׂמְחָה לְפָנָיו, וּמוֹצִיא אֲנִי לֵילֵי יוֹם טוֹב רִאשׁוֹן שֶׁאֵין שִׂמְחָה לְפָנָיו.
Rav Yossef objecta [contre Ulla] : On a enseigné dans une baraïta, à propos du korban ‘haguiga du 14 [Nissan], qu'on s'acquitte par lui de la mitsva de la joie, mais qu'on ne s'acquitte pas par lui de l'obligation de la ‘haguiga [du 15]. Or pourquoi [s'acquitte-t-on de la joie] ? Selon Ulla, nous exigeons pourtant l'abattage au moment de la joie, et [le 14] ce n'est pas le cas ! Rav Idi bar Avin répondit : [la baraïta] vise un cas où il a tardé et ne l'a abattue que le 15 — c'est-à-dire le jour de fête, qui est un temps de joie.
מֵתִיב רַב יוֹסֵף: חֲגִיגַת אַרְבָּעָה עָשָׂר יוֹצֵא בָּהּ מִשּׁוּם שִׂמְחָה, וְאֵין יוֹצֵא בָּהּ מִשּׁוּם חֲגִיגָה. אַמַּאי? הָא בָּעֵינַן זְבִיחָה בִּשְׁעַת שִׂמְחָה, וְלֵיכָּא! אָמַר רַב אִידִי בַּר אָבִין: שֶׁעִיכֵּב וּשְׁחָטָהּ.
Rav Achi dit : Il est bien raisonnable de la comprendre ainsi ; car si tu ne le dis pas [et soutiens qu'elle fut abattue le 14], une difficulté surgit : qui donc a enseigné cette baraïta ? N'est-ce pas ben Teima ? Or, selon ben Teima, [la ‘haguiga du 14] est disqualifiée par la lina [le fait d'être laissée jusqu'au lendemain] — apprends-en [que la baraïta traite bien d'un abattage le 15, et non le 14].
אָמַר רַב אָשֵׁי: הָכִי נָמֵי מִסְתַּבְּרָא, דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי, הָא מַתְנִיתָא מַאן קָתָנֵי לַהּ? בֶּן תֵּימָא — בֶּן תֵּימָא הָא פָּסְלָה לַהּ בְּלִינָה! שְׁמַע מִינַּהּ.
Rava objecta [contre Ulla] : On a enseigné dans une baraïta que le Hallel et la réjouissance [avec les chelamim de joie] durent huit jours à Souccot. Or, si tu dis que nous exigeons l'abattage au moment de la joie, bien des fois tu n'en trouverais que sept — par exemple lorsque le premier jour de fête tombe un Chabbat [où l'on ne peut abattre les chelamim de joie] ! Rav Houna, fils de Rav Yehouda, répondit : [en pareil cas] on se réjouit avec les boucs des fêtes (se‘irei ha-regalim). [On accomplit la joie avec la viande des boucs apportés en ‘hatat lors des fêtes — offrandes communautaires que l'on peut abattre même un Chabbat.]
מֵתִיב רָבָא: הַהַלֵּל וְהַשִּׂמְחָה שְׁמֹנָה. וְאִי אָמְרַתְּ בָּעֵינַן זְבִיחָה בִּשְׁעַת שִׂמְחָה, הָא זִמְנִין סַגִּיאִין דְּלָא מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ אֶלָּא שִׁבְעָה, כְּגוֹן שֶׁחָל יוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת! אָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוּדָה: מְשַׂמְּחוֹ בִּשְׂעִירֵי הָרְגָלִים.
Rava dit : Il y a deux objections à cette réponse. La première : les boucs des fêtes [abattus un Chabbat] se mangent crus et ne se mangent pas rôtis — [le rôtissage, n'étant pas indispensable au service, est interdit le Chabbat] — or il n'y a pas de joie avec de la viande crue. Et de plus : ce sont les Cohanim [seuls] qui mangent [ces ‘hatot] — avec quoi, alors, les simples Israélites se réjouiraient-ils ? Mais Rav Papa dit [autrement] : en pareil cas, on le réjouit par des habits propres et du vin vieux.
אָמַר רָבָא, שְׁתֵּי תְּשׁוּבוֹת בַּדָּבָר: חֲדָא, דִּשְׂעִירֵי הָרְגָלִים חַי נֶאֱכָלִין צָלִי אֵין נֶאֱכָלִין, וְשִׂמְחָה בְּחַי לֵיכָּא. וְעוֹד, כֹּהֲנִים אוֹכְלִין וְיִשְׂרָאֵל בַּמֶּה שְׂמֵחִים? אֶלָּא אָמַר רַב פָּפָּא: מְשַׂמְּחוֹ בִּכְסוּת נְקִיָּה וְיַיִן יָשָׁן.
Lorsque Ravin vint [d'Erets Israël à Babel], il rapporta une autre version de ce qu'avait dit Rabbi Eléazar : Des chelamim qu'on a abattus la veille de la fête — on s'acquitte par eux de la mitsva de la joie, mais on ne s'acquitte pas par eux de l'obligation de la ‘haguiga. On s'acquitte de la joie, car nous n'exigeons pas l'abattage au moment de la joie [il suffit que l'offrande soit mangée au moment de la joie] ; mais non de la ‘haguiga, car celle-ci est une « chose qui relève d'une obligation », et toute chose obligatoire ne peut provenir que du ‘houlin [un animal non consacré].
כִּי אֲתָא רָבִין אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: שְׁלָמִים שֶׁשְּׁחָטָן מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב יוֹצֵא בָּהֶן מִשּׁוּם שִׂמְחָה וְאֵין יוֹצֵא בָּהֶן מִשּׁוּם חֲגִיגָה. יוֹצֵא מִשּׁוּם שִׂמְחָה — לָא בָּעֵינַן זְבִיחָה בִּשְׁעַת שִׂמְחָה. וְלָא מִשּׁוּם חֲגִיגָה — הָוֵי דָּבָר שֶׁבְּחוֹבָה, וְכׇל דָּבָר שֶׁבְּחוֹבָה אֵינוֹ בָּא אֶלָּא מִן הַחוּלִּין.
[La Guemara] objecte contre Ravin à partir de la baraïta enseignée plus haut : « et tu seras dans la pure joie » vient inclure la dernière nuit de la fête dans la mitsva de la joie. — Dis-tu qu'il vient inclure la dernière nuit ? Ou bien ne vient-il inclure que la première nuit ? L'Écriture dit « akh » — et le mot opère une restriction.
מֵיתִיבִי: ״וְהָיִיתָ אַךְ שָׂמֵחַ״ — לְרַבּוֹת לֵילֵי יוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן לְשִׂמְחָה. אַתָּה אוֹמֵר לְרַבּוֹת לֵילֵי יוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן, אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא לְרַבּוֹת לֵילֵי יוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן? תַּלְמוּד לוֹמַר ״אַךְ״ — חָלַק.
Quelle en est la raison ? N'est-ce pas parce que, la première nuit, il n'a pas de quoi se réjouir [car on ne peut accomplir la joie avec des chelamim qui n'ont pas été abattus au moment de la joie — ce qui contredirait Ravin] ? [La Guemara repousse l'objection :] Non, la raison est celle qu'enseigne la suite [de la baraïta] : Qu'as-tu vu pour inclure la dernière nuit de la fête et exclure la première ? J'inclus la dernière nuit, car il y a de la joie qui la précède ; et j'exclus la première nuit, car il n'y a pas de joie qui la précède. [La baraïta ne contredit donc pas Ravin.]
מַאי טַעְמָא? לָאו מִשּׁוּם דְּאֵין לוֹ בַּמֶּה יִשְׂמַח! לֹא, כִּדְתַנְיָא: מָה רָאִיתָ לְרַבּוֹת לֵילֵי יוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן וּלְהוֹצִיא לֵילֵי יוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן? מְרַבֶּה אֲנִי לֵילֵי יוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן שֶׁיֵּשׁ שִׂמְחָה לְפָנָיו, וּמוֹצִיא אֲנִי לֵילֵי יוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁאֵין שִׂמְחָה לְפָנָיו.
Rav Kahana dit : D'où sait-on que les emourin [les parts à consumer sur l'autel] du korban ‘haguiga du 15 Nissan sont disqualifiés par la lina dès la première nuit [qui suit l'abattage], alors même que la viande de cette offrande, elle, peut être mangée un jour de plus ? De ce qu'il est dit : « Tu n'offriras pas avec du levain le sang de mon sacrifice, et la graisse de ma fête ne passera pas la nuit jusqu'au matin » (Chemot 23, 18) ; et, juxtaposé à cela, le mot « réchit » (prémices) dans : « Les prémices des premiers fruits de ta terre, tu les apporteras à la maison de l'Éternel ton Dieu… » (Chemot 23, 19). Cela vient nous dire que « le matin » mentionné [au premier verset] est le premier matin [qui suit l'abattage].
אָמַר רַב כָּהֲנָא: מִנַּיִן לְאֵימוּרֵי חֲגִיגַת חֲמִשָּׁה עָשָׂר שֶׁנִּפְסָלִין בְּלִינָה? שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְלֹא יָלִין חֵלֶב חַגִּי עַד בֹּקֶר״, וּסְמִיךְ לֵיהּ ״רֵאשִׁית״ לְמֵימְרָא דְּהַאי בֹּקֶר — בֹּקֶר רִאשׁוֹן.