Guémara
Bien plutôt, n'est-ce pas que [la michna] traite d'un cas où l'on a eu les deux intentions au cours d'un seul service (avoda) — et que, malgré cela, l'offrande est valide ? Et puisque la clause finale (séfa) parle d'un seul service, la clause initiale (récha), c'est-à-dire notre michna, doit elle aussi parler d'un seul service, et pourtant l'offrande est disqualifiée — parce que même la conclusion de la déclaration d'une personne est déterminante, conformément à l'opinion de Rabbi Yossi.
אֶלָּא לָאו: בַּעֲבוֹדָה אַחַת, וּמִדְּסֵיפָא בַּעֲבוֹדָה אַחַת — רֵישָׁא נָמֵי בַּעֲבוֹדָה אַחַת!
La Guemara réfute cette preuve comme elle a réfuté la précédente : les deux cas sont-ils vraiment comparables ? Peut-être ce cas est-il tel qu'il est et cet autre cas tel qu'il est [chacun selon sa propre logique]. Il n'y a aucune raison d'assimiler les cas, car on peut dire que la clause finale (séfa) parle d'un seul service, tandis que la clause initiale (récha), c'est-à-dire notre michna, parle soit d'un seul service, soit de deux services.
מִידֵּי אִירְיָא?! הָא כִּדְאִיתָא וְהָא כִּדְאִיתָא. סֵיפָא בַּעֲבוֹדָה אַחַת, וְרֵישָׁא אוֹ בַּעֲבוֹדָה אַחַת, אוֹ בִּשְׁתֵּי עֲבוֹדוֹת.
Une question (ibaaya lehou) fut posée devant les Sages : un sacrifice pascal (Pessa'h) que l'on a égorgé pendant le reste des jours de l'année [autrement dit hors de la veille de Pessa'h], en partie en son nom (lichmo) et en partie hors de son nom (chélo lichmo) — quel est son statut ? La Guemara précise les deux faces de la question : l'intention d'offrir le sacrifice hors de son nom vient-elle annuler l'intention de l'offrir en son nom et ainsi le rendre valide, ou non ?
אִיבַּעְיָא לְהוּ: פֶּסַח שֶׁשְּׁחָטוֹ בִּשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה לִשְׁמוֹ וְשֶׁלֹּא לִשְׁמוֹ, מַהוּ? מִי אָתֵי שֶׁלֹּא לִשְׁמוֹ וּמַפֵּיק לֵיהּ מִידֵי לִשְׁמוֹ וּמַכְשִׁיר לֵיהּ, אוֹ לָא?
Lorsque Rav Dimi vint d'Érets Israël vers Babylonie, il dit : j'ai énoncé cet enseignement (chemaata) devant Rabbi Yirmeya [et exprimé mon opinion] : puisque l'intention en son nom (lichmo) le valide en son temps [c'est-à-dire la veille de Pessa'h], et que l'intention hors de son nom (chélo lichmo) le valide hors de son temps [c'est-à-dire le reste de l'année], il y a lieu d'établir l'analogie suivante : de même que l'intention en son nom, qui le valide en son temps, ne le fait pas sortir du [statut de] hors de son nom [c'est-à-dire que, si l'on a les deux intentions, il est disqualifié], de même l'intention hors de son nom, qui le valide hors de son temps, ne le fait pas sortir du [statut de] en son nom, et il est disqualifié.
כִּי אֲתָא רַב דִּימִי אָמַר, אַמְרִיתָא לִשְׁמַעְתָּא קַמֵּיהּ דְּרַבִּי יִרְמְיָה: הוֹאִיל וְלִשְׁמוֹ מַכְשִׁירוֹ בִּזְמַנּוֹ, וְשֶׁלֹּא לִשְׁמוֹ מַכְשִׁירוֹ שֶׁלֹּא בִּזְמַנּוֹ: מָה לִשְׁמוֹ הַמַּכְשִׁירוֹ בִּזְמַנּוֹ — אֵין מוֹצִיאוֹ מִידֵי שֶׁלֹּא לִשְׁמוֹ, אַף שֶׁלֹּא לִשְׁמוֹ הַמַּכְשִׁירוֹ שֶׁלֹּא בִּזְמַנּוֹ — אֵין מוֹצִיאוֹ מִידֵי לִשְׁמוֹ, וּפָסוּל.
Et [Rabbi Yirmeya] me dit : non ! [Ce raisonnement n'est pas recevable.] Si tu affirmes cette règle au sujet de [l'égorgement] hors de son nom (chélo lichmo), c'est parce que cette disqualification s'applique à tous les sacrifices (zeva'him) — car égorger une offrande à une fin autre que la sienne disqualifie tous les sacrifices, à un degré ou à un autre [aussi l'intention en son nom n'annule-t-elle pas l'intention hors de son nom]. Diras-tu de même au sujet de [l'égorgement] en son nom (lichmo) [hors de son temps], alors que cette disqualification ne s'applique pas à tous les sacrifices, mais au sacrifice pascal seul ?
וַאֲמַר לִי: לֹא! אִם אָמַרְתָּ בְּשֶׁלֹּא לִשְׁמוֹ שֶׁכֵּן נוֹהֵג בְּכׇל הַזְּבָחִים, תֹּאמַר בְּלִשְׁמוֹ שֶׁכֵּן אֵינוֹ נוֹהֵג בְּכׇל הַזְּבָחִים אֶלָּא בַּפֶּסַח בִּלְבַד.
Qu'en est-il finalement résulté (maï havé alah) ? Rava dit : un sacrifice pascal (Pessa'h) que l'on a égorgé pendant le reste des jours de l'année avec l'intention qu'il soit en son nom (lichmo) et hors de son nom (chélo lichmo) — est valide. Et en voici la raison : dans une situation par ailleurs indéterminée (setam), l'animal demeure destiné à être offert en son nom, car on n'a pas révoqué son statut de Pessa'h, ni par la parole ni par l'intention. Et pourtant, malgré cela, lorsqu'on l'égorge hors de son nom — il est valide,
מַאי הָוֵי עֲלַהּ? אָמַר רָבָא: פֶּסַח שֶׁשְּׁחָטוֹ בִּשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה לִשְׁמוֹ וְשֶׁלֹּא לִשְׁמוֹ — כָּשֵׁר. דְּהָא סְתָמוֹ לִשְׁמוֹ קָאֵי, וַאֲפִילּוּ הָכִי, כִּי שָׁחֵיט לֵיהּ שֶׁלֹּא לִשְׁמוֹ — כָּשֵׁר,
ce qui montre (alma) que l'intention d'offrir le sacrifice hors de son nom (chélo lichmo) vient annuler l'intention présumée de l'offrir en son nom (lichmo) — la déclaration que l'on fait de l'égorger comme offrande de paix (chelamim) plutôt que comme Pessa'h a le pouvoir de le faire sortir de son statut antérieur de Pessa'h. En conséquence, nous devrions également dire que, lorsque [le prêtre] l'égorge à la fois en son nom et hors de son nom, l'intention hors de son nom [pèse davantage et] vient annuler l'intention déclarée de l'offrir en son nom.
אַלְמָא: אָתֵי שֶׁלֹּא לִשְׁמוֹ וּמַפֵּיק לֵיהּ מִידֵי לִשְׁמוֹ. כִּי שָׁחֵיט נָמֵי לִשְׁמוֹ וְשֶׁלֹּא לִשְׁמוֹ — אָתֵי שֶׁלֹּא לִשְׁמוֹ וּמַפֵּיק לֵיהּ מִידֵי לִשְׁמוֹ.
Rav Adda bar Ahava dit à Rava : peut-être qu'un cas où l'on a explicitement dit (amar) que l'on égorgeait l'offrande en son nom et hors de son nom est différent d'un cas où l'on n'a rien dit (lo amar). La preuve en est que, si l'on a égorgé le Pessa'h pour ceux qui peuvent le manger (le'okhlav) et pour ceux qui ne peuvent pas le manger (chélo le'okhlav), il est valide ; mais partout où on l'égorge uniquement pour ceux qui ne peuvent pas le manger, il est disqualifié. Or, pourquoi cela ? Assurément, dans une situation par ailleurs indéterminée (setam), l'animal demeure destiné à être offert pour ceux qui peuvent le manger ! [Cela indique que l'intention présumée ne peut être assimilée à une intention explicitement verbalisée.] Bien plutôt, un cas où l'on a explicitement dit que l'on égorge l'animal pour ceux qui peuvent le manger et pour ceux qui ne peuvent pas le manger est différent d'un cas où l'on n'a rien dit. De même, un cas où l'on a explicitement dit que l'on égorge l'offrande en son nom et hors de son nom est différent d'un cas où l'on n'a rien dit !
אֲמַר לֵיהּ רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה לְרָבָא: דִּילְמָא שָׁאנֵי הֵיכָא דְּאָמַר מֵהֵיכָא דְּלָא אָמַר. דְּהָא לְאוֹכְלָיו וְשֶׁלֹּא לְאוֹכְלָיו כָּשֵׁר, וְכׇל הֵיכָא דְּשָׁחֵיט לֵיהּ שֶׁלֹּא לְאוֹכְלָיו לְחוֹדֵיהּ — פָּסוּל, וְאַמַּאי? הָא סְתָמָא לְאוֹכְלָיו קָאֵי. אֶלָּא שָׁאנֵי הֵיכָא דְּאָמַר מֵהֵיכָא דְּלָא אָמַר. הָכִי נָמֵי, שָׁאנֵי הֵיכָא דְּאָמַר מֵהֵיכָא דְּלָא אָמַר!
[Rava] lui dit : les deux cas sont-ils vraiment comparables (midi irya) ? D'accord là-bas — à propos du Pessa'h et de la fin pour laquelle il est offert : tant que l'on n'a pas déraciné le statut de Pessa'h de l'animal au moment de l'égorgement, dans une situation par ailleurs indéterminée (setam), il demeure assurément destiné à être offert en son nom — son statut de Pessa'h ne pouvant être modifié que s'il est explicitement désigné comme autre chose. Mais ici — à propos du Pessa'h et des personnes pour lesquelles il est égorgé : dans une situation par ailleurs indéterminée, demeure-t-il [vraiment] destiné à être égorgé pour ceux qui sont inscrits (mnouïm) pour le manger ?!
אֲמַר לֵיהּ: מִידֵי אִירְיָא? בִּשְׁלָמָא הָתָם כַּמָּה דְּלָא עָקַר לֵיהּ בִּשְׁחִיטָה — סְתָמֵיהּ וַדַּאי לִשְׁמוֹ קָאֵי. אֶלָּא הָכָא — סְתָמֵיהּ לְאוֹכְלָיו קָאֵי?!
Il n'en va pas ainsi ; car, dans le cas de tout Pessa'h, il y a la possibilité que peut-être ceux-ci se retirent et que d'autres viennent s'inscrire pour lui. En effet, nous avons appris dans une michna : on peut s'inscrire pour un sacrifice pascal donné et s'en retirer (mochkhin et yedéhem) jusqu'à ce qu'il soit égorgé.
דִּילְמָא מִימַּשְׁכִי הָנֵי וְאָתֵי אַחֲרִינֵי וּמִימְּנִי עִלָּוֵיהּ, (אַחֲרִינֵי) דִּתְנַן: נִמְנִין וּמוֹשְׁכִין אֶת יְדֵיהֶם מִמֶּנּוּ, עַד שֶׁיִּשְׁחַט.
Une question (ibaaya lehou) fut posée devant les Sages : un sacrifice pascal (Pessa'h) que l'on a égorgé pendant le reste des jours de l'année avec un changement de propriétaire (chinouï bealim) — c'est-à-dire qu'on l'a égorgé non au nom de son propriétaire d'origine — quel est son statut ? Un changement de propriétaire est-il comparable à un changement de sainteté (chinouï kodech) — et le valide-t-il —, ou non ?
אִיבַּעְיָא לְהוּ: פֶּסַח שֶׁשְּׁחָטוֹ בִּשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה בְּשִׁינּוּי בְּעָלִים, מַהוּ? שִׁינּוּי בְּעָלִים כְּשִׁינּוּי קוֹדֶשׁ דָּמֵי — וּמַכְשַׁיר לֵיהּ, אוֹ לָא?
Rav Papa dit : j'ai énoncé cet enseignement (chemaata) devant Rava [et exprimé mon opinion] : puisque le changement de sainteté (chinouï kodech) le disqualifie en son temps — car si, en son temps, on l'a destiné à être un chelamim, il est invalide — et que le changement de propriétaire (chinouï bealim) — c'est-à-dire que l'on a destiné l'offrande à quelqu'un d'autre que son propriétaire — le disqualifie lui aussi en son temps, on établit l'analogie suivante : de même que le changement de sainteté, qui le disqualifie en son temps, le valide hors de son temps, de même le changement de propriétaire, qui le disqualifie en son temps, le valide hors de son temps.
אָמַר רַב פָּפָּא, אַמְרִיתָא לִשְׁמַעְתָּא קַמֵּיהּ דְּרָבָא: הוֹאִיל וְשִׁינּוּי קוֹדֶשׁ פּוֹסְלוֹ בִּזְמַנּוֹ, וְשִׁינּוּי בְּעָלִים פּוֹסְלוֹ בִּזְמַנּוֹ. מָה שִׁינּוּי קוֹדֶשׁ שֶׁפּוֹסְלוֹ בִּזְמַנּוֹ — מַכְשִׁירוֹ לְאַחַר זְמַנּוֹ, אַף שִׁינּוּי בְּעָלִים שֶׁפּוֹסְלוֹ בִּזְמַנּוֹ — מַכְשִׁירוֹ לְאַחַר זְמַנּוֹ.