Guémara
Un objet, à savoir l'agneau pascal, au sujet duquel il est dit « le soir » et « entre les deux soirs » (bein ha'arbayim), doit être sacrifié après un objet, le sacrifice perpétuel (tamid) de l'après-midi, au sujet duquel il n'est pas dit « le soir », mais seulement « entre les deux soirs ». Au sujet de l'agneau pascal, le verset dit : « Tu sacrifieras l'offrande pascale à l'Éternel ton Dieu, du menu et du gros bétail, dans le lieu que l'Éternel choisira pour y faire résider Son nom » — et plus précisément « le soir, au coucher du soleil, à l'époque où tu es sorti d'Égypte » (Devarim 16, 6) — et il est dit aussi : « Et toute l'assemblée de la communauté d'Israël l'immolera entre les deux soirs » (Chemot 12, 6) ; tandis qu'au sujet du sacrifice perpétuel de l'après-midi il est dit seulement : « Et le second agneau, tu l'offriras entre les deux soirs » (Bamidbar 28, 4).
יְאוּחַר דָּבָר שֶׁנֶּאֱמַר בּוֹ ״בָּעָרֶב״ וּ״בֵין הָעַרְבָּיִם״, לְדָבָר שֶׁלֹּא נֶאֱמַר בּוֹ ״בָּעֶרֶב״, אֶלָּא ״בֵּין הָעַרְבָּיִם״ בִּלְבַד.
La Guemara objecte : s'il en est ainsi — c'est-à-dire si l'on déduit de ces versets que l'agneau pascal est offert après le tamid de l'après-midi —, alors l'encens (qetoret) et l'allumage des lampes (nerot) de la menora devraient eux aussi précéder l'offrande de l'agneau pascal ! En effet, l'objet, l'agneau pascal, au sujet duquel il est dit « le soir » et « entre les deux soirs », devrait être sacrifié après l'objet au sujet duquel il n'est dit que « entre les deux soirs » seulement : « Et lorsque Aaron allumera les lampes entre les deux soirs, il le fera fumer (l'encens), encens perpétuel devant l'Éternel pour vos générations » (Chemot 30, 8) — verset qui se rapporte à la fois à l'encensement et à l'allumage des lampes.
אִי הָכִי, קְטֹרֶת וְנֵרוֹת נָמֵי נִקְדְּמוּ לְפֶסַח: יְאוּחַר דָּבָר שֶׁנֶּאֱמַר בּוֹ ״בָּעָרֶב״ וּ״בֵין הָעַרְבָּיִם״, לְדָבָר שֶׁלֹּא נֶאֱמַר בּוֹ אֶלָּא ״בֵּין הָעַרְבָּיִם״ בִּלְבַד!
La Guemara répond : il en va différemment là-bas, dans le cas des lampes, car le Miséricordieux (le Saint béni soit-Il) a explicitement exclu dans la Torah, au moyen du mot « il/cela » (oto), la possibilité que les lampes soient allumées en premier ; ce mot souligne que les lampes sont allumées en dernier. La Guemara précise : comme il a été enseigné dans une baraïta au sujet du verset relatif aux lampes : « Dans la tente d'assignation, à l'extérieur du voile qui est devant le Témoignage, Aaron et ses fils la disposeront du soir jusqu'au matin devant l'Éternel ; loi perpétuelle pour leurs générations, de la part des enfants d'Israël » (Chemot 27, 21). L'expression « du soir jusqu'au matin » enseigne : donne-lui sa mesure (d'huile), afin qu'elle brûle du soir jusqu'au matin.
שָׁאנֵי הָתָם דְּמִיעֵט רַחֲמָנָא ״אֹתוֹ״. דְּתַנְיָא: ״מֵעֶרֶב וְעַד בֹּקֶר״ — תֵּן לָהּ מִדָּתָהּ שֶׁתְּהֵא דּוֹלֶקֶת מֵעֶרֶב עַד בּוֹקֶר.
La baraïta poursuit : autre explication (davar a'her) — le même verset peut être interprété ainsi : il n'est pas de service (avoda) qui soit valide (kachère) du soir jusqu'au matin, hormis celui-ci seulement, car tous les autres services ne s'accomplissent que de jour. Quelle est la raison qui fait interpréter ce verset comme signifiant que l'allumage des lampes est le seul service valide du soir jusqu'au matin ? C'est parce que le verset a dit au sujet de la menora : « Aaron et ses fils la disposeront (yaarokh oto), pour brûler du soir jusqu'au matin. » Le verset emploie le mot séparé « cela » (oto), plutôt qu'un suffixe pronominal accolé au verbe yaarokh qui aurait formé le mot yaarkhenou, afin de souligner que cela, l'allumage de la menora, va du soir jusqu'au matin, mais qu'aucun autre service ne va du soir jusqu'au matin.
דָּבָר אַחֵר: אֵין לְךָ עֲבוֹדָה שֶׁכְּשֵׁירָה מֵעֶרֶב עַד בּוֹקֶר אֶלָּא זוֹ בִּלְבַד. מַאי טַעְמָא — אָמַר קְרָא: ״יַעֲרֹךְ אֹתוֹ אַהֲרֹן וּבָנָיו מֵעֶרֶב עַד בֹּקֶר״. אוֹתוֹ מֵעֶרֶב עַד בּוֹקֶר, וְאֵין דָּבָר אַחֵר מֵעֶרֶב עַד בּוֹקֶר.
Et la Torah rapproche (itqach, par hekech) l'encensement de l'allumage des lampes, car elle énonce explicitement que l'encens est brûlé au moment où les lampes sont allumées : « Et lorsque Aaron allumera les lampes entre les deux soirs, il le fera fumer, encens perpétuel » (Chemot 30, 8). On en déduit qu'aucun autre service ne s'accomplit dans le Temple après l'encensement et l'allumage des lampes, pas même l'agneau pascal.
וְאִיתַּקַּשׁ קְטֹרֶת לְנֵרוֹת.
Cela explique l'opinion citée dans la baraïta précédente et ses sources. Il convient toutefois de noter qu'il a été expressément enseigné dans une baraïta conforme à notre difficulté et contraire à l'opinion citée dans la baraïta précédente : le tamid de l'après-midi précède l'encensement de l'après-midi, l'encensement précède l'allumage des lampes, et l'allumage des lampes précède l'agneau pascal. C'est la preuve que tel est l'ordre correct : un objet, l'agneau pascal, au sujet duquel il est dit « le soir » et « entre les deux soirs », doit être retardé après un objet — à savoir l'encens et les lampes — au sujet duquel il n'est dit que « entre les deux soirs » seulement.
וְתַנְיָא כִּי קוּשְׁיַין: תָּמִיד קוֹדֶם לִקְטֹרֶת, קְטֹרֶת קוֹדֶמֶת לְנֵרוֹת, וְנֵרוֹת קוֹדְמוֹת לְפֶסַח. יְאוּחַר דָּבָר שֶׁנֶּאֱמַר בּוֹ ״בָּעָרֶב״ וּ״בֵין הָעַרְבָּיִם״, לְדָבָר שֶׁלֹּא נֶאֱמַר בּוֹ אֶלָּא ״בֵּין הָעַרְבָּיִם״ בִּלְבַד.
La Guemara objecte : mais le mot « cela » (oto) n'est-il pas écrit dans le verset — d'où l'on a déduit que l'allumage des lampes est le dernier service du Temple de la journée ? La Guemara répond : ce mot « cela » est nécessaire pour exclure un service qui s'accomplit à l'intérieur (bifnim) du sanctuaire, par opposition à l'agneau pascal, qui est sacrifié au dehors, dans la cour (azara). La Guemara demande : et quel est ce service ? La Guemara répond : l'encensement. Car il aurait pu te venir à l'esprit de dire : puisqu'il est écrit « Et lorsque Aaron allumera les lampes entre les deux soirs, il le fera fumer » (Chemot 30, 8), dis donc que peut-être nous devrions allumer les lampes en premier, puis ensuite faire fumer l'encens — le verset n'indiquant pas clairement lequel des deux passe en premier. C'est pourquoi le Miséricordieux exclut cette possibilité par l'emploi du mot « cela » (oto), d'où l'on déduit qu'aucun autre service ne s'accomplit à l'intérieur du sanctuaire après l'allumage des lampes.
וְהָא כְּתִיב ״אוֹתוֹ״! הַאי ״אוֹתוֹ״ מִיבְּעֵי לֵיהּ לְמַעוֹטֵי עֲבוֹדָה שֶׁבִּפְנִים, וּמַאי נִיהוּ? קְטֹרֶת. סָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא הוֹאִיל וּכְתִיב ״וּבְהַעֲלוֹת אַהֲרֹן אֶת הַנֵּרוֹת בֵּין הָעַרְבָּיִם יַקְטִירֶנָּה״, אֵימָא: נַדְלֵיק נֵרוֹת בְּרֵישָׁא וַהֲדַר נַקְטֵיר קְטוֹרֶת, מִיעֵט רַחֲמָנָא ״אוֹתוֹ״.
La Guemara demande : mais alors, à quoi me sert l'expression « entre les deux soirs, il le fera fumer », qui semble ne rien ajouter ? La Guemara répond : voici ce que le Miséricordieux veut dire — ce verset ne vient pas fixer le moment de l'allumage des lampes ; il vient enseigner qu'au moment où tu allumes les lampes, l'encens doit déjà être en train de fumer.
אֶלָּא, ״בֵּין הָעַרְבַּיִם יַקְטִירֶנָּה״ לְמָה לִי? הָכִי קָאָמַר רַחֲמָנָא: בְּעִידָּן דְּמַדְלְקַתְּ נֵרוֹת תְּהֵא מִקַּטְרָא קְטֹרֶת.
Nos maîtres ont enseigné dans une baraïta : rien ne peut précéder le tamid du matin, hormis l'encensement du matin seulement, car il est dit à son sujet : « le matin, le matin » (baboqer baboqer). On en déduit que l'encens — objet au sujet duquel il est dit « le matin, le matin », comme il est écrit : « Et Aaron y fera fumer l'encens de parfums ; le matin, le matin, lorsqu'il arrangera les lampes, il le fera fumer » (Chemot 30, 7) — doit précéder un objet, le tamid, au sujet duquel un seul matin est mentionné : « Tu offriras le premier agneau le matin » (Bamidbar 28, 4).
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין לְךָ דָּבָר שֶׁקּוֹדֵם לְתָמִיד שֶׁל שַׁחַר אֶלָּא קְטֹרֶת בִּלְבַד, שֶׁנֶּאֱמַר בָּהּ: ״בַּבֹּקֶר בַּבֹּקֶר״. וְיוּקְדַּם קְטֹרֶת — דָּבָר שֶׁנֶּאֱמַר בּוֹ ״בַּבֹּקֶר בַּבֹּקֶר״, דִּכְתִיב: ״וְהִקְטִיר עָלָיו אַהֲרֹן קְטֹרֶת סַמִּים בַּבֹּקֶר בַּבֹּקֶר״, לְדָבָר שֶׁלֹּא נֶאֱמַר בּוֹ אֶלָּא ״בֹּקֶר״ אֶחָד.
Et de même, rien ne peut être retardé après le tamid de l'après-midi, hormis l'encensement de l'après-midi, l'allumage des lampes, l'offrande de l'agneau pascal, et celui à qui il manque encore l'expiation (me'houssar kipourim) la veille de Pessa'h — c'est-à-dire celui qui était en état d'impureté rituelle, tel un lépreux (metsora) ou un zav, et qui s'est immergé dans un bain rituel pour devenir pur. Une telle personne est tenue d'apporter une offrande avant de pouvoir consommer des aliments consacrés, et on l'appelle « celui à qui il manque l'expiation » tant qu'elle ne l'a pas fait. Au cas où il négligerait d'apporter son offrande avant le tamid de l'après-midi la veille de Pessa'h, les Sages ont institué une ordonnance spéciale pour lui permettre d'apporter son offrande même après le tamid. Il s'immerge une seconde fois après avoir apporté l'offrande, devenant ainsi apte à manger les aliments sacrificiels, et il mange son agneau pascal le soir.
וְאֵין לְךָ דָּבָר שֶׁמִּתְעַכֵּב אַחַר תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם אֶלָּא קְטֹרֶת, וְנֵרוֹת, וּפֶסַח, וּמְחוּסַּר כִּפּוּרִים בְּעֶרֶב הַפֶּסַח — שֶׁטּוֹבֵל שֵׁנִית וְאוֹכֵל אֶת פִּסְחוֹ לָעֶרֶב.
Rabbi Yichmaël, fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka, dit : même celui à qui il manque l'expiation durant le reste des jours de l'année apporte son offrande après le tamid de l'après-midi ; il s'immerge et mange le soir des aliments sacrificiels provenant d'une offrande volontaire (chelamim de nedava) qu'il a apportée durant la journée.
רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָא אוֹמֵר: אַף מְחוּסַּר כִּפּוּרִים בִּשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה, שֶׁטּוֹבֵל וְאוֹכֵל בַּקֳּדָשִׁים לָעֶרֶב.
La Guemara demande : soit, selon le premier tanna, qui n'autorise à sacrifier des offrandes après le tamid de l'après-midi que pour celui à qui il manque l'expiation la veille de Pessa'h, cette politique se comprend bien : la mitsva positive de l'agneau pascal, qui entraîne le châtiment de karet pour celui qui est apte à apporter l'agneau pascal et ne le fait pas, viendra et supplantera la mitsva positive d'achèvement (hachlama). Il existe en effet une mitsva positive d'achever toutes les offrandes avant le tamid de l'après-midi ; le manquement à ce commandement n'entraîne assurément pas le karet, et il est donc supplanté par la mitsva plus grave de l'agneau pascal. Mais selon l'opinion de Rabbi Yichmaël, fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka, en quoi la force de cette mitsva positive de manger de la viande sacrificielle est-elle supérieure à la force de cette autre mitsva positive d'achever toutes les offrandes du jour avant le tamid de l'après-midi ?
בִּשְׁלָמָא לְתַנָּא קַמָּא, יָבֹא עֲשֵׂה דְפֶסַח שֶׁיֵּשׁ בּוֹ כָּרֵת, וְיִדְחֶה עֲשֵׂה דְהַשְׁלָמָה שֶׁאֵין בּוֹ כָּרֵת. אֶלָּא לְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָא, מַאי אוּלְמֵיהּ דְּהַאי עֲשֵׂה מֵהַאי עֲשֵׂה?!