Guémara
La Guemara demande : si, selon l'avis de Rabbi Akiva, nous ne craignons pas que la viande se gâte, sacrifions donc l'offrande quotidienne [le tamid de l'après-midi] à six heures et demie, car les agneaux pascaux sont nombreux et il n'y a ni vœu volontaire ni offrandes de bonne volonté à sacrifier. Pourquoi, alors, repousserait-on l'offrande quotidienne ? La Guemara répond que Rabbi Akiva tient que : les offrandes additionnelles [moussafin] précèdent les coupelles [bezikhin, d'encens des pains de proposition] ; le kohen sacrifierait donc les offrandes additionnelles à six heures, offrirait les coupelles à sept heures, puis sacrifierait l'offrande quotidienne à sept heures et demie.
אִי לָא חָיְישִׁינַן, נִיעְבְּדֵיהּ בְּשֵׁשׁ וּמֶחְצָה? קָא סָבַר: מוּסָפִין קוֹדְמִין לְבָזִיכִין. עָבֵיד לְהוּ לְמוּסָפִין בְּשֵׁשׁ, וּבָזִיכִין בְּשֶׁבַע, וְעָבֵיד לֵיהּ לְתָמִיד בְּשֶׁבַע וּמֶחְצָה.
Rabba bar Oulla s'oppose vigoureusement à cette explication [celle de Rava]. La baraïta enseigne-t-elle donc : « Comme son arrangement [du tamid] en semaine, ainsi est son arrangement le Chabbat qui tombe la veille de Pessa'h ; telles sont les paroles de Rabbi Yichmaël » ?! La baraïta enseigne simplement : « ainsi est son arrangement le Chabbat », sans précision. L'explication de Rava ne correspond pas non plus au libellé de la baraïta.
מַתְקֵיף לַהּ רַבָּה בַּר עוּלָּא: מִידֵּי ״כְּסִידְרוֹ בַּחוֹל כָּךְ סִידְרוֹ בַּשַּׁבָּת בְּעֶרֶב הַפֶּסַח, דִּבְרֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל״ קָתָנֵי?! ״כָּךְ סִידְרוֹ בַּשַּׁבָּת״ סְתָמָא קָתָנֵי?
Plutôt, Rabba bar Oulla dit : la baraïta doit être comprise comme se rapportant non pas à la veille de Pessa'h, mais au reste des jours de l'année, et voici ce qu'elle enseigne : comme son arrangement [du tamid] un jour ordinaire de la semaine, ainsi est son arrangement un Chabbat ordinaire, à huit heures et demie ; telles sont les paroles de Rabbi Yichmaël, qui soutient qu'il n'y a, à cet égard, aucune distinction entre le Chabbat et un jour de semaine.
אֶלָּא אָמַר רַבָּה בַּר עוּלָּא, הָכִי קָתָנֵי: כְּסִידְרוֹ בְּחוֹל דְּעָלְמָא — כָּךְ סִידְרוֹ בְּשַׁבָּת דְּעָלְמָא, דִּבְרֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל.
Rabbi Akiva dit : comme son arrangement [du tamid] une veille de Pessa'h ordinaire qui tombe un jour de semaine, à sept heures et demie, ainsi est son arrangement un Chabbat ordinaire. Puisqu'aucune offrande de bonne volonté n'est apportée le Chabbat, l'offrande quotidienne peut être sacrifiée plus tôt. Et la michna, qui enseigne que l'offrande quotidienne, la veille de Pessa'h, est abattue au même moment, que ce soit en semaine ou le Chabbat, peut être dite conforme à tous les avis, aussi bien celui de Rabbi Yichmaël que celui de Rabbi Akiva.
רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: כְּסִידְרוֹ בְּעֶרֶב הַפֶּסַח דְּעָלְמָא — כָּךְ סִידְרוֹ בְּשַׁבָּת דְּעָלְמָא. וּמַתְנִיתִין דְּקָתָנֵי בֵּין בַּחוֹל בֵּין בַּשַּׁבָּת — דִּבְרֵי הַכֹּל הִיא.
Selon cette explication, sur quel principe ces tannaïm divergent-ils ? Ils divergent sur la question de savoir si l'on doit édicter un décret à cause des vœux volontaires et des offrandes de bonne volonté. Rabbi Yichmaël tient que nous édictons un décret pour le Chabbat à cause des jours de semaine : en semaine, le sacrifice de l'offrande quotidienne de l'après-midi est repoussé jusqu'à huit heures et demie du jour, à cause des offrandes volontaires qui doivent être sacrifiées avant l'offrande quotidienne ; il faut faire de même le Chabbat, afin d'éviter les distinctions. Et Rabbi Akiva tient que nous n'édictons pas un tel décret.
בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי? בִּגְזֵרַת נְדָבוֹת וּנְדָרִים קָמִיפַּלְגִי. רַבִּי יִשְׁמָעֵאל סָבַר: גָּזְרִינַן שַׁבָּת אַטּוּ חוֹל, וְרַבִּי עֲקִיבָא סָבַר: לָא גָּזְרִינַן.
La Guemara demande : si nous n'édictons pas un tel décret, pourquoi repousser le sacrifice de l'offrande quotidienne jusqu'à sept heures et demie ? Sacrifions-la à six heures et demie ! La Guemara répond : Rabbi Akiva tient que les offrandes additionnelles [moussafin] précèdent les coupelles d'encens [bezikhin]. Par conséquent, le kohen sacrifie les offrandes additionnelles à six heures, offre les coupelles à sept heures, et sacrifie l'offrande quotidienne à sept heures et demie.
אִי לָא גָּזְרִינַן, נִיעְבְּדֵיהּ בְּשֵׁשׁ וּמֶחְצָה! קָסָבַר: מוּסָפִין קוֹדְמִין לְבָזִיכִין. מוּסָפִין בְּשֵׁשׁ, וּבָזִיכִין בְּשֶׁבַע, וְעָבֵיד לֵיהּ לְתָמִיד בְּשֶׁבַע וּמֶחְצָה.
La Guemara soulève une objection contre ces explications à partir d'une autre baraïta qui enseigne : l'offrande quotidienne [tamid] est sacrifiée toute l'année selon sa règle ; autrement dit, elle est abattue à huit heures et demie et sacrifiée [ses parties consumées sur l'autel] à neuf heures et demie. Et la veille de Pessa'h, elle est abattue à sept heures et demie et sacrifiée à huit heures et demie. Si la veille de Pessa'h tombe un Chabbat, c'est comme si elle tombait un lundi, c'est-à-dire comme un jour de semaine ordinaire — ce qui indique qu'on ne fait aucune distinction concernant la veille de Pessa'h, qu'elle tombe un Chabbat ou en semaine ; telles sont les paroles de Rabbi Yichmaël. Rabbi Akiva dit : si la veille de Pessa'h tombe un Chabbat, son arrangement est comme son arrangement la veille de Pessa'h, où [le tamid] est avancé à six heures et demie du jour.
מֵיתִיבִי: תָּמִיד, כׇּל הַשָּׁנָה כּוּלָּהּ קָרֵב כְּהִלְכָתוֹ: נִשְׁחָט בִּשְׁמוֹנֶה וּמֶחְצָה, וְקָרֵב בְּתֵשַׁע וּמֶחְצָה. וּבָעֶרֶב הַפֶּסַח, נִשְׁחָט בְּשֶׁבַע וּמֶחְצָה, וְקָרֵב בִּשְׁמוֹנֶה וּמֶחְצָה. חָל לִהְיוֹת בַּשַּׁבָּת כְּחָל לִהְיוֹת בְּשֵׁנִי בַּשַּׁבָּת, דִּבְרֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: כְּסִידְרוֹ בְּעֶרֶב הַפֶּסַח.
Soit, selon l'avis d'Abayé, cette baraïta se comprend bien, car elle est cohérente avec son explication de la baraïta précédente. Mais selon l'avis de Rava, c'est difficile. La Guemara répond : Rava pourrait te dire : ne lis pas « comme si elle tombait un lundi », mais lis plutôt : comme un lundi ordinaire ; et explique les mots ainsi : si la veille de Pessa'h tombe un Chabbat, on n'introduit aucun changement, et l'offrande quotidienne est sacrifiée au même moment qu'un jour de semaine ordinaire, à huit heures et demie du jour.
בִּשְׁלָמָא לְאַבָּיֵי נִיחָא, אֶלָּא לְרָבָא קַשְׁיָא. אָמַר לָךְ רָבָא: לָא תֵּימָא ״כְּחָל בְּשֵׁנִי בַּשַּׁבָּת״, אֶלָּא אֵימָא: כְּשֵׁנִי בַּשַּׁבָּת דְּעָלְמָא.
La Guemara soulève une objection à partir d'une autre baraïta : si la veille de Pessa'h tombe un Chabbat, l'offrande quotidienne est sacrifiée conformément à son arrangement de toute l'année, à huit heures et demie du jour ; telles sont les paroles de Rabbi Yichmaël. Rabbi Akiva dit : elle est sacrifiée conformément à son arrangement d'une veille de Pessa'h ordinaire. Soit, selon l'avis de Rava, cette baraïta se comprend bien. Mais selon l'avis d'Abayé, c'est difficile !
מֵיתִיבִי: חָל לִהְיוֹת בַּשַּׁבָּת — כְּסִידְרוֹ כׇּל הַשָּׁנָה כּוּלָּהּ, דִּבְרֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: כְּסִידְרוֹ בְּעֶרֶב הַפֶּסַח דְּעָלְמָא. בִּשְׁלָמָא לְרָבָא נִיחָא, אֶלָּא לְאַבָּיֵי קַשְׁיָא!
Abayé peut te dire : ne lis pas, dans la déclaration de Rabbi Yichmaël dans la baraïta, « conformément à son arrangement de toute l'année » ; lis plutôt : conformément à son arrangement de toutes les années ; telles sont les paroles de Rabbi Yichmaël. Autrement dit, on ne fait aucune distinction entre la veille de Pessa'h qui tombe un Chabbat et la veille de Pessa'h qui tombe en semaine : l'offrande quotidienne est sacrifiée à sept heures et demie. Cela est cohérent avec l'avis d'Abayé. Selon cette explication, Rabbi Akiva dit que la halakha n'est pas ainsi ; au contraire, l'offrande quotidienne est sacrifiée conformément à son arrangement la veille de Pessa'h qui tombe une veille de Chabbat [un vendredi]. C'est ainsi que la baraïta doit se conclure selon Abayé.
אָמַר לָךְ אַבָּיֵי: לָא תֵּימָא ״כְּסִידְרוֹ כׇּל הַשָּׁנָה״, אֶלָּא אֵימָא: כְּסִידְרוֹ כׇּל הַשָּׁנִים כּוּלָּן, דִּבְרֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: כְּסִידְרוֹ עֶרֶב הַפֶּסַח שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּעֶרֶב שַׁבָּת.
Comme la Guemara a mentionné précédemment que l'offrande quotidienne du matin précède tous les autres sacrifices, elle cite une baraïta qui explique cette loi. Nos maîtres ont enseigné : d'où apprend-on qu'aucun sacrifice ne doit précéder l'offrande quotidienne du matin [tamid chel cha'har] ? L'Écriture dit : « Et le feu sur l'autel y sera maintenu allumé, il ne s'éteindra pas ; et le kohen y allumera du bois chaque matin, il y disposera l'holocauste (ha'ola) et y fera fumer les graisses des offrandes de paix [chelamim] » (Vayikra 6, 5). La Guemara demande : quelle est la déduction biblique ? Autrement dit, comment déduit-on que l'holocauste de ce verset désigne l'offrande quotidienne du matin ? Rava dit : « l'holocauste » (ha'ola), avec l'article défini, désigne le premier holocauste, c'est-à-dire l'offrande quotidienne du matin, qui est première à la fois dans l'ordre chronologique et par son importance.
תָּנוּ רַבָּנַן: מִנַּיִן שֶׁלֹּא יְהֵא דָּבָר קוֹדֶם לְתָמִיד שֶׁל שַׁחַר, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְעָרַךְ עָלֶיהָ הָעוֹלָה״. מַאי תַּלְמוּדָא? אָמַר רָבָא: ״הָעוֹלָה״ — עוֹלָה רִאשׁוֹנָה.
La baraïta poursuit : et d'où apprend-on que rien n'est sacrifié après l'offrande quotidienne de l'après-midi [tamid chel bein ha'arbayim] ? L'Écriture dit : « et il y fera fumer les graisses des offrandes de paix [chelamim] ». La Guemara demande de nouveau : quelle est la déduction ? Abayé dit : « sur lui » (aleha) — sur, c'est-à-dire après, le premier holocauste, à savoir l'offrande quotidienne du matin, les offrandes de paix [chelamim], c'est-à-dire les vœux volontaires et les offrandes de bonne volonté, peuvent être sacrifiées tout au long du jour ; mais les offrandes de paix ne peuvent être sacrifiées sur, c'est-à-dire après, sa contrepartie, qui est l'offrande quotidienne de l'après-midi.
וּמִנַּיִן שֶׁאֵין דָּבָר קָרֵב אַחַר תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבַּיִם, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְהִקְטִיר עָלֶיהָ חֶלְבֵי הַשְּׁלָמִים״. מַאי תַּלְמוּדָא? אָמַר אַבָּיֵי: ״עָלֶיהָ״ שְׁלָמִים, וְלֹא עַל חֲבֶירְתָּהּ שְׁלָמִים.