Le tana enseigne une série d'allègements (koulé koulé). Il n'a énoncé que les aspects par lesquels le Neuf Av est plus indulgent qu'un jeûne public. Il n'a pas énoncé les aspects par lesquels il est plus rigoureux. Aucune tentative n'a été faite ici d'énumérer toutes les différences.
תַּנָּא קוּלֵּי קוּלֵּי קָתָנֵי.
Il a été énoncé dans la michna : « Et en tout lieu, les érudits en Torah (talmidé 'hakhamim) chôment » et n'accomplissent pas de travail le Neuf Av, et selon Rabban Chimon ben Gamliel chacun doit toujours se comporter à cet égard comme un érudit en Torah et s'abstenir de tout travail. La Guemara interroge : Cela revient-il à dire que Rabban Chimon ben Gamliel estime que nous ne craignons pas l'arrogance (yohara) lorsqu'un homme se conduit comme un érudit, tandis que les Sages estiment, eux, que nous craignons l'arrogance ? Or n'avons-nous pas entendu d'eux l'opinion inverse ? Comme nous l'avons appris dans une michna : Au sujet de la lecture du Chema le soir de ses noces, les Sages disent que si le marié veut réciter le Chema la première nuit — bien qu'il en soit dispensé — il peut le faire. Rabban Chimon ben Gamliel dit : Tout homme qui veut s'attribuer la réputation [d'un homme craignant Dieu] (litol èt hachem) ne peut se l'attribuer, et par conséquent tout marié qui veut réciter le Chema sa nuit de noces ne le peut pas. Leurs positions dans cette michna paraissent contraires à leurs positions dans notre michna.
וּבְכׇל מָקוֹם תַּלְמִידֵי חֲכָמִים וְכוּ׳. לְמֵימְרָא דְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל סָבַר: לָא חָיְישִׁינַן לְיוּהֲרָא, וְרַבָּנַן סָבְרִי: חָיְישִׁינַן לְיוּהֲרָא? וְהָא אִיפְּכָא שָׁמְעִינַן לְהוּ, דִּתְנַן: חָתָן, אִם יִרְצֶה לִקְרוֹת קְרִיַּת שְׁמַע לַיְלָה הָרִאשׁוֹן — קוֹרֵא. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אֲמַר: לֹא כׇּל הָרוֹצֶה לִיטּוֹל אֶת הַשֵּׁם יִטּוֹל.
Rabbi Yo'hanan dit : L'attribution des opinions est intervertie (mou'hlefet hachita) dans l'une des sources. Rav Chicha, fils de Rav Idi, dit : N'intervertis aucun des deux textes, car il est possible de résoudre la difficulté autrement. La contradiction entre la position des Sages ici et la position des Sages là-bas n'est pas une difficulté. Ici, le Neuf Av, puisque tout le monde accomplit du travail et que lui n'en accomplit pas, son oisiveté est manifeste et apparaît comme de l'arrogance. Mais là-bas, dans le cas de la lecture du Chema le soir des noces, cela n'apparaît pas comme de l'arrogance, car tout le monde récite le Chema et lui le récite aussi avec eux.
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מוּחְלֶפֶת הַשִּׁיטָה. רַב שִׁישָׁא בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי אָמַר לָא תֵּיפוֹךְ: דְּרַבָּנַן אַדְּרַבָּנַן לָא קַשְׁיָא; הָכָא, כֵּיוָן דְּכוּלֵּי עָלְמָא עָבְדִי מְלָאכָה וְאִיהוּ לָא עָבֵיד — מִיחְזֵי כְּיוּהֲרָא, אֲבָל הָתָם, כֵּיוָן דְּכוּלֵּי עָלְמָא קָרֵי וְאִיהוּ נָמֵי קָרֵי — לָא מִיחְזֵי כְּיוּהֲרָא.
De même, la contradiction entre la position de Rabban Chimon ben Gamliel ici et la position de Rabban Chimon ben Gamliel là-bas n'est pas une difficulté. Là-bas, dans le cas de la lecture du Chema le soir des noces, c'est que nous exigeons la concentration (kavana), et il est clair pour tous qu'il ne peut se concentrer en raison de sa préoccupation par la mitsva qu'il doit accomplir ; dès lors, s'il récite le Chema cela apparaît comme de l'arrogance — comme s'il proclamait : Moi, je suis capable de me concentrer, alors que d'autres dans ma situation ne le sont pas. Mais ici, en ne travaillant pas le Neuf Av, cela n'apparaît pas comme de l'arrogance, car les gens disent : C'est qu'il n'a pas de travail à faire — sors et vois combien d'oisifs (batlanim) il y a sur la place du marché, même les jours où il est permis de travailler.
דְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אַדְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל לָא קַשְׁיָא; הָתָם הוּא דְּבָעֵינַן כַּוּוֹנָה, וַאֲנַן סָהֲדֵי דְּלָא מָצֵי כַּוּוֹנֵי דַּעְתֵּיהּ — מִיחְזֵי כְּיוּהֲרָא: אֲבָל הָכָא לָא מִיחְזֵי כְּיוּהֲרָא, אָמְרִי: מְלָאכָה הִיא דְּלֵית לֵיהּ, פּוֹק חֲזִי כַּמָּה בַּטְלָנֵי אִיכָּא בְּשׁוּקָא.
Mishna 1
MICHNA : À propos de la discussion sur l'accomplissement du travail la veille de Pessa'h, on cita des différences d'autres coutumes. Et les Sages disent : En Judée, les gens accomplissaient du travail les veilles de Pessa'h jusqu'à midi (a'hatsot), et en Galilée les gens n'accomplissaient pas de travail la veille de Pessa'h du tout. Au sujet du travail durant la nuit qui précède la veille de Pessa'h — la nuit entre le treize et le quatorze Nissan — Beit Chammaï interdisent d'accomplir un travail, et Beit Hillel le permettent jusqu'au lever du soleil (hanets ha'hama).
מַתְנִי׳ וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: בִּיהוּדָה הָיוּ עוֹשִׂין מְלָאכָה בְּעַרְבֵי פְסָחִים עַד חֲצוֹת, וּבַגָּלִיל לֹא הָיוּ עוֹשִׂין כׇּל עִיקָּר. הַלַּיְלָה, בֵּית שַׁמַּאי אוֹסְרִים, וּבֵית הִלֵּל מַתִּירִין עַד הָנֵץ הַחַמָּה.(משנה)
Guémara
GUEMARA : La Guemara interroge au sujet de la michna : Au début, en tête du chapitre, le tana a enseigné qu'en certains lieux il n'y a qu'une coutume (minhag) de ne pas travailler, et pourtant à la fin, dans cette dernière michna, il a enseigné que selon l'opinion de Beit Chammaï, il est interdit (issour) de travailler. Apparemment, l'accomplissement du travail ne dépend pas de la coutume mais est réellement interdit.
גְּמָ׳ מֵעִיקָּרָא תְּנָא מִנְהָגָא, וּלְבַסּוֹף תְּנָא אִיסּוּרָא!
Rabbi Yo'hanan dit : Ce n'est pas une difficulté, car cette première michna est conforme à l'opinion de Rabbi Méïr, tandis que cette dernière michna est conforme à l'opinion de Rabbi Yehouda. Comme il a été enseigné dans une baraïta que Rabbi Yehouda dit : En Judée ils accomplissaient du travail les veilles de Pessa'h jusqu'à midi, et en Galilée ils n'accomplissaient pas de travail du tout. Rabbi Méïr lui dit : Quelle preuve cites-tu de la Judée et de la Galilée pour la discussion qui nous occupe ? Bien plutôt : dans un lieu où l'on est accoutumé à travailler, on travaille, et dans un lieu où l'on est accoutumé à ne pas travailler, on ne travaille pas. La Guemara analyse cette baraïta : Du fait que Rabbi Méïr parle de coutume, on déduit que Rabbi Yehouda, lui, parle d'une interdiction de travailler [en Galilée].
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, לָא קַשְׁיָא: הָא — רַבִּי מֵאִיר, הָא — רַבִּי יְהוּדָה. דְּתַנְיָא, אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: בִּיהוּדָה הָיוּ עוֹשִׂין מְלָאכָה בְּעַרְבֵי פְסָחִים עַד חֲצוֹת, וּבַגָּלִיל אֵינָן עוֹשִׂין כׇּל עִיקָּר. אָמַר לוֹ רַבִּי מֵאִיר: מָה רְאָיָיה יְהוּדָה וְגָלִיל לְכָאן? אֶלָּא, מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ לַעֲשׂוֹת מְלָאכָה — עוֹשִׂין, מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ שֶׁלֹּא לַעֲשׂוֹת — אֵין עוֹשִׂין. מִדְּקָאָמַר רַבִּי מֵאִיר מִנְהָגָא — מִכְּלָל דְּרַבִּי יְהוּדָה אִיסּוּרָא קָאָמַר.
La Guemara interroge : Et Rabbi Yehouda estime-t-il vraiment que l'accomplissement du travail le quatorze est permis partout, sauf en Galilée ? N'a-t-il pas été enseigné dans une baraïta que Rabbi Yehouda dit : Au sujet de celui qui sarcle un champ (hamenakech) le treize Nissan et qu'un épi de blé fut arraché en sa main, il le replante en un endroit boueux (mékom hatit) afin qu'il prenne racine avant que l'offrande du omer soit apportée le seize Nissan ? Il sera alors permis de consommer ce blé après que le omer aura été apporté. En revanche, il ne doit pas le replanter en un endroit sec (mékom hagrid), car il n'y prendra pas racine aussitôt ; et s'il ne commence à pousser qu'après l'apport du omer, ce blé restera interdit jusqu'à l'apport du omer de l'année suivante.
וְסָבַר רַבִּי יְהוּדָה אַרְבָּעָה עָשָׂר מוּתָּר בַּעֲשִׂיַּית מְלָאכָה? וְהָתַנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: הַמְנַכֵּשׁ בִּשְׁלֹשָׁה עָשָׂר וְנֶעְקְרָה בְּיָדוֹ — שׁוֹתְלָהּ בִּמְקוֹם הַטִּיט, וְאֵין שׁוֹתְלָהּ בִּמְקוֹם הַגְּרִיד.
De la déclaration de Rabbi Yehouda on peut déduire : le treize Nissan, oui, telle est la loi ; mais le quatorze Nissan, non, on ne peut replanter l'épi de blé. Or nous avons appris que Rabbi Yehouda dit : Toute greffe (harkava) qui ne prend pas en trois jours ne prendra plus jamais. Et si tu venais à penser que l'accomplissement du travail le quatorze est permis, pourquoi aurais-je besoin que cette loi soit enseignée précisément à propos du treize ? [Il y aurait eu plus grande nouveauté à l'enseigner pour un cas survenant le quatorze.] N'y a-t-il pas trois jours qui restent pour qu'un blé planté le quatorze prenne racine avant le omer — à savoir le quatorze Nissan, le quinze Nissan et une partie du seize Nissan ? Rava dit : Ils ont enseigné cette loi du replantage de l'épi de blé à propos de la Galilée — car, comme il est dit dans la baraïta, Rabbi Yehouda affirme qu'en Galilée ils ne travaillent pas du tout.
בִּשְׁלֹשָׁה עָשָׂר — אִין, בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר — לָא. מִכְּדִי שָׁמְעִינַן לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר: כׇּל הַרְכָּבָה שֶׁאֵינָהּ קוֹלֶטֶת לִשְׁלֹשָׁה יָמִים — שׁוּב אֵינָהּ קוֹלֶטֶת. וְאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ אַרְבָּעָה עָשָׂר מוּתָּר בַּעֲשִׂיַּית מְלָאכָה, לְמָה לִי שְׁלֹשָׁה עָשָׂר? וְהָאִיכָּא אַרְבֵּיסַר וַחֲמֵיסַר וּמִקְצָת שִׁיתְּסַר! אָמַר רָבָא: בַּגָּלִיל שָׁנוּ.
La Guemara interroge encore : Mais n'y a-t-il pas la nuit entre le treize et le quatorze Nissan, durant laquelle, selon l'opinion de Beit Hillel — qui est la loi —, le travail est permis même en Galilée ? Rabbi Yehouda aurait pu enseigner la loi à propos du sarclage la nuit précédant le quatorze. Rav Chéchet dit : Rabbi Yehouda a énoncé cela conformément à l'opinion de Beit Chammaï, qui interdisent de travailler cette nuit-là. Rav Achi dit : [Il n'y a pas lieu de suggérer, de façon improbable, que Rabbi Yehouda se range à l'opinion de Beit Chammaï contre la loi reçue.] En réalité, Rabbi Yehouda se range à l'opinion de Beit Hillel. Cependant, il n'a pas enseigné le cas de la nuit précédant le quatorze Nissan parce que ce n'est pas la manière habituelle des gens de sarcler de nuit. [Il est quasiment impossible de distinguer les mauvaises herbes dans l'obscurité.]
וְהָאִיכָּא לֵילְיָא! אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: כְּבֵית שַׁמַּאי. רַב אָשֵׁי אָמַר: לְעוֹלָם כְּבֵית הִלֵּל — לְפִי שֶׁאֵין דַּרְכָּן שֶׁל בְּנֵי אָדָם לְנַכֵּשׁ בַּלַּיְלָה.
Ravina dit : En réalité, on peut l'expliquer ainsi : Rabbi Yehouda se réfère à la Judée. Au sujet d'une plante qui prend racine, nous énonçons une seule fois le principe « le statut d'une partie du jour équivaut à celui du jour entier » (miktsat hayom kekoulo), mais nous n'énonçons pas deux fois ce principe. Lorsqu'on traite d'une plante replantée le quatorze, dans le décompte des trois jours, le statut d'une partie du quatorze et celui d'une partie du seize ne peuvent valoir tous deux comme des jours entiers. Une plante prend racine au terme d'un laps de temps fixe, et cela n'est pas affecté par des principes halakhiques formels tels que « le statut d'une partie du jour équivaut à celui du jour entier ».
רָבִינָא אָמַר: לְעוֹלָם בִּיהוּדָה, וּבְהַשְׁרָשָׁה חַד ״מִקְצָת הַיּוֹם כְּכוּלּוֹ״ — אָמְרִינַן, תְּרֵי ״מִקְצָת הַיּוֹם כְּכוּלּוֹ״ — לָא אָמְרִינַן.
Mishna 2
MICHNA : Rabbi Méïr dit : Au sujet de tout travail que l'on a commencé avant le quatorze Nissan, on peut l'achever le quatorze, avant midi. En revanche, on ne peut entamer ce travail à neuf (mit'hila) le quatorze, même si l'on est capable de l'achever avant midi. Et les Sages disent : Les artisans de trois métiers seulement sont autorisés à travailler jusqu'à midi la veille de Pessa'h, à savoir : les tailleurs (haya'tin), les barbiers (saparim) et les blanchisseurs (kovsin), dont l'ouvrage est nécessaire pour la fête. Rabbi Yossé bar Yehouda dit : Même les cordonniers (ratsanim) sont autorisés à travailler le quatorze.
מַתְנִי׳ רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: כׇּל מְלָאכָה שֶׁהִתְחִיל בָּהּ קוֹדֶם לְאַרְבָּעָה עָשָׂר, גּוֹמְרָהּ בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר. אֲבָל לֹא יַתְחִיל בָּהּ בַּתְּחִלָּה בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר, אַף עַל פִּי שֶׁיָּכוֹל לְגוֹמְרָהּ. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: שָׁלֹשׁ אוּמָּנִיּוֹת עוֹשִׂין מְלָאכָה בְּעַרְבֵי פְסָחִים עַד חֲצוֹת, וְאֵלּוּ הֵן: הַחַיָּיטִין, וְהַסַּפָּרִים, וְהַכּוֹבְסִין. רַבִּי יוֹסֵי בַּר יְהוּדָה אוֹמֵר: אַף רַצְעָנִין.