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Traité Pesachim

53b

Étude de Pesachim 53b

Étude de la Mishna & Guémara 53b

Agir ainsi revient à faire manger aux enfants d'Israël des choses consacrées (kodachim) hors de l'enceinte permise, car, par sa ressemblance avec l'agneau pascal, [ce chevreau rôti entier] pourrait induire en erreur. La Guemara analyse cette affirmation [de la michna] : un chevreau rôti entier (mekoulas), oui, il est interdit ; un chevreau qui n'est pas rôti entier, non, il n'est pas interdit ! Cela contredit Rav, qui interdisait de rôtir même de la viande ordinaire. Les Sages disent que telle est la distinction : pour un chevreau rôti entier, il n'y a pas de différence selon qu'on a dit qu'il est pour Pessa'h ou qu'on ne l'a pas dit — dans les deux cas il ressemble à un sacrifice et il est interdit. Pour un chevreau qui n'est pas rôti entier, si l'on a précisé qu'il est pour Pessa'h, oui, il est interdit, car il apparaît qu'on le consacre comme un sacrifice ; mais si l'on n'a pas précisé qu'il est pour Pessa'h, non, il n'est pas interdit, car il n'y a pas lieu de s'en inquiéter.
קָרוֹב לְהַאֲכִיל אֶת יִשְׂרָאֵל קָדָשִׁים בַּחוּץ. מְקוּלָּס — אִין, שֶׁאֵין מְקוּלָּס — לָא! אָמְרִי, מְקוּלָּס: לָא שְׁנָא אֲמַר, לָא שְׁנָא לָא אֲמַר. שֶׁאֵינוֹ מְקוּלָּס: פֵּירֵשׁ — אִין, לֹא פֵּירֵשׁ — לָא.
Rav A'ha enseigne cette baraïta [au sujet de Théodose (Todos)] conformément à l'opinion de Rabbi Chimon. Rav Chéchet objecta fortement à cela : admettons, selon celui qui l'enseigne conformément à l'opinion de Rabbi Yossi, cela s'accorde bien ; mais selon celui qui l'enseigne conformément à l'opinion de Rabbi Chimon, cela s'accorde-t-il vraiment ? N'avons-nous pas appris dans une michna, à propos d'une controverse au sujet de celui qui consacre un objet pour un usage auquel il ne convient pas — par exemple le cas de celui qui voulut apporter une offrande de farine (min'ha) d'orge, alors que les offrandes de farine ne peuvent être apportées que de blé ? Dans ce cas, les Sages disent qu'il est tenu d'apporter une offrande de farine de blé, parce que, dans la première partie de sa déclaration, il a fait vœu d'apporter une offrande de farine.
רַב אַחָא מַתְנִי לַהּ לְהָא מַתְנִיתִין כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן. מַתְקֵיף לַהּ רַב שֵׁשֶׁת: בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּתָנֵי לַהּ כְּרַבִּי יוֹסֵי — נִיחָא, אֶלָּא לְמַאן דְּמַתְנֵי כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן — מִי נִיחָא?
Rabbi Chimon l'en exempte de toute obligation, car, selon lui, il n'a pas fait son don à la manière des donateurs. Autrement dit, Rabbi Chimon considère la formule « une offrande de farine d'orge » comme un tout unique : puisqu'aucune offrande de farine de cette sorte n'existe, on n'est aucunement tenu d'apporter une offrande. De même, à propos de Pessa'h : puisqu'on ne peut consacrer comme sacrifice qu'un animal vivant et qu'on ne peut consacrer de la viande comme sacrifice, si l'on déclare « cette viande est pour Pessa'h », cela ne ressemble en rien à la consécration d'un animal, et la viande n'acquiert aucune sainteté.
וְהָתְנַן: רַבִּי שִׁמְעוֹן פּוֹטֵר, שֶׁלֹּא הִתְנַדֵּב כְּדֶרֶךְ הַמִּתְנַדְּבִים.
Ravina dit à Rav Achi : et selon celui qui l'enseigne conformément à l'opinion de Rabbi Yossi, cela s'accorde-t-il vraiment ? Rava n'a-t-il pas dit : à propos de l'offrande de farine d'orge, Rabbi Chimon a énoncé son opinion conformément à l'opinion de Rabbi Yossi, qui dit : « l'homme est tenu aussi par la conclusion de ses paroles (af bigmar devarav adam nitpas) » ? Les Sages divergent au sujet des lois de la consécration dans le cas où l'on consacre un animal pour deux finalités dans une même déclaration — par exemple comme holocauste (ola) et comme sacrifice de paix (chelamim). Selon Rabbi Méïr, l'homme est tenu par le début de ses paroles : puisqu'il a mentionné l'holocauste en premier, l'animal prend le statut d'holocauste. Mais Rabbi Yossi dit que l'ensemble de la déclaration est significatif et que l'animal est consacré pour deux sacrifices : le propriétaire doit attendre que l'animal devienne défectueux (baal moum), le racheter et utiliser l'argent pour acheter un holocauste et un sacrifice de paix. Rabbi Chimon, à propos de l'offrande de farine d'orge, adopte l'opinion de Rabbi Yossi : il soutient que l'homme est tenu non seulement par sa première expression — à savoir que c'est une offrande de farine — mais aussi par sa seconde expression — à savoir qu'elle est d'orge ; dans ce cas, la seconde partie de la déclaration annule la première.
אֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְרַב אָשֵׁי: וּמַאן דְּמַתְנֵי לַהּ כְּרַבִּי יוֹסֵי מִי נִיחָא? וְהָאָמַר רָבָא: רַבִּי שִׁמְעוֹן בְּשִׁיטַת רַבִּי יוֹסֵי אֲמָרָהּ, דְּאָמַר: אַף בִּגְמַר דְּבָרָיו אָדָם נִתְפָּס.
N'est-il pas à conclure du fait que Rabbi Chimon adopte l'opinion de Rabbi Yossi, que Rabbi Yossi adopte lui aussi l'opinion de Rabbi Chimon — à savoir que celui qui n'a pas fait son don à la manière des donateurs, son acte est sans effet ? Si tel était le cas, alors toute difficulté pour l'opinion de Rabbi Chimon serait pareillement une difficulté pour l'opinion de Rabbi Yossi. La Guemara rejette [ce raisonnement] : non, bien que Rabbi Chimon adopte l'opinion de Rabbi Yossi, Rabbi Yossi n'adopte pas l'opinion de Rabbi Chimon.
מַאי לָאו: מִדְּרַבִּי שִׁמְעוֹן סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יוֹסֵי, רַבִּי יוֹסֵי נָמֵי סָבַר לַהּ כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן! לָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יוֹסֵי, וְלָא רַבִּי יוֹסֵי סָבַר לַהּ כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן.
Une question fut posée devant les Sages au sujet de l'incident ci-dessus : Théodose (Todos) de Rome était-il un grand homme par son érudition dans la Torah — et les Sages se sont-ils abstenus de le frapper d'excommunication par égard pour la Torah qu'il étudiait — ou bien était-il un homme violent (baal egrofin) qui ne pouvait être châtié en raison de son influence locale ?
אִיבַּעְיָא לְהוּ: תּוֹדוֹס אִישׁ רוֹמִי גַּבְרָא רַבָּה הֲוָה, אוֹ בַּעַל אֶגְרוֹפִין הֲוָה?
Viens et écoute [une preuve] : ceci aussi fut enseigné (darach) par Théodose (Todos) de Rome — qu'ont vu 'Hanania, Michaël et Azaria pour se livrer eux-mêmes à la fournaise ardente (kivchan haéch) en vue de la sanctification du Nom (kidouch haChem), sous le règne de Nabuchodonosor, plutôt que de se prosterner devant l'idole sous la contrainte ?
תָּא שְׁמַע. עוֹד זוֹ דָּרַשׁ תּוֹדוֹס אִישׁ רוֹמִי: מָה רָאוּ חֲנַנְיָה מִישָׁאֵל וַעֲזַרְיָה שֶׁמָּסְרוּ [עַצְמָן] עַל קְדוּשַּׁת הַשֵּׁם לְכִבְשַׁן הָאֵשׁ?
Ils tirèrent d'eux-mêmes un raisonnement a fortiori (kal va'homer) à partir [de la plaie] des grenouilles d'Égypte. Au sujet des grenouilles, qui ne sont pas commandées quant à la sanctification du Nom, il est écrit : « le fleuve grouillera de grenouilles, qui monteront et entreront dans ta maison, dans ta chambre à coucher et sur ton lit, dans les maisons de tes serviteurs et parmi ton peuple, dans tes fours et tes pétrins » (Chemot 7, 28). Quand les pétrins se trouvent-ils près du four ? Tu dois dire : au moment où le four est chaud. Si, pour accomplir l'ordre de harceler les Égyptiens, les grenouilles sont entrées dans des fours brûlants, à plus forte raison nous, qui sommes commandés quant à la sanctification du Nom, devons-nous nous livrer à la mort dans la fournaise ardente à cette fin. Il apparaît [de ce que] Théodose enseignait ainsi la Torah en public, qu'il était un grand homme.
נָשְׂאוּ קַל וָחוֹמֶר בְּעַצְמָן מִצְּפַרְדְּעִים. וּמָה צְפַרְדְּעִים שֶׁאֵין מְצֻוִּוין עַל קְדוּשַּׁת הַשֵּׁם, כְּתִיב בְּהוּ: ״וּבָאוּ [וְעָלוּ] בְּבֵיתֶךָ [וְגוֹ׳] וּבְתַנּוּרֶיךָ וּבְמִשְׁאֲרוֹתֶיךָ״, אֵימָתַי מִשְׁאָרוֹת מְצוּיוֹת אֵצֶל תַּנּוּר? הֱוֵי אוֹמֵר בְּשָׁעָה שֶׁהַתַּנּוּר חַם. אָנוּ שֶׁמְּצֻוִּוין עַל קְדוּשַּׁת הַשֵּׁם — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה.
Rabbi Yossi bar Avin dit : Théodose (Todos) était de ceux qui versent des marchandises dans la bourse des érudits de la Torah (talmidé 'hakhamim). Il leur prêtait de l'argent et s'associait avec eux pour qu'ils puissent ouvrir des commerces, et cela est louable, ainsi que l'a dit Rabbi Yo'hanan : quiconque verse des marchandises dans la bourse des érudits de la Torah a le mérite de siéger dans l'académie céleste (yechiva chel maala), comme il est dit : « car à l'ombre de la sagesse, [on est] à l'ombre de l'argent » (Kohélet 7, 12) — celui qui pourvoit les érudits de la Torah en argent mérite d'être avec eux à l'ombre de la sagesse.
רַבִּי יוֹסֵי בַּר אָבִין אָמַר: מֵטִיל מְלַאי לְכִיס שֶׁל תַּלְמִידֵי חֲכָמִים הָיָה. דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כׇּל הַמֵּטִיל מְלַאי לְכִיס תַּלְמִידֵי חֲכָמִים זוֹכֶה וְיוֹשֵׁב בִּישִׁיבָה שֶׁל מַעְלָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי בְּצֵל הַחׇכְמָה בְּצֵל הַכָּסֶף״.
Mishna 1
MICHNA : la michna traite d'autres différences entre coutumes locales. Dans un lieu où l'on a coutume d'allumer la lampe (ner) dans la maison aux veillées de Yom Kippour, on l'allume. Dans un lieu où l'on a coutume de ne pas l'allumer, on ne l'allume pas. Cependant, même dans un lieu où la coutume est de ne pas allumer de lampes dans les maisons, on en allume dans les synagogues et dans les maisons d'étude, par égard pour ces lieux. De même, on doit allumer des lampes dans les ruelles obscures, afin que l'on ne s'y blesse pas, et auprès des malades.
מַתְנִי׳ מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ לְהַדְלִיק אֶת הַנֵּר בְּלֵילֵי יוֹם הַכִּפּוּרִים — מַדְלִיקִין. מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ שֶׁלֹּא לְהַדְלִיק — אֵין מַדְלִיקִין. וּמַדְלִיקִין בְּבָתֵּי כְנֵסִיּוֹת וּבְבָתֵּי מִדְרָשׁוֹת וּבִמְבוֹאוֹת הָאֲפֵלִים וְעַל גַּבֵּי הַחוֹלִים.(משנה)
Guémara
GUEMARA : il fut enseigné dans la Tossefta : aussi bien là où [les Sages] ont dit d'allumer que là où ils ont dit de ne pas allumer, les deux ont visé le même but — à savoir éloigner les gens de la faute, car les relations conjugales sont interdites à Yom Kippour. Ceux qui ont dit qu'on allume une lampe estiment que, parce que les gens ne s'unissent pas tant qu'une lampe est allumée, la lampe découragera l'intimité. Ceux qui soutiennent le contraire estiment que des époux qui ne peuvent se voir ne seront pas tentés d'avoir des relations conjugales, et qu'il est donc préférable de ne pas avoir de lampe allumée à Yom Kippour. Rav Yehochoua dit que Rava enseigna : « ton peuple, ce sont tous des justes, ils hériteront à jamais de la terre ; rejeton de mes plantations, œuvre de mes mains, en quoi je me glorifie » (Yechaya 60, 21). Aussi bien là où les Sages ont dit d'allumer que là où ils ont dit de ne pas allumer, ils n'ont visé qu'un seul et même but : accomplir une mitsva. Même si des lieux différents ont des coutumes différentes, le peuple d'Israël tout entier aspire à la sainteté.
גְּמָ׳ תָּנָא: בֵּין שֶׁאָמְרוּ לְהַדְלִיק וּבֵין שֶׁאָמְרוּ שֶׁלֹּא לְהַדְלִיק — שְׁנֵיהֶן לְדָבָר אֶחָד נִתְכַּוְּונוּ. אָמַר רַב יְהוֹשֻׁעַ: דָּרֵשׁ רָבָא ״וְעַמֵּךְ כֻּלָּם צַדִּיקִים לְעוֹלָם יִירְשׁוּ אָרֶץ וְגוֹ׳״, בֵּין שֶׁאָמְרוּ לְהַדְלִיק וּבֵין שֶׁאָמְרוּ שֶׁלֹּא לְהַדְלִיק — שְׁנֵיהֶם לֹא נִתְכַּוְּונוּ אֶלָּא לְדָבָר אֶחָד.
Rav Yehouda dit au nom de Chmouel : on ne récite la bénédiction sur le feu (« qui crée les lumières du feu », boré meoré haéch) qu'à l'issue de Chabbat (motsaé Chabbat), puisque l'issue de Chabbat est le moment de sa création originelle. Un certain Ancien (saba) lui dit — et certains disent que ce fut Rabba bar bar 'Hana — : c'est exact ; et ainsi a dit Rabbi Yo'hanan. La Guemara rapporte : Oulla chevauchait un âne et allait son chemin, et Rabbi Abba allait à sa droite et Rabba bar bar 'Hana à sa gauche. Rabbi Abba dit à Oulla : est-il vrai que tu as dit au nom de Rabbi Yo'hanan qu'on ne récite la bénédiction sur le feu qu'à l'issue de Chabbat — et non à l'issue de Yom Kippour — puisque le moment de sa création originelle est l'issue de Chabbat ?
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: אֵין מְבָרְכִין עַל הָאוּר אֶלָּא בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת, הוֹאִיל וּתְחִלַּת בְּרִיָּיתוֹ הוּא. אֲמַר לֵיהּ הָהוּא סָבָא, וְאִיתֵּימָא רַבָּה בַּר בַּר חָנָה: יִשַׁר, וְכֵן אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן. עוּלָּא הֲוָה רְכִיב חֲמָרָא וְאָזֵיל, וַהֲוָה שָׁקֵיל וְאָזֵיל רַבִּי אַבָּא מִיַּמִּינֵיהּ וְרַבָּה בַּר בַּר חָנָה מִשְּׂמָאלֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי אַבָּא לְעוּלָּא: וַדַּאי דְּאָמְרִיתוּ מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן ״אֵין מְבָרְכִין עַל הָאוּר אֶלָּא בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת, הוֹאִיל וּתְחִלַּת בְּרִיָּיתוֹ הוּא״.
Pesachim 53b
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