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Traité Pesachim

44b

Étude de Pesachim 44b

Étude de la Guémara 44b

Guémara
[Le mot « trempé » (michrat), employé par le verset au sujet du nazir — « De tout ce qui est fait de la vigne, depuis les pépins jusqu'à la peau, il ne mangera point » (Bamidbar 6, 4), et qui inclut le jus tiré par macération] vient enseigner le principe selon lequel le statut légal du goût (taam) d'un aliment interdit est comme celui de sa substance même (taam ke-ikar). Ce terme enseigne que tout aliment qui absorbe le goût d'une chose interdite prend le statut de cette chose interdite elle-même. Ainsi, dans le cas où l'on a fait macérer des raisins dans de l'eau et que l'eau a le goût du vin, le nazir est passible [de châtiment] pour avoir bu ce mélange, car celui-ci prend le statut de vin.
לִיתֵּן טַעַם כְּעִיקָּר. שֶׁאִם שָׁרָה עֲנָבִים בְּמַיִם, וְיֵשׁ בָּהֶן טַעַם יַיִן — חַיָּיב.
De là tu déduis [la loi] pour toute la Torah entière : dans tous les cas, le statut légal du goût d'un aliment interdit est comme celui de sa substance. La Guemara développe [par un raisonnement a fortiori, kal va-'homer]. De même que pour le nazir — dont l'interdit [de manger du raisin] n'est pas un interdit perpétuel (issour olam), puisqu'il lui sera permis de manger du raisin une fois sa période de nazirat achevée ; dont l'interdit n'est en outre pas un interdit de tirer profit (issour hanaa) du vin ; et dont l'interdit comporte une possibilité de dissolution (héter), car il peut demander à un Sage de l'annuler de son vœu — la Torah a néanmoins rendu, dans son cas, le statut légal du goût de l'aliment qui lui est interdit comme celui de sa substance ; pour le mélange interdit d'espèces hétérogènes (kilayim) [de la vigne], dont l'interdit est un interdit perpétuel (issouro issour olam), dont l'interdit est un interdit de tirer profit, et dont l'interdit ne comporte aucune dissolution — n'est-il pas juste (eino din) que la Torah rende le statut légal du goût de son aliment interdit comme celui de sa substance ?
מִכָּאן אַתָּה דָּן לְכׇל הַתּוֹרָה כּוּלָּהּ: וּמָה נָזִיר שֶׁאֵין אִיסּוּרוֹ אִיסּוּר עוֹלָם, וְאֵין אִיסּוּרוֹ אִיסּוּר הֲנָאָה, וְיֵשׁ הֶיתֵּר לְאִיסּוּרוֹ — עָשָׂה בּוֹ טַעַם כְּעִיקָּר, כִּלְאַיִם, שֶׁאִיסּוּרוֹ אִיסּוּר עוֹלָם, וְאִיסּוּרוֹ אִיסּוּר הֲנָאָה, וְאֵין הֶיתֵּר לְאִיסּוּרוֹ — אֵינוֹ דִּין שֶׁיַּעֲשֶׂה טַעַם כְּעִיקָּר?
Et il en va de même pour la 'orla — le fruit qui pousse sur un arbre durant les trois premières années après sa plantation [« orla », Vayikra 19, 23] — sur deux des trois points : bien que l'interdit de la 'orla ne soit pas un interdit perpétuel, puisqu'on peut manger le fruit de cet arbre une fois passées trois années, il est interdit de tirer profit de la 'orla, et cet interdit ne peut être dissous, car les fruits qui poussent durant les trois premières années demeurent interdits. C'est pourquoi, en vertu du même raisonnement a fortiori, le principe « le statut de son goût est comme celui de sa substance » doit s'appliquer aussi dans ce cas. De même, tous les autres interdits de la Torah sont plus sévères que le cas du nazir sur l'un de ces aspects, et donc ce principe est universel. En tout état de cause, toute cette déduction présente une difficulté pour Rabbi Yo'hanan, qui déduit une autre loi du terme « trempé ».
וְהוּא הַדִּין לְעׇרְלָה בִּשְׁתַּיִם!
[La Guemara répond :] Selon l'opinion de qui est la déduction citée précédemment [« de là tu déduis pour toute la Torah »] ? Elle est conforme à l'opinion des Sages (Rabbanan), qui déduisent cette loi [« taam ke-ikar »] du terme « trempé ». Mais Rabbi Yo'hanan, qui a dit qu'une substance permise se combine avec une substance interdite, tient conformément à l'opinion de Rabbi Akiva.
הָא מַנִּי רַבָּנַן הִיא, וְרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר כְּרַבִּי עֲקִיבָא.
La Guemara demande : à quelle déclaration de Rabbi Akiva la Guemara fait-elle référence ? Si tu dis qu'elle se réfère à l'opinion de Rabbi Akiva dans la michna suivante, comme nous l'avons appris : Rabbi Akiva dit, au sujet d'un nazir qui a trempé son pain dans du vin, et que le pain et le vin contiennent ensemble de quoi se combiner pour constituer un kazayit (volume d'une olive), qu'il est passible [de châtiment] — d'où savons-nous que Rabbi Akiva veut dire un volume d'un kazayit pris du pain et du vin ensemble ? Peut-être voulait-il dire que la mesure se calcule à partir du vin seul ?
הֵי רַבִּי עֲקִיבָא? אִילֵימָא רַבִּי עֲקִיבָא דְּמַתְנִיתִין, דִּתְנַן: רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: נָזִיר שֶׁשָּׁרָה פִּתּוֹ בְּיַיִן, וְיֵשׁ בּוֹ לְצָרֵף כְּדֵי כְּזַיִת — חַיָּיב, וּמִמַּאי דְּמִפַּת וּמִיַּיִן? דִּילְמָא מִיַּיִן לְחוֹדֵיהּ?
La Guemara demande : et si tu disais que [le kazayit provient] du vin seul, qu'y aurait-il à enseigner [de neuf] ? [On pourrait répondre que] cette déclaration vient nous enseigner que, même si la chose interdite se trouve dans un mélange (taarovet), on est néanmoins passible pour l'avoir consommée. [Mais] puisque cette michna peut s'expliquer comme se référant à un kazayit de vin seul, elle ne peut être citée comme preuve de l'opinion de Rabbi Akiva quant à la combinaison d'une substance permise avec une substance interdite.
וְכִי תֵּימָא: מִיַּיִן לְחוֹדֵיהּ מַאי לְמֵימְרָא? הָא קָא מַשְׁמַע לַן דְּאַף עַל גַּב דְּתַעֲרוֹבֶת.
La Guemara dit : plutôt, [Rabbi Yo'hanan tient] conformément à l'opinion de Rabbi Akiva dans la baraïta, comme il a été enseigné dans une baraïta que Rabbi Akiva dit : un nazir qui a trempé son pain dans du vin et a mangé un kazayit du mélange — du pain et du vin [ensemble] — est passible [de châtiment]. Cette baraïta indique que, selon Rabbi Akiva, une substance permise se combine avec une substance interdite.
אֶלָּא רַבִּי עֲקִיבָא דְּבָרַיְיתָא. דְּתַנְיָא, רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: נָזִיר שֶׁשָּׁרָה פִּתּוֹ בְּיַיִן, וְאָכַל כְּזַיִת מִפַּת וּמִיַּיִן — חַיָּיב.
La Guemara demande : et Rabbi Akiva, d'où déduit-il le principe « le statut du goût est comme celui de la substance elle-même » [puisqu'il a utilisé le mot « michrat » pour héter mitstaref le-issour] ? La Guemara répond : il déduit ce principe de l'interdit de la viande [cuite] dans le lait (bassar be-'halav). Dans ce cas, il n'y a que le goût du lait absorbé par la viande, et le mélange est néanmoins interdit. Ici aussi, dans le cas des autres interdits, il n'en va pas autrement, et le même principe s'applique.
וְרַבִּי עֲקִיבָא טַעַם כְּעִיקָּר מְנָא לֵיהּ? יָלֵיף מִבָּשָׂר בְּחָלָב: לָאו טַעְמָא בְּעָלְמָא הוּא, וְאָסוּר? הָכָא נָמֵי לָא שְׁנָא.
La Guemara demande : et les Sages, pourquoi ne déduisent-ils pas ce principe de la viande cuite dans le lait ? La Guemara répond : les Sages soutiennent que, de la viande dans le lait, nous ne déduisons pas [d'autres interdits], car cet interdit est une innovation ('hidouch).
וְרַבָּנַן? מִבָּשָׂר בְּחָלָב לָא גָּמְרִינַן, דְּחִידּוּשׁ הוּא.
La Guemara demande : et quelle est l'innovation de cet interdit ? Si tu dis qu'il est singulier en ce que cette viande seule et ce lait seul sont chacun permis, et qu'ensemble ils sont pourtant interdits — cette caractéristique n'est pas propre à la viande cuite dans le lait. Dans le cas des mélanges interdits d'espèces hétérogènes (kilayim) aussi : cet élément seul et cet élément seul sont chacun permis, et qu'ensemble ils sont pourtant interdits.
וּמַאי חִידּוּשׁ? אִילֵּימָא דְּהַאי לְחוֹדֵיהּ וְהַאי לְחוֹדֵיהּ — שְׁרֵי, וּבַהֲדֵי הֲדָדֵי — אָסוּר, כִּלְאַיִם נָמֵי: הַאי לְחוֹדֵיהּ וְהַאי לְחוֹדֵיהּ — שְׁרֵי, וּבַהֲדָדִי — אָסוּר.
La Guemara répond : plutôt, l'innovation est que, si l'on fait macérer de la viande dans du lait toute la journée, c'est permis selon la loi de la Torah [pour la consommation], bien que la viande ait certainement absorbé un peu du goût du lait ; tandis que si l'on a cuit la viande dans le lait, même un court instant, le mélange est interdit selon la loi de la Torah.
אֶלָּא: דְּאִי תָּרוּ לֵיהּ כּוּלֵּי יוֹמָא בַּחֲלָבָא — שְׁרֵי, בַּשֵּׁיל לֵיהּ בַּשּׁוֹלֵי — אָסוּר.
La Guemara demande : et Rabbi Akiva aussi convient certainement que la loi de la viande dans le lait est une innovation. [Dès lors] comment peut-il déduire un principe général de ce cas ?
וְרַבִּי עֲקִיבָא נָמֵי, בָּשָׂר בְּחָלָב וַדַּאי חִידּוּשׁ הוּא?
Pesachim 44b
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