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Traité Pesachim

40a

Étude de Pesachim 40a

Étude de la Guémara 40a

Guémara
[Abayé enseigne qu'on ne doit pas faire bouillir] deux grains de blé ensemble [dans l'eau bouillante], de peur que l'un ne se déplace et ne vienne se loger dans la fente [tzirya] de l'autre, empêchant ainsi la colonne [dikkoula] d'eau bouillante d'atteindre les quatre côtés du grain, de sorte que le grain en viendrait à un état de fermentation ['himmoutz].
תְּרֵי חִיטֵּי בַּהֲדֵי הֲדָדֵי, דִּילְמָא אָזְלָא חֲדָא וְיָתְבָה בְּצִירְיָא דַחֲבֶרְתַּהּ, וְלָא סָלֵיק לְהוּ דִּיקּוּלָא דְמַיָּא מֵאַרְבַּע רוּחָתָא, וְאָתֵי לִידֵי חִימּוּץ.
Et Abayé a dit : qu'un homme ne grille pas deux épis ensemble, de peur que l'eau ne sorte de l'un et ne soit absorbée par l'autre, et qu'il n'en vienne à un état de fermentation. Rava lui dit : s'il en est ainsi, on ne devrait même pas griller un seul épi, de peur que le liquide ne sorte d'une extrémité de l'épi et ne soit absorbé par son autre extrémité ! Rava dit plutôt : il n'y a pas lieu de craindre cette éventualité, car c'est considéré comme du jus de fruit [mé pérot], et le jus de fruit ne fait pas lever [n'amène pas le grain à la fermentation].
וְאָמַר אַבָּיֵי: לָא לִיחְרוֹךְ אִינִישׁ תְּרֵי שֻׁבְלֵי בַּהֲדֵי הֲדָדֵי, דִּילְמָא נָפְקִי מַיָּא מֵהַאי וּבָלַע אִידַּךְ, וְאָתְיָא לִידֵי חִימּוּץ. אֲמַר לֵיהּ רָבָא: אִי הָכִי, אֲפִילּוּ חֲדָא נָמֵי, דִּילְמָא נָפֵיק מֵהַאי רֵישָׁא וּבָלַע אִידַּךְ רֵישָׁא! אֶלָּא אָמַר רָבָא: מֵי פֵירוֹת נִינְהוּ, וּמֵי פֵירוֹת אֵינָן מַחְמִיצִין.
La Guemara ajoute : et Abayé revint sur cette opinion-là [au sujet des épis], car il soutient que tout ce qui absorbe du liquide ne lève pas, à moins d'être pleinement trempé dans l'eau. Ainsi Abayé a dit : au sujet de cette cruche ['hatzba] servant à sécher les épis par grillage, si elle est renversée [ouverture vers le bas] c'est permis, car le liquide qui s'écoule d'un épi ne sera pas absorbé par les autres épis ; mais si le récipient est dressé [ouverture vers le haut] c'est interdit, car le liquide retenu dans le récipient pourrait être absorbé par les autres épis et les faire lever. Rava dit : même si la cruche est dressée, c'est également permis ; ce liquide est considéré comme du jus de fruit, et le jus de fruit ne fait pas lever.
וַהֲדַר בֵּיהּ אַבָּיֵי מֵהַהִיא, דְּכׇל אַגַּב מֵדָלַיְיהוּ לָא מַחְמְצִי. דְּאָמַר אַבָּיֵי: הַאי חַצְבָּא דַאֲבִישֻׁנָא, סְחִיפָא — שְׁרֵי, זְקִיפָא — אָסוּר. רָבָא אָמַר: אֲפִילּוּ זְקִיפָא — נָמֵי שְׁרֵי, מֵי פֵירוֹת נִינְהוּ, וּמֵי פֵירוֹת אֵינָן מַחְמִיצִין.
Nos maîtres ont enseigné : on ne fait pas tremper [lotetin] l'orge dans l'eau à Pessa'h [afin d'en détacher plus aisément la balle du grain]. Et si l'on a fait tremper de l'orge et qu'elle s'est fendue, elle est interdite ; si elle ne s'est pas fendue, elle est permise.
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין לוֹתְתִין שְׂעוֹרִין בַּפֶּסַח. וְאִם לָתַת, נִתְבַּקְּעוּ — אֲסוּרוֹת, לֹא נִתְבַּקְּעוּ — מוּתָּרוֹת.
Rabbi Yossi dit : [si l'on voit que les grains gonflent,] on les fait tremper dans le vinaigre, et le vinaigre les fait se contracter [tzomtan], empêchant ainsi la fermentation. Cependant, Chmouel a dit : la halakha n'est pas conforme à l'opinion de Rabbi Yossi.
רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: שׁוֹרָן בְּחוֹמֶץ, וְחוֹמֶץ צוֹמְתָן. אָמַר שְׁמוּאֵל: אֵין הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי.
Rav 'Hisda a dit au nom de Mar Oukva : [lorsque les Sages ont parlé d'un cas où le grain d'orge] s'est fendu, [l'interdiction ne s'applique] pas seulement [s'il] s'est réellement fendu [et qu'une fissure est visible]. Au contraire, cela vise même un cas où, si l'on posait les grains d'orge sur le goulot d'un tonneau [de vin], ils se fendraient d'eux-mêmes [sous l'effet du vin]. Et, à l'inverse, Chmouel a dit : cette halakha ne s'applique que s'ils se sont réellement fendus. La Guemara rapporte : Chmouel agit conformément à sa décision lorsqu'il se trouvait au village de la maison de bar 'Hachou [il interdit seulement les grains d'orge qui s'étaient réellement fendus, et permit ceux qui étaient sur le point de se fendre].
אָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר מָר עוּקְבָא: לֹא נִתְבַּקְּעוּ מַמָּשׁ, אֶלָּא כׇּל שֶׁאִילּוּ מַנִּיחָן עַל פִּי חָבִית וְהֵן נִתְבַּקְּעוֹת מֵאֵילֵיהֶן, וּשְׁמוּאֵל אָמַר: נִתְבַּקְּעוּ מַמָּשׁ. עֲבַד שְׁמוּאֵל עוֹבָדָא בְּדוּרָא דְּבֵי בַּר חָשׁוּ נִתְבַּקְּעוּ מַמָּשׁ.
Rabba a dit : un homme scrupuleux [baal néfech, litt. « maître de son âme », un 'hassid] ne fera pas tremper de blé du tout à Pessa'h. La Guemara demande : pourquoi parler en particulier d'un homme scrupuleux ? Cette halakha devrait s'appliquer à tout le monde aussi, car il a été expressément enseigné dans une baraïta : on ne fait pas tremper l'orge à Pessa'h ! La Guemara répond que voici ce que Rabba veut dire : un homme scrupuleux ne fera tremper même pas du blé, qui est plus ferme que l'orge et moins susceptible de se fendre, par crainte qu'il ne vienne à lever.
אָמַר רַבָּה: בַּעַל נֶפֶשׁ לֹא יִלְתּוֹת. מַאי אִירְיָא בַּעַל נֶפֶשׁ? אֲפִילּוּ כּוּלֵּי עָלְמָא נָמֵי, דְּהָא תַּנְיָא: אֵין לוֹתְתִין שְׂעוֹרִין בַּפֶּסַח! הָכִי קָאָמַר: בַּעַל נֶפֶשׁ — אֲפִילּוּ חִיטִּין דִּשְׁרִירִי לֹא יִלְתּוֹת.
Rav Na'hman dit à Rabba : quiconque écoute Abba [le prénom de Rabba] mangera du pain moisi [na'hama de'ippoucha] à Pessa'h, car la farine ne peut être correctement préparée sans trempage, et l'on ne devrait donc pas confectionner de matsa à partir de cette farine. Car dans la maison de Rav Houna ils trempaient le grain, et dans la maison de Rava bar Avin ils trempaient également leur grain. Mais Rava dit : [le trempage du grain ne doit pas être évité au seul motif de piété ; au contraire,] il est absolument interdit de tremper le grain.
אֲמַר לֵיהּ רַב נַחְמָן: מַאן דְּצָיֵית לֵיהּ לְאַבָּא — אָכֵיל נַהֲמָא דְעִיפּוּשָׁא. דְּהָא בֵּי רַב הוּנָא לָתְתִי, וּבֵי רָבָא בַּר אָבִין לָתְתִי. וְרָבָא אָמַר: אָסוּר לִלְתּוֹת.
La Guemara demande : mais alors, ce qui est enseigné dans une baraïta : on ne fait pas tremper l'orge à Pessa'h — [cela] indique que c'est l'orge que l'on ne peut pas tremper, mais qu'il serait permis de tremper le blé [comment Rava expliquera-t-il cette baraïta] ? La Guemara explique : la baraïta s'exprime selon le style didactique de « il va sans dire » [lo mivaya]. Il faut la comprendre ainsi : il va sans dire que le blé ne peut être trempé, puisque les grains de blé ont une fente par laquelle l'eau pénètre [et le blé gonflera donc rapidement s'il est laissé à tremper] ; mais dans le cas de l'orge, qui est lisse [et où aucune eau ne pénétrera dans le grain], on aurait pu dire que cela paraît acceptable, c'est-à-dire permis, de la faire tremper. C'est pourquoi la baraïta nous enseigne qu'il est interdit de tremper même l'orge.
אֶלָּא הָא דְּתַנְיָא: אֵין לוֹתְתִין שְׂעוֹרִין בַּפֶּסַח. שְׂעוֹרִין הוּא דְּלָא, הָא חִיטֵּי — שְׁרֵי. לָא מִיבַּעְיָא קָאָמַר. לָא מִיבַּעְיָא חִיטִּין, כֵּיוָן דְּאִית בֵּיהּ צִירְיָא — עָיְילִי בְּהוּ מַיָּא, אֲבָל שְׂעָרֵי דְּשִׁיעִי — אֵימָא שַׁפִּיר דָּמֵי, קָא מַשְׁמַע לַן.
Rava se ravisa, puis dit : [il n'en est rien ; au contraire,] il est permis de tremper le grain, car il a été enseigné dans une baraïta : on s'acquitte [de son obligation] avec une matsa préparée à partir de farine raffinée [pat nekiya] et avec une matsa cuite à partir de farine grossière [hadraa]. Or il est impossible de produire une matsa raffinée sans tremper le grain, car c'est le seul moyen d'en retirer complètement la balle.
הֲדַר אָמַר רָבָא: מוּתָּר לִלְתּוֹת. דְּתַנְיָא: יוֹצְאִין בְּפַת נְקִיָּה וְהַדְרָאָה, וְאִי אֶפְשָׁר נְקִיָּה בְּלֹא לְתִיתָה.
Rav Papa souleva une objection à l'opinion de Rava à partir d'une baraïta : au sujet des farines et des farines raffinées [semoules, solatot] appartenant à des non-Juifs, dans les villages elles sont pures [tehorim] et dans les villes elles sont impures [teméïm]. [On suppose en effet que, dans les villes, le grain est trempé avant d'être moulu en farine ; une fois que l'eau est entrée en contact avec ce grain, il devient susceptible de contracter l'impureté rituelle, et il devient ensuite impur lorsqu'il est touché par des non-Juifs.]
אֵיתִיבֵיהּ רַב פָּפָּא לְרָבָא: הַקְּמָחִין וְהַסְּלָתוֹת שֶׁל גּוֹיִם, שֶׁל כְּפָרִים — טְהוֹרִים, וְשֶׁל כְּרַכִּין — טְמֵאִין.
[Quant à la farine des villages, quelle en est la raison qu'elle est pure ?] N'est-ce pas parce qu'ils ne trempent pas la farine, et qu'elle ne devient donc pas susceptible de contracter l'impureté rituelle ? Et pourtant leur farine est néanmoins appelée farine raffinée [solet] ! [On peut en déduire qu'il est possible de préparer de la farine raffinée sans tremper le grain.]
דִּכְפָרִים מַאי טַעְמָא? לָאו מִשּׁוּם דְּלָא לָתְתִי, וְקָא קָרֵי לֵיהּ סוֹלֶת!
Pesachim 40a
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