Guémara
Et Beit Hillel permettent de cuire le pain de cette manière [épaisse un jour de fête]. La Guemara demande : et quelle épaisseur faut-il pour que la matsa soit considérée comme un « pain épais » (pat ava) ? Rav Houna dit : cette catégorie inclut la matsa épaisse d'un téfa'h [largeur de main]. La preuve, c'est ce que nous avons trouvé pour le pain de proposition (lé'hem ha-panim), qui ne pouvait devenir 'hamets et dont l'épaisseur était d'un téfa'h.
וּבֵית הִלֵּל מַתִּירִין. וְכַמָּה פַּת עָבָה? אָמַר רַב הוּנָא: טֶפַח, שֶׁכֵּן מָצִינוּ בְּלֶחֶם הַפָּנִים טֶפַח.
Rav Yossef réfute vigoureusement cette explication : si les Sages ont permis [une épaisseur d'un téfa'h] pour le pain de proposition, qui était préparé par des kohanim diligents (zerizin) veillant à ce que la pâte ne lève pas, diront-ils la même chose pour d'autres personnes qui ne sont pas aussi diligentes ? De plus, s'ils l'ont dit pour un pain bien pétri (pat amila), diront-ils la même chose pour un pain qui n'est pas bien pétri ?
מַתְקֵיף לַהּ רַב יוֹסֵף: אִם אָמְרוּ בִּזְרִיזִין — יֹאמְרוּ בְּשֶׁאֵינָן זְרִיזִין? אִם אָמְרוּ בְּפַת עֲמִילָה — יֹאמְרוּ בְּפַת שֶׁאֵינָהּ עֲמִילָה?
Rav Yossef poursuit : s'ils ont dit qu'un pain épais d'un téfa'h est permis dans le cas où le pain était cuit avec du bois sec — apporté au Temple durant les mois secs de l'été, car la chaleur dégagée par ce type de bois faisait cuire le pain rapidement avant qu'il ne lève — diront-ils la même chose pour des gens ordinaires qui cuisent avec du bois humide ? S'ils l'ont dit pour un four chaud au Temple, diront-ils aussi que c'est permis pour un four froid ? Enfin, s'ils l'ont dit pour le pain de proposition, qui était cuit dans un four en métal pouvant être chauffé rapidement, diront-ils la même chose pour un four en argile ? De toute évidence, ces deux cas sont différents, et aucune comparaison ne peut être établie entre le pain de proposition et la matsa ordinaire.
אִם אָמְרוּ בְּעֵצִים יְבֵשִׁין — יֹאמְרוּ בְּעֵצִים לַחִים? אִם אָמְרוּ בְּתַנּוּר חַם — יֹאמְרוּ בְּתַנּוּר צוֹנֵן? אִם אָמְרוּ בְּתַנּוּר שֶׁל מַתֶּכֶת — יֹאמְרוּ בְּתַנּוּר שֶׁל חֶרֶס?
Rabbi Yirmeya bar Abba dit : j'ai interrogé mon Rabbi particulier — et qui est-ce ? Rav. Certains disent que Rabbi Yirmeya bar Abba a dit au nom de Rav : j'ai interrogé mon Rabbi particulier — et qui est-ce ? Notre saint Rabbi, Rabbi Yehouda ha-Nassi : quel est le sens de l'expression « pat ava » ? Il a expliqué que cela signifie : une grande quantité de pain, une grande fournée de pâte préparée en une seule fois. Et pourquoi l'a-t-on appelée « pat ava », pain épais ? On la désigne ainsi parce qu'elle exige une grande quantité de pétrissage. Et si tu veux, dis plutôt qu'à l'endroit où vivait ce tanna, une grande quantité de pain était tout simplement appelée « pat ava », pain épais.
אָמַר רַב יִרְמְיָה בַּר אַבָּא: שְׁאֵילִית אֶת רַבִּי בְּיִחוּד, וּמַנּוּ: רַב. אִיכָּא דְּאָמְרִי, רַב יִרְמְיָה בַּר אַבָּא אָמַר רַב: שְׁאֵילִית אֶת רַבִּי בְּיִחוּד, וּמַנּוּ: רַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ. מַאי פַּת עָבָה? פַּת מְרוּבָּה. וְאַמַּאי קָרוּ לֵיהּ פַּת עָבָה? מִשּׁוּם דִּנְפִישָׁא בְּלִישָׁה. וְאִי בָּעֵית אֵימָא, בְּאַתְרֵיהּ דְּהַאי תַּנָּא לְפַת מְרוּבָּה — פַּת עָבָה קָרוּ לֵיהּ.
La Guemara demande : quelle est la raison de cette interdiction de préparer une grande fournée ? Si la raison tient à l'effort superflu (tir'ha) requis pour pétrir une grande quantité de pâte — activité inconvenante un jour de fête — pourquoi traiter en particulier de l'application de cette halakha à Pessa'h ? La même halakha devrait s'appliquer aussi aux autres fêtes (yamim tovim).
מַאי טַעְמָא? אִי מִשּׁוּם דְּקָא טָרַח טִירְחָא דְּלָא צְרִיךְ, מַאי אִירְיָא בְּפֶסַח? אֲפִילּוּ בְּיוֹם טוֹב נָמֵי!
La Guemara répond : oui, il en est bien ainsi ; il est interdit de préparer une grande quantité de pâte durant toute fête. Et bien que ce tanna parlât de la fête de Pessa'h, il a mentionné incidemment une halakha qui s'applique en réalité aussi aux autres fêtes. La Guemara commente : cette opinion a également été enseignée dans une baraïta, qui stipule que Beit Chammaï disent : on ne cuit pas de pat ava un jour de fête, et Beit Hillel permettent de cuire le pain de cette manière un jour de fête.
אִין הָכִי נָמֵי, וְהַאי תַּנָּא בְּיוֹם טוֹב שֶׁל פֶּסַח קָאֵי. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: אֵין אוֹפִין פַּת עָבָה בְּיוֹם טוֹב, וּבֵית הִלֵּל מַתִּירִין.
Nos maîtres ont enseigné : on s'acquitte de l'obligation de manger de la matsa à Pessa'h avec du pain fin (raffiné), avec du pain grossier, et a posteriori (bediavad) avec de la matsa façonnée en figures (motifs), bien qu'ils aient dit qu'on ne doit pas cuire de matsa façonnée en figures à Pessa'h a priori (le'hat'hila). Rav Yehouda dit que Baïtos ben Zonin interrogea les Sages à ce sujet : pourquoi les Sages ont-ils dit qu'on ne prépare pas de matsa façonnée en figures à Pessa'h a priori ? Ils lui dirent : la raison est qu'une femme s'attardera dessus en la préparant — afin de pouvoir former la figure avant qu'elle ne soit cuite — et elle la fera ainsi devenir 'hamets.
תָּנוּ רַבָּנַן: יוֹצְאִין בְּפַת נְקִיָּה, וּבְהַדְרָאָה, וּבִסְרִיקִין הַמְצוּיָּירִין בַּפֶּסַח, אַף עַל פִּי שֶׁאָמְרוּ אֵין עוֹשִׂין סְרִיקִין הַמְצוּיָּירִין בַּפֶּסַח. אָמַר רַב יְהוּדָה: דָּבָר זֶה שָׁאַל בַּיְיתּוֹס בֶּן זוֹנִין לַחֲכָמִים: מִפְּנֵי מָה אָמְרוּ אֵין עוֹשִׂין סְרִיקִין הַמְצוּיָּירִין בַּפֶּסַח? אָמְרוּ לוֹ: מִפְּנֵי שֶׁהָאִשָּׁה שׁוֹהָה עָלֶיהָ וּמְחַמַּצְתָּהּ.
Il leur dit : il est possible pour une femme de préparer cette matsa avec un moule (defous), et elle pourrait la façonner aussitôt (d'un seul coup), sans retarder la cuisson. Ils lui dirent : les gens ne saisiraient pas la distinction, et ils diraient que toute matsa façonnée est interdite, mais que la matsa façonnée de Baïtos est permise. En conséquence, les Sages ont rejeté cette distinction et interdit toutes les formes de matsa façonnée en figures à Pessa'h.
אָמַר לָהֶם: אֶפְשָׁר יַעֲשֶׂנָּה בִּדְפוּס וְיִקְבָּעֶנָּה כֵּיוָן! אָמְרוּ לוֹ: יֹאמְרוּ כׇּל הַסְּרִיקִין — אֲסוּרִין, וּסְרִיקֵי בַּיְיתּוֹס — מוּתָּרִין.
Rabbi Elazar bar Tsadok dit : une fois, j'ai suivi mon père, Rabbi Tsadok, dans la maison de Rabban Gamliel, et l'on apporta devant lui de la matsa façonnée en figures à Pessa'h. Je dis : père, les Sages n'ont-ils pas dit qu'on ne prépare pas de matsa façonnée en figures à Pessa'h ? Il me dit : mon fils, ils n'ont pas dit cette interdiction pour la matsa de toute personne ordinaire ; ils l'ont plutôt dite à propos de la matsa des boulangers (na'htomin), qui subissent une pression pour améliorer l'apparence de leurs produits afin d'augmenter les ventes. La pâte pourrait lever, car les boulangers pourraient prendre trop de temps pour s'assurer que la forme de leur matsa est exactement bonne.
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר בַּר צָדוֹק: פַּעַם אַחַת נִכְנַסְתִּי אַחַר אַבָּא לְבֵית רַבָּן גַּמְלִיאֵל, וְהֵבִיאוּ לְפָנָיו סְרִיקִין הַמְצוּיָּירִין בַּפֶּסַח. אָמַרְתִּי: אַבָּא, לֹא כָּךְ אָמְרוּ חֲכָמִים, אֵין עוֹשִׂין סְרִיקִין הַמְצוּיָּירִין בַּפֶּסַח? אָמַר לִי: בְּנִי, לֹא שֶׁל כׇּל אָדָם אָמְרוּ, אֶלָּא שֶׁל נַחְתּוֹמִין אָמְרוּ.
Certains disent que voici ce que Rabbi Tsadok dit à son fils : les Sages n'ont pas dit que cette pratique est interdite à propos de la matsa des boulangers, qui sont experts et efficaces dans leur travail et la feront rapidement, mais cette interdiction s'applique plutôt à la matsa de toute personne ordinaire. Selon les deux versions de cet échange, il est permis de manger cette matsa a posteriori. Rabbi Yossi dit : on peut préparer des matsot façonnées en minces galettes (rekikin), mais on ne peut pas préparer de matsot façonnées en pains épais (gloskaot), car ces derniers sont plus susceptibles de lever.
אִיכָּא דְאָמְרִי, הָכִי קָאָמַר לֵיהּ: לֹא שֶׁל נַחְתּוֹמִין אָמְרוּ, אֶלָּא שֶׁל כׇּל אָדָם. אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: עוֹשִׂין סְרִיקִין כְּמִין רְקִיקִין, וְאֵין עוֹשִׂין סְרִיקִין כְּמִין גְּלוּסְקָאוֹת.
Nos maîtres ont enseigné : les gâteaux spongieux (soufganin), les gâteaux au miel (douvchanin), les gâteaux épicés (iskeritin), le pain frit à la poêle ('halat ha-masret) et le pain préparé à partir d'un mélange de grain permis et de térouma (ha-medouma) — leurs propriétaires sont tous exemptés de la 'halla. La Guemara clarifie ces termes obscurs. Qu'est-ce que le pain frit à la poêle ('halat ha-masret) ? Rabbi Yehochoua ben Lévi dit : c'est du pain ébouillanté ('halout) cuit par des particuliers (baalei batim) dans une poêle profonde.
תָּנוּ רַבָּנַן: הַסּוּפְגָּנִין וְהַדּוּבְשָׁנִין וְאִיסְקְרִיטִין וְחַלַּת הַמַּסְרֵת וְהַמְדוּמָּע — פְּטוּרִים מִן הַחַלָּה. מַאי חַלַּת הַמַּסְרֵת? אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: זֶה חָלוּט שֶׁל בַּעֲלֵי בָתִּים.
Rich Lakich dit : ces préparations sont un ragoût bouilli en marmite (ilpass), et non du pain. Puisque cet aliment est préparé dans une marmite et non dans un four, il a été bouilli plutôt que cuit, et son propriétaire est donc exempté de la 'halla. Et Rabbi Yo'hanan dit : même le propriétaire d'un pain préparé comme un ragoût bouilli en marmite est tenu à la 'halla ; mais les propriétaires de ces pains frits à la poêle et des autres préparations énumérées sont exemptés, car ces pains ont été cuits au soleil. Puisqu'ils n'ont pas été cuits sur un feu, ils ne sont pas classés comme pain au regard de la mitsva de la 'halla.
אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: הַלָּלוּ מַעֲשֵׂה אִילְפָּס הֵן. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: מַעֲשֵׂה אִילְפָּס חַיָּיבִין. וְהַלָּלוּ שֶׁעֲשָׂאָן בַּחַמָּה.