Guémara
Celui qui, par inadvertance, mange la chair d'une bête morte non abattue rituellement (névéla) le jour de Kippour est exempt d'apporter un sacrifice expiatoire ('hatat) pour cette consommation. L'interdit de manger le jour de Kippour ne vient pas se surajouter à la viande déjà interdite de la névéla ; aussi seul l'interdit de manger une bête morte non abattue est-il transgressé par cet acte.
הָאוֹכֵל נְבֵלָה בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים — פָּטוּר.
Ravina dit : même si tu affirmes que cette baraïta suit l'avis des Sages (Rabbanan), qui soutiennent qu'un interdit peut prendre effet là où un autre interdit existe déjà, on peut l'expliquer ainsi : on s'acquitte de son obligation de manger la matsa avec un aliment dont l'interdit tient uniquement au commandement « tu ne mangeras pas de 'hamets (pain levé) » — ce qui exclut ce grain-ci, lequel est interdit non seulement en vertu de l'interdit « tu ne mangeras pas de 'hamets », mais aussi en vertu de l'interdit « tu ne mangeras pas de tévèl (produit non dîmé) ».
רָבִינָא אָמַר, אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבָּנַן: מִי שֶׁאִיסּוּרוֹ מִשּׁוּם ״בַּל תֹּאכַל חָמֵץ״ בִּלְבַד. יָצָא זֶה שֶׁאֵין אִיסּוּרוֹ מִשּׁוּם ״בַּל תֹּאכַל חָמֵץ״ בִּלְבַד, אֶלָּא אַף מִשּׁוּם ״בַּל תֹּאכַל טֶבֶל״.
La Guemara soulève une difficulté contre cette explication : le mot « uniquement » est-il donc écrit dans la baraïta ? Ce mot, pourtant essentiel à l'explication de Ravina, n'y figure nullement. Plutôt, il est clair que cela doit s'expliquer selon l'explication de Rav Chéchet, qui soutient que la baraïta doit être attribuée à Rabbi Chimon.
מִידֵּי ״בִּלְבַד״ כְּתִיב? אֶלָּא מְחַוַּורְתָּא כִּדְרַב שֵׁשֶׁת.
Nos maîtres ont enseigné : on aurait pu penser qu'une personne peut s'acquitter de son obligation de manger la matsa à Pessa'h avec une matsa faite de seconde dîme (maasser chéni) à Jérusalem. C'est pourquoi le verset dit : « Tu ne mangeras pas avec lui de pain levé ; sept jours tu mangeras avec lui de la matsa, le pain de misère (le'hem oni) » (Devarim 16, 3), oni avec la lettre ayin, c'est-à-dire le pain du pauvre. Comme cette expression ressemble à « pain de deuil aigu » (le'hem oni), oni avec un aleph, on en déduit que cette mitsva doit s'accomplir avec une matsa que l'on pourrait manger durant la période de deuil aigu (aninout), le jour où l'un de ses proches est décédé. Cela exclut cette seconde dîme, qui ne peut être mangée durant le deuil aigu mais seulement dans un état de joie, comme le dit la Torah : « Je n'en ai pas mangé dans mon deuil aigu » (Devarim 26, 14). Telles sont les paroles de Rabbi Yossi le Galiléen.
תָּנוּ רַבָּנַן: יָכוֹל יוֹצֵא אָדָם יְדֵי חוֹבָתוֹ בְּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי בִּירוּשָׁלַיִם, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״לֶחֶם עוֹנִי״, מָה שֶׁנֶּאֱכָל בָּאֲנִינוּת. יָצָא זֶה שֶׁאֵינוֹ נֶאֱכָל בַּאֲנִינוּת, אֶלָּא בְּשִׂמְחָה — דִּבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי.
Rabbi Akiva dit : la répétition « matsot, matsot » sert à amplifier (riboui) et enseigne que toutes sortes de matsa peuvent être mangées à Pessa'h. La baraïta demande : s'il en est ainsi, que vient nous apprendre le verset lorsqu'il dit le'hem oni, le pain du pauvre ? La baraïta répond : cette expression exclut une pâte qui a été pétrie avec du vin, de l'huile ou du miel, laquelle n'est pas considérée comme un pain de pauvre et ne peut donc servir à cette mitsva.
רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: ״מַצּוֹת״ ״מַצּוֹת״ רִיבָּה. אִם כֵּן, מָה תַּלְמוּד לוֹמַר ״לֶחֶם עוֹנִי״? פְּרָט לְעִיסָּה שֶׁנִּילּוֹשָׁה בְּיַיִן וְשֶׁמֶן וּדְבַשׁ.
La Guemara demande : quelle est la raison de Rabbi Akiva ? La Guemara explique : est-il écrit dans le texte consonantique le'hem oni avec un vav ? Cela ferait allusion à la comparaison de la matsa avec la nourriture mangée par un onen (endeuillé en deuil aigu), car onen s'écrit aussi avec un vav. En réalité, il est écrit le'hem oni sans vav, ce qui signifie le pain du pauvre.
מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי עֲקִיבָא: מִי כְּתִיב ״לֶחֶם עוֹנִי״? ״עָנִי״ כְּתִיב.
Et Rabbi Yossi le Galiléen pourrait répondre : lisons-nous donc ce mot ani, comme il conviendrait pour une expression signifiant le pain du pauvre ? En fait, nous le lisons oni, ce qui signifie oppression, affliction ou deuil. Et Rabbi Akiva pourrait rétorquer : le fait que nous lisions ce mot oni est conforme à un enseignement de Chmouel. Car Chmouel a dit : l'expression le'hem oni désigne le pain sur lequel on récite (onin) de nombreuses paroles — allusion au Séder de Pessa'h, au cours duquel on récite la Haggada et l'on mange la matsa.
וְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי: מִי קָרֵינַן ״עָנִי״! ״עוֹנִי״ קָרֵינַן. וְרַבִּי עֲקִיבָא: הַאי דְּקָרֵינַן בֵּיהּ ״עוֹנִי״, כְּדִשְׁמוּאֵל. דְּאָמַר שְׁמוּאֵל: ״לֶחֶם עוֹנִי״ — לֶחֶם שֶׁעוֹנִין עָלָיו דְּבָרִים הַרְבֵּה.
La Guemara demande : et Rabbi Akiva soutient-il vraiment, au sujet d'une pâte pétrie avec du vin, de l'huile ou du miel, qu'elle ne peut servir de matsa ? Mais n'a-t-il pas été enseigné dans une baraïta : on ne pétrit pas de pâte à Pessa'h avec du vin, de l'huile ou du miel ? Et si l'on a pétri ainsi, Rabban Gamliel dit : la pâte doit être brûlée immédiatement, car elle lève plus vite que les autres sortes de pâte. Et les Sages disent que, bien qu'elle lève rapidement, on peut tout de même l'empêcher de lever, et que si l'on y parvient elle peut être mangée. Et Rabbi Akiva a dit : c'était mon Chabbat de servir devant Rabbi Eliézer et Rabbi Yehochoua durant Pessa'h, et j'ai pétri pour eux une pâte avec du vin, de l'huile et du miel, et ils ne m'ont fait aucune objection.
וְסָבַר רַבִּי עֲקִיבָא עִיסָּה שֶׁנִּילּוֹשָׁה בְּיַיִן וְשֶׁמֶן וּדְבַשׁ לָא? וְהָתַנְיָא: אֵין לָשִׁין עִיסָּה בַּפֶּסַח בְּיַיִן וְשֶׁמֶן וּדְבַשׁ. וְאִם לָשׁ, רַבָּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: תִּשָּׂרֵף מִיָּד, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: יֵאָכֵל. וְאָמַר רַבִּי עֲקִיבָא: שַׁבַּתִּי הָיְתָה אֵצֶל רַבִּי אֱלִיעֶזֶר וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ, וְלַשְׁתִּי לָהֶם עִיסָּה בְּיַיִן וְשֶׁמֶן וּדְבַשׁ, וְלֹא אָמְרוּ לִי דָּבָר.
La baraïta poursuit : et bien que l'on ne puisse pas pétrir la pâte avec ces ingrédients, on peut en enduire (mékatfin) la surface de la pâte. La Guemara fait remarquer : quant à cette dernière affirmation, nous revenons à l'avis du premier tana (tana kama), qui disait qu'on ne peut pas pétrir le pain avec du vin, de l'huile ou du miel. Et les Sages disent : pour une pâte dans laquelle on peut pétrir du vin, de l'huile ou du miel, on peut aussi en enduire la pâte ; tandis que pour une pâte dans laquelle on ne peut pas pétrir ces ingrédients, on ne peut pas non plus en enduire la pâte. Et tous s'accordent à dire qu'on ne pétrit pas la pâte avec de l'eau tiède (pochrin), car cela la ferait lever rapidement. En tout cas, il ressort d'ici que Rabbi Akiva lui-même a préparé de la matsa avec du vin, de l'huile et du miel.
וְאַף עַל פִּי שֶׁאֵין לָשִׁין, מְקַטְּפִין בּוֹ — אֲתָאן לְתַנָּא קַמָּא. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אֵת שֶׁלָּשִׁין בּוֹ — מְקַטְּפִין בּוֹ. וְאֶת שֶׁאֵין לָשִׁין בּוֹ — אֵין מְקַטְּפִין בּוֹ. וְשָׁוִין שֶׁאֵין לָשִׁין אֶת הָעִיסָּה בְּפוֹשְׁרִין!
La Guemara répond : cela n'est pas une difficulté ; car cet enseignement de Rabbi Akiva, qui soutient que l'on ne s'acquitte pas de son obligation avec une matsa préparée avec du vin, de l'huile et du miel, concerne le premier jour de la fête, durant lequel il y a un commandement spécifique de manger de la matsa. En revanche, cette seconde baraïta, où Rabbi Akiva déclare qu'il a lui-même préparé ce genre de pâte, se rapporte au second jour de Pessa'h, où aucune exigence particulière de manger de la matsa n'est en vigueur. Le second jour, il n'y a pas de mitsva de manger de la matsa ; il est seulement interdit de posséder ou de manger du 'hamets. Par conséquent, la matsa dite « riche » ou « enrichie » (matsa achira), préparée avec des jus de fruits, est permise.
לָא קַשְׁיָא: הָא — בְּיוֹם טוֹב רִאשׁוֹן. הָא — בְּיוֹם טוֹב שֵׁנִי.
La Guemara ajoute que cela est conforme à ce que Rabbi Yehochoua dit à ses fils : la première nuit de Pessa'h, ne me pétrissez pas de pâte avec du lait ; mais à partir de la première nuit et au-delà, pétrissez-moi de la pâte avec du lait. La Guemara soulève une difficulté : mais n'a-t-il pas été enseigné dans une baraïta : on ne pétrit pas de pâte avec du lait, et si l'on en a pétri ainsi, tout le pain est interdit, parce qu'on risque de s'accoutumer à la faute en le mangeant par inadvertance avec de la viande ? Plutôt, voici ce qu'il dit : la première nuit de Pessa'h ne me pétrissez pas de pâte avec du miel ; mais à partir de là et au-delà, pétrissez-moi de la pâte avec du miel.
כְּדַאֲמַר לְהוּ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ לִבְנֵיהּ: יוֹמָא קַמָּא לָא תְּלוּשׁוּ לִי בַּחֲלָבָא, מִכָּאן וְאֵילָךְ לוּשׁוּ לִי בַּחֲלָבָא. וְהָתַנְיָא: אֵין לָשִׁין אֶת הָעִיסָּה בְּחָלָב, וְאִם לָשׁ — כׇּל הַפַּת אֲסוּרָה, מִפְּנֵי הֶרְגֵּל עֲבֵירָה. אֶלָּא הָכִי קָאָמַר: יוֹמָא קַמָּא לָא תְּלוּשׁוּ לִי בְּדוּבְשָׁא, מִכָּאן וְאֵילָךְ — לוּשׁוּ לִי בְּדוּבְשָׁא.
Et si tu veux, dis plutôt : en réalité, Rabbi Yehochoua a bien dit « avec du lait », conformément à ce qu'a dit Ravina : si ce pain, pétri avec du lait, est préparé en forme d'œil de bœuf (ke'ein tora), il est permis. Autrement dit, si l'on façonne cette pâte d'une forme particulière, par exemple l'œil d'un bœuf, on peut la manger, car elle se distingue clairement du pain ordinaire ; il n'y a donc pas à craindre qu'on la mange avec de la viande. Ici aussi, la baraïta parle d'un cas où il leur a dit de préparer cette matsa en forme d'œil de bœuf.
וְאִיבָּעֵית אֵימָא: לְעוֹלָם בַּחֲלָבָא, כְּדַאֲמַר רָבִינָא: כְּעֵין תּוֹרָא — שְׁרֵי. הָכָא נָמֵי כְּעֵין תּוֹרָא.