Au contraire, ceci n'est qu'une exigence supplémentaire (maala), car selon la loi de la Torah l'eau [pour les cendres de la vache rousse] peut être puisée avec un récipient puis sanctifiée dans un autre récipient. Les Sages ont ajouté que cette eau doit être sanctifiée dans le récipient même où elle a été puisée à la source, et ils ont trouvé un appui (asmakhta) à leur opinion dans la Torah. Ici aussi, les Sages ont institué une exigence supplémentaire pour un objet consacré devenu impur, en décrétant qu'il ne peut être purifié par insertion dans le sol.
אֶלָּא מַעֲלָה. הָכִי נָמֵי — מַעֲלָה.
Rav Chimi bar Achi dit : nous aussi avons appris [un énoncé semblable] dans une baraïta : [lorsque la période d'impureté d'un zav ou d'un lépreux est achevée et qu'] il s'est immergé puis est remonté [du bain rituel pendant la journée], il peut manger du maasser [la dîme]. Une fois que le soleil s'est couché pour lui, il peut manger de la térouma. [Rav Chimi bar Achi déduit :] pour la térouma, oui [il peut en manger] ; mais pour les qodachim [les aliments consacrés], non. Pourquoi [cette différence] ? Il est pourtant pur ! Au contraire, [il faut dire que c'est] une exigence supplémentaire (maala) [instituée par les Sages, qui n'ont permis de manger les qodachim qu'après avoir offert le sacrifice expiatoire requis]. Ici aussi [pour les liquides consacrés], c'est une exigence supplémentaire.
אָמַר רַב שִׁימִי בַּר אָשֵׁי, אַף אֲנַן נָמֵי תְּנֵינָא: טָבַל וְעָלָה — אוֹכֵל בְּמַעֲשֵׂר. הֶעֱרִיב שִׁמְשׁוֹ — אוֹכֵל בִּתְרוּמָה. בִּתְרוּמָה אִין, בְּקָדָשִׁים לָא. אַמַּאי, טָהוֹר הוּא? אֶלָּא מַעֲלָה. הָכִי נָמֵי — מַעֲלָה.
Rav Achi dit : nous aussi avons appris [un autre cas où les Sages ont institué une exigence supplémentaire]. Le verset dit : « Et la chair (vehabassar) qui touche quoi que ce soit d'impur ne sera pas mangée, elle sera brûlée au feu ; et la chair, quiconque est pur pourra en manger » (Vayiqra 7, 19). [Le mot superflu] « et la chair » vient inclure le bois [du Temple] et l'encens (levona). [La Guemara demande :] le bois et l'encens sont-ils susceptibles de contracter l'impureté ?! [Ils ne sont ni aliment ni boisson.] Au contraire, [c'est] une exigence supplémentaire (maala) [instituée par les Sages en raison de leur sainteté] ; ici aussi [pour les liquides consacrés], c'est une exigence supplémentaire.
אָמַר רַב אָשֵׁי, אַף אֲנַן נָמֵי תְּנֵינָא: ״וְהַבָּשָׂר״, לְרַבּוֹת אֶת הָעֵצִים וּלְבוֹנָה. עֵצִים וּלְבוֹנָה בְּנֵי אִיטַּמּוֹיֵי נִינְהוּ?! אֶלָּא מַעֲלָה. הָכָא נָמֵי — מַעֲלָה.
Mishna 1
MICHNA. Voici les espèces [de céréales] avec lesquelles un homme s'acquitte de son obligation [de manger de la matsa] à Pessa'h [la première nuit] : avec le blé ('hittim), avec l'orge (seorim), avec l'épeautre (koussemin), avec le seigle (chifon) et avec l'avoine (chibbolet choual). Et l'on s'acquitte non seulement [avec de la matsa faite de produits correctement dîmés, mais] aussi avec du demaï [produit dont le dîmage est douteux], avec du maasser richon [première dîme] dont la térouma a été prélevée, et avec du maasser cheni [seconde dîme] et du heqdech [bien consacré] qui ont été rachetés. Et les Cohanim [s'acquittent] avec de la 'halla [la part de pâte donnée aux Cohanim] et avec de la térouma [car les Cohanim ont le droit de manger ces parts].
מַתְנִי׳ אֵלּוּ דְּבָרִים שֶׁאָדָם יוֹצֵא בָּהֶן יְדֵי חוֹבָתוֹ בַּפֶּסַח: בְּחִטִּים, בִּשְׂעוֹרִים, בְּכוּסְּמִין וּבְשִׁיפוֹן וּבְשִׁיבּוֹלֶת שׁוּעָל. וְיוֹצְאִין בִּדְמַאי וּבְמַעֲשֵׂר רִאשׁוֹן שֶׁנִּטְּלָה תְּרוּמָתוֹ, וּבְמַעֲשֵׂר שֵׁנִי וְהֶקְדֵּשׁ שֶׁנִּפְדּוּ. וְהַכֹּהֲנִים בַּחַלָּה וּבַתְּרוּמָה.(משנה)
Mais [on ne s'acquitte] pas avec du tével [produit non dîmé], ni avec du maasser richon dont la térouma n'a pas été prélevée, ni avec du maasser cheni et du heqdech qui n'ont pas été rachetés. [Concernant] les pains du sacrifice de remerciement (todah) et les galettes du nazir (reqiqé nazir) : s'il les a confectionnés pour lui-même, il ne s'acquitte pas avec eux ; s'il les a confectionnés pour les vendre au marché [à ceux qui en ont besoin], on s'acquitte avec eux.
אֲבָל לֹא בְּטֶבֶל, וְלֹא בְּמַעֲשֵׂר רִאשׁוֹן שֶׁלֹּא נִטְּלָה תְּרוּמָתוֹ, וְלֹא בְּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי וְהֶקְדֵּשׁ שֶׁלֹּא נִפְדּוּ. חַלּוֹת הַתּוֹדָה וּרְקִיקֵי נָזִיר, עֲשָׂאָן לְעַצְמוֹ — אֵין יוֹצֵא בָּהֶן. עֲשָׂאָן לִמְכּוֹר בַּשּׁוּק — יוֹצְאִין בָּהֶן.
Guémara
GUEMARA. Il a été enseigné [dans la Tossefta] : l'épeautre (koussemin) est une espèce de blé ; l'avoine (chibbolet choual) et le seigle (chifon) sont des espèces d'orge. [La Guemara traduit en araméen vernaculaire :] l'épeautre, c'est goulba ; le seigle, c'est dichra ; l'avoine, c'est chouvilé taala. [La Guemara déduit :] ces espèces, oui [on peut s'en servir pour la matsa] ; mais le riz (orez) et le millet (do'han), non.
גְּמָ׳ תָּנָא: כּוּסְּמִין — מִין חִיטִּין, שִׁיבּוֹלֶת שׁוּעָל וְשִׁיפוֹן — מִין שְׂעוֹרִין. כּוּסְּמִין — גּוּלְבָּא, שִׁיפוֹן — דִּישְׁרָא, שִׁיבּוֹלֶת שׁוּעָל — שֻׁבְילֵי תַעֲלָא. הָנֵי אִין, אוֹרֶז וְדוֹחַן — לָא.
D'où [savons-nous] ces choses [que la matsa ne peut être faite de riz ou de millet] ? Rabbi Chimon ben Laqich dit, et de même un Sage de l'école de Rabbi Yichmaël a enseigné, et de même un Sage de l'école de Rabbi Eliézer ben Yaaqov a enseigné, que le verset dit : « Tu ne mangeras pas avec lui de pain levé ('hamets) ; sept jours tu mangeras avec lui des matsot, le pain de misère » (Devarim 16, 3). [Cela enseigne que] seules les substances qui sont susceptibles d'arriver à la fermentation ('himmouts), un homme s'en acquitte pour la matsa [à condition de les empêcher de fermenter] ; sont exclues celles-ci [le riz, le millet et semblables] qui n'arrivent pas à la fermentation mais à la putréfaction (sira'hon).
מְנָהָנֵי מִילֵּי? אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ, וְכֵן תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל, וְכֵן תָּנָא דְּבֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב: אָמַר קְרָא ״לֹא תֹאכַל עָלָיו חָמֵץ שִׁבְעַת יָמִים תֹּאכַל עָלָיו מַצּוֹת״. דְּבָרִים הַבָּאִים לִידֵי חִימּוּץ — אָדָם יוֹצֵא בָּהֶן יְדֵי חוֹבָתוֹ בְּמַצָּה, יָצְאוּ אֵלּוּ שֶׁאֵין בָּאִין לִידֵי חִימּוּץ, אֶלָּא לִידֵי סִירְחוֹן.
[La Guemara note :] notre michna n'est pas conforme à l'opinion de Rabbi Yo'hanan ben Nouri, qui dit : le riz est une véritable espèce de céréale (min dagan), et l'on est passible de karèt pour [l'avoir mangé] dans son état levé [comme les autres céréales]. Comme il a été enseigné dans une baraïta : Rabbi Yo'hanan ben Nouri interdit [de manger] le riz et le millet [à Pessa'h] parce qu'ils sont proches de fermenter.
מַתְנִיתִין דְּלָא כְּרַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי, דְּאָמַר: אוֹרֶז מִין דָּגָן הוּא, וְחַיָּיבִין עַל חִימּוּצוֹ כָּרֵת. דְּתַנְיָא, רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי אוֹסֵר בְּאוֹרֶז וְדוֹחַן מִפְּנֵי שֶׁקָּרוֹב לְהַחְמִיץ.
Une question fut posée [aux érudits qui étudiaient ce sujet] : que signifie « proche de fermenter » ? [Cela veut-il dire] qu'il fermente plus vite [que le blé ou l'orge] ? Ou peut-être [cela veut-il dire] qu'il est [seulement] « proche de fermenter » [il ressemble à du levain], mais qu'il ne devient pas du 'hamets véritable [auquel cas on ne serait pas passible de karèt, et l'on devrait seulement s'en abstenir en raison de la ressemblance avec le 'hamets] ?
אִיבַּעְיָא לְהוּ ״שֶׁקָּרוֹב לְהַחְמִיץ״? דְּקָדֵים וּמַחְמִיץ, אוֹ דִילְמָא: ״קָרוֹב לְהַחְמִיץ״ — הָוֵי, חָמֵץ גָּמוּר — לָא הָוֵי.
Viens et entends [une résolution], car il a été enseigné dans une baraïta : Rabbi Yo'hanan ben Nouri dit : le riz est une véritable espèce de céréale (min dagan), [c'est pourquoi] l'on est passible de karèt pour [l'avoir mangé] dans son état levé, et un homme s'acquitte de son obligation avec lui à Pessa'h.
תָּא שְׁמַע, דְּתַנְיָא, אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי: אוֹרֶז מִין דָּגָן הוּא וְחַיָּיבִין עַל חִימּוּצוֹ כָּרֵת, וְאָדָם יוֹצֵא בּוֹ יְדֵי חוֹבָתוֹ בַּפֶּסַח.
Et de même Rabbi Yo'hanan ben Nouri disait : [celui qui a fait du pain avec du] qarmit [une sorte de blé sauvage] est tenu [d'en prélever] la 'halla [tout comme pour une pâte faite des autres céréales]. [La Guemara demande :] qu'est-ce que le qarmit ? Abayé dit : c'est [une plante appelée] chéitsnita. [Ce nom n'étant pas non plus bien connu, la Guemara demande :] qu'est-ce que la chéitsnita ? Rav Papa dit : c'est [la céréale sauvage] que l'on trouve parmi les roseaux à papyrus (kalanyata).
וְכֵן הָיָה רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי אוֹמֵר: קַרְמִית חַיֶּיבֶת בְּחַלָּה. מַאי קַרְמִית? אָמַר אַבָּיֵי: שֵׁיצְנִיתָא. מַאי שֵׁיצְנִיתָא? אָמַר רַב פָּפָּא: שֵׁיצְנִיתָא דְּמִשְׁתַּכְחָא בֵּינֵי כַּלָּנְיָתָא.
Rabba bar bar 'Hana dit au nom de Rich Laqich : une pâte qui a été pétrie avec du vin, de l'huile ou du miel — on n'est pas passible de karèt pour [l'avoir mangée] dans son état levé [car ces liquides ne font pas fermenter la pâte]. Rav Papa et Rav Houna fils de Rav Yehochoua étaient assis devant Rav Idi bar Avin, et Rav Idi bar Avin était assis et somnolait [pendant que ses élèves discutaient]. Rav Houna fils de Rav Yehochoua dit à Rav Papa : quelle est la raison de Rich Laqich [qui soutient qu'on n'est pas passible de karèt pour ce type de fermentation] ?
אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: עִיסָּה שֶׁנִּילּוֹשָׁה בְּיַיִן וְשֶׁמֶן וּדְבַשׁ — אֵין חַיָּיבִין עַל חִימּוּצָהּ כָּרֵת. יָתֵיב רַב פָּפָּא וְרַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ קַמֵּיהּ דְּרַב אִידִי בַּר אָבִין, וְיָתֵיב רַב אִידִי בַּר אָבִין וְקָא מְנַמְנֵם. אֲמַר לֵיהּ רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ לְרַב פָּפָּא: מַאי טַעְמָא דְּרֵישׁ לָקִישׁ?