Guémara
Les eaux de purification [mé 'hatat] sont annulées dans ses entrailles et ne rendent pas impure la chair de la vache. Or, si tu venais à penser que c'est de son enseignement concernant les liquides qui transmettent l'impureté aux ustensiles selon la loi de la Torah que Rabbi Yehouda s'est rétracté, mais qu'au sujet des aliments il maintient l'avis de Rabbi Yossi et de Rabbi Chimon selon lesquels les liquides transmettent l'impureté rituelle aux aliments selon la loi de la Torah — alors pourquoi dit-il que les eaux de purification sont annulées dans ses entrailles entièrement, au point de ne plus transmettre aucune impureté ?
בָּטְלוּ בְּמֵעֶיהָ. וְאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ מִכֵּלִים הוּא דַּהֲדַר בֵּיהּ, אֲבָל בָּאוֹכָלִין כְּרַבִּי יוֹסֵי וְרַבִּי שִׁמְעוֹן סְבִירָא לֵיהּ, אַמַּאי בָּטְלוּ בְּמֵעֶיהָ לִגְמָרֵי?
La Guemara développe : bien que ces eaux ne transmettent pas une forme grave d'impureté rituelle à une personne ou à un ustensile qui entrerait en contact avec elles, qu'elles transmettent du moins une forme légère d'impureté à l'aliment qui les touche ! [La réfutation : ] l'enseignement de Rabbi Yehouda au sujet des eaux de purification montre qu'il s'est rétracté entièrement de son avis antérieur, et qu'il tient qu'il n'existe aucune impureté des liquides selon la loi de la Torah. Puisque cette impureté relève de la loi rabbinique, les Sages n'ont pas étendu leur décret au cas peu fréquent des eaux de purification.
נְהִי דְּטוּמְאָה חֲמוּרָה לָא מְטַמְּאוּ, טוּמְאָה קַלָּה מִיהָא נִיטַמְּאוּ!
La Guemara repousse cette assertion : que signifierait, dans ce cas aussi, l'expression de Rabbi Yehouda « elles sont annulées dans ses entrailles » ? Cela voudrait dire qu'elles sont seulement annulées d'une forme grave d'impureté, mais que, selon Rabbi Yehouda, les eaux de purification transmettent une forme légère d'impureté. On en déduirait par implication que le premier tana [tana qama] tient que les eaux de purification transmettent aussi une forme grave d'impureté aux personnes et aux ustensiles. Or c'est là une conclusion problématique, car le premier tana enseigne : « sa chair est impure » [bessara tamé], ce qui indique clairement que seule sa chair est impure, tandis que les eaux de purification avalées par la vache ne transmettent l'impureté ni aux personnes ni aux ustensiles. Il en résulterait que, selon cette approche, il n'y aurait aucune différence entre l'avis de Rabbi Yehouda et celui du premier tana.
מַאי ״בָּטְלוּ בְּמֵעֶיהָ״ נָמֵי? בָּטְלוּ מִטּוּמְאָה חֲמוּרָה, אֲבָל טוּמְאָה קַלָּה מְטַמְּאוּ. מִכְּלָל דְּתַנָּא קַמָּא סָבַר: טוּמְאָה חֲמוּרָה נָמֵי מְטַמְּאוּ, הָא ״בְּשָׂרָהּ טָמֵא״ קָתָנֵי!
La Guemara répond : toute la michna est selon l'avis de Rabbi Yehouda, et la michna est incomplète [et nécessite d'être complétée] ; voici ce qu'elle enseigne en réalité : une vache qui a bu des eaux de purification — sa chair est impure. Dans quel cas cela est-il dit ? Cela est dit au sujet d'une forme légère d'impureté ; mais quant à une forme grave d'impureté, non, sa chair n'est pas impure, car Rabbi Yehouda dit : les eaux sont annulées dans ses entrailles et leur statut n'est plus celui d'eaux de purification. Leur impureté relève désormais de la loi rabbinique, comme tout autre liquide.
כּוּלֵּהּ רַבִּי יְהוּדָה הִיא, וְחַסּוֹרֵי מִיחַסְּרָא, וְהָכִי קָתָנֵי: פָּרָה שֶׁשָּׁתְתָה מֵי חַטָּאת — בְּשָׂרָהּ טָמֵא. בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים — טוּמְאָה קַלָּה, אֲבָל טוּמְאָה חֲמוּרָה — לֹא, שֶׁרַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בָּטְלוּ בְּמֵעֶיהָ.
Rav Achi dit : en réalité, on peut expliquer que les eaux sont annulées dans ses entrailles entièrement, à l'égard de tout type d'impureté — car cette question est sans rapport avec celle de savoir si l'impureté des liquides relève de la loi de la Torah ou de la loi rabbinique. Cette halakha tient plutôt au fait que les eaux de purification deviennent un liquide putride [machké sarou'a] une fois ingérées, et le principe est qu'un liquide répugnant ne peut ni être lui-même rendu impur ni transmettre l'impureté à d'autres objets.
רַב אָשֵׁי אָמַר: לְעוֹלָם בָּטְלוּ בְּמֵעֶיהָ לִגְמָרֵי, מִשּׁוּם דְּהָוֵה לֵיהּ מַשְׁקֶה סָרוּחַ.
Il fut enseigné dans la baraïta, au sujet de l'incertitude relative à l'impureté des liquides, que Rabbi Yossi et Rabbi Chimon disent : pour ce qui est des aliments entrés en contact avec un liquide impur, les aliments sont impurs ; mais pour ce qui est des ustensiles entrés en contact avec un liquide impur, les ustensiles sont purs. Rabba bar bar 'Hana dit au nom de Rich Lakich : Rabbi Yossi a énoncé cette halakha selon l'avis de Rabbi Akiva, son maître, qui interprétait le terme « yitma » — verbe intransitif à la conjugaison simple [qal] signifiant « il sera impur » — comme s'il était écrit « yetamé », verbe transitif à la conjugaison intensive [piel] signifiant « il rendra impur », c'est-à-dire qu'il transmet l'impureté à d'autres objets.
רַבִּי יוֹסֵי וְרַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמְרִים: לָאוֹכָלִין — טְמֵאִין, לְכֵלִים — טְהוֹרִים. אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: רַבִּי יוֹסֵי בְּשִׁיטַת רַבִּי עֲקִיבָא רַבּוֹ אֲמָרָהּ, דְּדָרֵישׁ ״יִטְמָא״ — יְטַמֵּא.
Comme nous l'avons appris dans une michna : ce jour-là [bo bayom], lorsqu'ils nommèrent Rabbi Elazar ben Azarya Nassi, Rabbi Akiva enseigna : « Et tout ustensile de terre dans lequel tombe quelque chose d'eux — tout ce qui s'y trouve sera impur [yitma], et vous le briserez » (Vayikra 11, 33). Le verset ne dit pas « il est impur » [tamé], mais « il sera impur » [yitma], ce qui indique qu'un objet se trouvant dans un ustensile de terre impur transmet l'impureté à d'autres objets. Ce verset enseigne, au sujet d'un pain ayant le statut d'impureté de second degré [chéni] — c'est-à-dire une impureté reçue par contact avec un ustensile rendu impur par un reptile [chérets] — que ce pain rend d'autres objets impurs d'une impureté de troisième degré [chelichi], même s'il s'agit d'objets non consacrés ['houline].
דִּתְנַן, בּוֹ בַּיּוֹם דָּרַשׁ רַבִּי עֲקִיבָא: ״וְכׇל כְּלִי חֶרֶשׂ אֲשֶׁר יִפֹּל מֵהֶם וְגוֹ׳״, אֵינוֹ אוֹמֵר ״טָמֵא״ אֶלָּא ״יִטְמָא״ — יְטַמֵּא אֲחֵרִים, לִימֵּד עַל כִּכָּר שֵׁנִי שֶׁעוֹשֶׂה שְׁלִישִׁי בְּחוּלִּין.
La Guemara s'enquiert : et ici, au sujet de l'impureté rituelle des liquides, comment Rabbi Yossi interprète-t-il les versets ? La Guemara cite le verset : « De tout aliment qui se mange, sur lequel de l'eau est venue, [il] sera impur ; et tout liquide qui se boit, dans tout ustensile, sera impur [yitma] » (Vayikra 11, 34). Rabbi Yossi interprète la fin du verset comme « rendra impur » [yetamé], ce qui indique que le liquide aussi transmet l'impureté aux aliments. La Guemara discute cette déduction : dis-tu que cette expression enseigne que le liquide transmet l'impureté rituelle aux aliments, ou bien le verset n'enseigne-t-il que ceci, à savoir qu'il transmet l'impureté à d'autres liquides, mais non aux aliments ? Tu as répondu : ce n'était pas ainsi [lo ka'h haya].
וְהָכָא הֵיכִי דָּרֵישׁ? ״וְכׇל מַשְׁקֶה אֲשֶׁר יִשָּׁתֶה בְּכׇל כְּלִי יִטְמָא״ — יְטַמֵּא, לְטַמֵּא טוּמְאַת אוֹכָלִין. אַתָּה אוֹמֵר לְטַמֵּא טוּמְאַת אוֹכָלִין, אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא לְטַמֵּא טוּמְאַת מַשְׁקִין? אָמַרְתָּ: לֹא כָּךְ הָיָה.
La Guemara s'étonne de cette expression inhabituelle. Que signifie la formule « ce n'était pas ainsi » ? Comment peut-on écarter si aisément cette difficulté ? Rav Papa dit : cela veut dire que nous n'avons trouvé aucun cas d'impureté rituelle qui rende impur un objet semblable à elle [kayotsé ba]. Dès lors, il faut bien que le verset enseigne que ce liquide transmet l'impureté à l'aliment.
מַאי ״לֹא כָּךְ הָיָה״? אָמַר רַב פָּפָּא: לָא מָצִינוּ טוּמְאָה שֶׁעוֹשָׂה כַּיּוֹצֵא בָּהּ.
Ravina dit : à partir du verset lui-même, tu ne peux pas non plus dire que le terme « il sera impur » [yitma] signifie que le liquide ne transmet l'impureté rituelle qu'aux liquides. Car s'il te venait à l'esprit de dire que le terme « il sera impur » dans la dernière partie du verset signifie qu'il ne transmet l'impureté rituelle qu'aux liquides, alors le terme « il sera impur » dans la première partie du verset, à propos de l'aliment, devrait lui aussi signifier qu'il ne transmet l'impureté rituelle qu'aux liquides. Et s'il en est ainsi, que le verset combine les deux cas et les écrive ensemble de la sorte : « De tout aliment qui se mange, sur lequel de l'eau est venue, et tout liquide qui se boit, dans tout ustensile, sera impur. »
רָבִינָא אָמַר: מִגּוּפֵיהּ דִּקְרָא נָמֵי לָא מָצֵית אָמְרַתְּ ״יִטְמָא״ — לְטַמֵּא טוּמְאַת מַשְׁקִין. דְּאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ ״יִטְמָא״ דְּסֵיפָא לְטַמֵּא טוּמְאַת מַשְׁקִין, ״יִטְמָא״ דְּרֵישָׁא, נָמֵי לְטַמֵּא טוּמְאַת מַשְׁקִין. נִיעָרְבִינְהוּ וְנִיכְתְּבִינְהוּ: ״מִכׇּל הָאֹכֶל אֲשֶׁר יֵאָכֵל אֲשֶׁר יָבוֹא עָלָיו מַיִם וְכׇל מַשְׁקֶה אֲשֶׁר יִשָּׁתֶה בְּכׇל כְּלִי יִטְמָא״.
Ravina achève sa preuve : pourquoi me faut-il le terme « il sera impur » [yitma] deux fois ? Il faut donc plutôt dire que le terme « il sera impur » dans la première partie du verset enseigne que l'aliment transmet l'impureté rituelle aux liquides, tandis que le terme « il sera impur » dans la dernière partie du verset enseigne que le liquide transmet l'impureté rituelle à l'aliment.
תְּרֵי ״יִטְמָא״ לְמָה לִי? אֶלָּא: ״יִטְמָא״ דְּרֵישָׁא לְטַמֵּא טוּמְאַת מַשְׁקִין, ״יִטְמָא״ דְּסֵיפָא לְטַמֵּא טוּמְאַת אוֹכָלִין.
La Guemara demande : dis donc que le terme enseigne que le liquide transmet l'impureté rituelle aux ustensiles ! La Guemara repousse cette assertion : mais n'est-ce pas un raisonnement a fortiori [kal va'homer] ? De même qu'un ustensile impur, qui transmet l'impureté au liquide entrant en contact avec lui, ne transmet pourtant pas l'impureté à un autre ustensile, de même les liquides qui parviennent à un état d'impureté du fait de leur contact avec un ustensile — n'est-il pas juste qu'ils ne transmettent pas l'impureté aux ustensiles ?
וְאֵימָא לְטַמֵּא אֶת הַכֵּלִים! וְלָאו קַל וָחוֹמֶר הוּא, וּמָה כְּלִי שֶׁמְּטַמֵּא מַשְׁקֶה — אֵין מְטַמֵּא כְּלִי, מַשְׁקִין הַבָּאִין מֵחֲמַת כְּלִי — אֵינוֹ דִּין שֶׁלֹּא יְטַמְּאוּ אֶת הַכֵּלִים?