Guémara
La michna dit que nous dirons devant Lui : « Hallelouya. » La Guemara examine le sens de ce terme. Rav Hisda a dit au nom de Rabbi Yohanan : Le mot « Hallelouya » et le mot « Kesya » (Chemot 17, 16) et le nom « Yedidya » (II Chemouel 12, 25) sont chacun considérés comme un seul et même mot — et non comme la combinaison de deux mots distincts. Rav a dit : [Seuls] « Kesya » et « Merh'avya » (Psaumes 118, 5) sont des mots uniques. Rabba a dit : Seul « Merh'avya » est un mot unique ; les autres sont deux mots séparés.
אָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: ״הַלְלוּיָהּ״ וְ״כֵסְיָהּ״ וִ״ידִידְיָה״ — אַחַת הֵן. רַב אָמַר: ״כֵּסְיָהּ״ וּ״מֶרְחַבְיָהּ״ — אַחַת הֵן. רַבָּה אָמַר: ״מֶרְחַבְיָהּ״ בִּלְבַד.
Une question fut posée aux Sages : Selon l'opinion de Rav Hisda, quel est le statut du mot « Merh'avya » — est-il un seul mot ou deux ? Cette question fut posée parce que Rav Hisda lui-même n'avait pas mentionné ce terme dans son énoncé. Aucune réponse ne fut trouvée à ce dilemme, et la Guemara déclare donc : Que la question reste en suspens [teikou].
אִיבַּעְיָא לְהוּ: ״מֶרְחָב יָהּ״ לְרַב חִסְדָּא, מַאי? תֵּיקוּ.
Une autre question fut posée aux Sages : Selon l'opinion de Rav, quel est le statut du nom « Yedidya » — est-il un ou deux mots ? La Guemara répond : Viens et entends, car Rav a dit explicitement : « Yedidya » se divise en deux noms distincts. Dès lors, 'yedid' [bien-aimé] est un mot profane [hol], tandis que 'Ya' est un Nom sacré [kodech], qui doit être traité avec le respect dû aux autres Noms sacrés de Dieu.
אִיבַּעְיָא לְהוּ: ״יְדִידְיָהּ״ לְרַב, מַאי? תָּא שְׁמַע, דְּאָמַר רַב: ״יְדִידְיָהּ״ נֶחְלָק לִשְׁנַיִם, לְפִיכָךְ: יְדִיד חוֹל, יָהּ קוֹדֶשׁ.
Une question fut posée aux Sages : Selon l'opinion de Rav, quel est le statut du mot « Hallelouya » — est-il un ou deux mots ? La Guemara répond : Viens et entends, car Rav a dit : J'ai vu un livre de Psaumes dans la maison d'études de mon oncle, Rabbi H'iyya, dans lequel le mot « Hallelu » était écrit d'un côté [à la fin d'une ligne] et « Ya » de l'autre côté [au début de la ligne suivante]. Cela montre que le mot « Hallelouya » peut effectivement être divisé en deux.
אִיבַּעְיָא לְהוּ: ״הַלְלוּיָהּ״ לְרַב, מַאי? תָּא שְׁמַע, דְּאָמַר רַב: חֲזֵינָא תִּילֵּי דְּבֵי חַבִּיבָא דִּכְתִיב בְּהוּ ״הַלְלוּ״ בְּחַד גִּיסָא, וְ״יָהּ״ בְּחַד גִּיסָא.
La Guemara fait remarquer : Cette opinion [de Rav] est en désaccord avec celle de Rabbi Yéhochoua ben Lévi, car Rabbi Yéhochoua ben Lévi a dit : Que signifie le mot « Hallelouya » ? Il signifie : « Louez-Le [Hallelouhou] avec de nombreuses louanges [hilloulim]. » Selon cette opinion, le 'ya' à la fin du mot est un superlatif [indiquant l'intensité de la louange] et non un Nom divin.
וּפְלִיגָא דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי, דְּאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: מַאי ״הַלְלוּיָהּ״? הַלְּלוּהוּ בְּהִלּוּלִים הַרְבֵּה.
La Guemara ajoute : [Mais] cette affirmation [de Rabbi Yéhochoua ben Lévi] est en contradiction avec une autre décision qu'il a lui-même énoncée, car Rabbi Yéhochoua ben Lévi a dit : Le livre des Psaumes a été dit au moyen de dix expressions de louange : par 'nitsouah' [direction musicale], 'nigoun' [mélodie], 'maskil' [méditation], 'mizmor' [psaume], 'chir' [chant], 'achreï' [heureux], 'tehilla' [louange], 'tefilla' [prière], 'hodaah' [action de grâces], et 'Hallelouya'. La plus grande de toutes est « Hallelouya », car elle inclut le Nom [de Dieu] et la louange en même temps [ce qui implique que 'Ya' est bien un Nom divin, contredisant ainsi sa définition précédente].
ופְלִיגָא דִּידֵיהּ אַדִּידֵיהּ, דְּאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: בַּעֲשָׂרָה מַאֲמָרוֹת שֶׁל שֶׁבַח נֶאֱמַר סֵפֶר תְּהִלִּים: בְּ״נִיצּוּחַ״, בְּ״נִגּוּן״, בְּ״מַשְׂכִּיל״, בְּ״מִזְמוֹר״, בְּ״שִׁיר״, בְּ״אַשְׁרֵי״, בִּ״תְהִלָּה״, בִּ״תְפִלָּה״, בְּ״הוֹדָאָה״, בְּ״הַלְלוּיָהּ״. גָּדוֹל מִכּוּלָּן ״הַלְלוּיָהּ״, שֶׁכּוֹלֵל שֵׁם וָשֶׁבַח בְּבַת אַחַת.
Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel : Le cantique [de la mer] dans la Torah [Chemot 15, 1–19], c'est Moïse et Israël qui l'ont récité au moment où ils montèrent de la mer. La Guemara demande : Et ce Hallel dont il est question dans la michna [Psaumes 113–118], qui le récita [pour la première fois] ? La Guemara répond : Les Prophètes [qui se trouvaient] parmi eux ont institué pour Israël qu'ils le réciteraient à chaque occasion appropriée [kol pérek oufèrek] ; et pour chaque malheur — qu'il n'arrive pas ! — ils récitent les supplications incluses dans le Hallel. Et quand ils sont délivrés, ils le récitent en l'honneur de leur délivrance.
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: שִׁיר שֶׁבַּתּוֹרָה, מֹשֶׁה וְיִשְׂרָאֵל אֲמָרוּהוּ בְּשָׁעָה שֶׁעָלוּ מִן הַיָּם. וְהַלֵּל זֶה מִי אֲמָרוֹ? נְבִיאִים שֶׁבֵּינֵיהֶן תִּקְּנוּ לָהֶן לְיִשְׂרָאֵל שֶׁיְּהוּ אוֹמְרִין אוֹתוֹ עַל כׇּל פֶּרֶק וּפֶרֶק, וְעַל כׇּל צָרָה וְצָרָה שֶׁלֹּא תָּבֹא עֲלֵיהֶן. וְלִכְשֶׁנִּגְאָלִין, אוֹמְרִים אוֹתוֹ עַל גְּאוּלָּתָן.
Il a été enseigné dans une baraïta que Rabbi Meir avait coutume de dire : Toutes les louanges énoncées dans le livre des Psaumes, c'est David qui les a toutes récitées, comme il est dit : « Les prières de David fils de Yichaï sont achevées [kalou] » (Psaumes 72, 20). Ne lis pas 'kalou' [achevées] mais 'kol elou' [toutes celles-ci] — ce qui indique que l'ensemble du livre des Psaumes est composé des prières du roi David.
תַּנְיָא, הָיָה רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: כׇּל תּוּשְׁבָּחוֹת הָאֲמוּרוֹת בְּסֵפֶר תְּהִלִּים כֻּלָּן דָּוִד אֲמָרָן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כׇּלּוּ תְפִלּוֹת דָּוִד בֶּן יִשָׁי״ — אַל תִּיקְרֵי ״כׇּלּוּ״, אֶלָּא ״כׇּל אֵלּוּ״.
[La Guemara précise :] Selon ceux qui contestent la thèse de Rabbi Meir — que l'ensemble du livre des Psaumes fut composé par le roi David — qui donc a récité ce Hallel [pour la première fois] ? Rabbi Yossi dit : Mon fils Elazar dit que Moïse et le peuple d'Israël l'ont récité au moment où ils montèrent de la mer. Et ses collègues le contestent, affirmant que c'est David qui l'a récité. Et les paroles de mon fils Elazar semblent plus exactes que les leurs. Car est-il concevable que le peuple d'Israël ait immolé ses [offrandes de] pessah et pris ses loulavim [pendant toutes ces générations, depuis la sortie d'Égypte jusqu'à David] sans avoir récité un cantique ?!
הַלֵּל זֶה מִי אֲמָרוֹ? רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר, אֶלְעָזָר בְּנִי אוֹמֵר: מֹשֶׁה וְיִשְׂרָאֵל אֲמָרוּהוּ בְּשָׁעָה שֶׁעָלוּ מִן הַיָּם. וַחֲלוּקִין עָלָיו חֲבֵירָיו לוֹמַר שֶׁדָּוִד אֲמָרוֹ. וְנִרְאִין דְּבָרָיו מִדִּבְרֵיהֶן. אֶפְשָׁר יִשְׂרָאֵל שָׁחֲטוּ אֶת פִּסְחֵיהֶן וְנָטְלוּ לוּלְבֵיהֶן וְלֹא אָמְרוּ שִׁירָה?!
Autre argument [en faveur de l'antiquité du Hallel] : Est-il concevable que l'idole de Mikha se soit tenue là [en 'riant' — euphémisme pour 'pleurant', pour ne pas déshonorer Israël — c'est-à-dire que cette idole existait encore à l'époque de David], et que le peuple d'Israël récite alors le Hallel [qui dit : « Ceux qui les fabriquent leur ressembleront » (Psaumes 115, 8), alors qu'eux-mêmes adoraient des idoles] ? Cela est impossible. C'est donc la preuve que le Hallel est bien plus ancien [que l'époque de David] et remonte au cantique de la mer.
דָּבָר אַחֵר: פִּסְלוֹ שֶׁל מִיכָה עוֹמֵד בִּבְכִי, וְיִשְׂרָאֵל אוֹמְרִים אֶת הַהַלֵּל?
Les Sages ont enseigné dans une baraïta : Concernant tous les cantiques et louanges que David a récités dans le livre des Psaumes — Rabbi Eliézer dit : Il les a récités à titre personnel [sur lui-même]. Ils étaient les louanges d'un individu qui furent par la suite transmises à la communauté. Rabbi Yéhochoua dit : Il les a récités à l'origine à titre communautaire [pour le peuple]. Et les Sages disent : Parmi ces psaumes, certains concernent la communauté et certains le concernent personnellement. Les Sages précisent : Les psaumes formulés au singulier le concernent personnellement, et ceux formulés au pluriel concernent la communauté.
תָּנוּ רַבָּנַן: כׇּל שִׁירוֹת וְתוּשְׁבָּחוֹת שֶׁאָמַר דָּוִד בְּסֵפֶר תְּהִלִּים, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: כְּנֶגֶד עַצְמוֹ אֲמָרָן. רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: כְּנֶגֶד צִיבּוּר אֲמָרָן. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: יֵשׁ מֵהֶן כְּנֶגֶד צִיבּוּר וְיֵשׁ מֵהֶן כְּנֶגֶד עַצְמוֹ. הָאֲמוּרוֹת בִּלְשׁוֹן יָחִיד — כְּנֶגֶד עַצְמוֹ, הָאֲמוּרוֹת בִּלְשׁוֹן רַבִּים — כְּנֶגֶד צִיבּוּר.
[La Guemara continue d'étudier le livre des Psaumes.] Si un psaume commence par les termes 'nitsouah' [direction] ou 'nigoun' [mélodie], cela indique que sa louange se réalisera dans le futur [à l'époque messianique]. Les psaumes qui commencent par le mot 'maskil' ont été transmis par l'intermédiaire d'un interprète [metourgueman], un porte-parole lors d'un discours public — le maître parlait doucement, suivi d'une répétition à voix haute pour que tous puissent entendre. Si un psaume s'ouvre par « De David, un psaume [leDavid mizmor] », cela enseigne que la Présence divine [Chekhina] s'est d'abord reposée sur lui, et qu'ensuite il a récité le cantique. Mais si un psaume s'ouvre par « Un psaume de David [mizmor leDavid] », cela enseigne qu'il a d'abord récité le cantique, et qu'ensuite la Présence divine s'est reposée sur lui.
״נִיצּוּחַ״ וְ״נִיגּוּן״ — לֶעָתִיד לָבֹא. ״מַשְׂכִּיל״ — עַל יְדֵי תּוּרְגְּמָן. ״לְדָוִד מִזְמוֹר״ — מְלַמֵּד שֶׁשָּׁרְתָה עָלָיו שְׁכִינָה וְאַחַר כָּךְ אָמַר שִׁירָה. ״מִזְמוֹר לְדָוִד״ — מְלַמֵּד שֶׁאָמַר שִׁירָה וְאַחַר כָּךְ שָׁרְתָה עָלָיו שְׁכִינָה.