Guémara
Celui qui se fait saigner [par saignée médicale, mesoukar] et ne se lave pas les mains ensuite sera sous l'emprise de la peur pendant sept jours. Celui qui se fait couper les cheveux et ne se lave pas les mains sera sous l'emprise de la peur pendant trois jours. Celui qui se coupe les ongles et ne se lave pas les mains sera sous l'emprise de la peur pendant un jour, et il ne saura pas ce qui lui fait peur. Poser la main sur ses narines [aussiya] est un moyen de provoquer la peur. Poser la main sur son front est un moyen de s'endormir.
דִּמְסוֹכַר וְלָא מָשֵׁי יְדֵיהּ — מְפַחֵיד שִׁבְעָה יוֹמֵי. דְּשָׁקֵיל מַזְיֵיהּ וְלָא מָשֵׁי יְדֵיהּ — מְפַחֵיד תְּלָתָא יוֹמֵי. דְּשָׁקֵיל טוּפְרֵיהּ וְלָא מָשֵׁי יְדֵיהּ — מְפַחֵיד חַד יוֹמָא, וְלָא יָדַע מַאי קָא מְפַחֵיד. יְדָא אַאוּסְיָא — דַּרְגָּא לְפַחְדָּא. יְדָא אַפּוּתָא — דַּרְגָּא לְשִׁינְתָּא.
Un Sage enseigna [dans une baraïta] : Les aliments et les boissons qui se trouvent sous un lit [mizta], même s'ils sont couverts par des récipients en fer, un mauvais esprit [rouahh ra'a] se pose sur eux. Les Sages ont enseigné [dans une autre baraïta] : Une personne ne doit pas boire d'eau ni les nuits du mercredi ni les nuits de Chabbat [c'est-à-dire les nuits du vendredi]. Et si elle en boit, son sang est sur sa propre tête, en raison du danger. La Guemara demande : Quel est ce danger ? La Guemara répond : Le danger de l'esprit maléfique qui domine ces jours-là.
תָּנָא: אוֹכָלִין וּמַשְׁקִין תַּחַת הַמִּטָּה, אֲפִילּוּ מְחוּפִּין בִּכְלִי בַּרְזֶל — רוּחַ רָעָה שׁוֹרָה עֲלֵיהֶן. תָּנוּ רַבָּנַן: לֹא יִשְׁתֶּה אָדָם מַיִם לֹא בְּלֵילֵי רְבִיעִיּוֹת וְלֹא בְּלֵילֵי שַׁבָּתוֹת, וְאִם שָׁתָה — דָּמוֹ בְּרֹאשׁוֹ מִפְּנֵי סַכָּנָה. מַאי סַכָּנָה? רוּחַ רָעָה.
La Guemara demande : Et s'il a soif, quel est son remède ? La Guemara répond : Il doit dire les sept « voix » [kolot] que David a prononcées sur les eaux, puis il peut boire. Car il est dit [dans le psaume] : « La voix de l'Éternel est sur les eaux ; le Dieu de gloire tonne, l'Éternel est sur les grandes eaux. La voix de l'Éternel est puissante ; la voix de l'Éternel est pleine de majesté. La voix de l'Éternel brise les cèdres ; l'Éternel brise en éclats les cèdres du Liban. Il les fait bondir comme un veau ; le Liban et le Siryon [l'Hermon] comme un jeune bison sauvage. La voix de l'Éternel taille des flammes de feu. La voix de l'Éternel ébranle le désert ; l'Éternel ébranle le désert de Kadech. La voix de l'Éternel fait mettre bas les biches et dénude les forêts ; et dans Son Sanctuaire tout dit : Gloire ! » (Tehilim 29, 3-9).
וְאִם צָחֵי מַאי תַּקַּנְתֵּיהּ? (נֵימָא) שִׁבְעָה קוֹלוֹת שֶׁאָמַר דָּוִד עַל הַמַּיִם, וַהֲדַר נִישְׁתֵּי, שֶׁנֶּאֱמַר: ״קוֹל ה׳ עַל הַמָּיִם אֵל הַכָּבוֹד הִרְעִים ה׳ עַל מַיִם רַבִּים קוֹל ה׳ בַּכֹּחַ קוֹל ה׳ בֶּהָדָר קוֹל ה׳ שׁוֹבֵר אֲרָזִים וַיְשַׁבֵּר ה׳ אֶת אַרְזֵי הַלְּבָנוֹן קוֹל ה׳ חוֹצֵב לַהֲבוֹת אֵשׁ קוֹל ה׳ יָחִיל מִדְבָּר יָחִיל ה׳ מִדְבַּר קָדֵשׁ קוֹל ה׳ יְחוֹלֵל אַיָּלוֹת וַיֶּחֱשׂוֹף יְעָרוֹת וּבְהֵיכָלוֹ כּוּלּוֹ אוֹמֵר כָּבוֹד״.
Et s'il ne se souvient pas de ce verset, il doit dire ainsi : « Loul, Chafan, Anigron, Anirdafin » [qui sont des noms de démons] : je suis assis entre les étoiles, je marche entre [des gens] maigres et gras — prenez qui vous voulez parmi eux, mais laissez-moi tranquille. Et s'il ne se souvient pas de cette incantation, s'il y a une autre personne avec lui, il doit la réveiller et lui dire : « Untel fils d'une telle [ploni bar plonit], j'ai soif d'eau » — puis il peut boire. Et s'il n'y a pas d'autre personne avec lui, il doit cogner sur le couvercle [nichtema] du pot [hhatseva] et puis boire. Et s'il ne peut pas faire cela, il doit jeter quelque chose dedans, puis boire.
וְאִי לָא, (נֵימָא) הָכִי: ״לוּל שָׁפָן אֲנִיגְרוֹן אֲנִירָדְפִין בֵּין כּוֹכְבֵי יָתֵיבְנָא, בֵּין בְּלִיעִי שַׁמִּינֵי אָזֵילְנָא״. וְאִי לָא, אִי אִיכָּא אִינִישׁ בַּהֲדֵיהּ — נַיתְעֲרֵיהּ וְלֵימָא לֵיהּ: ״פְּלָנְיָא בַּר פְּלָנִתָא צָחֵינָא מַיָּא״, וַהֲדַר נִישְׁתֵּי. וְאִי לָא — מְקַרְקֵשׁ נִכְתְּמָא אַחַצְבָּא וַהֲדַר נִישְׁתֵּי. וְאִי לָא — נִישְׁדֵּי בַּהּ מִידֵּי, וַהֲדַר נִישְׁתֵּי.
Les Sages ont enseigné [dans une baraïta] : Une personne ne doit pas boire d'eau provenant des fleuves ni des étangs la nuit. Et si elle en a bu, son sang est sur sa propre tête en raison du danger. La Guemara demande : Quel est ce danger ? Le danger de la cécité [chabrirei, le démon de la cécité]. La Guemara demande : Et s'il a soif, quel est son remède ? S'il y a une autre personne avec lui, il doit lui dire : « Untel fils d'une telle, j'ai soif d'eau. » Et s'il n'y a personne d'autre avec lui, il doit se dire à lui-même : « Untel, ma mère m'a dit de me méfier de chabrirei. » Il doit ensuite réciter l'incantation suivante, dans laquelle le nom du démon se contracte progressivement : « Chabrirei, berirei, rirei, yirei, rei — j'ai soif d'eau dans des coupes blanches en argile. »
תָּנוּ רַבָּנַן: לֹא יִשְׁתֶּה אָדָם מַיִם לֹא מִן הַנְּהָרוֹת וְלֹא מִן הָאֲגַמִּים בַּלַּיְלָה, וְאִם שָׁתָה — דָּמוֹ בְּרֹאשׁוֹ, מִפְּנֵי הַסַּכָּנָה. מַאי סַכָּנָה? סַכָּנַת שַׁבְרִירֵי. וְאִי צַחֵי מַאי תַּקַּנְתֵּיהּ? אִי אִיכָּא אִינִישׁ בַּהֲדֵיהּ — לֵימָא לֵיהּ: ״פְּלָנְיָא בַּר פְּלָנִתָא, צָחֵינָא מַיָּא״. וְאִי לָא, (נֵימָא) אִיהוּ לְנַפְשֵׁיהּ: ״פְּלָנְיָא, אֲמַרָה לִי אִימִּי אִיזְדְּהַר מִשַּׁבְרִירֵי שַׁבְרִירֵי בְּרִירֵי רִירֵי יְרֵי רֵי — צָחֵינָא מַיָּא בְּכָסֵי חִיוָּרֵי״.
[La Guemara revient à l'énoncé de la michna qui dit que lors de la Pessa'h on doit boire quatre coupes de vin :] « Et même [s'il est pauvre et reçoit sa subsistance] de la soupière [tamihhoi, le plat communautaire], etc. » La Guemara s'interroge : C'est évident !
וַאֲפִילּוּ מִן הַתַּמְחוּי וְכוּ׳. פְּשִׁיטָא!
La Guemara répond : L'enseignement de la michna était nécessaire uniquement pour nous apprendre que cela s'applique même selon l'opinion de Rabbi Akiva, qui dit : « Rends ton Chabbat [dans sa préparation] comme un jour ordinaire de semaine [plutôt] que de dépendre d'autrui. » [Si l'on ne peut pas honorer le Chabbat sans aide financière des autres, il vaut mieux économiser et manger son Chabbat comme un jour de semaine.] Ici toutefois, dans le cas des quatre coupes, Rabbi Akiva admet qu'il convient qu'un pauvre sollicite l'aide de la communauté, en raison de l'obligation de proclamer le miracle [pirsoumei nissa].
לֹא נִצְרְכָא אֶלָּא אֲפִילּוּ לְרַבִּי עֲקִיבָא, דְּאָמַר: עֲשֵׂה שַׁבַּתְּךָ חוֹל וְאַל תִּצְטָרֵךְ לַבְּרִיּוֹת — הָכָא מִשּׁוּם פַּרְסוֹמֵי נִיסָּא (מוֹדֵי).
À ce sujet, l'école d'Eliyahou enseigna : Bien que Rabbi Akiva ait dit « Rends ton Chabbat comme un jour ordinaire de semaine et ne dépends pas d'autrui », il doit néanmoins accomplir un petit changement dans sa maison pour distinguer le Chabbat d'un jour de semaine. La Guemara demande : En quoi consiste ce changement ? Rav Papa dit : Par exemple, on doit servir de petits poissons frits. [Et sur le thème de l'effort dans l'accomplissement des mitsvot,] la michna enseigne : Rabbi Yehouda ben Teïma dit : « Sois audacieux comme un léopard, léger comme un aigle, rapide comme un cerf, et fort comme un lion pour accomplir la volonté de ton Père qui est aux cieux. »
תָּנָא דְּבֵי אֵלִיָּהוּ, אַף עַל פִּי שֶׁאָמַר רַבִּי עֲקִיבָא: עֲשֵׂה שַׁבַּתְּךָ חוֹל וְאַל תִּצְטָרֵךְ לַבְּרִיּוֹת, אֲבָל עוֹשֶׂה הוּא דָּבָר מוּעָט בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ. מַאי נִינְהוּ? אָמַר רַב פָּפָּא: כָּסָא דְהַרְסָנָא. כְּדִתְנַן, רַבִּי יְהוּדָה בֶּן תֵּימָא אוֹמֵר: הֱוֵי עַז כַּנָּמֵר וְקַל כַּנֶּשֶׁר, רָץ כַּצְּבִי וְגִבּוֹר כָּאֲרִי לַעֲשׂוֹת רְצוֹן אָבִיךָ שֶׁבַּשָּׁמַיִם.
Les Sages ont enseigné [dans une baraïta] : Rabbi Akiva commanda à Rabbi Yehohoua son fils sept choses. Il lui dit : « Mon fils, ne t'assoies pas au sommet [le point le plus élevé et le plus passant] de la ville pour y étudier [car les passants t'interrompront]. Et ne demeure pas dans une ville dont les dirigeants sont des érudits de la Torah [car ils sont trop occupés par l'étude pour bien gouverner]. »
תָּנוּ רַבָּנַן, שִׁבְעָה דְּבָרִים צִוָּה רַבִּי עֲקִיבָא אֶת רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בְּנוֹ: בְּנִי, אַל תֵּשֵׁב בְּגוֹבְהָהּ שֶׁל עִיר וְתִשְׁנֶה, וְאַל תָּדוּר בְּעִיר שֶׁרָאשֶׁיהָ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים.
Rabbi Akiva continua : « Et n'entre pas dans ta propre maison à l'improviste, sans frapper — et a fortiori dans la maison d'autrui, car il ne serait peut-être pas prêt à te recevoir. Et ne prive pas tes pieds de chaussures [car c'est honteux d'aller pieds nus]. Lève-toi tôt et mange — en été à cause de la chaleur [il vaut mieux manger avant qu'il ne fasse trop chaud], et en hiver à cause de la force [dont tu auras besoin pour supporter le froid]. Et rends ton Chabbat comme un jour ordinaire de semaine, et ne dépends pas d'autrui. Et efforce-toi de te lier avec une personne dont l'heure lui sourit [c'est-à-dire une personne qui réussit]. »
וְאַל תִּכָּנֵס לְבֵיתְךָ פִּתְאוֹם, כׇּל שֶׁכֵּן לְבֵית חֲבֵירְךָ. וְאַל תִּמְנַע מִנְעָלִים מֵרַגְלֶיךָ. הַשְׁכֵּם וֶאֱכוֹל, בַּקַּיִץ מִפְּנֵי הַחַמָּה, וּבַחוֹרֶף מִפְּנֵי הַצִּינָּה. וַעֲשֵׂה שַׁבַּתְּךָ חוֹל וְאַל תִּצְטָרֵךְ לַבְּרִיּוֹת. וֶהֱוֵי מִשְׁתַּדֵּל עִם אָדָם שֶׁהַשָּׁעָה מְשַׂחֶקֶת לוֹ.
Rav Papa dit [en commentant ce dernier conseil] : [On ne doit pas] lui acheter [des biens] ni lui vendre [des biens] — car en raison de sa bonne fortune, c'est lui qui tirera profit de toute transaction commerciale et c'est toi qui en pâtiras. Il convient plutôt de former un partenariat avec lui. Et maintenant que nous avons appris que Rav Chemouel bar Yitshak dit : Que signifie ce qui est écrit « Tu as béni l'œuvre de ses mains » (Iyov 1, 10) ? Cela signifie que quiconque recevait une peirouta [petite pièce] d'Iyov était béni — même si c'était dans le cadre d'une transaction commerciale, c'est bien, car on partage ainsi la chance de celui qui est béni.
אָמַר רַב פָּפָּא: לָא לְמִיזְבַּן מִינֵּיהּ וְלָא לְזַבּוֹנֵי לֵיהּ, אֶלָּא לְמֶעְבַּד שׁוּתָּפוּת בַּהֲדֵיהּ. וְהַשְׁתָּא דְּאָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר יִצְחָק: מַאי דִּכְתִיב ״מַעֲשֵׂה יָדָיו בֵּרַכְתָּ״ — כׇּל הַנּוֹטֵל פְּרוּטָה מֵאִיּוֹב מִתְבָּרֵךְ, אֲפִילּוּ לְמִיזְבַּן מִינֵּיהּ וּלְזַבּוֹנֵי לֵיהּ שַׁפִּיר דָּמֵי.
La Guemara cite des enseignements similaires. Rabbi Akiva commanda à Rabbi Chimon ben Yohhaï cinq choses alors que Rabbi Akiva était emprisonné [par les Romains]. [Avant cela,] Rabbi Chimon lui dit : « Rabbi, enseigne-moi la Torah. » Rabbi Akiva lui dit : « Je ne t'enseignerai pas [car c'est dangereux de le faire en ce moment]. » Rabbi Chimon lui dit en plaisantant : « Si tu refuses de m'enseigner, je dirai à Yohhaï mon père [de te dénoncer], et il te livrera au gouvernement. » [Ce à quoi Rabbi Akiva répond :] « Mon fils, sache que plus que le veau désire téter, la vache désire allaiter — mais j'ai peur du danger. » Rabbi Chimon lui dit : « Et qui est en danger ? N'est-ce pas le veau qui est en danger [c'est toi qui es en prison, c'est moi qui prends le risque] ? »
חֲמִשָּׁה דְּבָרִים צִוָּה רַבִּי עֲקִיבָא אֶת רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי כְּשֶׁהָיָה חָבוּשׁ בְּבֵית הָאֲסוּרִין. אָמַר לוֹ: רַבִּי, לַמְּדֵנִי תּוֹרָה, אָמַר: אֵינִי מְלַמְּדֶךָ. אָמַר לוֹ: אִם אֵין אַתָּה מְלַמְּדֵנִי אֲנִי אוֹמֵר לְיוֹחַי אַבָּא וּמוֹסֶרְךָ לַמַּלְכוּת. אָמַר לוֹ: בְּנִי, יוֹתֵר מִמַּה שֶּׁהָעֵגֶל רוֹצֶה לִינַק פָּרָה רוֹצֶה לְהָנִיק. אָמַר לוֹ: וּמִי בְּסַכָּנָה? וַהֲלֹא עֵגֶל בְּסַכָּנָה.