Guémara
« Que vos épices [utilisées pour vos sorcelleries] se dispersent ! Que le vent emporte le safran frais que vous, sorcières, tenez en main pour pratiquer vos enchantements ! Tant que l'on me témoignait faveur du Ciel et que vous m'avez accordé votre faveur, je n'étais pas venu ici. Maintenant que je suis venu ici, votre faveur envers moi s'est refroidie — et puissiez-vous [au moins] trouver grâce [ailleurs]. »
אִיבַּדּוּר תַּבְלוּנַיְיכִי, פָּרְחָא זִיקָא לְמוֹרִיקָא חַדְתָּא דְּנָקְטִיתוּ נָשִׁים כַּשְׁפָנִיּוֹת, אַדְּחַנַּנִּי וְחַנַּנְכִי לָא אֲתֵיתִי לְגוֹ, הַשְׁתָּא דַּאֲתֵיתִי לְגוֹ — קַרְחַנְנִי וַחֲנַנְכִי״.
La Guemara rapporte qu'en [Eretz Yisrael appelée ici] l'Occident [par opposition à la Babylonie], on n'était pas regardant [c'est-à-dire préoccupé] à l'égard des nombres pairs. Rav Dimi de Nehardeï'a, lui, était attentif aux paires jusque dans les marques gravées sur un tonneau [il n'admettait pas que l'on grave un nombre pair d'encoches sur un tonneau]. Il arriva une fois qu'un tonneau portait un nombre pair de marques, et ce tonneau éclata. La Guemara conclut : La règle générale est la suivante — tous ceux qui sont scrupuleux à l'égard des paires, les démons sont scrupuleux avec eux [et leur causent du tort] ; et celui qui n'y est pas attentif, les démons ne lui sont pas non plus attentifs. Cependant, il convient de se méfier du tort que pourrait entraîner le fait de réaliser volontairement des actions en nombre pair.
בְּמַעְרְבָא לָא קָפְדִי אַזּוּגֵי. רַב דִּימִי מִנְּהַרְדְּעָא קָפֵיד אֲפִילּוּ אַרוּשְׁמָא דְחָבִיתָא. הֲוָה עוֹבָדָא וּפְקַע חָבִיתָא. כְּלָלָא דְמִילְּתָא, כׇּל דְּקָפֵיד — קָפְדִי בַּהֲדֵיהּ, וּדְלָא קָפֵיד — לָא קָפְדִי בַּהֲדֵיהּ, וּמִיהוּ לְמֵיחַשׁ מִיבְּעֵי.
Lorsque Rav Dimi vint [d'Eretz Yisrael en Babylonie], il dit : Concernant deux œufs, deux noix, deux concombres, et un autre aliment [dont l'identité est incertaine], il y a une halakha [loi] transmise à Moïse au Sinaï [indiquant] que ces éléments sont dangereux [lorsqu'on les consomme] en paires. Mais les Sages ne savent pas avec certitude quel est cet « autre aliment », et c'est pourquoi les Sages ont décrété que toutes les paires sont interdites en raison de cet autre aliment [inconnu].
כִּי אֲתָא רַב דִּימִי, אָמַר: שְׁתֵּי בֵיצִים, וּשְׁתֵּי אֱגוֹזִין, שְׁתֵּי קִישּׁוּאִין, וְדָבָר אַחֵר — הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי. וּמִסְתַּפְּקָא לְהוּ לְרַבָּנַן מַאי נִיהוּ דָּבָר אַחֵר, וּגְזוּר רַבָּנַן בְּכוּלְּהוּ זוּגֵי מִשּׁוּם דָּבָר אַחֵר.
La Guemara note : Ce que nous avons dit plus haut — que les nombres dix, huit, six et quatre ne causent pas le danger associé aux paires [c'est-à-dire que consommer un tel nombre de coupes ne constitue pas un danger] — nous ne l'avons dit que pour ce qui concerne les esprits maléfiques [mazzikin]. En revanche, pour ce qui est de la sorcellerie, nous sommes préoccupés même lorsque l'action est accomplie un très grand nombre de fois.
וְהָא דַּאֲמַרַן עֲשָׂרָה, תְּמָנְיָא, שִׁיתָּא, אַרְבְּעָה אֵין בָּהֶן מִשּׁוּם זוּגֵי, לָא אֲמַרַן אֶלָּא לְעִנְיַן מַזִּיקִין. אֲבָל לְעִנְיַן כְּשָׁפִים — אֲפִילּוּ טוּבָא נָמֵי חָיְישִׁינַן.
La Guemara illustre ce point : C'est comme cette histoire d'un certain homme qui avait répudié sa femme. [Après le divorce,] elle alla épouser un cabaretier. Chaque jour, le premier mari venait boire du vin dans cette boutique. Son ex-femme cherchait à lui jeter des sorts, mais cela ne lui réussissait pas dans ses tentatives de lui nuire, car il était attentif à lui-même en ce qui concerne les paires [il veillait à ne jamais boire un nombre pair de coupes].
כִּי הָא דְּהָהוּא גַּבְרָא דְּגָרְשַׁהּ לִדְבֵיתְהוּ. (אֲזִיל) אִינַּסְבָה לְחַנְוָאָה. כׇּל יוֹמָא הֲוָה אָזֵיל וְשָׁתֵי חַמְרָא. הֲוָה קָא עָבְדָא לֵיהּ כְּשָׁפִים וְלָא קָא מַהְנְיָא לַהּ בֵּיהּ, מִשּׁוּם דַּהֲוָה מִזְדְּהַר בְּנַפְשֵׁיהּ בְּזוּגָא.
Un jour, il but beaucoup et ne sut plus combien il avait bu. Jusqu'à seize coupes, il était lucide et se gardait lui-même [en comptant soigneusement]. Au-delà, il n'était plus lucide et ne faisait plus attention à lui-même. Elle le fit alors ressortir après qu'il eut consommé un nombre pair [de coupes]. Comme il marchait, un certain Arabe le croisa et, remarquant qu'il était ensorcelé, lui dit : « C'est un homme mort qui marche ici. » [L'homme] alla enlacer un palmier pour s'y appuyer ; le palmier se dessécha sous l'effet du sortilège, et lui-même éclata [et mourut].
יוֹמָא חַד אִשְׁתִּי טוּבָא, וְלָא הֲוָה יָדַע כַּמָּה שָׁתֵי. עַד שִׁיתְּסַר הֲוָה צְיִיל וְאִיזְדְּהַר בְּנַפְשֵׁיהּ, מִכָּאן וְאֵילָךְ לָא הֲוָה צְיִיל וְלָא אִיזְדְּהַר בְּנַפְשֵׁיהּ, אַפֵּיקְתֵּיהּ בְּזוּגָא. כִּי הֲוָה אָזֵיל, גָּס בֵּיהּ הָהוּא טַיָּיעָא, אֲמַר לֵיהּ: גַּבְרָא קְטִילָא הוּא דְּאָזֵיל הָכָא. אָזֵיל חַבְּקֵיהּ לְדִיקְלָא, צְוַוח דִּיקְלָא וּפְקַע הוּא.
Rav Avira dit : Les assiettes et les pains [consommés en nombre pair] ne comportent pas le danger associé aux paires. La Guemara précise ce principe : La règle générale est que tout ce dont l'achèvement de la fabrication a été réalisé par des mains humaines — qu'il s'agisse d'un ustensile ou d'un aliment — ne comporte pas le danger associé aux paires. En revanche, si l'objet a été achevé par le Ciel [c'est-à-dire si sa croissance ou sa maturation est naturelle], par exemple certains types d'aliments, on doit en être préoccupé.
אָמַר רַב עַוִּירָא: קְעָרוֹת וְכִכָּרוֹת אֵין בָּהֶם מִשּׁוּם זוּגוֹת. כְּלָלָא דְּמִילְּתָא: כׇּל שֶׁגְּמָרוֹ בִּידֵי אָדָם — אֵין בָּהֶן מִשּׁוּם זוּגוֹת. גְּמָרוֹ בִּידֵי שָׁמַיִם — בְּמִילֵּי מִינֵי דְמֵיכַל חָיְישִׁינַן.
En outre, une boutique [où l'on mange ou boit] ne comporte pas le danger associé aux paires [car ce n'est pas le lieu habituel de la personne]. Si l'on change d'avis [c'est-à-dire si l'on décide d'ajouter une coupe supplémentaire après en avoir déjà bu un nombre impair], cela ne comporte pas le danger des paires, car on n'avait pas initialement eu l'intention de boire un nombre pair. Le comportement d'un hôte invité [qui mange ou boit chez quelqu'un d'autre] ne comporte pas le danger des paires, car c'est son hôte qui décide de la quantité à consommer. Le comportement d'une femme ne comporte pas le danger des paires, car les démons ne sont pas particulièrement attentifs à la quantité qu'une femme mange ou boit. Cependant, si c'est une femme importante [de haut rang], on doit en être préoccupé.
חֲנוּת — אֵין בָּהֶן מִשּׁוּם זוּגוֹת. נִמְלָךְ — אֵין בָּהֶן מִשּׁוּם זוּגוֹת. אוֹרֵחַ — אֵין בּוֹ מִשּׁוּם זוּגוֹת. אִשָּׁה — אֵין בָּהּ מִשּׁוּם זוּגוֹת. וְאִי אִשָּׁה חֲשׁוּבָה, חָיְישִׁינַן.
Rav Hinana, fils de Rav Yehohoua, dit : L'isparegusse [une boisson à base de vin aromatisé que l'on prenait habituellement le matin] s'additionne [au nombre de coupes précédemment consommées] dans le bon sens [pour élever le total à un nombre impair], mais ne s'additionne pas dans le mauvais sens [pour faire atteindre un nombre pair].
אָמַר רַב חִינָּנָא בְּרֵיהּ דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ: אִיסְפָּרָגוֹס — מִצְטָרֵף לְטוֹבָה, וְאֵין מִצְטָרֵף לְרָעָה.
Ravina dit au nom de Rava : En cas de doute [pour savoir] si l'on a bu en nombre pair, on doit adopter la position rigoureuse [et boire une coupe supplémentaire pour atteindre un nombre impair]. Et certains disent : En cas de doute sur les paires, on doit adopter la position indulgente et ne pas boire de coupe supplémentaire, de peur que cette coupe additionnelle ne constitue précisément le nombre pair [s'il n'avait pas réellement bu un nombre pair auparavant]. Rav Yossef dit : Deux coupes de vin et une coupe de bière ne se combinent pas [en un total de trois, car la bière ne s'additionne pas au vin] ; en revanche, deux coupes de bière et une coupe de vin se combinent [car le vin est plus important que la bière et absorbe le tout].
אָמַר רָבִינָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרָבָא: זוּגֵי — לְחוּמְרָא. וְאָמְרִי לֵיהּ: זוּגֵי — לְקוּלָּא. אָמַר רַב יוֹסֵף: תְּרֵי דְחַמְרָא וְחַד דְּשִׁיכְרָא — לָא מִצְטָרֵף, תְּרֵי דְשִׁיכְרָא וְחַד דְּחַמְרָא — מִצְטָרֵף.
Et voici le moyen mnémotechnique pour retenir cette règle : il provient d'une michna traitant des lois de la pureté rituelle. La règle est la suivante : Concernant tout ce qui est attaché à un objet — si le petit morceau attaché est plus rigoureux [c'est-à-dire contracte l'impureté avec un seuil plus petit] que le grand, l'objet combiné est rituellement impur ; si la substance attachée est moins rigoureuse que lui, l'objet combiné est rituellement pur. [Appliqué à notre cas :] puisque le vin est plus important que la bière, le vin se combine avec la bière [quand il est en minorité], mais pas l'inverse.
וְסִימָנָיךְ, זֶה הַכְּלָל: כׇּל הַמְחוּבָּר לוֹ מִן הֶחָמוּר מִמֶּנּוּ — טָמֵא, מִן הַקַּל מִמֶּנּוּ — טָהוֹר.
Rav Nahhman dit au nom de Rav : Si l'on boit deux coupes avant que la table [du repas] soit apportée et une coupe pendant le repas [sur la table], elles se combinent [en un total impair de trois, et la personne n'est pas considérée avoir bu un nombre pair]. Mais si l'on boit une coupe avant que la table soit apportée et deux coupes pendant le repas [sur la table], elles ne se combinent pas ; les deux coupes bues pendant le repas sont considérées comme une paire.
אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַב: תְּרֵי קַמֵּי תַּכָּא וְחַד אַתַּכָּא — מִצְטָרְפִי. חַד מִקַּמֵּי תַּכָּא וּתְרֵי אַתַּכָּא — לֹא מִצְטָרְפִין.