Guémara
[Suite de la reponse de Ravina :] est une mitsva independante en elle-meme. [En d'autres termes, chaque coupe est traitee separement et l'on n'est pas considere comme buvant par paires.]
מִצְוָה בְּאַפֵּי נַפְשַׁהּ הוּא.
[La baraita citee precedemment avait enseigne :] « Il ne doit pas s'adonner a ses besoins [conjugaux] par paires. » La Guemara demande : Pourquoi doit-on s'en preoccuper — il s'agit d'une nouvelle decision [spontanee, non planifiee a l'avance] ! [L'acte conjugal n'est pas premedite comme le fait de boire deux verres, et les deux actes ne devraient donc pas former une paire dangereuse.] Abaye dit : Voici ce que le tanna [auteur de la baraita] veut dire — la baraita doit etre interpretee de la facon suivante : Un homme ne doit pas manger par paires et boire par paires, et s'il l'a fait, il ne doit pas s'adonner a ses besoins conjugaux juste apres, meme une seule fois — de peur qu'il soit affaibli [par l'acte] et qu'il en soit blesse [du fait qu'il avait mange ou bu par paires].
״לֹא יַעֲשֶׂה צְרָכָיו תְּרֵי״, אַמַּאי? נִמְלָךְ הוּא! אָמַר אַבָּיֵי, הָכִי קָאָמַר: לֹא יֹאכַל תְּרֵי וְיִשְׁתֶּה תְּרֵי, וְלֹא יַעֲשֶׂה צְרָכָיו אֲפִילּוּ פַּעַם אַחַת — דִּילְמָא חָלֵישׁ וּמִיתְּרַע.
Les Sages ont enseigne dans une autre baraita : Celui qui boit [du vin] par paires [et s'expose ainsi au danger] — son sang est sur sa propre tete [il est responsable de sa propre mort]. Rav Yehouda dit : Quand est-ce le cas ? Lorsqu'il n'est pas sorti de chez lui et n'a pas vu la place du marche [entre les deux coupes]. Mais s'il a vu la place du marche [apres la premiere coupe], il a la permission [de boire une autre coupe sans s'inquieter]. De meme, Rav Ashi dit : J'ai vu Rav Hananya bar Beivai suivre cette politique : apres avoir bu chaque coupe, il sortait de chez lui et regardait la place du marche.
תָּנוּ רַבָּנַן: שׁוֹתֶה כִּפְלַיִם — דָּמוֹ בְּרֹאשׁוֹ. אָמַר רַב יְהוּדָה: אֵימָתַי — בִּזְמַן שֶׁלֹּא רָאָה פְּנֵי הַשּׁוּק, אֲבָל רָאָה פְּנֵי הַשּׁוּק — הָרְשׁוּת בְּיָדוֹ. אָמַר רַב אָשֵׁי: חֲזֵינָא לֵיהּ לְרַב חֲנַנְיָא בַּר בִּיבִי, דְּאַכֹּל כָּסָא הֲוָה נָפֵיק וְחָזֵי אַפֵּי שׁוּקָא.
Et nous avons dit que l'on craint pour la securite de celui qui boit par paires uniquement lorsqu'il a l'intention de se mettre en route [apres avoir bu] ; mais s'il a l'intention de rester chez lui, il n'y a pas lieu de s'inquieter. Rabbi Zeira dit : Et celui qui a l'intention de dormir [est] comparable a celui qui se met en route [il doit donc craindre d'etre blesse]. Rav Pappa dit : Et aller aux toilettes est comparable au fait de se mettre en route. La Guemara demande : Et si l'on a l'intention de rester chez soi, n'y a-t-il vraiment aucune raison de s'inquieter ? Mais Rava comptait les poutres [du plafond de la maison] pour tenir le compte du nombre de coupes qu'il avait bues, afin de s'assurer qu'il ne consommerait pas un nombre pair de coupes [meme chez lui] !
וְלָא אֲמַרַן אֶלָּא לָצֵאת לַדֶּרֶךְ, אֲבָל בְּבֵיתוֹ — לָא. אָמַר רַבִּי זֵירָא: וּלְיָשֵׁן — כְּלָצֵאת לַדֶּרֶךְ דָּמֵי. אָמַר רַב פָּפָּא: וְלָצֵאת לְבֵית הַכִּסֵּא — כְּלָצֵאת לַדֶּרֶךְ דָּמֵי. וּבְבֵיתוֹ לָא? וְהָא רָבָא מָנֵי כְּשׁוּרֵי.
De meme, Abaye : lorsqu'il buvait une coupe, sa mere [nourriciere] lui placait immediatement deux coupes dans ses deux mains [afin qu'il n'en boive pas par inadvertance une seule supplementaire et se retrouve ainsi avec un nombre pair]. Et pareillement, lorsque Rav Nahman bar Yitshak buvait deux coupes, son serviteur lui placait immediatement une autre coupe dans la main ; et s'il buvait une coupe, le serviteur lui placait deux coupes dans ses deux mains. [Ces recits montrent que l'on doit veiller a sa securite apres avoir bu un nombre pair de coupes, meme chez soi.] La Guemara repond : Un homme important [adam hashov] est different [des gens ordinaires]. Les demons portent leur attention sur lui, et il doit donc etre plus prudent que la personne moyenne.
וְאַבָּיֵי, כִּי שָׁתֵי חַד כָּסָא, מְנַקֵּיט לֵיהּ אִימֵּיהּ תְּרֵי כָסֵי בִּתְרֵי יְדֵיהּ. וְרַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק, כִּי הֲוָה שָׁתֵי תְּרֵי כָסֵי, מְנַקֵּיט לֵיהּ שַׁמָּעֵיהּ חַד כָּסָא, חַד כָּסָא — מְנַקֵּיט לֵיהּ תְּרֵי כָסֵי בִּתְרֵי יְדֵיהּ! אָדָם חָשׁוּב שָׁאנֵי.
Ulla dit : Dix coupes [de vin] ne contiennent aucun element du danger associe aux paires. Ulla statue ici conformement a son raisonnement exprime ailleurs, car Ulla dit — et certains disent que cela a ete enseigne dans une baraita — : Les Sages ont institue [la coutume de boire] dix coupes de vin dans la maison du deuillant [beit ha'avel], durant le repas de condoleances. Et si tu avais l'idee que dix coupes contiennent bel et bien l'element du danger des paires, comment les Sages auraient-ils pu se lever et instituer quelque chose susceptible d'exposer une personne au danger ?! En revanche, huit coupes contiennent l'element du danger associe aux paires.
אָמַר עוּלָּא: עֲשָׂרָה כּוֹסוֹת אֵין בָּהֶם מִשּׁוּם זוּגוֹת. עוּלָּא לְטַעְמֵיהּ, דְּאָמַר עוּלָּא, וְאָמְרִי לַהּ בְּמַתְנִיתָא תָּנָא: עֲשָׂרָה כּוֹסוֹת תִּיקְּנוּ חֲכָמִים בְּבֵית הָאֵבֶל, וְאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ עֲשָׂרָה כּוֹסוֹת יֵשׁ בָּהֶן מִשּׁוּם זוּגוֹת, הֵיכִי קָיְימִי רַבָּנַן וְתַקִּנוּ מִילְּתָא דְּאָתֵי לִידֵי סַכָּנָה?! אֲבָל תְּמָנְיָא יֵשׁ בָּהֶן מִשּׁוּם זוּגוֹת.
Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna disent tous deux : Le [mot] « shalom » [paix], [c'est-a-dire le septieme mot de la benediction sacerdotale], se combine avec les coupes precedentes pour le bien, mais ne se combine pas pour le mal. [La fin de la benediction sacerdotale dit :] « Que l'Eternel tourne Son visage vers toi et t'accorde la paix [shalom] » (Bamidbar 6, 26). Le mot shalom, septieme mot hebreu de ce verset, a une connotation purement positive. Rav Hisda et Rabba bar Rav Houna soutiennent donc que la septieme coupe se combine avec les six precedentes uniquement pour le bien. A partir de la huitieme coupe et au-dela, les coupes constituent des paires pour le bien mais pas pour le mal. En revanche, six coupes contiennent l'element du danger associe aux paires.
רַב חִסְדָּא וְרַבָּה בַּר רַב הוּנָא דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: ״שָׁלוֹם״, לְטוֹבָה — מִצְטָרֵף, לְרָעָה — לֹא מִצְטָרֵף. אֲבָל שִׁיתָּא יֵשׁ בָּהֶן מִשּׁוּם זוּגוֹת.
Rabba et Rav Yossef disent tous deux : Meme boire six coupes n'est pas dangereux. La raison en est que la cinquieme coupe, representee par le mot « vihounekkha » dans le deuxieme verset de la benediction sacerdotale — « Que l'Eternel fasse briller Son visage sur toi et soit gracieux envers toi [vihounekkha] » (Bamidbar 6, 25) — se combine avec les coupes precedentes pour le bien, mais ne se combine pas pour le mal. En revanche, quatre coupes contiennent l'element du danger associe aux paires.
רַבָּה וְרַב יוֹסֵף דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: ״וִיחֻנֶּךָּ״, לְטוֹבָה — מִצְטָרֵף. לְרָעָה — לֹא מִצְטָרֵף. אֲבָל אַרְבָּעָה יֵשׁ בָּהֶן מִשּׁוּם זוּגוֹת.
Abaye et Rava disent tous deux : Meme le nombre quatre n'est pas dangereux, car [le mot] « veyishmerekha » [et Il te gardera], troisieme mot du premier verset de la benediction sacerdotale, [dit :] « Que l'Eternel te benisse et te garde [veyishmerekha] » (Bamidbar 6, 24). Il se combine pour le bien mais ne se combine pas pour le mal.
אַבָּיֵי וְרָבָא דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: ״וְיִשְׁמְרֶךָ״, לְטוֹבָה — מִצְטָרֵף, לְרָעָה — לֹא מִצְטָרֵף.
Et Rava suit ici son raisonnement habituel, car Rava laissait partir les Sages [ses eleves] apres qu'ils avaient bu quatre coupes [et ne s'inquietait pas pour leur securite]. Bien que Rava bar Livai ait ete blesse une fois [lors d'une telle occasion], Rava n'a pas considere que l'affaire etait due a sa consommation d'un nombre pair de coupes, car il a dit : Cette blessure est survenue parce qu'il [Rava bar Livai] avait l'habitude de me contester lors des cours publics [pirka]. [Il est incorrect pour un eleve de soulever des objections contre son maitre lors d'un cours public, de peur que le maitre ne soit humilie par son incapacite a repondre.]
וְאַזְדָּא רָבָא לְטַעְמֵיהּ, דְּרָבָא אַפְּקִינְהוּ לְרַבָּנַן בְּאַרְבָּעָה כּוֹסוֹת, אַף עַל גַּב דְּאִיתַּזַּק רָבָא בַּר לֵיוַאי, לָא חַשׁ לַהּ לְמִילְּתָא, דְּאָמַר: הָהוּא מִשּׁוּם דְּאוֹתְבַן בְּפִירְקָא הֲוָה.
Rav Yossef dit : Yossef le Demon [un demon connu des Amora'im] m'a dit : Ashmedai, roi des demons, est nomme responsable de tous ceux qui effectuent des actions par paires ; et un roi n'est pas appele esprit malfaisant [mazik]. [Un roi ne causerait pas de tort.] Par consequent, il n'y a aucune raison de craindre le tort des demons pour avoir effectue une action par paires. Certains rapportent cette declaration de la facon suivante : Au contraire, c'est un roi colere qui fait ce qu'il veut, car la loi est qu'un roi peut briser la cloture d'un individu pour se frayer un chemin, et nul ne peut s'opposer a lui. De meme, le roi des demons a toute latitude pour blesser ceux qui effectuent des actions par paires.
אָמַר רַב יוֹסֵף, אָמַר לִי יוֹסֵף שֵׁידָא: אַשְׁמְדַאי מַלְכָּא דְשֵׁידֵי — מְמוּנֶּה הוּא אַכּוּלְּהוּ זוּגֵי, וּמַלְכָּא לָא אִיקְּרִי מַזִּיק. אִיכָּא דְּאָמְרִי לַהּ לְהַאי גִּיסָא: אַדְּרַבָּה, מַלְכָּא [רַתְחָנָא הוּא], מַאי דְּבָעֵי עָבֵיד, שֶׁהַמֶּלֶךְ פּוֹרֵץ גָּדֵר לַעֲשׂוֹת לוֹ דֶּרֶךְ וְאֵין מוֹחִין בְּיָדוֹ.
Rav Pappa dit : Yossef le Demon m'a dit : [Si quelqu'un boit] deux coupes, nous [les demons] le tuons ; [si quelqu'un boit] quatre [coupes], nous ne le tuons pas, [mais] nous lui causons du tort. [Il y a une autre difference entre deux et quatre :] En ce qui concerne celui qui boit deux [coupes], qu'il l'ait fait involontairement [beshogeg] ou intentionnellement [bemazid], nous lui causons du tort. En ce qui concerne celui qui boit quatre [coupes], si c'est intentionnellement — oui, il est blesse ; si c'est involontairement — non, il ne sera pas blesse.
אָמַר רַב פָּפָּא, אָמַר לִי יוֹסֵף שֵׁידָא: בִּתְרֵי קָטְלִינַן, בְּאַרְבְּעָה לָא קָטְלִינַן, בְּאַרְבְּעָה מַזְּקִינַן. בִּתְרֵי, בֵּין בְּשׁוֹגֵג בֵּין בְּמֵזִיד. בְּאַרְבְּעָה, בְּמֵזִיד — אִין, בְּשׁוֹגֵג — לָא.