La Guemara aborde encore un autre cas : si l'on a déposé du 'hamets dans tel coin et qu'on l'a retrouvé dans un autre coin, cela revient à la controverse entre Rabban Chimon ben Gamliel et les Sages, comme il a été enseigné dans une baraïta : au sujet d'une hache qui s'est perdue dans une maison, la maison est impure, car je dis qu'une personne en état d'impureté rituelle est entrée là et l'a prise [touchant au passage les autres objets de la maison]. Rabban Chimon ben Gamliel dit : la maison est pure, car je dis qu'il l'a prêtée à un autre et l'a oublié, ou bien qu'il l'a prise de tel coin et déposée dans l'autre coin et l'a oublié.
הִנִּיחַ בְּזָוִית זוֹ וּמָצָא בְּזָוִית אַחֶרֶת — פְּלוּגְתָּא דְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל וְרַבָּנַן, דְּתַנְיָא: קַרְדּוֹם שֶׁאָבַד בְּבַיִת — הַבַּיִת טָמֵא. שֶׁאֲנִי אוֹמֵר: אָדָם טָמֵא נִכְנַס לְשָׁם וּנְטָלוֹ. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: הַבַּיִת טָהוֹר, שֶׁאֲנִי אוֹמֵר: הִשְׁאִילוֹ לְאַחֵר וְשָׁכַח, אוֹ שֶׁנְּטָלוֹ מִזָּוִית זוֹ וְהִנִּיחַ בְּזָוִית הָאַחֶרֶת וְשָׁכַח.
La Guemara objecte : un coin, qui en a fait mention ? La baraïta parlait d'une hache qui s'est perdue, et non d'une hache qui se trouvait dans un coin différent [le début et la fin de la baraïta ne concordent donc pas].
זָוִית מַאן דְּכַר שְׁמֵיהּ?
La Guemara répond : la baraïta est incomplète (' hassoré me'hassra), et voici ce qu'elle enseigne : au sujet d'une hache qui s'est perdue dans une maison, la maison est impure, car je dis qu'une personne impure est entrée là et l'a prise ; ou bien, si le propriétaire l'a déposée dans tel coin et l'a ensuite retrouvée dans un autre coin, la maison est de même impure, car je dis qu'une personne impure est entrée là, l'a prise de tel coin et l'a déposée dans un autre coin. Rabban Chimon ben Gamliel dit : la maison est pure, car je dis qu'il l'a prêtée à un autre et l'a oublié, ou bien qu'il l'a prise de tel coin, déposée dans tel coin et l'a oublié. Lorsqu'on interprète la baraïta de cette manière, la controverse entre Rabban Chimon ben Gamliel et les Sages s'applique [aussi] à la question du 'hamets.
חַסּוֹרֵי מְחַסְּרָא, וְהָכִי קָתָנֵי: קַרְדּוֹם שֶׁאָבַד בְּבַיִת — הַבַּיִת טָמֵא, שֶׁאֲנִי אוֹמֵר: אָדָם טָמֵא נִכְנַס לְשָׁם וּנְטָלוֹ. אוֹ שֶׁהִנִּיחוֹ בְּזָוִית זוֹ וּמְצָאוֹ בְּזָוִית אַחֶרֶת — הַבַּיִת טָמֵא, שֶׁאֲנִי אוֹמֵר: אָדָם טָמֵא נִכְנַס לְשָׁם וּנְטָלוֹ מִזָּוִית זוֹ וְהִנִּיחוֹ בְּזָוִית אַחֶרֶת. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: הַבַּיִת טָהוֹר, שֶׁאֲנִי אוֹמֵר הִשְׁאִילוֹ לְאַחֵר וְשָׁכַח, אוֹ שֶׁנְּטָלוֹ מִזָּוִית זוֹ וְהִנִּיחַ בְּזָוִית זוֹ וְשָׁכַח.
Rava dit : si l'on a vu une souris entrer dans une maison avec une miche de pain dans la gueule, et qu'on est entré après elle et qu'on a trouvé des miettes, la maison requiert une nouvelle bedika [recherche supplémentaire], du fait qu'il n'est pas dans l'habitude d'une souris d'émietter [le pain]. On ne peut donc pas présumer que ces miettes proviennent de la miche emportée par la souris. Et Rava dit aussi : si l'on a vu un enfant entrer avec une miche dans la main, et qu'on est entré après lui et qu'on a trouvé des miettes, la maison ne requiert pas de nouvelle bedika, parce qu'il est dans l'habitude d'un enfant d'émietter, et l'on peut donc présumer que les miettes proviennent de cette miche-là.
אָמַר רָבָא: עַכְבָּר נִכְנָס וְכִכָּר בְּפִיו, וְנִכְנַס אַחֲרָיו וּמָצָא פֵּירוּרִין — צָרִיךְ בְּדִיקָה, מִפְּנֵי שֶׁאֵין דַּרְכּוֹ שֶׁל עַכְבָּר לְפָרֵר. וְאָמַר רָבָא: תִּינוֹק נִכְנָס וְכִכָּר בְּיָדוֹ, וְנִכְנַס אַחֲרָיו וּמָצָא פֵּירוּרִין — אֵין צָרִיךְ בְּדִיקָה, מִפְּנֵי שֶׁדַּרְכּוֹ שֶׁל תִּינוֹק לְפָרֵר.
Bien que les décisions dans ces cas fussent claires pour Rava, Rava posa une question (béaya) au sujet d'un cas connexe : si l'on a vu une souris entrer avec une miche dans la gueule, et qu'on a vu une souris sortir avec une miche dans la gueule, quelle est la halakha ? La Guemara développe : disons-nous que cette souris qui est entrée est cette même souris qui est sortie [et qu'il ne reste donc plus de 'hamets dans la maison] ? Ou bien peut-être s'agit-il d'une autre souris ?
בָּעֵי רָבָא: עַכְבָּר נִכְנָס וְכִכָּר בְּפִיו, וְעַכְבָּר יוֹצֵא וְכִכָּר בְּפִיו, מַהוּ? מִי אָמְרִינַן: הַיְינוּ הַאי דְּעָל, וְהַיְינוּ הַאי דִּנְפַק. אוֹ דִילְמָא, אַחֲרִינָא הוּא.
La Guemara ajoute : si tu dis que cette souris qui est entrée est celle qui est sortie, une autre question se pose : si l'on a vu une souris blanche entrer avec une miche de pain dans la gueule, et une souris noire sortir avec une miche de pain dans la gueule, quelle est la halakha ? Dis-je que c'est assurément une autre souris, ou bien peut-être la souris noire a-t-elle pris la miche à la souris blanche ?
אִם תִּמְצָא לוֹמַר הַיְינוּ הַאי דְּעָל וְהַיְינוּ הַאי דִּנְפַק: עַכְבָּר לָבָן נִכְנָס וְכִכָּר בְּפִיו, וְעַכְבָּר שָׁחוֹר יוֹצֵא וְכִכָּר בְּפִיו, מַהוּ? הַאי וַדַּאי אַחֲרִינָא הוּא. אוֹ דִילְמָא, אַרְמוֹיֵי אַרְמְיֵהּ מִינֵּיהּ?
Et si tu dis que les souris ne se prennent pas [la nourriture] l'une à l'autre [une souris n'étant en général pas notablement plus forte qu'une autre] : si l'on a vu une souris entrer avec une miche de pain dans la gueule, et une fouine (' houlda) sortir avec une miche de pain dans la gueule, quelle est la halakha ? Dis-je que la fouine l'a assurément prise à la souris [étant plus grande et plus forte] ? Ou bien peut-être est-ce une autre miche, car s'il était vrai que la fouine a pris la miche à la souris, la souris elle-même se trouverait [aussi] dans sa gueule [la fouine emportant vraisemblablement non seulement la miche mais la souris également] ?
וְאִם תִּמְצָא לוֹמַר עַכְבָּרִים לָא שָׁקְלִי מֵהֲדָדֵי: עַכְבָּר נִכְנָס וְכִכָּר בְּפִיו, וְחוּלְדָּה יוֹצְאָה וְכִכָּר בְּפִיהָ, מַהוּ? חוּלְדָּה וַדַּאי מֵעַכְבָּר שְׁקַלְתֵּיהּ. אוֹ דִילְמָא, אַחֲרִינָא הוּא. דְּאִם אִיתָא דְּמֵעַכְבָּר שְׁקַלְתֵּיהּ — עַכְבָּר בְּפִיהָ הֲוָה מִשְׁתְּכַח.
Et si tu dis : s'il était vrai que la fouine l'a prise à la souris, la souris se trouverait dans sa gueule — dans un cas où l'on a vu une souris entrer avec une miche de pain dans la gueule, et une fouine sortir avec, dans sa gueule, à la fois une miche de pain et une souris, quelle est la halakha ? Ici, dis-je que c'est assurément la même [souris et la même miche] ? Ou bien peut-être, même cette conclusion peut-elle être contestée : s'il était vrai que c'est la même souris, la miche aurait dû se trouver dans la gueule de la souris [et non dans celle de la fouine ; ce serait donc une autre miche] ? Ou bien peut-être la miche est-elle tombée de la gueule de la souris à cause de sa frayeur (bi'atouta), et la fouine l'a prise [séparément] ? Aucune réponse satisfaisante ne fut trouvée pour ces questions, et la Guemara conclut : qu'elles demeurent [non résolues] (téïkou).
וְאִם תִּמְצָא לוֹמַר אִם אִיתָא דְּמֵעַכְבָּר שְׁקַלְתֵּיהּ, עַכְבָּר בְּפִיהָ הֲוָה מִשְׁתְּכַח: עַכְבָּר נִכְנָס וְכִכָּר בְּפִיו, וְחוּלְדָּה יוֹצְאָה וְכִכָּר וְעַכְבָּר בְּפִי חוּלְדָּה, מַהוּ? הָכָא וַדַּאי אִיהוּ הוּא, אוֹ דִילְמָא: אִם אִיתָא דְּאִיהוּ נִיהוּ — כִּכָּר בְּפִי עַכְבָּר מִשְׁתְּכַח הֲוָה בָּעֵי אִישְׁתְּכוֹחֵי. אוֹ דִילְמָא: מִשּׁוּם בִּיעֲתוּתָא הוּא נְפַל, וּשְׁקַלְתֵּיהּ. תֵּיקוּ.
Rava posa une question : s'il y avait une miche de pain sur une poutre haute du plafond, faut-il dresser une échelle pour la faire descendre, ou cet effort n'est-il pas nécessaire ? Disons-nous : les Sages n'ont pas imposé de se donner tant de peine [dans la recherche du 'hamets], et puisque la miche ne tombera pas d'elle-même, il n'en viendra pas à la manger ? Ou bien peut-être peut-on soutenir que parfois la miche risque de tomber, et il en viendra à la manger [les objets placés en hauteur tombant parfois] ?
בָּעֵי רָבָא: כִּכָּר בִּשְׁמֵי קוֹרָה — צָרִיךְ סוּלָּם לְהוֹרִידָהּ, אוֹ אֵין צָרִיךְ? מִי אָמְרִינַן: כּוּלֵּי הַאי לָא אַטְרְחוּהוּ רַבָּנַן, כֵּיוָן דְּלָא נָחֵית מִנַּפְשֵׁיהּ — לָא אָתֵי לְמֵיכְלַהּ. אוֹ דִילְמָא: זִימְנִין דְּנָפֵל וְאָתֵי לְמֵיכְלַהּ.
Et si tu dis, à propos d'une miche de pain sur une poutre, que parfois elle tombera et il en viendra à la manger : dans un cas où la miche se trouvait au fond d'une fosse (bor), faut-il une échelle pour la faire remonter, ou cet effort n'est-il pas nécessaire ? La Guemara expose les deux faces de la question : ici, la miche ne remontera assurément pas d'elle-même [et l'on peut donc la laisser où elle est] ; ou bien peut-être y a-t-il encore lieu de craindre que parfois il descende dans la fosse pour quelque besoin, et qu'il en vienne à la manger ?
וְאִם תִּמְצֵי לוֹמַר זִימְנִין דְּנָפֵל וְאָתֵי לְמֵיכְלַהּ: כִּכָּר בְּבוֹר — צָרִיךְ סוּלָּם לְהַעֲלוֹתָהּ, אוֹ אֵין צָרִיךְ? הָכָא וַדַּאי דְּלָא עֲבִידָא דְּסָלְקָה מִנַּפְשַׁהּ, אוֹ דִילְמָא: זִימְנִין דְּנָחֵית לְמֶעְבַּד צוּרְכֵּיהּ, וְאָתֵי לְמֵיכְלַיהּ.
La Guemara poursuit l'examen des diverses variantes de ce cas. Et si tu dis que parfois on descend dans la fosse pour quelque besoin, et qu'il en viendra à la manger : au sujet d'une miche qui se trouvait dans la gueule d'un serpent (na'hach), faut-il faire venir un charmeur de serpents ('haber) pour faire sortir la miche [de la gueule du serpent], ou cet effort n'est-il pas nécessaire ?
אִם תִּמְצָא לוֹמַר זִימְנִין דְּנָחֵית לְצוּרְכֵּיהּ וְאָתֵי לְמֵיכְלַהּ: כִּכָּר בְּפִי נָחָשׁ — צָרִיךְ חַבָּר לְהוֹצִיא, אוֹ אֵין צָרִיךְ?
De nouveau, la Guemara expose les deux faces de la question : dis-je que, pour son propre corps, les Sages imposent de se donner de la peine et de chercher partout, mais que pour son argent, les Sages n'imposent pas de se donner de la peine [il n'est pas tenu de dépenser de l'argent pour détruire le 'hamets] ? Ou bien peut-être le statut de son argent n'est-il pas différent de celui de son corps [puisqu'on doit éliminer le 'hamets où qu'on le trouve, par tout moyen possible] ? Cette série de questions reste elle aussi sans réponse, et la Guemara conclut : qu'elles demeurent [non résolues] (téïkou).
בְּגוּפֵיהּ אַטְרְחוּהוּ רַבָּנַן, בְּמָמוֹנֵיהּ לָא אַטְרְחוּהוּ רַבָּנַן. אוֹ דִילְמָא לָא שְׁנָא. תֵּיקוּ.