Guémara
[Ce principe — selon lequel, dans le cas de deux paniers et de deux mesures de denrées, on agit avec indulgence — ne vaut] qu'à propos de la térouma qui, de nos jours, n'est sacrée que par décret rabbinique, car l'obligation toranique de prélever la térouma fut abrogée après la destruction du Premier Temple. Mais à propos du 'hamets (pain levé), qui est interdit par la Torah elle-même (déoraïta), dirions-nous que ce principe [d'indulgence] s'applique ?! La Guemara répond : Est-ce à dire que la recherche du 'hamets (bedikat 'hamets) est une obligation toranique ?! C'est une ordonnance rabbinique (dérabbanan), car selon la Torah, la simple annulation (bitoul) suffit. Puisque la question en jeu n'est pas l'interdiction toranique du levain mais l'ordonnance rabbinique de fouiller sa maison, cette halakha est bien comparable au cas des paniers de térouma et de denrées profanes ('houlin).
בִּתְרוּמָה דְּרַבָּנַן. בְּחָמֵץ דְּאוֹרָיְיתָא מִי אָמְרִינַן?! אַטּוּ בְּדִיקַת חָמֵץ דְּאוֹרָיְיתָא? דְּרַבָּנַן הִיא! דְּמִדְּאוֹרָיְיתָא בְּבִיטּוּל בְּעָלְמָא סַגִּי לֵיהּ.
La Guemara présente une autre situation : dans un cas où il y a un seul tas de 'hamets, et devant lui deux maisons déjà fouillées, et qu'une souris vint et préleva une miette du tas, sans que nous sachions si elle est entrée dans cette maison-ci ou si elle est entrée dans celle-là — cela est semblable au cas des deux sentiers (chené chvilin), comme nous l'avons appris dans une michna : il y avait deux sentiers, l'un impur en raison d'un cadavre qui y était enseveli, et l'autre pur ; et quelqu'un marcha sur l'un d'eux — mais il ne se souvient plus lequel — puis manipula des choses pures (taharot), par exemple de la térouma ou des objets consacrés ; et un autre vint, marcha sur le second sentier — lui non plus ne se souvient plus lequel — et manipula lui aussi des choses pures.
צִבּוּר אֶחָד שֶׁל חָמֵץ וּלְפָנָיו שְׁנֵי בָתִּים בְּדוּקִין, וַאֲתָא עַכְבָּר וּשְׁקַל, וְלָא יָדְעִינַן אִי לְהַאי עָל אִי לְהַאי עָל — הַיְינוּ שְׁנֵי שְׁבִילִין. דִּתְנַן: שְׁנֵי שְׁבִילִין, אֶחָד טָמֵא וְאֶחָד טָהוֹר, וְהָלַךְ בְּאֶחָד מֵהֶן וְעָשָׂה טְהָרוֹת, וּבָא חֲבֵירוֹ וְהָלַךְ בַּשֵּׁנִי וְעָשָׂה טְהָרוֹת.
Rabbi Yehouda dit : s'ils interrogèrent [le Sage] chacun pour soi, l'un de son côté et l'autre du sien, ils sont tous deux purs — car, considérés séparément, chacun conserve sa présomption de pureté (’hezkat tahara). Mais s'ils vinrent interroger tous deux en même temps (bevat a'hat), ils sont tous deux impurs — puisque l'un des deux a certainement emprunté le sentier impur, même s'il est incertain lequel, ils sont tous deux déclarés impurs à cause de ce doute. Rabbi Yossi dit : dans un cas comme dans l'autre, ils sont tous deux impurs.
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אִם נִשְׁאֲלוּ זֶה בִּפְנֵי עַצְמוֹ וְזֶה בִּפְנֵי עַצְמוֹ — טְהוֹרִין. שְׁנֵיהֶן בְּבַת אַחַת — טְמֵאִין. רַבִּי יוֹסִי אוֹמֵר: בֵּין כָּךְ וּבֵין כָּךְ טְמֵאִין.
Rava dit — et certains disent que c'est Rabbi Yo'hanan qui le dit : s'ils vinrent en même temps (bevat a'hat), tous s'accordent (divré hakol) à dire qu'ils sont impurs, car même Rabbi Yehouda concède qu'il en est ainsi. S'ils vinrent indépendamment, l'un après l'autre (zé a'har zé), tous s'accordent à dire qu'ils sont purs. Ils ne divergent qu'à propos d'un cas où l'un vient interroger sur lui-même et sur son compagnon. Rabbi Yossi assimile ce cas à celui où ils viennent en même temps, et Rabbi Yehouda l'assimile à celui où ils viennent l'un après l'autre.
אָמַר רָבָא וְאִיתֵּימָא רַבִּי יוֹחָנָן: בְּבַת אַחַת — דִּבְרֵי הַכֹּל טְמֵאִין. בְּזֶה אַחַר זֶה — דִּבְרֵי הַכֹּל טְהוֹרִין. לֹא נֶחְלְקוּ אֶלָּא בְּבָא לְהִשָּׁאֵל עָלָיו וְעַל חֲבֵירוֹ. רַבִּי יוֹסֵי מְדַמֵּי לֵיהּ לְבַת אַחַת, וְרַבִּי יְהוּדָה מְדַמֵּי לֵיהּ לְזֶה אַחַר זֶה.
La Guemara aborde un autre cas : si l'on vit une souris prélever du 'hamets, et qu'il y a doute pour savoir si la souris est entrée dans une maison déjà fouillée et doute pour savoir si elle n'y est pas entrée (safek al safek lo al) — cela est semblable à la halakha de l'impureté rituelle dans une plaine (bik'a), et cela relève de la controverse entre Rabbi Eliézer et les Sages.
סָפֵק עָל, סָפֵק לָא עָל — הַיְינוּ בִּקְעָה, וּבִפְלוּגְתָּא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר וְרַבָּנַן.
Comme nous l'avons appris dans une michna à propos de celui qui pénètre dans une plaine (bik'a) pendant la saison des pluies, lorsque les semences germent : les gens n'ont alors pas la permission de circuler dans le champ d'autrui, de peur d'endommager les plants. Pour cette halakha, la plaine en saison des pluies est considérée comme un domaine privé (rechout hayya'hid), et il existe un principe général selon lequel, en cas de doute quant au fait d'avoir ou non contracté une impureté dans un domaine privé, on est impur. Et s'il y avait une impureté dans un certain champ, et qu'une personne dit : « j'ai marché en cet endroit-là », dans la plaine, « mais je ne sais pas si je suis entré dans ce champ-là ou si je n'y suis pas entré » — Rabbi Eliézer le déclare pur, et les Sages le déclarent impur.
דִּתְנַן: הַנִּכְנָס לְבִקְעָה בִּימוֹת הַגְּשָׁמִים, וְטוּמְאָה בְּשָׂדֶה פְּלוֹנִית, וְאָמַר אֶחָד: הָלַכְתִּי בַּמָּקוֹם הַלָּז, וְאֵינִי יוֹדֵעַ אִם נִכְנַסְתִּי בְּאוֹתָהּ שָׂדֶה וְאִם לֹא נִכְנַסְתִּי. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר מְטַהֵר, וַחֲכָמִים מְטַמְּאִין.
Rabbi Eliézer le déclare pur, car Rabbi Eliézer avait coutume de dire : en cas de doute quant à l'entrée (safek bia) — c'est-à-dire pour savoir s'il est entré ou non dans le lieu — il est pur ; mais si l'on est certainement entré dans le lieu et que le doute porte sur le contact avec l'impureté (safek maga toum'a), il est impur. Selon cette opinion, le principe de l'impureté incertaine dans le domaine privé ne s'applique que là où le doute porte sur le contact. Les Sages, en revanche, ne distinguent pas entre ces situations, car ils tiennent qu'il est impur, que le doute porte sur l'entrée ou sur le contact. Cette controverse s'applique au cas de savoir si l'on est tenu ou non de procéder à une fouille supplémentaire du 'hamets lorsqu'il y a doute pour savoir si du 'hamets a été ou non introduit dans la maison.
שֶׁהָיָה רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: סְפֵק בִּיאָה — טָהוֹר, סְפֵק מַגַּע טוּמְאָה — טָמֵא.
La Guemara examine un autre cas : si l'on vit une souris entrer dans une maison avec du 'hamets dans la gueule, et que quelqu'un a fouillé et n'a rien trouvé (al ouvadak velo achka'h) — cela est semblable à la controverse entre Rabbi Méïr et les Sages. Comme nous l'avons appris dans une michna, Rabbi Méïr avait coutume de dire : tout objet qui a la présomption d'impureté (’hezkat toum'a) — c'est-à-dire qu'il est certain qu'un objet impur a été enseveli en un endroit donné — cet endroit demeure pour toujours dans son impureté, même s'il fut creusé sans qu'on en trouve la source, jusqu'à ce qu'il te soit révélé où se trouve l'impureté. On présume que l'impureté n'a pas été retrouvée parce que la fouille n'a pas été menée correctement.
עָל, וּבְדַק וְלָא אַשְׁכַּח — פְּלוּגְתָּא דְּרַבִּי מֵאִיר וְרַבָּנַן, דִּתְנַן: הָיָה רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: כׇּל דָּבָר שֶׁבְּחֶזְקַת טוּמְאָה, לְעוֹלָם הוּא בְּטוּמְאָתוֹ עַד שֶׁיִּוָּדַע לָךְ הַטּוּמְאָה הֵיכָן הִיא.
Et les Sages disent, dans ce cas : il continue de fouiller jusqu'à atteindre la roche (séla) ou le sol vierge (karka betoula), sous lequel il n'y a certainement aucune impureté. S'il a fouillé aussi profondément sans découvrir d'impureté, c'est qu'apparemment elle n'y est plus. Cette controverse s'applique au cas susmentionné concernant le 'hamets.
וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: בּוֹדֵק עַד שֶׁמַּגִּיעַ לְסֶלַע אוֹ לְקַרְקַע בְּתוּלָה.
La Guemara analyse encore un autre cas : si l'on vit une souris entrer dans une maison avec du 'hamets dans la gueule, et que l'on a fouillé et trouvé une miette de 'hamets sur place (al ouvadak veachka'h), mais qu'il y a doute pour savoir si la miette trouvée est bien la miette que la souris a introduite dans la maison — cela serait semblable à la controverse entre Rabbi [Yehouda HaNassi] et Rabban Chimon ben Gamliel.
עָל, וּבְדַק וְאַשְׁכַּח — פְּלוּגְתָּא דְּרַבִּי וְרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל.
Comme il a été enseigné dans une baraïta : à propos d'un champ dans lequel une tombe a été perdue (sadé chené'évad ba kéver) — c'est-à-dire qu'il y a certainement une tombe située dans le champ mais que son emplacement précis est inconnu — celui qui y pénètre est impur, car il a pu marcher sur la tombe. Si une tombe fut ensuite trouvée et signalée dans le champ, celui qui pénètre et marche sur les autres parties du champ est pur, car je dis : la tombe qui avait été perdue est la tombe qui a été retrouvée — telle est la parole de Rabbi [Yehouda HaNassi]. Rabban Chimon ben Gamliel dit : le champ tout entier doit être fouillé, car peut-être la tombe découverte n'est-elle pas celle qui avait été perdue. Cette controverse s'applique au cas du 'hamets évoqué ci-dessus.
דְּתַנְיָא: שָׂדֶה שֶׁנֶּאֱבַד בָּהּ קֶבֶר — הַנִּכְנָס לְתוֹכָהּ טָמֵא. נִמְצָא בָּהּ קֶבֶר — הַנִּכְנָס לְתוֹכָהּ טָהוֹר, שֶׁאֲנִי אוֹמֵר: קֶבֶר שֶׁאָבַד הוּא קֶבֶר שֶׁנִּמְצָא — דִּבְרֵי רַבִּי. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: תִּיבָּדֵק כׇּל הַשָּׂדֶה כּוּלָּהּ.
La Guemara examine une autre situation : si une personne avait déposé neuf miettes de 'hamets et en trouva dix (hini'a técha oumatsa ésser) — ce qui indique que des souris en ont ajouté au moins une — cela est semblable à la controverse entre Rabbi [Yehouda HaNassi] et les Sages. Comme il a été enseigné dans une baraïta à propos d'une personne qui avait déposé un mané (cent dinars) de maasser chéni (seconde dîme) et en trouva deux cents : puisqu'il est manifeste que quelqu'un est venu déposer là au moins un mané supplémentaire dont le statut n'est pas clair, on présume que le tas contient de l'argent profane ('houlin) et de l'argent de maasser chéni mêlés l'un à l'autre. On présume que l'argent ajouté est profane, et il est impossible de déterminer lequel est l'argent profane et lequel est celui de la seconde dîme. Telle est la parole de Rabbi [Yehouda HaNassi].
הִנִּיחַ תֵּשַׁע וּמָצָא עֶשֶׂר — פְּלוּגְתָּא דְּרַבִּי וְרַבָּנַן. דְּתַנְיָא: הִנִּיחַ מָנֶה וּמָצָא מָאתַיִם, חוּלִּין וּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי מְעוֹרָבִין זֶה בָּזֶה — דִּבְרֵי רַבִּי.