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Traité Pesachim

106a

Étude de Pesachim 106a

Étude de la Guémara 106a

Guémara
Et on peut en déduire [de cette baraïta] que si l'on n'a qu'une seule coupe de vin, on peut réciter deux sanctifications [kidouch et havdala] sur une seule coupe — car la baraïta indique qu'on peut réciter deux bénédictions entièrement distinctes sur une même coupe. Et on peut en déduire que cette baraïta est conforme à la position de Beit Chammaï [l'école de Chammaï], selon l'explication de Rabbi Yehouda — qui dit que Beit Chammaï soutiennent qu'on doit réciter la bénédiction sur le feu avant la bénédiction sur les épices.
וּשְׁמַע מִינַּהּ: אוֹמֵר שְׁתֵּי קְדוּשּׁוֹת עַל כּוֹס אֶחָד. וּשְׁמַע מִינַּהּ: בֵּית שַׁמַּאי הִיא, וְאַלִּיבָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה.
Rav Achi dit : À l'examen, deux des déductions tirées de la baraïta — la règle que le fait d'avoir goûté disqualifie la coupe, et la règle qu'une coupe de bénédiction exige un volume minimum — ne forment en réalité qu'une seule et même chose et ne devraient pas être comptées séparément.
רַב אָשֵׁי אָמַר: טְעָמוֹ פְּגָמוֹ וְכוֹס שֶׁל בְּרָכָה צָרִיךְ שִׁיעוּר — חֲדָא מִילְּתָא הִיא.
Rav Achi précise : Et voici ce que dit réellement la baraïta : Quelle est la raison pour laquelle le fait d'avoir goûté [à une coupe] la disqualifie de toute utilisation ultérieure comme coupe de bénédiction ? C'est parce qu'une coupe de bénédiction exige un volume minimum. Dès lors que l'on a goûté, il ne reste plus suffisamment de vin dans la coupe [pour atteindre le volume minimal requis]. La disqualification ne tient donc pas à l'acte de goûter en lui-même. Si après avoir pris une gorgée le volume restant dans la coupe est encore suffisant, la coupe peut être réutilisée comme coupe de bénédiction. Cette position est contraire à l'avis de certains Sages qui estiment que le fait même de goûter constitue une disqualification intrinsèque.
וְהָכִי קָאָמַר: מַאי טַעְמָא טְעָמוֹ פְּגָמוֹ? מִשּׁוּם דְּכוֹס שֶׁל בְּרָכָה צָרִיךְ שִׁיעוּר.
La Guemara relate : Rabbi Yaakov bar Idi était scrupuleux à l'égard d'une cruche entamée ['hatsva peghima] : il n'aurait pas récité le kidouch ou la havdala avec une cruche dont quelqu'un avait déjà bu. Rav Idi bar Chéicha était scrupuleux à l'égard d'une coupe entamée [kassa peghima]. Mar bar Rav Achi était scrupuleux même à l'égard d'un tonneau entamé ['havita peghimta] et ne prenait le vin pour le kidouch que d'un tonneau qui n'avait pas encore été ouvert.
רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אִידִי קָפֵיד אַחַצְבָּא פְּגִימָא. רַב אִידִי בַּר שִׁישָׁא קָפֵיד אַכָּסָא פְּגִימָא. מָר בַּר רַב אָשֵׁי קָפֵיד אֲפִילּוּ אַחָבִיתָא פְּגִימְתָּא.
Les Sages ont enseigné dans une baraïta, au sujet du verset : « Souviens-toi du jour de Chabbat pour le sanctifier » (Chemot 20, 7) : « Souviens-toi de lui [de Chabbat] sur du vin [c'est-à-dire en récitant le kidouch sur une coupe de vin]. Je ne tire [de ce verset] que [l'obligation du kidouch] pendant le jour, puisque le verset parle du 'jour de Chabbat'. D'où sait-on qu'il faut également réciter le kidouch la nuit ? Le verset dit : 'Souviens-toi du jour de Chabbat pour le sanctifier' [ce qui indique qu'il faut s'en souvenir dès qu'il est sanctifié]. »
תָּנוּ רַבָּנַן: ״זָכוֹר אֶת יוֹם הַשַּׁבָּת לְקַדְּשׁוֹ״ — זוֹכְרֵהוּ עַל הַיַּיִן. אֵין לִי אֶלָּא בְּיוֹם, בַּלַּיְלָה מִנַּיִן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״זָכוֹר אֶת יוֹם הַשַּׁבָּת לְקַדְּשׁוֹ״.
La Guemara exprime sa surprise face à cette dernière question [posée par la baraïta] : « D'où sait-on qu'il faut réciter le kidouch la nuit ? » Est-ce là la bonne question ? Au contraire ! L'obligation essentielle du kidouch est de sanctifier le jour la nuit [dès l'entrée de Chabbat le vendredi soir], car c'est le début du jour qu'il faut sanctifier ; il n'y a aucune raison particulière de sanctifier Chabbat au milieu de la journée [le matin du Chabbat]. Et de plus, la baraïta poursuit : « D'où sait-on qu'il faut réciter le kidouch la nuit ? Le verset dit : 'Souviens-toi du jour de Chabbat' » — le tanna cherche une source pour le kidouch de la nuit, et il cite pourtant un verset qui parle du jour !
״בַּלַּיְלָה מִנַּיִן״?! אַדְּרַבָּה, עִיקַּר קִדּוּשָׁא בַּלַּיְלָה הוּא קָדֵישׁ, דְּכִי קָדֵישׁ — תְּחִלַּת יוֹמָא בָּעֵי לְקַידּוֹשֵׁי! וְתוּ: ״בַּלַּיְלָה מִנַּיִן תַּלְמוּד לוֹמַר: זָכוֹר אֶת יוֹם״, תַּנָּא מְיהַדַּר אַלַּיְלָה וְקָא נָסֵיב לֵיהּ קְרָא דִּימָמָא?!
La Guemara répond que voici ce que dit réellement le tanna : « 'Souviens-toi du jour de Chabbat pour le sanctifier' — c'est une mitsva de s'en souvenir sur du vin lors de son entrée [be-khnisstato, c'est-à-dire la nuit]. Je ne tire [de ce verset] que [l'obligation] la nuit ; d'où sait-on qu'il faut également [réciter le kidouch] pendant le jour ? Le verset dit : 'Souviens-toi du jour de Chabbat.' » L'emphase sur le mot 'jour' indique qu'il faut réciter le kidouch à nouveau pendant le jour.
הָכִי קָאָמַר: ״זָכוֹר אֶת יוֹם הַשַּׁבָּת לְקַדְּשׁוֹ״ — זוֹכְרֵהוּ עַל הַיַּיִן בִּכְנִיסָתוֹ, אֵין לִי אֶלָּא בַּלַּיְלָה, בַּיּוֹם מִנַּיִן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״זָכוֹר אֶת יוֹם הַשַּׁבָּת״.
La Guemara demande : Pendant le jour, quand on ne récite pas le même kidouch que la nuit, quelle bénédiction récite-t-on ? Rav Yehouda dit : On apporte une coupe de vin avant le repas et on récite simplement la bénédiction habituelle sur le vin : « Qui crée le fruit de la vigne [Boré peri ha-gafen]. » La Guemara rapporte ensuite que Rav Achi se trouva de passage dans la ville de Mehoza. Les Sages de Mehoza lui dirent, un matin de Chabbat : « Que le Maître nous récite le grand kidouch [kidoucha rabba] ! » Et ils lui apportèrent aussitôt une coupe de vin.
בְּיוֹם מַאי מְבָרֵךְ? אָמַר רַב יְהוּדָה: ״בּוֹרֵא פְּרִי הַגֶּפֶן״. רַב אָשֵׁי אִיקְּלַע לְמָחוֹזָא, אֲמַרוּ לֵיהּ: לִיקַדֵּישׁ לַן מָר קִידּוּשָׁא רַבָּה (הַבוּ לֵיהּ).
Rav Achi ne savait pas bien ce que les habitants de Mehoza entendaient par 'grand kidouch' et se demanda s'ils n'y incluaient pas d'autres éléments. Il se dit intérieurement : « Qu'est-ce que ce 'grand kidouch' dont ils parlent ? » Il réfléchit : « Puisque pour toutes les bénédictions qui nécessitent une coupe de vin on commence d'abord par réciter 'Boré peri ha-gafen', je vais commencer par cette bénédiction. » Il récita : « Boré peri ha-gafen », puis il allongea [aguid beih] — il prolongea légèrement — pour voir s'ils attendaient une bénédiction supplémentaire. Il aperçut alors un certain ancien [sage âgé] qui se penchait sur sa coupe et buvait [indiquant que la récitation était terminée]. Il s'appliqua alors à lui-même le verset : « Le sage, ses yeux sont dans sa tête » (Qohélet 2, 14) — car il avait été suffisamment perspicace pour discerner les attentes des habitants du lieu.
סְבַר: מַאי נִיהוּ ״קִידּוּשָׁא רַבָּה״? אָמַר, מִכְּדֵי כׇּל הַבְּרָכוֹת כּוּלָּן ״בּוֹרֵא פְּרִי הַגֶּפֶן״ אָמְרִי בְּרֵישָׁא, אֲמַר ״בּוֹרֵא פְּרִי הַגֶּפֶן״ וְאַגֵּיד בֵּיהּ. חַזְיֵיהּ לְהָהוּא סָבָא דְּגָחֵין וְשָׁתֵי, קָרֵי אַנַּפְשֵׁיהּ ״הֶחָכָם עֵינָיו בְּרֹאשׁוֹ״.
Comme il a été mentionné plus haut, les fils de Rabbi 'Hiyya disent : Celui qui n'a pas récité la havdala à l'issue de Chabbat peut réciter la havdala à tout moment au cours de la semaine entière. La Guemara demande : Et jusqu'à quel jour peut-on encore réciter la havdala ? Rabbi Zeïra dit : Jusqu'au quatrième jour de la semaine [mercredi], après lequel on n'est plus considéré comme étant dans la même semaine que le Chabbat précédent.
אָמְרִי בְּנֵי רַבִּי חִיָּיא: מִי שֶׁלֹּא הִבְדִּיל בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת — מַבְדִּיל וְהוֹלֵךְ בְּכׇל הַשַּׁבָּת כּוּלּוֹ. וְעַד כַּמָּה? אָמַר רַבִּי זֵירָא: עַד רְבִיעִי בְּשַׁבָּת.
C'est comme cette décision de halakha [qui éclaire la question] : lorsque Rabbi Zeïra était assis devant Rav Assi — et certains disent que c'est Rav Assi qui était assis devant Rabbi Yo'hanan — et [le maître] siégea et dit : « En ce qui concerne la formulation des actes de divorce [guittin], le premier jour de la semaine [dimanche], le deuxième et le troisième jour de la semaine [lundi et mardi] sont tous appelés : 'Après Chabbat [ba-tar chabbeta].' Si un acte de divorce ou une condition qui en dépend inclut la formule 'après Chabbat', cela vise l'un des trois premiers jours de la semaine. En revanche, le quatrième jour [mercredi], le cinquième jour [jeudi] et la veille de Chabbat [vendredi] sont appelés : 'Avant Chabbat [kamei de-chabbeta].' » De même, pour ce qui concerne la havdala, les trois premiers jours de la semaine sont considérés comme la période qui suit Chabbat, et l'on peut donc encore réciter la havdala ces jours-là.
כִּי הָא דְּיָתֵיב רַבִּי זֵירָא קַמֵּיהּ דְּרַב אַסִּי, וְאָמְרִי לַהּ רַב אַסִּי קַמֵּיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן, וְיָתֵיב וְקָאָמַר: לְעִנְיַן גִּיטִּין, חֲדָא בְּשַׁבְּתָא תְּרֵי וּתְלָתָא — בָּתַר שַׁבְּתָא. אַרְבַּע וְחַמְשָׁא וּמַעֲלֵי יוֹמָא — קַמֵּי שַׁבְּתָא.
Rabbi Yaakov bar Idi dit : « Mais [celui qui récite la havdala au cours de ces jours de la semaine] ne peut pas réciter la bénédiction sur le feu [Boré meorei ha-ech]. » Cette bénédiction ne peut être récitée qu'à l'issue du Chabbat [motsa'é chabbat], au moment même où le feu a été créé à l'origine [selon la tradition, le feu fut découvert par Adam à la fin du premier Chabbat].
אָמַר רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אִידִי: אֲבָל לֹא עַל הָאוּר.
Pesachim 106a
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פסחים ק״ו אמַסֶּכֶת פְּסָחִים