Guémara
[La baraïta citée sur l'amud précédent] est difficile pour la position d'Oulla, [qui a ouvert la bénédiction de havdala par 'Baroukh' mais ne l'a pas conclue de même]. La Guemara répond : Oulla aurait pu te dire que cette bénédiction [de havdala] est comparable à une bénédiction sur une mitsva, et n'exige donc pas de formule conclusive distincte. La Guemara précise cette réponse : quelle est la raison pour laquelle les bénédictions sur les mitsvot n'exigent pas de conclusion distinctive ? Parce qu'une bénédiction sur une mitsva est une déclaration de louange [hodaah], et comme elle ne contient rien d'étranger à la louange — ni demande ni supplication — il est superflu d'y ajouter une bénédiction conclusive distincte. Cette bénédiction de havdala est, elle aussi, composée uniquement de louange.
קַשְׁיָא לְעוּלָּא! אָמַר לָךְ עוּלָּא: הָא נָמֵי כְּבִרְכַּת הַמִּצְוֹת דָּמְיָא, בִּרְכַּת הַמִּצְוֹת מַאי טַעְמָא? מִשּׁוּם דְּהוֹדָאָה הִיא — הָא נָמֵי הוֹדָאָה הִיא.
La Guemara rapporte : Rav 'Hananya bar Chelemya et d'autres disciples de Rav étaient assis à un repas [le vendredi soir, peu avant la nuit tombante], et Rav Hamnouna l'Ancien [Sabba] se tenait debout auprès d'eux pour les servir. Ils lui dirent : « Va voir si le jour de Chabbat a été sanctifié par la tombée de la nuit. Si c'est le cas, nous interromprons notre repas [en déplaçant les tables] et nous établirons sa suite comme le repas de Chabbat. » Rav Hamnouna l'Ancien leur dit : « Vous n'avez pas besoin de faire cela — Chabbat s'établit d'elle-même [chabbata kavah nafshah]. »
רַב חֲנַנְיָא בַּר שֶׁלֶמְיָא וְתַלְמִידֵי דְּרַב הֲווֹ יָתְבִי בִּסְעוֹדְתָּא, וְקָאֵי עֲלַיְיהוּ רַב הַמְנוּנָא סָבָא. אֲמַרוּ לֵיהּ: זִיל חֲזִי אִי מִקְּדִישׁ יוֹמָא נַפְסִיק וְנִיקְבְּעֵיהּ לְשַׁבְּתָא. אֲמַר לְהוּ: לָא צְרִיכִיתוּ — שַׁבְּתָא קָבְעָה נַפְשַׁהּ.
Rav Hamnouna l'Ancien expliqua sa décision en ces termes : Comme l'a dit Rav : « De même que Chabbat établit la consommation de nourriture comme un repas fixe [seoudah kevou'a] en ce qui concerne les dîmes [ma'asserot], de même Chabbat établit l'obligation de réciter le kidouch. » En général, on peut manger des produits non décimés de manière incidente et fortuite. Mais le Chabbat, les lois d'un repas fixe s'appliquent même à une consommation occasionnelle : il est alors totalement interdit de manger des produits dont les dîmes appropriées n'ont pas encore été prélevées. De même, Chabbat déclenche automatiquement l'obligation de réciter le kidouch, et il est interdit de manger avant de l'avoir récité. Cette halakha indique que tout ce que l'on mange à partir de ce moment est considéré comme faisant partie du repas de Chabbat, même sans déplacer les tables et les rapporter.
דְּאָמַר רַב: כְּשֵׁם שֶׁהַשַּׁבָּת קוֹבַעַת לְמַעֲשֵׂר, כָּךְ שַׁבָּת קוֹבַעַת לְקִידּוּשׁ.
Ils [les disciples] en conclurent que, de même que l'entrée de Chabbat établit automatiquement l'obligation de réciter le kidouch, sa sortie établit automatiquement l'obligation de réciter la havdala [séparation entre le Chabbat et les jours ordinaires]. Cela aurait signifié que l'on devrait interrompre son repas pour réciter la havdala, et que tout ce que l'on mange après cela ne serait plus considéré comme faisant partie du repas de Chabbat. Rav Amram leur dit : « Voici ce qu'a dit Rav : Chabbat établit une obligation de réciter le kidouch, mais elle n'établit pas d'obligation de réciter la havdala. »
סְבוּר מִינַּהּ כִּי הֵיכִי דְּקָבְעָה לְקִידּוּשׁ כָּךְ קָבְעָה לְהַבְדָּלָה, אֲמַר לְהוּ רַב עַמְרָם, הָכִי אָמַר רַב: לְקִידּוּשׁ קוֹבַעַת, וְלֹא לְהַבְדָּלָה קוֹבַעַת.
La Guemara précise : Cela [le fait que la sortie de Chabbat n'établit pas l'obligation de havdala] s'applique uniquement en ce qui concerne l'interruption d'un repas commencé avant la fin de Chabbat : on n'est pas tenu d'interrompre [son repas] pour réciter la havdala. Mais on ne peut pas non plus commencer un repas après la tombée de la nuit sans avoir récité la havdala. La Guemara ajoute : Et en ce qui concerne l'interruption [du repas déjà commencé], nous avons dit uniquement que l'on n'est pas tenu d'interrompre ses aliments [akhila] ; mais pour la boisson [chtiya], qui est considérée comme moins significative, si — on doit interrompre sa boisson à la tombée de la nuit, même si on avait commencé à boire avant la fin de Chabbat.
וְהָנֵי מִילֵּי לְעִנְיַן מִיפְסָק דְּלָא מַפְסְקִינַן, אֲבָל אַתְחוֹלֵי לָא מַתְחֲלִינַן. וּמִיפְסָק נָמֵי לָא אֲמַרַן אֶלָּא בַּאֲכִילָה, אֲבָל בִּשְׁתִיָּה — לָא.
Et en ce qui concerne la boisson [dont on doit interrompre], nous n'avons dit cela qu'à propos du vin et de la bière [yayin ve-chikhra], qui sont des boissons importantes ; mais concernant l'eau, nous n'avons pas de problème avec cela. On peut commencer à boire de l'eau même après la fin de Chabbat et avant d'avoir récité la havdala.
וּשְׁתִיָּה נָמֵי לָא אֲמַרַן אֶלָּא בְּחַמְרָא וְשִׁיכְרָא, אֲבָל מַיָּא — לֵית לַן בַּהּ.
Et [cette dernière affirmation] est en désaccord avec la position de Rav Houna. Car Rav Houna vit un certain homme boire de l'eau avant d'avoir récité la havdala à la fin de Chabbat. Il lui dit : « Le Maître ne craint-il pas la maladie appelée askara [une maladie grave de la gorge] ? Car il a été enseigné au nom de Rabbi Akiva que quiconque goûte quoi que ce soit avant d'avoir récité la havdala — sa mort viendra par l'askara. » Cependant, la Guemara note que les Sages de l'école de Rav Achi n'étaient pas pointilleux en ce qui concerne l'eau. Ils s'abstenaient seulement des boissons plus importantes avant la havdala.
וּפְלִיגָא דְּרַב הוּנָא. דְּרַב הוּנָא חַזְיֵיהּ לְהָהוּא גַּבְרָא דִּשְׁתָה מַיָּא קוֹדֶם הַבְדָּלָה. אֲמַר לֵיהּ: לָא מִיסְתְּפֵי מָר מֵאַסְכָּרָה? דְּתָנָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי עֲקִיבָא: כׇּל הַטּוֹעֵם כְּלוּם קוֹדֶם שֶׁיַּבְדִּיל — מִיתָתוֹ בְּאַסְכָּרָה. רַבָּנַן דְּבֵי רַב אָשֵׁי לָא קָפְדִי אַמַּיָּא.
Ravina souleva une question devant Rav Na'hman bar Yits'hak : « Celui qui n'a pas récité le kidouch le soir de Chabbat [dans la nuit du vendredi au samedi], quelle est la halakha en ce qui concerne sa capacité à réciter le kidouch à tout moment au cours de la journée entière ? Peut-il réciter le kidouch plus tard, ou a-t-il perdu l'opportunité en ne l'ayant pas récité en son temps ? » Rav Na'hman bar Yits'hak lui dit : « Du fait que les fils de Rabbi 'Hiyya disent que celui qui n'a pas récité la havdala à l'issue de Chabbat peut réciter la havdala à tout moment au cours de toute la semaine, on peut en déduire qu'ici aussi, celui qui n'a pas récité le kidouch le soir de Chabbat peut réciter le kidouch à tout moment au cours de la journée entière. »
בְּעָא מִינֵּיהּ רָבִינָא מֵרַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: מִי שֶׁלֹּא קִידֵּשׁ בְּעֶרֶב שַׁבָּת מַהוּ שֶׁיְּקַדֵּשׁ וְהוֹלֵךְ כָּל הַיּוֹם כּוּלּוֹ? אֲמַר לֵיהּ: מִדְּאָמְרִי בְּנֵי רַבִּי חִיָּיא: מִי שֶׁלֹּא הִבְדִּיל בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת — מַבְדִּיל וְהוֹלֵךְ כׇּל הַשַּׁבָּת כּוּלּוֹ, הָכָא נָמֵי: מִי שֶׁלֹּא קִידֵּשׁ בְּעֶרֶב שַׁבָּת — מְקַדֵּשׁ וְהוֹלֵךְ כׇּל הַיּוֹם כּוּלּוֹ.
Ravina lui opposa une objection tirée de la Tossefta : « Les nuits de Chabbat et les nuits de Yom Tov [fête] comportent l'obligation de kidouch sur une coupe [de vin] et comportent également l'obligation de mentionner la sainteté du jour dans le Birkat Ha-mazon [grâce après les repas] — soit le paragraphe 'Retsé ve-ha'alitssenou' le Chabbat et 'Ya'aleh ve-yavo' lors des fêtes. Mais le jour de Chabbat et des fêtes [par opposition aux nuits], il n'y a pas d'obligation de kidouch sur une coupe, et il y a toutefois obligation de mentionner la sainteté du jour dans le Birkat Ha-mazon. »
אֵיתִיבֵיהּ: לֵילֵי שַׁבָּת וְלֵילֵי יוֹם טוֹב יֵשׁ בָּהֶן קְדוּשָּׁה עַל הַכּוֹס וְיֵשׁ בָּהֶן הַזְכָּרָה בְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן. שַׁבָּת וְיוֹם טוֹב — אֵין בָּהֶם קְדוּשָּׁה עַל הַכּוֹס, וְיֵשׁ בָּהֶן הַזְכָּרָה בְּבִרְכַּת הַמָּזוֹן.
Ravina explique son objection : « Et si tu pouvais penser que celui qui n'a pas récité le kidouch le soir de Chabbat peut réciter le kidouch à tout moment au cours de la journée entière, alors concernant le jour de Chabbat et des fêtes [selon la Tossefta], on devrait également trouver qu'il y a une obligation de kidouch sur une coupe — car si [quelqu'un] n'a pas récité le kidouch la nuit, il peut le réciter le lendemain matin ! » Rav Na'hman bar Yits'hak lui dit : « Le tanna [auteur de la Tossefta] n'enseigne pas des cas de 'et si' [de'i, les circonstances inhabituelles]. » En d'autres termes, le tanna ne prend pas en considération la circonstance peu commune de celui qui a omis de réciter le kidouch la nuit de Chabbat.
וְאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ מִי שֶׁלֹּא קִידֵּשׁ בְּעֶרֶב שַׁבָּת מְקַדֵּשׁ וְהוֹלֵךְ כׇּל הַיּוֹם כּוּלּוֹ, שַׁבָּת וְיוֹם טוֹב נָמֵי מַשְׁכַּחַתְּ לְהוּ דְּיֵשׁ בָּהֶן קְדוּשָּׁה עַל הַכּוֹס, דְּאִי לָא קַדֵּישׁ מֵאוּרְתָּא מְקַדֵּשׁ לִמְחַר! אֲמַר לֵיהּ: ״דְּאִי״ לָא קָתָנֵי.
Ravina lui opposa une objection tirée d'une autre source : « S'il faut choisir entre l'honneur du jour de Chabbat [kidouch du matin] et l'honneur de la nuit [kidouch du soir], l'honneur du jour prend la priorité. Et si l'on n'a qu'une seule coupe [de vin], on la récite sur elle »
אֵיתִיבֵיהּ: כְּבוֹד יוֹם וּכְבוֹד לַיְלָה כְּבוֹד יוֹם קוֹדֵם. וְאִם אֵין לוֹ אֶלָּא כּוֹס אֶחָד — אוֹמֵר עָלָיו
Rachi
קשיא לעולא - שפתח בברוך ולא חתם:,הודאה היא - ואין בה הפסק דבר אחר לא הפסק תחנה ולא הפסק ריצוי הלכך בפתיחתן סגי ולא דמו לברכת קידוש שצריך לספר בשבח שבת וברכת יוצר אור שיש בה הפסק תחנה כגון ברחמיך הרבים וברכת אבות יש בה רצוי לפיכך צריך לפתוח ולסיים בשבחו של מקום:
הוו יתבי בסעודתא - בערב שבת והאריכו בה עד שחשיכה:,ונפסיק - בעקירת השלחן:,ונקבעה - לסעודתינו:,לשבתא - לשם שבת:,לא צריכיתו - להפסיק בעקירת שלחן כדי להבדיל בין סעודת חול לסעודת שבת:,שבת היא קבעתה - מעצמה היא חשובה סעודת שבת ונבדלת מסעודת חול ודי לכם בפריסת מפה וקידוש:
כשם שקובעת למעשר - אפילו אכילת עראי דשבת חשובה קבע למעשר במסכת ביצה (ד' לד:):,כך קובעת לקידוש - שאסור לטעום עד שיקדש אלמא משחשיכה היא חשובה סעודת שבת מאליה:
כך - יציאתה קובעת להבדלה שאם יושבים על השלחן וחשיכה במוצאי שבת אסורין לאכול עד שיבדילו:
והני מילי - דלהבדלה אינה קובעת לאפסוקי סעודתא אבל אתחולי לא מתחלינן משחשיכה עד שיבדילו:,הני מילי - דאין מפסיקין לאכילה אבל לשתיה לאו דבר חשוב הוא ומפסקי:
ולא אמרן - דלא מתחלי אלא בחמרא ושיכרא אבל מיא לית לן בה:
הזכרה בברכת המזון - של שבת רצה והחליצנו וביום טוב יעלה ויבא:
כבוד יום וכבוד לילה - אם (יש) לו יין הרבה לסעודה אחת או מיני מגדים יניחם עד היום:
Tossafot
קשיא לעולא - לפירוש הקונטרס דפירש לעיל דלא אמר אלא המבדיל בין קודש לחול ותו לא קשה מאי ס"ד דמקשה הא פשיטא דלברכת הפירות דמיא דאין לך קצרה יותר מזו ועוד לימא דסבר עולא כר' יהודה הנשיא דמשמע נמי דלא הוי חתים ונראה דעולא אמר נמי כל שאר הבדלות ואישתיק בלא חתימה וס"ד דמקשה כיון דארוכה היא קצת הוה ליה למיחתם בברוך מידי דהוה אקידוש שחותמין בה אע"ג דהודאה היא כיון שיש בה אריכות קצת ומשני דדמיא שפיר לברכת פירות וכן משמע דרב יהודה לא היה שואל אלא לידע אם יחתום או כרב או כשמואל:
כך קובעת לקידוש - שאסור לאכול בלא קידוש אפילו התחיל לאכול מבעוד יום וה"נ קובעת למעשר אפי' התחיל לאכול עראי מבעוד יום כדאמרינן בסוף המביא כדי יין (ביצה ד' לה.) היה אוכל באשכול וחשכה לו שבת רבי אליעזר אומר יגמור רבי יהושע אומר לא יגמור:
והנ"מ דאכלו ושתו מעיקרא - משמע שהיו אוכלים בשבת סמוך לחשיכה ותימה שלא נהגו לאכול בין מנחה למעריב וגם ר"ת כעס על רבינו משולם שהנהיג לאכול בין מנחה למעריב דאמר במדרש השותה מים בשבת בין השמשות גוזל את קרוביו המתים וכתב שפעם אחת אירע מעשה בלותיר ובא לידי סכנה ובקושי התירו ערב יום הכפורים לאכול אחר וידוי משום שכרות וגם תשעה באב שחל להיות בשבת ונדחה התירו בקושי ויש לדחות דמיירי הכא שהתחילו בהיתר ובאמצע סעודה התפללו מנחה והיכא דהתחילו בהיתר מותר להשלים:,אבל לשתיה מפסיקין - פירוש שתיה בלא סעודה דאין בה קביעות ולכך מפסיקין:
לא קפדי אמיא - וברייתא דכל הטועם מיתתו באסכרה לא מוקמי אמיא ומיתתו באסכרה מדה כנגד מדה הוא משביע גרונו יחנק ואסכרה במקום חנק כדאמרינן (כתובות ד' ל:) מי שנתחייב חנק או טובע בנהר או מת בסרונכי והיינו אסכרה:
Texte : Sefaria — William Davidson Edition - Vocalized Aramaic · traduction française de travail, à valider.