D'où déduit-on qu'une personne ne doit pas dire: « À D.ieu, une offrande consumée entièrement », « À D.ieu, une offrande de farine », « À D.ieu, une offrande de reconnaissance », « À D.ieu, une offrande de paix » [en mentionnant d'abord le Nom Divin]? Le verset dit: « Un korban à D.ieu » (Vayikra 1, 2). La raison en est que si l'on dit d'abord « à D.ieu », peut-être changera-t-on d'avis et n'achèvera-t-on pas la phrase pour éviter de consacrer l'offrande, et l'on aura alors prononcé le Nom de D.ieu en vain.
מִנַּיִן שֶׁלֹּא יֹאמַר אָדָם ״לַה׳ עוֹלָה״, ״לַה׳ מִנְחָה״, ״לַה׳ תּוֹדָה״, ״לַה׳ שְׁלָמִים״ — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״קׇרְבָּן לַה׳״.
Et c'est un raisonnement a fortiori: si pour celui qui n'avait l'intention que de mentionner le Nom des Cieux à propos d'une offrande, la Torah a dit qu'il doit dire « un korban à D.ieu » [en respectant cet ordre] afin d'éviter de mentionner éventuellement le Nom de D.ieu en vain, alors pour celui qui mentionne effectivement le Nom Divin en vain, à plus forte raison a-t-il commis une transgression grave.
וְקַל וָחוֹמֶר: וּמָה זֶה שֶׁלֹּא נִתְכַּוֵּון אֶלָּא לְהַזְכִּיר שֵׁם שָׁמַיִם עַל הַקׇּרְבָּן — אָמְרָה תּוֹרָה ״קׇרְבָּן לַה׳״, לְבַטָּלָה — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה.
La Guemara suggère: disons que ce désaccord entre Rabbi Yohanan et Rabbi Chimon ben Lakich est parallèle à un désaccord entre tanaïm, comme il est enseigné dans une baraïta que Beit Chamaï disent: si l'on exprime un vœu avec des substituts des termes de substitution mentionnés dans la Michna, le vœu prend effet et les objets sont interdits. Et Beit Hillel disent: si l'on exprime un vœu avec des substituts des termes de substitution mentionnés dans la Michna, le vœu ne prend pas effet et les objets sont permis.
לֵימָא כְּתַנָּאֵי, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: כִּינּוּיֵי כִינּוּיִין — אֲסוּרִין. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: כִּינּוּיֵי כִינּוּיִין — מוּתָּרִין.
N'est-il pas exact que celui qui dit que le vœu exprimé avec des substituts des termes de substitution mentionnés dans la Michna prend effet et que l'objet est par conséquent interdit, tient également que les substituts du langage des vœux sont des termes issus de la langue d'autres nations, et donc que les substituts de ces termes, eux aussi issus de langues étrangères, doivent être également acceptables? Et de même, selon celui qui dit que le vœu ne prend pas effet et que l'objet est permis, il faut qu'il tienne que ces termes sont un langage que les Sages ont inventé. Par conséquent, les substituts de ces termes, que les Sages n'ont pas déclarés être des termes acceptables pour exprimer un vœu, ne font pas prendre effet au vœu.
מַאי לָאו: מַאן דְּאָמַר כִּינּוּיֵי כִינּוּיִין אֲסוּרִין, קָסָבַר (כִּינּוּיֵי) כִינּוּיִין לְשׁוֹן אוּמּוֹת הֵן. וּלְמַאן דְּאָמַר מוּתָּרִים, קָסָבַר לָשׁוֹן שֶׁבָּדוּ לָהֶן חֲכָמִים?
La Guemara répond: Non, il est possible que tout le monde tienne que les substituts du langage des vœux sont des termes issus de la langue d'autres nations, et que Beit Chamaï tiennent que les nations parlent aussi en utilisant ces substituts des termes mentionnés dans la Michna, tandis que Beit Hillel tiennent que les nations ne parlent pas avec ces termes-là.
לָא, דְּכוּלֵּי עָלְמָא כִּינּוּיִין לְשׁוֹן אוּמּוֹת הֵן, וּבֵית שַׁמַּאי סָבְרִי: בְּהָנֵי נָמֵי מִשְׁתַּעִי אוּמּוֹת, וּבֵית הִלֵּל סָבְרִי: בְּהָנֵי לָא מִשְׁתַּעִי אוּמּוֹת.
Et si tu veux, dis une autre réponse: Beit Chamaï tiennent que l'on décrète [l'interdiction] des substituts des termes de substitution en raison des termes de substitution eux-mêmes, et Beit Hillel tiennent que l'on ne décrète pas [l'interdiction] des substituts des termes de substitution en raison des termes de substitution.
וְאִיבָּעֵית אֵימָא, בֵּית שַׁמַּאי סָבְרִי: גָּזְרִינַן כִּינּוּיֵי כִינּוּיִין מִשּׁוּם כִּינּוּיִין, וּבֵית הִלֵּל סָבְרִי: לָא גָּזְרִינַן כִּינּוּיֵי כִינּוּיִין מִשּׁוּם כִּינּוּיִין.
Quels sont les cas de substituts de substituts pour les vœux [nedarim]? Rav Yossef enseigne: « makanemna », « makan'hna », « makansena ». Quels sont les cas de substituts de substituts pour le 'hérem [voué à la destruction]? Mafcha'a enseigne: « 'harakim », « 'harakhim », « 'harafim ». Quels sont les substituts de substituts pour le nazirat [vœu de nazir]? Rav Yossef enseigne: « ma'hazakna », « manzahna », « mapi'hna ».
הֵיכִי דָּמֵי כִּינּוּיֵי כִינּוּיִין דִּנְדָרִים? תָּנֵי רַב יוֹסֵף: ״מַקְנֵמְנָא״ ״מַקְנַחְנָא״ ״מַקְנֵסְנָא״. הֵיכִי דָּמֵי כִּינּוּיֵי כִינּוּיִין דְּחֵרֶם? תָּנֵי מַפְשָׁאָה: ״חֲרָקִים״ ״חֲרָכִים״ ״חֲרָפִים״. כִּינּוּיֵי כִינּוּיִין דִּנְזִירוּת? תָּנֵי רַב יוֹסֵף: ״מַחְזֵקְנָא״ ״מַנְזַחְנָא״ ״מַפִּיחְנָא״.
On posa comme perplexité devant les Sages: si l'on dit « mip'hazna », quelle est la halakha? Si l'on dit « mit'hazna », quelle est la halakha? Si l'on dit « mita'zna », quelle est la halakha? Ravina dit à Rav Achi: si l'on dit « kinma », quelle est la halakha? Dit-il que l'objet doit être comme un konam, auquel cas le vœu prend effet, ou peut-être veut-il dire « cannelle parfumée [kinaman bessem] » (voir Chemot 30, 23) sans avoir l'intention d'exprimer un vœu par le mot konam?
אִיבַּעְיָא לְהוּ: ״מִיפְּחַזְנָא״ מַאי? ״מִיתְּחַזְנָא״ מַאי? ״מִיתְּעַזְנָא״ מַאי? אֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְרַב אָשֵׁי: ״קִינְּמָא״ (קינמא) מַאי? ״קֻוֽנָּם״ קָאָמַר, אוֹ דִלְמָא ״קִנְּמָן בֶּשֶׂם״ קָאָמַר?
Rav A'ha, fils de Rav 'Hiya, dit à Rav Achi: si l'on dit « kina », quelle est la halakha? Dit-on cela en référence à un poulailler, appelé aussi kina, ou peut-être est-ce un terme équivalent à konam? Sur ces cas, la Guemara dit: la question reste sans solution.
אֲמַר לֵיהּ רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרַב חִיָּיא לְרַב אָשֵׁי: ״קִינָּה״ מַאי? קִינָּה שֶׁל תַּרְנְגוֹלִין קָאָמַר, אוֹ דִילְמָא לָשׁוֹן דְּקֻוֽנָּם? תִּיבְּעֵי.
Quels sont les cas de substituts de substituts pour les serments [chevoua]? La Guemara répond que cette catégorie inclut les termes « chevouel », « chevoutiel », « chekoukael ». La Guemara demande: pourquoi le terme « chevouel » est-il inclus? Ce mot désigne Chevouel, fils de Guerchom, nom propre d'un individu (voir I Divrei HaYamim 26, 24), et ne devrait donc pas être considéré comme un terme de substitution pour un serment. Il faut plutôt lire la liste comme: « chevouvael », « chevoutiel », « chekoukael ». Quelle est la halakha? Chmouel dit: s'il a dit « achivta », il n'a rien dit, malgré une certaine ressemblance avec le mot serment [chevoua]. De même, s'il a dit « achkika », il n'a rien dit. S'il a dit « karincha », il n'a rien dit, bien que ce soit quelque peu semblable à konam.
כִּינּוּיֵי כִינּוּיִין דִּשְׁבוּעָה הֵיכִי דָּמֵי? ״שְׁבוּאֵל״ ״שְׁבוּתִיאֵל״ ״שְׁקוּקָאֵל״. שְׁבוּאֵל? שְׁבוּאֵל בֶּן גֵּרְשׁוֹם מַשְׁמַע! אֶלָּא: ״שְׁבוּבָאֵל״ ״שְׁבוּתִיאֵל״ ״שְׁקוּקָאֵל״ מַהוּ? אָמַר שְׁמוּאֵל: אָמַר ״אַשִּׁיבְתָּא״ — לֹא אָמַר כְּלוּם, ״אַשְׁקִיקָא״ — לֹא אָמַר כְּלוּם, ״קָרִינְשָׂא״ — לֹא אָמַר כְּלוּם.
« Il fit un vœu par mohi, ce sont là des termes de substitution. » Il est enseigné dans une baraïta: Rabban Chimon ben Gamliel dit: celui qui dit qu'il prête serment par « mohi » n'a rien dit. Cependant, s'il dit: « par le serment [bemomata] que mohi a prononcé », ce sont là des termes de substitution valides pour un serment.
״נָדַר בְּמוֹהִי הֲרֵי אֵלּוּ כִינּוּיִין״. תַּנְיָא, רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: הָאוֹמֵר ״בְּמוֹהִי״ — לֹא אָמַר כְּלוּם, ״בְּמוֹמָתָא דַּאֲמַר מוֹהִי״ — הֲרֵי אֵלּוּ כִּינּוּיִין לַשְּׁבוּעָה.
Mishna 1
MICHNA: Celui qui dit à un autre: « Ce que je mangerai de chez toi sera comme lachoulin », cela s'interprète comme s'il avait dit « la 'houlin », c'est-à-dire non profane, et la nourriture lui devient donc interdite. De même, s'il a dit que la nourriture sera considérée comme « pas cachère » ou « pas dekhi », c'est-à-dire non pure rituellement, ou s'il a dit que la nourriture sera considérée comme une offrande devenue impure rituellement, restante [notar] ou pigoul, c'est-à-dire une offrande sacrifiée avec l'intention de la consommer après son temps imparti — c'est interdit.
מַתְנִי׳ הָאוֹמֵר ״לַחוּלִּין שֶׁאוֹכַל לָךְ״, ״לָא כָּשַׁר״ וְ״לָא דְּכֵי״, ״טָהוֹר״ וְ״טָמֵא״, ״נוֹתָר״ וּ״פִיגּוּל״ — אָסוּר.(משנה)