Guémara
Cela va de soi selon mon opinion, moi qui dis que c'est parce que le permis se combine avec l'interdit, [comme] par exemple lorsque le [produit] non consacré est en majorité. Mais selon toi qui dis que c'est parce qu'il y a un volume d'une olive [de terouma] dans le temps qu'il faut pour manger un demi-pain, quand bien même le [produit] non consacré serait en majorité, qu'est-ce que cela change? [Dans tous les cas], il y a un volume d'une olive de terouma consommé dans le temps qu'il faut pour manger un demi-pain.
בִּשְׁלָמָא לְדִידִי דְּאָמֵינָא מִשּׁוּם דְּהֶיתֵּר מִצְטָרֵף לְאִיסּוּר, כְּגוֹן דִּנְפִישִׁי חוּלִּין. אֶלָּא לְדִידָךְ דְּאָמְרַתְּ מִשּׁוּם דְּאִיכָּא כְּזַיִת בִּכְדֵי אֲכִילַת פְּרָס — כִּי נְפִישִׁי חוּלִּין מַאי הָוֵי?
Rav Dimi lui dit: Laisse de côté la terouma de notre époque, car elle est d'ordre rabbinique. Depuis l'exil du peuple juif d'Erets Yisrael, les halakhot de la terouma et des dîmes s'appliquent par décret rabbinique et non par la Torah. C'est sur cette base que repose la décision indulgente concernant ce mélange.
אֲמַר לֵיהּ: הַנַּח לִתְרוּמָה בַּזְּמַן הַזֶּה דְּרַבָּנַן.
Abaye lui dit: D'où sais-tu que ce verset « ni rien qui soit trempé [de raisin] » (Bamidbar 6, 3) vient enseigner le principe que le permis se combine avec l'interdit, comme l'a dit Rabbi Yohanan? Peut-être vient-il plutôt établir le principe selon lequel le statut du goût d'un aliment interdit est comme celui de sa substance même!
אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי: מִמַּאי דְּהַאי ״מִשְׁרַת״ לְהֶיתֵּר מִצְטָרֵף לְאִיסּוּר הוּא דַּאֲתָא? דִּילְמָא לִיתֵּן טַעַם כְּעִיקָּר הוּא דַּאֲתָא!
Et concernant Abaye, [la Guemara s'étonne:] au départ, ce que disait Rav Dimi lui posait difficulté, et il lui avait opposé toutes ces réfutations. Puis il lui dit: [Ne faut-il pas plutôt comprendre que ce verset vient] établir que le goût est comme la substance même?
וּלְאַבָּיֵי, מֵעִיקָּרָא קָא קַשְׁיָא לֵיהּ מַאי דְּקָאָמַר רַב דִּימִי, וְקָא מוֹתֵיב לֵיהּ כׇּל הָלֵין תְּיוּבָתָא. הֲדַר אֲמַר לֵיהּ, לִיתֵּן טַעַם כְּעִיקָּר?
Après que [Rav Dimi] lui eut répondu, [Abaye] lui dit: Peut-être ce [verset] vient-il établir que le goût est comme la substance même?
בָּתַר דְּשַׁנִּי לֵיהּ, אֲמַר לֵיהּ: דִּילְמָא לִיתֵּן טַעַם כָּעִיקָּר הוּא דַּאֲתָא?
[Ceci se rapporte] à ce qui est enseigné dans une baraïta: [le terme] « trempé » vient établir que le goût est comme la substance même, car si l'on a trempé des raisins dans de l'eau et que celle-ci a le goût du vin, [le nazir qui la boit] est passible, [cette eau] prenant le statut du vin. Et de là tu déduis [la règle pour] tous les interdits de la Torah.
לְכִדְתַנְיָא: ״מִשְׁרַת״ לִיתֵּן טַעַם כְּעִיקָּר, שֶׁאִם שָׁרָה עֲנָבִים בְּמַיִם וְיֵשׁ בָּהֶן טַעַם יַיִן — חַיָּיב. וּמִכָּאן אַתָּה דָּן כׇּל אִיסּוּרִין שֶׁבַּתּוֹרָה.
Et si pour le nazir, dont l'interdit n'est pas un interdit perpétuel, et dont l'interdit n'est pas un interdit de jouissance, et pour lequel il existe une possibilité de permission — [la Torah] a néanmoins établi que le goût est comme la substance même, pour les mélanges hétérogènes de la vigne, dont l'interdit est perpétuel, dont l'interdit est un interdit de jouissance, et pour lesquels il n'existe aucune possibilité de permission, n'est-il pas logique que [la Torah] établisse [a fortiori] que le goût y est comme la substance même?!
וּמָה נָזִיר שֶׁאֵין אִיסּוּרוֹ אִיסּוּר עוֹלָם, וְאֵין אִיסּוּרוֹ אִיסּוּר הֲנָאָה, וְיֵשׁ הֶיתֵּר לְאִיסּוּרוֹ — עָשָׂה בּוֹ טַעַם כְּעִיקָּר. כִּלְאֵי הַכֶּרֶם, שֶׁאִיסּוּרָן אִיסּוּר עוֹלָם, וְאִיסּוּרָן אִיסּוּר הֲנָיָיה, וְאֵין הֶיתֵּר לְאִיסּוּרָן — אֵינוֹ דִּין שֶׁיַּעֲשֶׂה בּוֹ טַעַם כְּעִיקָּר?!
Et il en va de même pour la orla, sur deux points. Bien que l'interdit de la orla ne soit pas perpétuel (puisqu'on peut manger le fruit après trois ans), il est interdit d'en tirer profit, et cette interdiction ne peut être levée. De même, tous les autres interdits de la Torah sont plus sévères que celui du nazir sur l'un de ces points, et donc ce principe est universel. [Abaye demande à Rav Dimi:] Cette dérivation entière ne pose-t-elle pas en tout état de cause une difficulté pour Rabbi Yohanan, qui déduit une halakha différente du terme « trempé »?
וְהוּא הַדִּין לְעׇרְלָה בִּשְׁתַּיִם.
Un des Sages lui dit: Quand Rabbi Abahou a dit [au nom de] Rabbi Yohanan [que ce principe se déduit du terme « trempé »], il parlait conformément à l'opinion de Rabbi Akiva. [La Guemara demande:] De quel Rabbi Akiva s'agit-il? Si l'on dit qu'il s'agit du Rabbi Akiva d'ici, comme nous l'avons appris [dans une michna]: Rabbi Akiva dit: Même si [le nazir] a trempé son pain dans du vin, et qu'il y a de quoi combiner un volume d'une olive, il est passible — mais d'où sait-on cela? Peut-être ne s'agit-il que du cas où il y a un volume d'une olive de vin en soi, sans le pain!
אֲמַר לֵיהּ הָהוּא מֵרַבָּנַן: רַבִּי אֲבָהוּ כִּי קָאָמַר לְרַבִּי עֲקִיבָא, הֵי רַבִּי עֲקִיבָא? אִילֵימָא רַבִּי עֲקִיבָא דְּהָכָא, דִּתְנַן: רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: אֲפִילּוּ שָׁרָה פִּיתּוֹ בְּיַיִן וְיֵשׁ בּוֹ כְּדֵי לְצָרֵף כְּזַיִת — חַיָּיב, וּמִמַּאי? דִּילְמָא הוּא דְּאִיכָּא כְּזַיִת בָּעֵינָא!
Et si tu dis: quelle est alors l'utilité d'énoncer cette règle [si le mélange contient déjà un volume d'olive de vin]? [On peut répondre que] c'est pour exclure [l'opinion] du premier tanna, qui dit qu'il n'est passible que s'il boit un quart de log de vin!
וְכִי תֵּימָא: מַאי לְמֵימְרָא? לְאַפּוֹקֵי מִתַּנָּא קַמָּא, דְּאָמַר: עַד שֶׁיִּשְׁתֶּה רְבִיעִית יַיִן!
Il s'agit plutôt du Rabbi Akiva de la baraïta. Car il est enseigné: Rabbi Akiva dit: un nazir qui a trempé son pain dans du vin, et qui a mangé un volume d'une olive [pris ensemble] du pain et du vin, est passible.
אֶלָּא, רַבִּי עֲקִיבָא דְּבָרַיְיתָא. דְּתַנְיָא, רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: נָזִיר שֶׁשָּׁרָה פִּתּוֹ בְּיַיִן, וְאָכַל כְּזַיִת מִפַּת וּמִיַּיִן — חַיָּיב.
Rav Aha, fils de Rav Avya, dit à Rav Achi: Selon Rabbi Akiva, qui établit ce [verset] « et rien de ce qui est trempé » comme se rapportant au principe que le permis se combine avec l'interdit, d'où tire-t-il le principe que le goût est comme la substance même? [La Guemara répond:] Il le déduit de la viande cuite dans le lait. N'est-ce pas qu'il n'y a pas de lait réel présent, mais seulement le goût du lait absorbé dans la viande, et pourtant le mélange est interdit? Ici aussi, il n'y a pas de différence.
אֲמַר לֵיהּ רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרַב אַוְיָא לְרַב אָשֵׁי: לְרַבִּי עֲקִיבָא דְּקָא מוֹקֵים לֵיהּ לְהַאי ״וְכׇל מִשְׁרַת״ לְהֶיתֵּר מִצְטָרֵף לְאִיסּוּר, לִיתֵּן טַעַם כְּעִיקָּר מְנָא לֵיהּ? יָלֵיף מִבָּשָׂר בְּחָלָב. לָאו טַעַם בְּעָלְמָא הוּא, וְאָסוּר? הָכָא נָמֵי לָא שְׁנָא.