Mishna 1
MICHNA : Durant les jours intermédiaires d'une fête ('hol hamoéd), les femmes peuvent se lamenter de douleur sur le défunt, mais elles ne peuvent pas se frapper [les mains l'une contre l'autre en signe de deuil, ce qu'on appelle métapéa'h]. Rabbi Yichmaël dit : celles qui se tiennent tout près du brancard [du défunt] peuvent se frapper les mains.
מַתְנִי׳ נָשִׁים בַּמּוֹעֵד מְעַנּוֹת, אֲבָל לֹא מְטַפְּחוֹת. רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר: הַסְּמוּכוֹת לַמִּטָּה מְטַפְּחוֹת.(משנה)
Aux jours de Roch 'Hodech [le début du mois], à 'Hanoucca et à Pourim — qui ne sont pas des fêtes de la Torah [mais des jours institués par les Sages] —, les femmes peuvent à la fois se lamenter et se frapper les mains en signe de deuil. Mais aussi bien aux jours intermédiaires d'une fête qu'à Roch 'Hodech, à 'Hanoucca et à Pourim, elles ne peuvent pas réciter de complainte (kina). Une fois le défunt enseveli, elles ne peuvent plus ni se lamenter ni se frapper les mains.
בְּרָאשֵׁי חֳדָשִׁים, בַּחֲנוּכָּה וּבְפוּרִים — מְעַנּוֹת וּמְטַפְּחוֹת, בְּזֶה וָזֶה — לֹא מְקוֹנְנוֹת. נִקְבַּר הַמֵּת — לֹא מְעַנּוֹת וְלֹא מְטַפְּחוֹת.
La Michna explique : qu'est-ce qui est tenu pour « lamentation » (inouï) ? C'est lorsqu'elles se lamentent toutes ensemble, à l'unisson. Et qu'est-ce qui est tenu pour « complainte » (kina) ? C'est lorsque l'une parle [seule] et que toutes répondent après elle [en reprenant un refrain], ainsi qu'il est dit : « Et enseignez à vos filles la lamentation, et chacune à sa compagne la complainte » (Yirmeyahou 9, 19).
אֵיזֶהוּ עִינּוּי — שֶׁכּוּלָּן עוֹנוֹת כְּאַחַת, קִינָה — שֶׁאַחַת מְדַבֶּרֶת וְכוּלָּן עוֹנוֹת אַחֲרֶיהָ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְלַמֵּדְנָה בְנוֹתֵיכֶם נֶהִי וְאִשָּׁה רְעוּתָהּ קִינָה״.
[Afin de conclure sur une note positive,] la Michna dit : mais pour ce qui est de l'avenir, le verset déclare : « Il fera disparaître la mort à jamais ; et le Seigneur D.ieu essuiera les larmes de tous les visages, et il ôtera l'opprobre de son peuple de dessus toute la terre, etc. » (Yecha'yahou 25, 8).
אֲבָל לֶעָתִיד לָבֹא הוּא אוֹמֵר ״בִּלַּע הַמָּוֶת לָנֶצַח וּמָחָה ה׳ אֱלֹהִים דִּמְעָה מֵעַל כׇּל פָּנִים וְגוֹ׳״.
Guémara
GUEMARA : Que disent [les femmes] qui se lamentent sur les morts ? Rav a dit : elles disent : « Malheur sur celui qui s'en va ! Malheur sur celui qui rend le gage ! » — c'est-à-dire son âme, qui lui avait été confiée en dépôt durant toutes les années de sa vie [et qu'il doit maintenant restituer].
גְּמָ׳ מַאי אֲמַרַן? אָמַר רַב: ״וַיי לְאָזְלָא, וַיי לַחֲבִילָא״.
Rava a dit : les femmes de la ville de Chekhantsiv, réputées pour leur sagesse, disaient ainsi : « Malheur sur celui qui s'en va ! Malheur sur celui qui rend le gage ! » Et Rava a dit : les femmes de Chekhantsiv disaient au sujet d'un vieillard : « L'os a été retiré de la mâchoire, et l'eau retourne à la marmite. »
אָמַר רָבָא, נְשֵׁי דְּשַׁכְנְצִיב אֲמַרַן הָכִי: ״וַיי לָאָזְלָא, וַיי לַחֲבִילָא״. וְאָמַר רָבָא, נְשֵׁי דְשַׁכְנְצִיב אָמְרָן: ״גּוּד גַּרְמָא מִכַּכָּא וְנִמְטֵי מַיָּא לְאַנְטִיכִי״.
Et Rava a dit : les femmes de Chekhantsiv disaient [au moment du deuil] : « Drapez-vous et couvrez-vous de deuil, ô montagnes, car le défunt est fils des grands et des illustres. » Et Rava a dit : les femmes de Chekhantsiv disaient : « Prêtez un manteau d'étoffe fine [pour servir de linceul] à un homme libre dont les provisions sont épuisées. » Autrement dit, un homme riche qui a perdu sa fortune préférerait mourir plutôt que de vivre dans la pauvreté.
וְאָמַר רָבָא, נְשֵׁי דְשַׁכְנְצִיב אָמְרָן: ״עֲטוֹף וְכַסּוֹ טוּרֵי, דְּבַר רָמֵי וּבַר רַבְרְבֵי הוּא״. וְאָמַר רָבָא: נְשֵׁי דְשַׁכְנְצִיב אָמְרָן: ״שְׁייוֹל אִצְטְלָא דְמֵלָתָא לְבַר חוֹרִין, דִּשְׁלִימוּ זְווֹדֵיהּ״.
Et Rava a dit : les femmes de Chekhantsiv disaient : « L'homme court et trébuche au gué, et pourtant il emprunte [encore]. » Et Rava a dit : les femmes de Chekhantsiv disaient : « Nos frères les marchands seront examinés sur leurs lieux de négoce [pour voir s'ils sont d'honnêtes hommes d'affaires]. » Et Rava a dit : les femmes de Chekhantsiv disaient : « La mort est comme la mort [chacun doit mourir], et les souffrances sont comme un intérêt [une dette qu'il faut acquitter]. »
וְאָמַר רָבָא, נְשֵׁי דְשַׁכְנְצִיב אָמְרָן: ״רָהֵיט וְנָפֵיל אַמַּעְבָּרָא וִיזוּפְתָּא יָזֵיף״. וְאָמַר רָבָא, נְשֵׁי דְשַׁכְנְצִיב אָמְרָן: ״אֲחַנָא תַּגָּרֵי אַזַּבְזָגֵי מִיבַּדְקוּ״. וְאָמַר רָבָא, נְשֵׁי דְשַׁכְנְצִיב אָמְרָן: ״מוֹתָא כִּי מוֹתָא וּמַרְעִין חִיבוּלְיָא״.
Il est enseigné dans une baraïta que Rabbi Méir disait à propos du verset « Mieux vaut aller à la maison de deuil qu'aller à la maison de festin, car c'est là la fin de tout homme ; et le vivant le prendra à cœur » (Kohélèt 7, 2) : qu'est-ce donc que le vivant doit prendre à cœur ? Des choses qui touchent à la mort. Et ces choses sont les suivantes : celui qui fait l'éloge funèbre [des autres] sera lui-même loué par d'autres ; celui qui enterre [les autres] sera lui-même enterré par d'autres ; celui qui charge [ses éloges de paroles] de louange et d'hommage [pour les autres] sera traité de même par d'autres ; celui qui élève [la voix en pleurs sur les autres] verra d'autres élever la voix sur lui.
תַּנְיָא, הָיָה רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: ״טוֹב לָלֶכֶת אֶל בֵּית אֵבֶל וְגוֹ׳״ עַד ״וְהַחַי יִתֵּן אֶל לִבּוֹ״ — דְּבָרִים שֶׁל מִיתָה: דְּיִסְפֹּד — יִסְפְּדוּנֵיהּ, דְּיִקְבַּר — יִקְבְּרוּנֵיהּ, דְּיִטְעֹן — יִטְעֲנוּנֵיהּ, דִּידַל — יְדַלּוּנֵיהּ.
Et certains disent [une autre lecture] : celui qui ne s'élève pas [avec orgueil, mais choisit sa place parmi les humbles] sera élevé par d'autres, ainsi qu'il est écrit : « Ne te glorifie pas devant le roi, et ne te tiens pas à la place des grands. Car mieux vaut qu'on te dise : monte ici ! plutôt que d'être abaissé devant le prince » (Michlé 25, 6-7).
וְאִיכָּא דְאָמְרִי: דְּלָא יְדַל — יְדַלּוּנֵיהּ, דִּכְתִיב: ״כִּי טוֹב אֲמׇר לְךָ עֲלֵה הֵנָּה וְגוֹ׳״.
Les Sages ont enseigné la baraïta suivante : lorsque les fils de Rabbi Yichmaël moururent, quatre Anciens entrèrent pour le consoler : Rabbi Tarfon, Rabbi Yossi HaGuelili, Rabbi Élazar ben Azarya et Rabbi Akiva. Rabbi Tarfon leur dit : sachez que Rabbi Yichmaël est un grand Sage, versé dans les agadot [les enseignements homilétiques] ; qu'aucun de vous n'empiète sur les paroles de son compagnon [mais que chacun dise plutôt une parole nouvelle de son cru]. Rabbi Akiva dit : et moi, je parlerai en dernier.
תָּנוּ רַבָּנַן: כְּשֶׁמֵּתוּ בָּנָיו שֶׁל רַבִּי יִשְׁמָעֵאל נִכְנְסוּ אַרְבָּעָה זְקֵנִים לְנַחֲמוֹ, רַבִּי טַרְפוֹן, וְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי וְרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה, וְרַבִּי עֲקִיבָא. אֲמַר לָהֶם רַבִּי טַרְפוֹן: דְּעוּ שֶׁחָכָם גָּדוֹל הוּא וּבָקִי בְּאַגָּדוֹת, אַל יִכָּנֵס אֶחָד מִכֶּם לְתוֹךְ דִּבְרֵי חֲבֵירוֹ. אָמַר רַבִּי עֲקִיבָא: וַאֲנִי אַחֲרוֹן.
Rabbi Yichmaël, l'endeuillé, ouvrit [le premier] et dit, à son propre sujet : nombreuses sont ses fautes ; à cause de cela, ses deuils se sont succédé coup sur coup, et il a importuné ses maîtres une première puis une seconde fois [en les obligeant à venir le consoler].
פָּתַח רַבִּי יִשְׁמָעֵאל וְאָמַר: רַבּוּ עֲוֹנוֹתָיו, תְּכָפוּהוּ אֲבָלָיו, הִטְרִיחַ רַבּוֹתָיו פַּעַם רִאשׁוֹנָה וּשְׁנִיָּה.