Guémara
GUEMARA : La Guemara répond : une mitsva, c'est différent ; et puisque mettre les tefilin est une mitsva, l'endeuillé est tenu de les mettre, même durant les trois premiers jours [de son deuil].
מִצְוָה שָׁאנֵי.
Les Sages ont enseigné la baraïta suivante : durant les trois premiers jours après le décès, l'endeuillé a l'interdiction de travailler, et cela même s'il s'agit d'un pauvre qui subsiste grâce à la tsédaka [la charité]. À partir de là [c'est-à-dire passé les trois jours], il peut travailler en privé, à l'intérieur de sa maison, s'il en a besoin. De même, une femme [en deuil] peut filer le fil au fuseau à l'intérieur de sa maison.
תָּנוּ רַבָּנַן: אָבֵל, שְׁלֹשָׁה יָמִים הָרִאשׁוֹנִים אָסוּר בִּמְלָאכָה, וַאֲפִילּוּ עָנִי הַמִּתְפַּרְנֵס מִן הַצְּדָקָה. מִכָּאן וְאֵילָךְ — עוֹשֶׂה בְּצִינְעָא בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ. וְהָאִשָּׁה טוֹוָה בַּפֶּלֶךְ בְּתוֹךְ בֵּיתָהּ.
Les Sages ont enseigné dans une autre baraïta : durant les trois premiers jours après le décès, l'endeuillé ne se rend pas chez un autre endeuillé pour le consoler. À partir de là [passé les trois jours], il peut s'y rendre, mais il ne s'assoit pas à la place des consolateurs ; il s'assoit plutôt à la place de ceux qui sont consolés, c'est-à-dire auprès des endeuillés de cette maison.
תָּנוּ רַבָּנַן: אָבֵל, שְׁלֹשָׁה יָמִים הָרִאשׁוֹנִים אֵינוֹ הוֹלֵךְ לְבֵית הָאֵבֶל, מִכָּאן וְאֵילָךְ הוֹלֵךְ, וְאֵינוֹ יוֹשֵׁב בִּמְקוֹם הַמְנַחֲמִין, אֶלָּא בִּמְקוֹם הַמִּתְנַחֲמִין.
Les Sages ont enseigné encore dans une autre baraïta : durant les trois premiers jours après le décès, l'endeuillé a l'interdiction d'adresser le salut [shéélat shalom] à autrui. Du troisième au septième jour, il peut répondre lorsque les gens le saluent, mais il ne les salue pas le premier. À partir de là [passé le septième jour], il salue et répond à sa manière habituelle.
תָּנוּ רַבָּנַן: אָבֵל, שְׁלֹשָׁה יָמִים הָרִאשׁוֹנִים אָסוּר בִּשְׁאֵילַת שָׁלוֹם. מִשְּׁלֹשָׁה וְעַד שִׁבְעָה — מֵשִׁיב וְאֵינוֹ שׁוֹאֵל. מִכָּאן וְאֵילָךְ, שׁוֹאֵל וּמֵשִׁיב כְּדַרְכּוֹ.
[Sur ce qui vient d'être dit, la Guemara objecte :] durant les trois premiers jours, [l'endeuillé] aurait-il vraiment l'interdiction d'adresser le salut ? Mais n'a-t-on pas enseigné dans une baraïta : il advint que les fils de Rabbi Akiva moururent, et tout Israël entra [chez lui] pour les pleurer d'une grande oraison funèbre.
שְׁלֹשָׁה יָמִים הָרִאשׁוֹנִים אָסוּר בִּשְׁאֵילַת שָׁלוֹם? וְהָתַנְיָא: מַעֲשֶׂה וּמֵתוּ בָּנָיו שֶׁל רַבִּי עֲקִיבָא, נִכְנְסוּ כׇּל יִשְׂרָאֵל וְהִסְפִּידוּם הֶסְפֵּד גָּדוֹל.
Au moment de se séparer [de l'assemblée], Rabbi Akiva se tint debout sur un grand banc et dit : « Nos frères, maison d'Israël, écoutez ! Quand bien même mes deux fils auraient été des jeunes mariés, je serais consolé en raison de l'honneur que vous leur avez rendu. Et si c'est pour Akiva [lui-même] que vous êtes venus, voyez combien d'Akiva il y a au marché [que l'on ne vient pas consoler ainsi]. C'est donc, assurément, que vous vous êtes dit : “La Torah de son D.ieu est dans son cœur” (Téhilim 37, 31) [et vous avez voulu honorer la Torah]. À plus forte raison votre récompense est-elle double. Retournez maintenant chez vous en paix ! » [Ce récit indique que l'endeuillé peut saluer autrui même le premier jour de son deuil.]
בִּשְׁעַת פְּטִירָתָן, עָמַד רַבִּי עֲקִיבָא עַל סַפְסָל גָּדוֹל וְאָמַר: אַחֵינוּ בֵּית יִשְׂרָאֵל שִׁמְעוּ! אֲפִילּוּ שְׁנֵי בָנִים חֲתָנִים — מְנוּחָם הוּא בִּשְׁבִיל כָּבוֹד שֶׁעֲשִׂיתֶם. וְאִם בִּשְׁבִיל עֲקִיבָא בָּאתֶם, הֲרֵי כַּמָּה עֲקִיבָא בַּשּׁוּק. אֶלָּא כָּךְ אֲמַרְתֶּם: תּוֹרַת אֱלֹהָיו בְּלִבּוֹ. וְכׇל שֶׁכֵּן שֶׁשְּׂכַרְכֶם כָּפוּל, לְכוּ לְבָתֵּיכֶם לְשָׁלוֹם!
La Guemara répond : honorer le public, c'est différent. [Rabbi Akiva fut autorisé à saluer l'assemblée pour lui témoigner courtoisie et respect.]
כְּבוֹד רַבִּים שָׁאנֵי.
[Il a été enseigné dans la baraïta citée plus haut :] du troisième au septième jour, il peut répondre lorsque les gens le saluent, mais il ne les salue pas le premier. À partir de là [passé le septième jour], il salue et répond à sa manière habituelle.
מִשְּׁלֹשָׁה וְעַד שִׁבְעָה — מֵשִׁיב וְאֵינוֹ שׁוֹאֵל, מִכָּאן וְאֵילָךְ, שׁוֹאֵל וּמֵשִׁיב כְּדַרְכּוֹ.
Et la Guemara soulève une contradiction à partir d'une autre baraïta, qui enseigne : celui qui rencontre son prochain en deuil, durant les trente premiers jours [du deuil de celui-ci], lui adresse des paroles de consolation [tanhoumin] mais ne le salue pas ; passé les trente jours, il le salue mais ne lui adresse pas de paroles de consolation, afin de ne pas lui rappeler sa douleur.
וּרְמִינְהוּ: הַמּוֹצֵא אֶת חֲבֵירוֹ אָבֵל, בְּתוֹךְ שְׁלֹשִׁים יוֹם — מְדַבֵּר עִמּוֹ תַּנְחוּמִין וְאֵינוֹ שׁוֹאֵל בִּשְׁלוֹמוֹ, לְאַחַר שְׁלֹשִׁים יוֹם — שׁוֹאֵל בִּשְׁלוֹמוֹ וְאֵינוֹ מְדַבֵּר עִמּוֹ תַּנְחוּמִין.
[De même cette baraïta enseigne :] si c'est la femme de l'endeuillé qui est morte et qu'il a épousé une autre femme [dans les trente jours], on n'a pas le droit d'entrer chez lui pour lui adresser des paroles de consolation [afin de ne pas froisser sa nouvelle épouse]. Si toutefois on le rencontre seul au marché, on peut lui parler à voix basse et avec gravité. [Ce passage indique que l'interdiction de saluer dure trente jours, et non sept seulement.]
מֵתָה אִשְׁתּוֹ וְנָשָׂא אִשָּׁה אַחֶרֶת, אֵינוֹ רַשַּׁאי לִיכָּנֵס לְבֵיתוֹ לְדַבֵּר עִמּוֹ תַּנְחוּמִין. מְצָאוֹ בַּשּׁוּק — אוֹמֵר לוֹ בְּשָׂפָה רָפָה וּבְכוֹבֶד רֹאשׁ.
Rav Idi bar Avin dit : [les deux baraïtot traitent de situations différentes.] La première baraïta parle de l'endeuillé lui-même, qui peut saluer [shalom] autrui [au terme de ses sept jours de deuil], car les autres, eux, sont dans la paix [shalom]. La seconde baraïta, qui pose une interdiction de trente jours, parle des autres, qui ne saluent pas l'endeuillé, car lui n'est pas dans la paix.
אָמַר רַב אִידִי בַּר אָבִין: הוּא שׁוֹאֵל בִּשְׁלוֹם אֲחֵרִים — שֶׁאֲחֵרִים שְׁרוּיִין בְּשָׁלוֹם, אֲחֵרִים אֵין שׁוֹאֲלִין בִּשְׁלוֹמוֹ, שֶׁהוּא אֵינוֹ שָׁרוּי בְּשָׁלוֹם.
La Guemara objecte : mais du fait que la baraïta enseigne [qu'après le troisième jour l'endeuillé] répond [aux salutations], on déduit que les autres le saluent [déjà avant trente jours, ce qui contredit l'interdiction de trente jours] ! La Guemara répond : il s'agit là d'un cas où les gens ne savaient pas qu'il était en deuil et l'ont salué sans le savoir.
וְהָא מִדְּקָתָנֵי מֵשִׁיב, מִכְּלָל דְּשָׁיְילִינַן לֵיהּ? דְּלָא יָדְעִי.