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Traité Moed Katan

19b

Étude de Moed Katan 19b

Étude de la Guémara 19b

Guémara
Mais n'a-t-on pas enseigné dans une baraïta : celui qui enterre son défunt trois jours avant un régel [une fête de pèlerinage], le décret des sept jours [de deuil, la chiv'a] est annulé pour lui [la fête l'efface] ; celui qui enterre son défunt huit jours avant le régel, le décret des trente jours [le chlochim] est annulé pour lui, de sorte qu'il peut se couper les cheveux la veille de la fête. Si toutefois il ne s'est pas coupé les cheveux la veille de la fête, il lui est interdit de se les couper après la fête, jusqu'à la fin des trente jours de deuil.
וְהָתַנְיָא: הַקּוֹבֵר אֶת מֵתוֹ שְׁלֹשָׁה יָמִים קוֹדֶם לָרֶגֶל — בָּטְלָה הֵימֶנּוּ גְּזֵרַת שִׁבְעָה, שְׁמוֹנָה יָמִים קוֹדֶם לָרֶגֶל — בָּטְלָה הֵימֶנּוּ גְּזֵרַת שְׁלֹשִׁים, וּמְגַלֵּחַ עֶרֶב הָרֶגֶל. אִם לֹא גִּילַּח עֶרֶב הָרֶגֶל — אָסוּר לְגַלֵּחַ אַחַר הָרֶגֶל.
Abba Shaul dit : même s'il ne s'est pas coupé les cheveux la veille de la fête, il lui est permis de se les couper après la fête. Car de même que l'accomplissement de la mitsva de trois jours [de deuil] avant la fête annule le décret des sept jours — si bien que celui qui a enterré son défunt trois jours avant le régel n'a plus rien à observer après la fête —, de même l'accomplissement de la mitsva de sept jours [de deuil] avant la fête annule le décret des trente jours.
אַבָּא שָׁאוּל אוֹמֵר: מוּתָּר לְגַלֵּחַ אַחַר הָרֶגֶל, שֶׁכְּשֵׁם שֶׁמִּצְוַת שְׁלֹשָׁה מְבַטֶּלֶת גְּזֵרַת שִׁבְעָה, כָּךְ מִצְוַת שִׁבְעָה מְבַטֶּלֶת גְּזֵרַת שְׁלֹשִׁים.
La Guemara interroge : [Abba Shaul parle de] sept jours ? Mais nous avons appris huit dans la michna [il fallait enterrer huit jours avant la fête pour que le chlochim soit annulé] ! La Guemara explique : Abba Shaul tient que le statut légal d'une partie du jour est comme celui du jour entier [miktsat hayom kekoulo] ; aussi le septième jour compte-t-il à la fois comme dernier jour de la chiv'a et comme premier jour du chlochim. [Sept jours pleins équivalent donc, pour lui, à huit.] Rav Hisda dit au nom de Ravina bar Cheïla : la halakha est conforme à l'avis d'Abba Shaul.
שִׁבְעָה? וְהָאֲנַן שְׁמוֹנָה תְּנַן! קָסָבַר אַבָּא שָׁאוּל: מִקְצָת הַיּוֹם כְּכוּלּוֹ, וְיוֹם שְׁבִיעִי עוֹלֶה לוֹ לְכָאן וּלְכָאן. אָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר רָבִינָא בַּר שֵׁילָא: הֲלָכָה כְּאַבָּא שָׁאוּל.
Et de plus, même les Sages concèdent à Abba Shaul que, lorsque le huitième jour de deuil de quelqu'un tombe un Chabbat qui est aussi la veille d'une fête, il lui est permis de se couper les cheveux le vendredi, qui est son septième jour. En effet, puisqu'il est empêché malgré lui de se couper les cheveux le huitième jour — cela lui étant interdit le Chabbat —, il peut le faire dès le vendredi, bien que ce ne soit que son septième jour de deuil.
וּמוֹדִים חֲכָמִים לְאַבָּא שָׁאוּל כְּשֶׁחָל שְׁמִינִי שֶׁלּוֹ לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת עֶרֶב הָרֶגֶל, שֶׁמּוּתָּר לְגַלֵּחַ בְּעֶרֶב שַׁבָּת.
La Guemara demande : à l'avis de qui se conforme ce qu'a dit Rav Amram au nom de Rav : à propos d'un endeuillé, dès que les consolateurs se sont levés [pour quitter sa maison] le septième jour, il lui est aussitôt permis de se laver ? À l'avis de qui ? À l'avis d'Abba Shaul, qui tient qu'une partie du septième jour est traitée comme le jour entier au regard de cette question.
כְּמַאן אָזְלָא הָא דְּאָמַר רַב עַמְרָם אָמַר רַב: אָבֵל, כֵּיוָן שֶׁעָמְדוּ מְנַחֲמִין מֵאֶצְלוֹ, מוּתָּר בִּרְחִיצָה? כְּמַאן — כְּאַבָּא שָׁאוּל.
Abaye dit : la halakha est conforme à l'avis d'Abba Shaul pour le septième jour [de deuil], et les Sages concèdent à Abba Shaul pour le trentième jour ; car pour le trentième jour nous disons assurément que le statut d'une partie du jour est comme celui du jour entier — l'endeuillé peut donc déjà se couper les cheveux dès le matin du trentième jour.
אָמַר אַבָּיֵי: הֲלָכָה כְּאַבָּא שָׁאוּל בְּיוֹם שִׁבְעָה, וּמוֹדִים חֲכָמִים לְאַבָּא שָׁאוּל בְּיוֹם שְׁלֹשִׁים, דְּאָמְרִינַן מִקְצָת הַיּוֹם כְּכוּלּוֹ.
Rava dit : la halakha est conforme à l'avis d'Abba Shaul pour le trentième jour [de deuil], mais la halakha n'est pas conforme à Abba Shaul pour le septième jour. Et les Sages de Nehardéa disent : la halakha est conforme à l'avis d'Abba Shaul aussi bien pour le septième jour que pour le trentième ; car Chmouel a dit : la halakha suit l'avis de celui qui est le plus indulgent en matière de deuil.
רָבָא אָמַר: הֲלָכָה כְּאַבָּא שָׁאוּל בְּיוֹם שְׁלֹשִׁים, וְאֵין הֲלָכָה כְּאַבָּא שָׁאוּל בְּיוֹם שִׁבְעָה. וּנְהַרְדָּעֵי אָמְרִי: הֲלָכָה כְּאַבָּא שָׁאוּל בָּזוֹ וּבָזוֹ, דְּאָמַר שְׁמוּאֵל: הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הַמֵּיקֵל בְּאֵבֶל.
La Guemara s'interroge à présent sur la durée de trente jours : d'où tirons-nous [la durée de] trente jours de deuil ? Elle répond : on l'apprend par une analogie verbale [gzéra chava] entre le mot pera [employé ici] et le mot pera énoncé à propos du nazir. Ici, dans la consigne donnée à Aharon de ne pas porter le deuil de ses fils, il est écrit : « Ne laissez pas croître les cheveux de vos têtes [al tifra'ou] » (Vayikra 10, 6) — ce qui implique que les endeuillés ordinaires, eux, sont tenus de laisser pousser leurs cheveux. Et là-bas, à propos du nazir, il est écrit : « Il laissera croître libre la chevelure de sa tête [pera] » (Bamidbar 6, 5). De même que là-bas, pour le nazir, il doit laisser pousser ses cheveux trente jours, de même ici l'endeuillé doit laisser pousser ses cheveux trente jours.
שְׁלֹשִׁים יוֹם מְנָלַן? יָלֵיף ״פֶּרַע״ ״פֶּרַע״ מִנָּזִיר. כְּתִיב הָכָא: ״רָאשֵׁיכֶם אַל תִּפְרָעוּ״, וּכְתִיב הָתָם: ״גַּדֵּל פֶּרַע שְׂעַר רֹאשׁוֹ״, מָה לְהַלָּן שְׁלֹשִׁים, אַף כָּאן שְׁלֹשִׁים.
La Guemara demande : et là-bas, pour le nazir, d'où tirons-nous qu'il doit laisser pousser ses cheveux trente jours ? Cela n'est nulle part énoncé explicitement à propos du nazir. Elle répond : Rav Matna a dit : un naziréat non précisé — lorsqu'on fait vœu de naziréat sans en fixer la durée — s'étend sur trente jours. Quelle en est la raison ? Le verset dit : « Il sera consacré [kadoch yihye], il laissera croître la chevelure de sa tête » (Bamidbar 6, 5) ; or « yihye » (« il sera »), écrit yod-hé-yod-hé, a une valeur numérique [guématria] de trente — le yod valant dix et le hé valant cinq. Cela indique qu'un naziréat non précisé dure trente jours, et par la gzéra chava on l'applique pareillement au deuil.
וְהָתָם מְנָלַן? אָמַר רַב מַתְנָה: סְתַם נְזִירוּת — שְׁלֹשִׁים יוֹם, מַאי טַעְמָא? אָמַר קְרָא: ״קָדוֹשׁ יִהְיֶה״, יִהְיֶה בְּגִימַטְרִיָּא תְּלָתִין הָווּ.
Rav Houna, fils de Rav Yehochoua, dit : tous concèdent — y compris Abba Shaul, qui pourtant tient qu'une partie du jour est traitée comme le jour entier — que, lorsque le troisième jour de deuil de quelqu'un tombe la veille de la fête, l'endeuillé a interdiction de se laver jusqu'au soir. Dans ce cas, le principe « une partie du jour vaut le jour entier » ne s'applique pas ; il faut au contraire observer trois jours pleins de deuil. Il doit donc attendre le soir et se laver à l'eau froide, ou bien attendre les jours intermédiaires de la fête [le 'hol hamoéd] et se baigner à l'eau chaude.
אָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ: הַכֹּל מוֹדִין כְּשֶׁחָל שְׁלִישִׁי שֶׁלּוֹ לִהְיוֹת עֶרֶב הָרֶגֶל — שֶׁאָסוּר בִּרְחִיצָה עַד הָעֶרֶב.
Rav Nehemia, fils de Rav Yehochoua, dit : j'ai un jour trouvé Rav Papi et Rav Papa assis ensemble et déclarant : la halakha est conforme à l'avis de Rav Houna, fils de Rav Yehochoua. Certains rapportent une autre version de cette tradition : Rav Nehemia, fils de Rav Yossef, a dit : j'ai un jour trouvé Rav Papi, Rav Papa et Rav Houna fils de Yehochoua assis ensemble et déclarant : tous concèdent que, lorsque le troisième jour de deuil tombe la veille d'une fête, l'endeuillé a interdiction de se laver jusqu'au soir.
אָמַר רַב נְחֶמְיָה בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ: אַשְׁכַּחְתִּינְהוּ לְרַב פַּפֵּי וּלְרַב פָּפָּא דְּיָתְבִי וְקָאָמְרִי: הֲלָכָה כְּרַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ. אִיכָּא דְּאָמְרִי, אָמַר רַב נְחֶמְיָה בְּרֵיהּ דְּרַב יוֹסֵף: אַשְׁכַּחְתִּינְהוּ לְרַב פַּפֵּי וּלְרַב פָּפָּא וּלְרַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ דְּיָתְבִי וְקָאָמְרִי: הַכֹּל מוֹדִים שֶׁאִם חָל שְׁלִישִׁי שֶׁלּוֹ לִהְיוֹת עֶרֶב הָרֶגֶל — שֶׁאָסוּר בִּרְחִיצָה עַד הָעֶרֶב.
Abaye demanda à Rava : si l'on a enterré son défunt pendant la fête elle-même, la fête compte-t-elle dans le décompte des trente jours [de deuil], ou la fête ne compte-t-elle pas dans le décompte des trente jours ? Abaye précisa sa question : je ne demande pas si la fête compte ou non dans le décompte des sept jours, car l'obligation d'observer la chiv'a ne s'applique pas du tout pendant la fête — il devra donc assurément observer les sept jours à partir d'après la fête. Ce que je demande, c'est pour le décompte des trente jours ; car certains aspects de la mitsva du chlochim s'appliquent bel et bien pendant la fête — par exemple les interdictions de laver le linge et de se couper les cheveux. Quelle est donc la halakha : les jours de la fête comptent-ils dans les trente, ou non ?
בְּעָא מִינֵּיהּ אַבָּיֵי מֵרָבָא: קְבָרוֹ בָּרֶגֶל, רֶגֶל עוֹלֶה לוֹ לְמִנְיַן שְׁלֹשִׁים, אוֹ אֵין רֶגֶל עוֹלֶה לוֹ לְמִנְיַן שְׁלֹשִׁים? לְמִנְיַן שִׁבְעָה לָא קָמִיבַּעְיָא לִי, דְּלָא נָהֲגָא מִצְוַת שִׁבְעָה בָּרֶגֶל. כִּי קָא מִיבַּעְיָא לִי לְמִנְיַן שְׁלֹשִׁים, דְּקָא נָהֲגָא מִצְוַת שְׁלֹשִׁים בָּרֶגֶל, מַאי?
Moed Katan 19b
100%
מועד קטן י״ט במַסֶּכֶת מוֹעֵד קָטָן