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Traité Moed Katan

18a

Étude de Moed Katan 18a

Étude de la Guémara 18a

Guémara
La halakha suit l'avis de Rabbi Yossi pour ce qui touche aux jours intermédiaires de la fête ['hol hamoéd] comme pour ce qui touche au deuil [avélout], car Chmouel a énoncé ce principe général : la halakha suit l'avis de l'autorité la plus indulgente en tout ce qui relève du deuil.
הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי בַּמּוֹעֵד וּבְאֵבֶל, דְּאָמַר שְׁמוּאֵל: הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הַמֵּיקֵל בְּאֵבֶל.
On rapporta qu'un malheur survint à Pin'has, le frère de Mar Chmouel : l'un de ses proches mourut. Chmouel vint le trouver pour s'enquérir de la raison [c'est-à-dire pour le consoler]. Il vit que les ongles de Pin'has avaient beaucoup poussé, et lui dit : « Pourquoi ne les coupes-tu pas ? » Pin'has lui répondit : « Si c'était toi qui étais endeuillé pour ton propre proche, traiterais-tu la chose à la légère au point de te couper les ongles ? »
פִּנְחָס אֲחוּהּ דְּמָר שְׁמוּאֵל אִיתְּרַע בֵּיהּ מִילְּתָא, עָל שְׁמוּאֵל לְמִישְׁאַל טַעְמָא מִינֵּיהּ. חֲזַנְהוּ לְטוּפְרֵי[הּ] דַּהֲווֹ נְפִישָׁן, אֲמַר לֵיהּ: אַמַּאי לָא שָׁקְלַתְּ לְהוּ? אֲמַר לֵיהּ: אִי בְּדִידֵיהּ הֲוָה, מִי מְזַלְזְלַתְּ בֵּיהּ כּוּלֵּי הַאי?
Les paroles de Pin'has furent du genre de celles dont il est dit : « Comme une méprise qui émane du souverain » (Kohélet 10, 5) — à peine prononcées, elles se réalisèrent, bien qu'il ne l'eût pas voulu. Peu après que Pin'has eut tenu ce propos, un malheur survint à Chmouel : l'un de ses proches mourut. Pin'has, son frère, vint le trouver pour s'enquérir de la raison [c'est-à-dire pour lui offrir des paroles de réconfort]. Chmouel prit ses ongles [qu'il avait coupés] et les lui jeta au visage, puis lui dit : « Ne sais-tu pas qu'une alliance est scellée avec les lèvres ? » — autrement dit : ne sais-tu pas que ce qu'un homme prononce influe sur les événements à venir ?
הֲוַאי ״כִּשְׁגָגָה שֶׁיֹּצָא מִלִּפְנֵי הַשַּׁלִּיט״, וְאִיתְּרַע בֵּיהּ מִילְּתָא בִּשְׁמוּאֵל. עָל פִּנְחָס אֲחוּהּ לְמִישְׁאַל טַעְמָא מִינֵּיהּ. שַׁקְלִינְהוּ לְטוּפְרֵיהּ חַבְטִינְהוּ לְאַפֵּיהּ. אֲמַר לֵיהּ: לֵית לָךָ בְּרִית כְּרוּתָה לַשְּׂפָתַיִם?
Comme l'a enseigné Rabbi Yo'hanan : d'où sait-on qu'une alliance est scellée avec les lèvres, et que la parole de l'homme a le pouvoir d'infléchir les événements ? De ce qu'il est dit : « Et Avraham dit à ses jeunes gens : Restez ici avec l'âne ; moi et le jeune homme, nous irons jusque-là, nous nous prosternerons, et nous reviendrons vers vous » (Béréchit 22, 5). Avraham dit cela alors même qu'il pensait aller offrir son fils en sacrifice et qu'Its'haq ne reviendrait pas — et pourtant sa parole eut un effet : tous deux revinrent.
דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מִנַּיִן שֶׁבְּרִית כְּרוּתָה לַשְּׂפָתַיִם — שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֹּאמֶר אַבְרָהָם אֶל נְעָרָיו שְׁבוּ לָכֶם פֹּה עִם הַחֲמוֹר וַאֲנִי וְהַנַּעַר נֵלְכָה עַד כֹּה וְנִשְׁתַּחֲוֶה וְנָשׁוּבָה אֲלֵיכֶם״, וְאִיסְתַּיְּיעָא מִלְּתָא דַּהֲדוּר תַּרְוַיְיהוּ.
À propos de cette règle touchant l'endeuillé qui se coupe les ongles, on conclut d'abord ceci : les ongles de la main, oui, l'endeuillé peut les couper ; mais ceux du pied, non, il ne le peut pas — car des ongles d'orteil trop longs sont moins repoussants [étant cachés par la chaussure]. Rav Anan bar Ta'hlifa dit : Chmouel m'a expliqué la chose en personne : il n'y a pas de différence entre les ongles de la main et ceux du pied — dans les deux cas, les couper est permis.
סְבוּר מִינֵּיהּ דְּיָד — אִין, דְּרֶגֶל — לָא. אָמַר רַב עָנָן בַּר תַּחְלִיפָא: לְדִידִי מִפָּרְשָׁא לִי מִינֵּיהּ דִּשְׁמוּאֵל: לָא שְׁנָא דְּיָד וְלָא שְׁנָא דְּרֶגֶל.
Rav 'Hiyya bar Achi dit au nom de Rav : mais avec un ciseau [guénoustéra] prévu spécialement pour la coupe des ongles, c'est interdit — autrement dit, l'endeuillé doit se couper les ongles d'une manière inhabituelle. Rav Chémen bar Abba dit : je me tenais un jour devant Rabbi Yo'hanan dans la maison d'étude, pendant les jours intermédiaires d'une fête, et il coupa ses ongles avec ses dents puis les jeta.
אָמַר רַב חִיָּיא בַּר אָשֵׁי אָמַר רַב: וּבִגְנוּסְטְרָא — אָסוּר. אָמַר רַב שֶׁמֶן בַּר אַבָּא: הֲוָה קָאֵימְנָא קַמֵּיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן בֵּי מִדְרְשָׁא בְּחוּלּוֹ שֶׁל מוֹעֵד, וְשַׁקְלִינְהוּ לְטוּפְרֵיהּ בְּשִׁינֵּיהּ וְזַרְקִינְהוּ.
La Guemara observe : apprends de cet épisode de Rabbi Yo'hanan trois règles. Apprends-en, d'abord, qu'il est permis de se couper les ongles pendant les jours intermédiaires d'une fête. Apprends-en, ensuite, que les ongles ne tombent pas sous l'interdit du « repoussant » — c'est-à-dire qu'il n'est pas interdit de les ronger à ce titre ; car bien qu'il soit défendu de porter à la bouche une chose répugnante, cet épisode enseigne que les ongles n'entrent pas dans cette catégorie. Apprends-en, enfin, qu'il est permis de les jeter.
שְׁמַע מִינַּהּ תְּלָת. שְׁמַע מִינַּהּ: מוּתָּר לִיטּוֹל צִפׇּרְנַיִם בְּחוּלּוֹ שֶׁל מוֹעֵד, וּשְׁמַע מִינַּהּ: אֵין בָּהֶן מִשּׁוּם מִיאוּס, וּשְׁמַע מִינַּהּ: מוּתָּר לְזוֹרְקָן.
La Guemara demande : est-ce bien ainsi ? Mais n'a-t-on pas enseigné dans une baraïta : trois choses ont été dites au sujet des ongles — celui qui les enfouit en terre est un juste [tsaddiq] ; celui qui les brûle fait mieux encore, il est un pieux ['hassid] ; et celui qui se contente de les jeter est un méchant [racha]. La Guemara explique : quelle est la raison pour laquelle il est interdit de jeter les rognures d'ongles ? De peur qu'une femme enceinte ne passe par-dessus et ne fasse une fausse couche — car les Sages tenaient par tradition qu'il est dangereux pour une femme enceinte d'enjamber des ongles coupés.
אִינִי? וְהָתַנְיָא, שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים נֶאֶמְרוּ בַּצִּפׇּרְנַיִם: הַקּוֹבְרָן — צַדִּיק, שׂוֹרְפָן — חָסִיד, זוֹרְקָן — רָשָׁע. טַעְמָא מַאי — שֶׁמָּא תַּעֲבוֹר עֲלֵיהֶן אִשָּׁה עוּבָּרָהּ וְתַפִּיל.
La Guemara répond : une femme ne se trouve pas d'ordinaire dans la maison d'étude ; Rabbi Yo'hanan n'avait donc pas à craindre d'y jeter ses rognures d'ongles. Et si tu objectes que parfois on rassemble les ongles en balayant le sol, puis qu'on les jette dehors, là où une femme enceinte pourrait passer par-dessus — cela ne pose pas de problème : une fois leur place changée, les ongles eux-mêmes se trouvent altérés et ne sont plus nuisibles.
אִשָּׁה בֵּי מִדְרְשָׁא לָא שְׁכִיחָא. וְכִי תֵּימָא: זִימְנִין דִּמְיכַנְּשִׁי לְהוּ וְשָׁדֵי לְהוּ אַבָּרַאי — כֵּיוָן דְּאִשְׁתַּנִּי אִשְׁתַּנִּי.
Rav Yehouda dit au nom de Rav : un couple de Sages venus de 'Hamtan se présenta devant Rabbi [Yehouda HaNassi]. — Et Mar Zoutra l'enseignait sans citer les noms de Rav Yehouda et de Rav, simplement ainsi : un couple de Sages venus de 'Hamtan se présenta devant Rabbi [Yehouda HaNassi]. — Ils lui demandèrent si un endeuillé est autorisé à se couper les ongles, et il le leur permit. Et s'ils lui avaient demandé si un endeuillé peut tailler sa moustache, il le leur aurait permis aussi. Chmouel, lui, dit : ils l'interrogèrent également sur la taille de la moustache, et il le leur permit.
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: זוּג בָּא מֵחַמָּתָן לִפְנֵי רַבִּי, וּמָר זוּטְרָא מַתְנֵי: זוּג בָּא מֵחַמָּתָן לִפְנֵי רַבִּי, וּבִקְּשׁוּ מִמֶּנּוּ צִפׇּרְנַיִם — וְהִתִּיר לָהֶם. וְאִם בִּקְּשׁוּ מִמֶּנּוּ שָׂפָה — הִתִּיר לָהֶם, וּשְׁמוּאֵל אָמַר: אַף בִּקְּשׁוּ מִמֶּנּוּ שָׂפָה, וְהִתִּיר לָהֶם.
Avitoul le scribe [sofér] dit au nom de Rav Papa : la moustache, on peut la tailler d'un coin de la bouche à l'autre coin. Rabbi Ami dit : on ne peut tailler que la partie de la moustache qui gêne pour manger normalement, mais non la tailler par souci d'embellissement. Rav Na'hman bar Yits'haq dit : pour moi, ma moustache tout entière compte comme une moustache qui gêne pour manger — car j'y suis particulièrement sensible — et je puis donc la tailler en entier.
אָמַר אֲבִיטוּל סָפְרָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב פָּפָּא: שָׂפָה מִזָּוִית לְזָוִית. אָמַר רַבִּי אַמֵּי: וּבְשָׂפָה הַמְעַכֶּבֶת. אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: לְדִידִי כְּשָׂפָה הַמְעַכֶּבֶת דָּמֵי לִי.
Puisqu'on a mentionné Avitoul le scribe, la Guemara rapporte d'autres de ses énoncés. Avitoul le scribe dit au nom de Rav Papa : le Pharaon qui vivait au temps de Moché mesurait une amah [une coudée], sa barbe une amah, et son sexe [parmachtéqo] une amah et un zérèt — c'est-à-dire une coudée plus l'écart entre le pouce et le petit doigt — afin d'accomplir ce qui est dit : « Et Il établit sur elle le plus bas des hommes » (Daniel 4, 14), ce qui enseigne que Pharaon était extrêmement petit et vil.
וַאֲמַר אֲבִיטוּל סָפְרָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב פָּפָּא: פַּרְעֹה שֶׁהָיָה בִּימֵי מֹשֶׁה, הוּא אַמָּה, וּזְקָנוֹ אַמָּה, וּפַרְמַשְׁתְּקוֹ אַמָּה וָזֶרֶת, לְקַיֵּים מַה שֶּׁנֶּאֱמַר: ״וּשְׁפַל אֲנָשִׁים יָקִים עָלֶיהָ״.
Moed Katan 18a
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