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Traité Moed Katan

17a

Étude de Moed Katan 17a

Étude de la Guémara 17a

Guémara
Si un élève [d'une académie] a mis quelqu'un au ban [niddouï] pour défendre son propre honneur — et non parce que la personne bannie se serait rendue coupable d'une transgression — son décret de ban est valide. C'est ce qu'enseigne une baraïta : celui qui est mis au ban par le maître est considéré comme banni à l'égard de l'élève [qui doit donc se tenir à distance de lui] ; en revanche, celui qui est mis au ban par l'élève n'est pas considéré comme banni à l'égard du maître [qui n'est pas tenu de s'en écarter]. La Guemara tente de tirer une déduction d'une lecture attentive de cette baraïta : c'est seulement à l'égard du maître qu'il n'est pas banni — ce qui implique qu'à l'égard de tout le reste du monde, il l'est bel et bien.
תַּלְמִיד שֶׁנִּידָּה לִכְבוֹדוֹ — נִדּוּיוֹ נִידּוּי, דְּתַנְיָא: מְנוּדֶּה לָרַב — מְנוּדֶּה לַתַּלְמִיד, מְנוּדֶּה לַתַּלְמִיד — אֵינוֹ מְנוּדֶּה לָרַב. לָרַב הוּא דְּאֵינוֹ מְנוּדֶּה, הָא לְכוּלֵּי עָלְמָא — מְנוּדֶּה.
La Guemara précise le cas : pour quel motif l'a-t-on banni ? Si c'est pour une affaire touchant au Ciel — c'est-à-dire parce qu'il a fauté — alors pourquoi, s'il a été mis au ban par l'élève, ne serait-il pas considéré comme banni aussi à l'égard du maître ? N'est-il pas écrit : « Il n'est ni sagesse, ni intelligence, ni conseil qui tienne face à l'Éternel » (Michlé / Proverbes 21, 30) ? Cela signifie que, lorsqu'une faute est commise et que le Nom de D.ieu est profané, toute autre considération s'efface — fût-ce l'éminence et le savoir du maître — et celui-ci doit donc, lui aussi, traiter le fautif comme banni. Il faut donc plutôt dire que la Guemara vise le cas où l'élève a mis l'autre au ban pour défendre son propre honneur. On voit alors que son décret de ban est valide et s'impose à tous, à la seule exception de son maître.
לְמַאי? אִי בְּמִילֵּי דִשְׁמַיָּא — ״אֵין חׇכְמָה וְאֵין תְּבוּנָה וְאֵין עֵצָה לְנֶגֶד ה׳״! אֶלָּא לָאו, לִכְבוֹד עַצְמוֹ.
Rav Yossef dit : un jeune érudit [tsourba merabbanan] peut faire justice lui-même dans une affaire dont il est certain, sans être tenu de se rendre d'abord au tribunal pour faire trancher son cas. Il en va de même lorsqu'un autre se comporte envers lui de façon irrespectueuse : il lui est permis de procéder de son propre chef et de le mettre au ban.
אָמַר רַב יוֹסֵף: צוּרְבָּא מֵרַבָּנַן עָבֵיד דִּינָא לְנַפְשֵׁיהּ בְּמִילְּתָא דִּפְסִיקָא לֵיהּ.
[On rapporte le récit suivant.] Il y avait un certain jeune érudit dont la réputation s'était dégradée à cause de rumeurs sur sa conduite. Rav Yehouda dit : que faire ? Le mettre au ban n'est pas envisageable — les Sages ont besoin de lui, car c'est une grande autorité en Torah. Mais ne pas le mettre au ban n'est pas davantage envisageable, car alors le Nom du Ciel serait profané [puisqu'on laisserait passer une conduite indigne].
הָהוּא צוּרְבָּא מֵרַבָּנַן דַּהֲווֹ סְנוּ שׁוּמְעָנֵיהּ, אָמַר רַב יְהוּדָה: הֵיכִי לֶיעְבֵּיד? לְשַׁמְּתֵיהּ — צְרִיכִי לֵיהּ רַבָּנַן, לָא לְשַׁמְּתֵיהּ — קָא מִיתְּחִיל שְׁמָא דִשְׁמַיָּא.
Rav Yehouda dit à Rabba bar bar 'Hana : as-tu entendu quelque enseignement à ce sujet ? Celui-ci lui répondit : ainsi a dit Rabbi Yo'hanan — quel est le sens de ce verset : « Car les lèvres du Cohen doivent garder le savoir, et c'est de sa bouche que l'on recherche la Torah, car il est un messager [malakh] de l'Éternel des armées » (Malakhi 2, 7) ? Ce verset enseigne : si le maître ressemble à un ange [malakh] de l'Éternel, alors qu'on recherche la Torah de sa bouche ; mais s'il n'est pas pur et droit, alors qu'on ne recherche pas la Torah de sa bouche — même s'il est savant en Torah, qu'on n'apprenne pas auprès de lui.
אֲמַר לֵיהּ לְרַבָּה בַּר בַּר חָנָה: מִידֵּי שְׁמִיעַ לָךְ בְּהָא? אֲמַר לֵיהּ, הָכִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מַאי דִּכְתִיב: ״כִּי שִׂפְתֵי כֹהֵן יִשְׁמְרוּ דַעַת וְתוֹרָה יְבַקְשׁוּ מִפִּיהוּ כִּי מַלְאַךְ ה׳ צְבָאוֹת הוּא״. אִם דּוֹמֶה הָרַב לְמַלְאַךְ ה׳ — יְבַקְּשׁוּ תּוֹרָה מִפִּיו, וְאִם לָאו — אַל יְבַקְּשׁוּ תּוֹרָה מִפִּיו.
Fort de cette parole, Rav Yehouda mit ce jeune érudit au ban. Plus tard, à la longue, Rav Yehouda tomba malade et fut sur le point de mourir. Les Sages vinrent prendre de ses nouvelles, et le savant banni vint, lui aussi, avec eux. Lorsque Rav Yehouda l'aperçut, [ce savant,] il sourit.
שַׁמְּתֵיהּ רַב יְהוּדָה. לְסוֹף אִיחֲלַשׁ רַב יְהוּדָה. אֲתוֹ רַבָּנַן לְשַׁיּוֹלֵי בֵּיהּ וַאֲתָא אִיהוּ נָמֵי בַּהֲדַיְיהוּ, כַּד חַזְיֵיהּ רַב יְהוּדָה, חַיֵּיךְ.
Le savant banni lui dit : ne te suffisait-il pas d'avoir excommunié cet homme — c'est-à-dire moi —, faut-il encore que tu te moques de moi ?! Rav Yehouda lui répondit : ce n'est pas de toi que je ris ; je me réjouis plutôt, à l'heure où je m'en vais vers ce monde-là [le monde à venir], d'avoir, même envers un homme tel que toi, refusé de flatter — et de t'avoir traité avec droiture, conformément à la halakha.
אֲמַר לֵיהּ: לָא מִסָּתְיֵיהּ דְּשַׁמְּתֵיהּ לְהָהוּא גַּבְרָא, אֶלָּא אַחוֹכֵי נָמֵי חַיֵּיךְ בִּי?! אֲמַר לֵיהּ: לָאו בְּדִידָךְ מְחַיֵּיכְנָא, אֶלָּא דְּכִי אָזֵילְנָא לְהָהוּא עָלְמָא בְּדִיחָא דַּעְתַּאי, דַּאֲפִילּוּ לְגַבְרָא כְּווֹתָךְ לָא חַנֵּיפִי לֵיהּ.
Rav Yehouda mourut. Le savant banni vint à la maison d'étude et leur dit : levez-moi le ban ! Les Sages lui répondirent : il n'y a pas ici d'homme aussi éminent que Rav Yehouda qui puisse te lever le ban ; va plutôt trouver Rabbi Yehouda Nessia [en Terre d'Israël], car lui seul peut te le lever. Ce savant se présenta devant lui. Rabbi Yehouda Nessia dit à Rabbi Ami : sors examiner son cas ; s'il y a lieu de lui lever le ban, lève-le-lui en mon nom.
נָח נַפְשֵׁיהּ דְּרַב יְהוּדָה. אֲתָא לְבֵי מִדְרְשָׁא, אֲמַר לְהוּ: שְׁרוֹ לִי! אֲמַרוּ לֵיהּ רַבָּנַן: גַּבְרָא דַּחֲשִׁיב כְּרַב יְהוּדָה לֵיכָּא הָכָא דְּלִישְׁרֵי לָךְ, אֶלָּא זִיל לְגַבֵּיהּ דְּרַבִּי יְהוּדָה נְשִׂיאָה דְּלִישְׁרֵי לָךְ. אֲזַל לְקַמֵּיהּ, אֲמַר לֵיהּ לְרַבִּי אַמֵּי: פּוֹק עַיֵּין בְּדִינֵיהּ, אִי מִיבְּעֵי לְמִישְׁרֵא לֵיהּ — שְׁרִי לֵיהּ.
Rabbi Ami examina son cas et songea d'abord à lui lever le ban. Mais Rabbi Chmouel bar Na'hmani se dressa sur ses pieds et dit : si, pour une servante de la maison de Rabbi [Yehouda HaNassi] qui avait jadis mis quelqu'un au ban, les Sages n'ont pas traité son décret à la légère et ne l'ont pas levé avant que trois années ne se soient écoulées, à plus forte raison pour un ban prononcé par Yehouda, notre collègue, devons-nous le prendre au sérieux et ne pas lever ce savant.
עַיֵּין רַבִּי אַמֵּי בְּדִינֵיהּ, סְבַר לְמִישְׁרֵא לֵיהּ. עָמַד רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי עַל רַגְלָיו וְאָמַר: וּמָה שִׁפְחָה שֶׁל בֵּית רַבִּי לֹא נָהֲגוּ חֲכָמִים קַלּוּת רֹאשׁ בְּנִידּוּיָהּ שָׁלֹשׁ שָׁנִים, יְהוּדָה חֲבֵירֵינוּ עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה.
Rabbi Zéira dit : qu'est-ce qui a bien pu amener cet Ancien, Rabbi Chmouel bar Na'hmani, à se présenter aujourd'hui parmi nous à la maison d'étude, alors que, des années durant, il n'était pas venu — et voici qu'il arrive précisément pendant cette discussion ? Apprends-en qu'il n'y a pas lieu de lui lever le ban : pareil concours de circonstances n'est certainement pas un hasard, mais doit être tenu pour un signe instructif venu du Ciel. En conséquence, Rabbi Ami ne lui leva pas le ban, et le savant banni sortit en pleurant.
אֲמַר רַבִּי זֵירָא: מַאי דְּקַמַּן דַּאֲתָא הָאִידָּנָא הַאי סָבָא בְּבֵי מִדְרְשָׁא, דְּהָא כַּמָּה שְׁנֵי לָא אֲתָא, שְׁמַע מִינַּהּ לָא מִיבְּעֵי לְמִישְׁרֵא לֵיהּ. לָא שְׁרָא לֵיהּ, נְפַק כִּי קָא בָכֵי וְאָזֵיל,
[À peine sorti,] une guêpe vint, le piqua au membre viril, et il mourut. Comme c'était un grand érudit en Torah, on l'emmena vers les grottes où sont ensevelis les pieux [les 'hassidim], afin de l'y enterrer ; mais les grottes ne l'acceptèrent pas [un serpent se dressa à l'entrée et barra le passage]. On l'emmena alors vers les grottes des juges [les dayanim], et celles-là l'acceptèrent.
אֲתָא זִיבּוּרָא וְטַרְקֵיהּ אַאַמְּתֵיהּ וּשְׁכֵיב. עַיְּילוּהּ לִמְעָרְתָּא דַּחֲסִידֵי וְלָא קַיבְּלוּהּ, עַיְּילוּהּ לִמְעָרְתָּא דְּדַיָּינֵי וְקַיבְּלוּהּ.
La Guemara demande : pour quelle raison fut-il accepté là [chez les juges] ? Elle répond : bien qu'il eût fauté, il avait agi conformément à l'avis de Rabbi Ilaï. Car il est enseigné dans une baraïta — Rabbi Ilaï dit : si un homme voit que son mauvais penchant [yétser hara] le domine au point qu'il ne peut le vaincre, qu'il s'en aille en un lieu où on ne le connaît pas, qu'il s'habille de noir, qu'il s'enveloppe la tête de noir [comme un endeuillé], et qu'il fasse alors ce que son cœur désire — mais qu'il ne profane pas le Nom du Ciel en public. Or cet homme, bien qu'ayant fauté, l'avait fait en privé, sans profaner publiquement le Nom de D.ieu ; il était donc juste qu'on lui accordât une sépulture honorable.
מַאי טַעְמָא? דַּעֲבַד כְּרַבִּי אִילְעַאי. דְּתַנְיָא, רַבִּי אִילְעַאי אוֹמֵר: אִם רוֹאֶה אָדָם שֶׁיִּצְרוֹ מִתְגַּבֵּר עָלָיו — יֵלֵךְ לְמָקוֹם שֶׁאֵין מַכִּירִין אוֹתוֹ, וְיִלְבַּשׁ שְׁחוֹרִים וְיִתְעַטֵּף שְׁחוֹרִים, וְיַעֲשֶׂה מַה שֶּׁלִּבּוֹ חָפֵץ, וְאַל יְחַלֵּל שֵׁם שָׁמַיִם בְּפַרְהֶסְיָא.
Moed Katan 17a
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מועד קטן י״ז אמַסֶּכֶת מוֹעֵד קָטָן