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Traité Megillah

7a

Étude de Megillah 7a

Étude de la Guémara 7a

Guémara
[La discussion porte sur deux expressions du verset d'Esther relatives à Pourim :] le terme «la seconde» [désignant le second Adar] et l'expression «chaque année et chaque année». Il était nécessaire d'écrire les deux. Car si l'on n'avait que l'expression «chaque année et chaque année», j'aurais dit [qu'on célèbre Pourim dans le premier Adar, le plus proche de Chevat] — comme le soulevait notre question antérieure. C'est pourquoi le verset nous enseigne [en ajoutant] le mot «la seconde». Et si le verset ne nous avait enseigné que «la seconde», j'aurais dit qu'il faut célébrer Pourim à la fois dans le premier et dans le second Adar, ab initio [d'emblée]. C'est pourquoi le verset enseigne «chaque année et chaque année», indiquant que même lors d'une année intercalaire [avec deux mois d'Adar], tout comme lors d'une année ordinaire, Pourim n'est célébré qu'une seule fois.
״הַשֵּׁנִית״ וְאִיצְטְרִיךְ לְמִיכְתַּב ״בְּכׇל שָׁנָה וְשָׁנָה״. דְּאִי מִ״בְּכׇל שָׁנָה וְשָׁנָה״ הֲוָה אָמֵינָא כִּי קוּשְׁיַן, קָא מַשְׁמַע לַן ״הַשֵּׁנִית״. וְאִי אַשְׁמוֹעִינַן ״הַשֵּׁנִית״ הֲוָה אָמֵינָא בַּתְּחִילָּה בָּרִאשׁוֹן וּבַשֵּׁנִי, קָא מַשְׁמַע לַן ״בְּכׇל שָׁנָה וְשָׁנָה״.
La Guemara demande : Et Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi — que fait-il de ce terme «la seconde» [puisqu'il estime que la Meguila est lue dans le premier Adar] ? La Guemara répond : Il en a besoin pour la déduction de Rav Chmouel bar Yehouda, car Rav Chmouel bar Yehouda a dit : Au départ, ils ont institué la fête de Pourim dans la seule ville de Shushan ; en fin de compte, ils l'ont instituée dans le monde entier — et cela, selon la seconde lettre de Pourim.
וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרַבִּי יוֹסֵי הַאי ״הַשֵּׁנִית״ מַאי עָבֵיד לֵיהּ? מִיבְּעֵי לֵיהּ לְכִדְרַב שְׁמוּאֵל בַּר יְהוּדָה, דְּאָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר יְהוּדָה: בַּתְּחִילָּה קְבָעוּהָ בְּשׁוּשַׁן, וּלְבַסּוֹף בְּכׇל הָעוֹלָם כּוּלּוֹ.
Rav Chmouel bar Yehouda dit : Esther envoya un message aux Sages [de la génération] : «Inscrivez-moi pour les générations !» [Elle demandait que la lecture de la Meguila soit instituée comme obligation permanente.] Ils lui répondirent : «Tu vas susciter notre jalousie [et notre persécution] parmi les nations» — car la Meguila relate la victoire des Juifs sur les nations, et il vaut mieux ne pas la proclamer. Elle leur répondit : «Je suis déjà inscrite dans les chroniques des rois de Médie et de Perse» — et donc ce que la Meguila raconte est déjà connu de tous dans le monde entier.
אָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר יְהוּדָה: שָׁלְחָה לָהֶם אֶסְתֵּר לַחֲכָמִים: קִבְעוּנִי לְדוֹרוֹת! שָׁלְחוּ לָהּ: קִנְאָה אַתְּ מְעוֹרֶרֶת עָלֵינוּ לְבֵין הָאוּמּוֹת. שָׁלְחָה לָהֶם: כְּבָר כְּתוּבָה אֲנִי עַל דִּבְרֵי הַיָּמִים לְמַלְכֵי מָדַי וּפָרָס.
[Il fut rapporté que] Rav, Rabbi 'Hanina, Rabbi Yo'hanan et Rav 'Haviva ont enseigné la tradition suivante [relative à la même question de la canonisation de la Meguila]. — La Guemara précise : Dans tout l'ordre Moed, partout où l'on cite ce groupe de quatre Sages, il faut remplacer Rabbi Yo'hanan par Rabbi Yonatan. — Ils ont dit : Esther envoya aux Sages [le message suivant] : «Écrivez-moi pour les générations et canonisez mon livre dans la Bible.» Ils lui firent parvenir que le verset dit [dans les Proverbes] : «N'ai-je pas écrit pour toi des troisièmes ?» (Proverbes 22, 20) — ce qui indique que la guerre contre Amalek [ancêtre de Haman] doit être mentionnée trois fois dans la Bible, mais pas quatre fois. [Or elle l'est déjà trois fois :] dans l'Exode (17, 8–16), dans le Deutéronome (25, 17–19) et dans le Ier livre de Samuel (ch. 15) — il n'y a donc pas lieu d'en ajouter une quatrième mention.
רַב וְרַב חֲנִינָא וְרַבִּי יוֹחָנָן וְרַב חֲבִיבָא מַתְנוּ. בְּכוּלֵּיהּ סֵדֶר מוֹעֵד כָּל כִּי הַאי זוּגָא חַלּוֹפֵי רַבִּי יוֹחָנָן וּמְעַיֵּיל רַבִּי יוֹנָתָן. שָׁלְחָה לָהֶם אֶסְתֵּר לַחֲכָמִים: כִּתְבוּנִי לְדוֹרוֹת. שָׁלְחוּ לָהּ: ״הֲלֹא כָתַבְתִּי לְךָ שָׁלִישִׁים״, שִׁלֵּישִׁים וְלֹא רִבֵּעִים,
[Les Sages n'acquiescèrent à la demande d'Esther] que lorsqu'ils trouvèrent un verset écrit dans la Torah : «Écris cela en souvenir dans le livre, et récite-le aux oreilles de Josué : que j'effacerai complètement le souvenir d'Amalek de dessous les cieux» (Exode 17, 14). Les Sages interprétèrent [les trois expressions du verset ainsi] : «Écris cela» — ce qui est écrit ici dans la Torah [en Exode] et dans le Deutéronome [ces deux mentions comptant pour une seule] ; «en souvenir» — ce qui est écrit dans les Prophètes [I Samuel, 15] ; «dans le livre» — ce qui est écrit dans la Meguila. [Ainsi la Meguila est la troisième mention et non la quatrième,] car les deux passages de la Torah relatifs à Amalek sont considérés comme un seul.
עַד שֶׁמָּצְאוּ לוֹ מִקְרָא כָּתוּב בַּתּוֹרָה: ״כְּתֹב זֹאת זִכָּרוֹן בַּסֵּפֶר״. ״כְּתֹב זֹאת״ — מַה שֶּׁכָּתוּב כָּאן וּבְמִשְׁנֵה תוֹרָה. ״זִכָּרוֹן״ — מַה שֶּׁכָּתוּב בַּנְּבִיאִים, ״בַּסֵּפֶר״ — מַה שֶּׁכָּתוּב בַּמְּגִלָּה.
[Ce point] est parallèle à un désaccord entre les tannaïm, comme il est enseigné dans une baraïta : «Écris cela» — ce qui est écrit ici [dans le livre de l'Exode] ; «en souvenir» — ce qui est écrit dans le Deutéronome ; «dans le livre» — ce qui est écrit dans les Prophètes. Telle est l'opinion de Rabbi Yehoua. Rabbi Elazar HaModaï est en désaccord et dit : «Écris cela» — ce qui est écrit dans la Torah [tant en Exode qu'en Deutéronome] ; «en souvenir» — ce qui est écrit dans les Prophètes ; «dans le livre» — ce qui est écrit dans la Meguila. [Ainsi,] là aussi les tannaïm débattirent de la question de savoir si le livre d'Esther possède la même sainteté et le même statut que les livres canonisés de la Bible.
כְּתַנָּאֵי: ״כְּתֹב זֹאת״ — מַה שֶּׁכָּתוּב כָּאן, ״זִכָּרוֹן״ — מַה שֶּׁכָּתוּב בְּמִשְׁנֵה תוֹרָה, ״בַּסֵּפֶר״ — מַה שֶּׁכָּתוּב בַּנְּבִיאִים. דִּבְרֵי רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ. רַבִּי אֶלְעָזָר הַמּוֹדָעִי אוֹמֵר: ״כְּתֹב זֹאת״ — מַה שֶּׁכָּתוּב כָּאן וּבְמִשְׁנֵה תוֹרָה, ״זִכָּרוֹן״ — מַה שֶּׁכָּתוּב בַּנְּבִיאִים, ״בְּסֵפֶר״ — מַה שֶּׁכָּתוּב בִּמְגִילָּה.
Rav Yehouda dit au nom de Chmouel : Le livre d'Esther ne rend pas les mains rituellement impures [c'est-à-dire : il ne possède pas la sainteté des rouleaux sacrés]. Bien que les Sages aient décrété que les rouleaux sacrés rendent les mains rituellement impures [afin d'encourager leur respect], le livre d'Esther ne fut pas investi de cette sainteté.
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: אֶסְתֵּר אֵינָהּ מְטַמְּאָה אֶת הַיָּדַיִם.
La Guemara demande : Est-ce à dire que Chmouel soutient que le livre d'Esther n'a pas été dit par inspiration divine [rouah hakodech] ? Mais Chmouel lui-même n'a-t-il pas dit ailleurs que le livre d'Esther a bien été dit par inspiration divine ? La Guemara répond : Il a été dit par inspiration divine [en vue d'] être lu en public ; mais il n'a pas été dit [par inspiration divine en vue] d'être écrit [sous forme de rouleau sacré]. C'est pourquoi le texte ne fut pas investi de la sainteté des rouleaux sacrés.
לְמֵימְרָא דְּסָבַר שְׁמוּאֵל אֶסְתֵּר לָאו בְּרוּחַ הַקּוֹדֶשׁ נֶאֶמְרָה? וְהָאָמַר שְׁמוּאֵל: אֶסְתֵּר בְּרוּחַ הַקּוֹדֶשׁ נֶאֶמְרָה! נֶאֶמְרָה לִקְרוֹת, וְלֹא נֶאֶמְרָה לִיכְתּוֹב.
La Guemara soulève une objection à partir d'une baraïta. Rabbi Meïr dit : Le livre de Qohélet [l'Ecclésiaste] ne rend pas les mains rituellement impures [car il ne fut pas investi de la sainteté des rouleaux sacrés] ; et il y a controverse quant au Cantique des Cantiques. Rabbi Yossi dit : Le Cantique des Cantiques rend les mains rituellement impures, mais il y a controverse quant au livre de Qohélet. Rabbi Chimon dit : La décision concernant Qohélet figure parmi les leniencies [assouplissements] de Beit Chammaï et parmi les stringencies [sévérités] de Beit Hillel ; mais tout le monde s'accorde à dire que Ruth, le Cantique des Cantiques et Esther rendent les mains rituellement impures — contrairement à l'opinion de Chmouel. La Guemara répond : C'est que Chmouel a énoncé sa position conformément à l'avis de Rabbi Yehoua cité plus haut, [selon qui la Meguila n'est pas canonisée au même titre que les autres livres bibliques].
מֵיתִיבִי, רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: קֹהֶלֶת אֵינוֹ מְטַמֵּא אֶת הַיָּדַיִם, וּמַחְלוֹקֶת בְּשִׁיר הַשִּׁירִים. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: שִׁיר הַשִּׁירִים מְטַמֵּא אֶת הַיָּדַיִם, וּמַחְלוֹקֶת בְּקֹהֶלֶת. רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: קֹהֶלֶת מִקּוּלֵּי בֵּית שַׁמַּאי וּמֵחוּמְרֵי בֵּית הִלֵּל, אֲבָל רוּת וְשִׁיר הַשִּׁירִים וְאֶסְתֵּר מְטַמְּאִין אֶת הַיָּדַיִם! הוּא דְּאָמַר כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ.
Il est enseigné dans une baraïta que Rabbi Chimon ben Menasya dit : Le livre de Qohélet ne rend pas les mains rituellement impures, car il s'agit simplement de la sagesse de Salomon [et non d'une inspiration divine]. On lui rétorqua : Était-ce là la seule chose que Salomon ait dite ? Il est déjà dit [dans le livre des Rois] : «Et il prononça trois mille paraboles, et ses poèmes étaient au nombre de mille et cinq» (I Rois 5, 12). Salomon a dit bien davantage que ce qui a été canonisé dans la Bible — ce qui est spécifique à Qohélet, c'est donc qu'il fut d'inspiration divine. Et il est dit [dans les Proverbes] : «N'ajoute rien à ses paroles» (Proverbes 30, 6) [ce qui confirme que ses paroles relèvent de l'inspiration divine].
תַּנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָא אוֹמֵר: קֹהֶלֶת אֵינוֹ מְטַמֵּא אֶת הַיָּדַיִם, מִפְּנֵי שֶׁחׇכְמָתוֹ שֶׁל שְׁלֹמֹה הִיא. אָמְרוּ לוֹ: וְכִי זוֹ בִּלְבַד אָמַר? וַהֲלֹא כְּבָר נֶאֱמַר: ״וַיְדַבֵּר שְׁלֹשֶׁת אֲלָפִים מָשָׁל״, וְאוֹמֵר: ״אַל תּוֹסְףְּ עַל דְּבָרָיו״.
La Guemara demande : Pourquoi a-t-on besoin de la preuve introduite par «et il est dit» [le verset des Proverbes] ? La première preuve n'était-elle pas suffisante ? La Guemara répond : Car si vous disiez que Salomon en a dit beaucoup, et que ce qui a été écrit l'a été selon sa volonté [sans intervention divine] — que certains passages aient été transmis et d'autres non — alors la sélection ne prouverait rien. C'est pourquoi vient [le second verset] : «N'ajoute rien à ses paroles» — et puisqu'il est interdit d'y ajouter quoi que ce soit, c'est la preuve que le livre de Qohélet a été dit par inspiration divine.
מַאי ״וְאוֹמֵר״? וְכִי תֵּימָא: מֵימָר טוּבָא אֲמַר, דְּאִי בָּעֵי — אִיכְּתִיב, וּדְאִי בָּעֵי — לָא אִיכְּתִיב. תָּא שְׁמַע: ״אַל תּוֹסְףְּ עַל דְּבָרָיו״.
Il est enseigné dans une baraïta que Rabbi Eliezer dit : Le livre d'Esther a été dit par inspiration divine, car il est écrit [dans la Meguila] : «Et Haman dit en son cœur» (Esther 6, 6). [Si la Meguila n'avait pas été inspirée divinement, comment les auteurs auraient-ils connu les pensées secrètes de Haman ?] Rabbi Akiva dit : Le livre d'Esther a été dit par inspiration divine, car il est écrit : «Et Esther trouvait grâce aux yeux de tous ceux qui la regardaient» (Esther 2, 15) — ce qui ne pouvait être su que par inspiration divine.
תַּנְיָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: אֶסְתֵּר בְּרוּחַ הַקּוֹדֶשׁ נֶאֶמְרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֹּאמֶר הָמָן בְּלִבּוֹ״. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: אֶסְתֵּר בְּרוּחַ הַקּוֹדֶשׁ נֶאֶמְרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַתְּהִי אֶסְתֵּר נֹשֵׂאת חֵן בְּעֵינֵי כׇּל רוֹאֶיהָ״.
Megillah 7a
100%
מגילה ז׳ אמַסֶּכֶת מְגִילָּה