Guémara
Et il se baigna dans le cortège [kerona, le marché populaire] de Tsippori — publiquement, le jour de marché — le dix-sept Tamouz [pour montrer que se baigner est permis ce jour-là]. Et il chercha à abolir [le jeûne du] Neuvième d'Av. Mais quant au Neuvième d'Av, les Sages ne lui donnèrent pas leur accord.
וְרָחַץ בִּקְרוֹנָהּ שֶׁל צִפּוֹרִי בְּשִׁבְעָה עָשָׂר בְּתַמּוּז, וּבִקֵּשׁ לַעֲקוֹר תִּשְׁעָה בְּאָב — וְלֹא הוֹדוּ לוֹ.
Rabbi Abba bar Zavda dit devant lui [devant Rabbi Elazar] : Mon maître, l'incident ne s'est pas déroulé ainsi. [Rabbi Yehouda haNassi n'avait pas cherché à abolir définitivement le jeûne.] Plutôt, c'était une année où le Neuvième d'Av tombait un Chabbat, et on l'avait reporté après le Chabbat. Et Rabbi [Yehouda haNassi] dit à ce propos : Puisqu'il a déjà été décalé de son moment habituel, qu'il soit entièrement décalé [cette année-là]. Et les Rabbins ne lui donnèrent pas leur accord. Rabbi Elazar lui cita le verset : « Deux valent mieux qu'un » (Qohélet 4, 9), signifiant qu'il était heureux qu'il fût là pour rapporter la vérité de l'incident.
אָמַר לְפָנָיו רַבִּי אַבָּא בַּר זַבְדָּא: רַבִּי, לֹא כָּךְ הָיָה מַעֲשֶׂה. אֶלָּא תִּשְׁעָה בְּאָב שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת הֲוָה, וּדְחִינוּהוּ לְאַחַר הַשַּׁבָּת. וְאָמַר רַבִּי: הוֹאִיל וְנִדְחָה — יִדָּחֶה, וְלֹא הוֹדוּ חֲכָמִים. קָרֵי עֲלֵיהּ: ״טוֹבִים הַשְּׁנַיִם מִן הָאֶחָד״.
La Guemara demande : Et comment Rabbi [Yehouda haNassi] pouvait-il planter un arbre à Pourim ? Rav Yossef n'a-t-il pas enseigné à propos du verset : « C'est pourquoi les Juifs des villages, qui habitent dans les villes sans remparts, font du quatorzième jour du mois d'Adar un jour de joie et de festin, et un bon jour [yom tov] » (Esther 9, 19) — que le terme « joie » enseigne qu'il est interdit de faire des eulogies à Pourim ; « festin » enseigne qu'il est interdit de jeûner ; et le terme « bon jour » [yom tov] enseigne qu'il est interdit d'accomplir un travail [tout comme un Yom Tov est aussi appelé yom tov] ? — Dès lors, voici ce qui s'est passé : Rabbi Yehouda haNassi se trouvait dans un lieu qui observait Pourim le quatorzième [et n'était donc pas obligé de le quinze] ; et lorsqu'il planta l'arbre, il le planta le quinzième.
וְרַבִּי הֵיכִי נָטַע נְטִיעָה בְּפוּרִים? וְהָתָנֵי רַב יוֹסֵף: ״שִׂמְחָה וּמִשְׁתֶּה וְיוֹם טוֹב״, ״שִׂמְחָה״ — מְלַמֵּד שֶׁאֲסוּרִים בְּהֶסְפֵּד, ״מִשְׁתֶּה״ — מְלַמֵּד שֶׁאָסוּר בְּתַעֲנִית, ״וְיוֹם טוֹב״ — מְלַמֵּד שֶׁאָסוּר בַּעֲשִׂיַּית מְלָאכָה! אֶלָּא: רַבִּי, בַּר אַרְבֵּיסַר הֲוָה, וְכִי נְטַע — בַּחֲמֵיסַר נְטַע.
La Guemara demande : Est-ce vraiment ainsi ? N'était-ce pas Rabbi Yehouda haNassi qui se trouvait à Tibériade, et Tibériade était ceinte d'un rempart depuis les jours de Josué, fils de Noun [et il était donc tenu d'observer Pourim le quinze] ! — Dès lors, dis l'inverse : Rabbi Yehouda haNassi habitait dans un lieu qui observait Pourim le quinzième, et lorsqu'il planta l'arbre, il le planta le quatorzième.
אִינִי? וְהָא רַבִּי בִּטְבֶרְיָא הֲוָה, וּטְבֶרְיָא מוּקֶּפֶת חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן הֲוַאי! אֶלָּא, רַבִּי בַּר חֲמֵיסָר הֲוָה, וְכִי נְטַע — בְּאַרְבֵּיסַר הֲוָה.
La Guemara demande : Était-il évident pour Rabbi Yehouda haNassi que Tibériade était ceinte d'un rempart depuis les jours de Josué, fils de Noun ? 'Hizkiyya ne lisait-il pas la Meguila à Tibériade à la fois le quatorzième et le quinzième d'Adar, parce qu'il n'était pas certain que la ville eût été ceinte d'un rempart depuis les jours de Josué, fils de Noun, ou non ? — La Guemara répond : 'Hizkiyya était lui, certes, incertain sur la question, alors que pour Rabbi Yehouda haNassi il était évident que Tibériade avait été ceinte d'un rempart à l'époque de Josué.
וּמִי פְּשִׁיטָא לֵיהּ דִּטְבֶרְיָא מוּקֶּפֶת חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן? וְהָא חִזְקִיָּה קָרֵי בִּטְבֶרְיָא בְּאַרְבֵּיסַר וּבַחֲמֵיסַר? מְסַפְּקָא לֵיהּ אִי מוּקֶּפֶת חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן הִיא אִי לָא. לְחִזְקִיָּה מְסַפְּקָא לֵיהּ, לְרַבִּי פְּשִׁיטָא לֵיהּ.
La Guemara demande encore : Et puisqu'il était évident pour Rabbi Yehouda haNassi que la Meguila devait être lue à Tibériade le quinze, était-il permis d'y planter [le quatorze] ? N'est-il pas écrit dans Meguilat Taanit [le rouleau des jeûnes] que le quatorzième jour et le quinzième jour d'Adar sont les jours de Pourim, et qu'il est interdit de faire des eulogies ces jours-là ?
וְכִי פְּשִׁיטָא לֵיהּ, מִי שְׁרֵי? וְהָכְתִיב בִּמְגִילַּת תַּעֲנִית: אֵת יוֹם אַרְבָּעָה עָשָׂר וְאֵת יוֹם חֲמִשָּׁה עָשָׂר יוֹמֵי פּוּרַיָּא אִינּוּן, דְּלָא לְמִסְפַּד בְּהוֹן,
Et Rava dit [à ce sujet] : Cette mention [dans Meguilat Taanit] n'est nécessaire que pour interdire aux uns [ceux qui observent Pourim ce jour-là] de faire des eulogies l'autre jour, et aux autres de faire des eulogies ce jour-là. Puisque les deux jours sont mentionnés dans la Bible, il n'était nécessaire de les mentionner dans Meguilat Taanit que pour indiquer que l'interdiction d'eulogier s'applique aux deux jours. Il semblerait que la même logique s'applique à l'interdiction de travailler. Comment donc Rabbi Yehouda haNassi pouvait-il planter un arbre le quatorzième d'Adar ? — La Guemara répond : Cela [l'interdiction étendue] s'applique uniquement aux eulogies et aux jeûnes. Mais le travail n'est interdit que pendant un seul jour — le quatorze ou le quinze — et pas davantage.
וְאָמַר רָבָא: לֹא נִצְרְכָא, אֶלָּא לֶאֱסוֹר אֶת שֶׁל זֶה בָּזֶה וְאֶת שֶׁל זֶה בָּזֶה? הָנֵי מִילֵּי בְּהֶסְפֵּד וּבְתַעֲנִית, אֲבָל מְלָאכָה — יוֹם אֶחָד וְתוּ לָא.
La Guemara demande : Est-ce vraiment ainsi ? Rav ne vit-il pas un certain homme planter du lin [kitana] à Pourim, et ne le maudit-il pas [pour cela], et le lin de cet homme ne poussa jamais ? — La Guemara répond : Là-bas, cet homme était tenu d'observer Pourim ce jour même [où il planta le lin] ; il lui était donc certainement interdit de travailler.
אִינִי? וְהָא רַב חַזְיֵיהּ לְהָהוּא גַּבְרָא דַּהֲוָה קָא שָׁדֵי כִּיתָּנָא בְּפוּרַיָּא, וְלַטְיֵיהּ וְלָא צְמַח כִּיתָּנֵיהּ! הָתָם, בַּר יוֹמָא הֲוָה.
Rabba, fils de Rava, donna une réponse différente : Même si vous dites que Rabbi Yehouda haNassi planta l'arbre en son propre jour de Pourim [c'est-à-dire le jour où la Meguila était lue dans sa localité], il était quand même permis de planter. En effet, le peuple juif prit sur lui l'interdiction des eulogies et des jeûnes à Pourim, mais il ne prit pas sur lui l'interdiction de travailler.
רַבָּה בְּרֵיהּ דְּרָבָא אָמַר: אֲפִילּוּ תֵּימָא בְּיוֹמֵיהּ — הֶסְפֵּד וְתַעֲנִית קַבִּילוּ עֲלַיְיהוּ, מְלָאכָה לָא קַבִּילוּ עֲלַיְיהוּ.
Cela peut être prouvé par le fait qu'initialement, lorsque Mardokhée et Esther proposèrent la célébration de Pourim, il est écrit : « Un jour de joie et de festin et un bon jour [yom tov] » (Esther 9, 19), et à la fin, lorsque la célébration de Pourim fut acceptée par le peuple juif, il est écrit : « Qu'ils en fassent des jours de festin et de joie » (Esther 9, 22), alors que le terme « bon jour » [yom tov] — qui fait allusion à un jour où il est interdit de travailler — n'est pas écrit. Le peuple n'accepta donc jamais sur lui l'interdiction de travailler à Pourim comme si c'était une fête, et cet interdit ne prit donc jamais effet.
דְּמֵעִיקָּרָא כְּתִיב: ״שִׂמְחָה וּמִשְׁתֶּה וְיוֹם טוֹב״, וּלְבַסּוֹף כְּתִיב: ״לַעֲשׂוֹת אוֹתָם יְמֵי מִשְׁתֶּה וְשִׂמְחָה״, וְאִילּוּ ״יוֹם טוֹב״ לָא כְּתִיב.
La Guemara demande : Mais alors, si le travail est permis à Pourim, pourquoi Rav maudit-il cet homme qui plantait du lin ? — La Guemara répond : C'était un cas où des choses permises par la halakha avaient néanmoins été traitées comme interdites par l'usage, auquel cas on ne doit pas les autoriser en leur présence, de peur qu'ils n'en viennent à traiter légèrement d'autres interdictions. Dans le lieu où cet homme planta son lin, il était coutume de s'abstenir du travail à Pourim. En revanche, dans le lieu de Rabbi Yehouda haNassi, la coutume n'était pas de s'abstenir de travailler à Pourim, et il lui était donc permis de planter l'arbre même en public.
וְאֶלָּא רַב מַאי טַעְמָא לַטְיֵיהּ לְהָהוּא גַּבְרָא? דְּבָרִים הַמּוּתָּרִין וַאֲחֵרִים נָהֲגוּ בָּהֶן אִיסּוּר הֲוָה. וּבְאַתְרֵיהּ דְּרַבִּי לָא נְהוּג.
Et si vous voulez, dites une réponse alternative : En vérité, même dans le lieu de Rabbi Yehouda haNassi la coutume était de s'abstenir du travail à Pourim, et Rabbi Yehouda haNassi s'engagea dans une plantation de joie [nettiya chel sim'ha] — une plantation pour le plaisir plutôt que pour le bénéfice financier. Comme nous l'avons appris dans une Michna [relative aux jeûnes publics pour la pluie] : Si ces jeûnes sont passés et que la communauté n'a toujours pas reçu de réponse [et que la sécheresse continue], on réduit ses activités commerciales, ainsi que la construction, la plantation, les fiançailles et les mariages.
וְאִיבָּעֵית אֵימָא: לְעוֹלָם נְהוּג — וְרַבִּי נְטִיעָה שֶׁל שִׂמְחָה נָטַע. כְּדִתְנַן: עָבְרוּ אֵלּוּ וְלֹא נַעֲנוּ — מְמַעֲטִין בְּמַשָּׂא וּמַתָּן, בְּבִנְיָן וּבִנְטִיעָה, בְּאֵירוּסִין וּבְנִישּׂוּאִין.